Vue sur la littérature d'ici ou d'ailleurs, à la recherche de petites pépites à partager, pour ré-enchanter nos imaginaires d'avenir... Mon site web de prospective: pan-or-amiques.com
31 mai 2013
Très beau personnage de femme...
Vienna est certainement un de ces personnages de femmes fortes et non conventionnelles qu'on n'oublie pas. Entière, sincère, résistante et résiliente, elle vit intensément et tout ce qui l'entoure en sort transformé.
New-Yorkaise cultivée, elle arrive jeune mariée dans une petit ville de Virginie, au milieu des années 30. Ne jouant pas le rôle que la société locale veut lui assigner, elle va devenir l'objet de ragot et de malveillance, tout en restant droite, au plus près d'elle-même, et ses désirs et de ses rêves, mais aussi de ses deux enfants, Willa et Elliott.
« Addison avait entendu dire qu'elle avait essayé de tuer son mari, qu'elle s'adressait au diable dans une langue inconnue, et que les soirs de pleine lune elle se baignait dehors dans une baignoire en fer-blanc et attirait sur sa peau la luminosité céleste. Elle était socialiste ou peut-être communiste, Addison ne se rappelait pas lequel des deux, mais la différence importait aussi peu qu'une morsure de charançon, parce que ce n'étaient pas des étiquettes qu'on voulait se voir coller sur le dos. En plus elle aimait les Nègres et elle fumait des cigarettes. Voilà ce qui arrive, disait-on, quand on lit trop de livres : ça ramollit le cerveau, et Addison imaginait alors la texture spongieuse des champignons des bois ou des crackers détrempés. On racontait qu'elle possédait des milliers de livres. »
On pleurt, on rit, avec Vienna.
On voit grandir ses enfants tout à leur innocence, tout à leur roublardise.
Un roman plein de pensées, de philosophie, de sagesse et de folie, d'arbres aussi, de jument gourmande, de piano et de boutons colorés.
"Les Hauts", son domaine, devient le lieu des humanités, de la lumière au milieu des carcans sociaux et étroits de Winsville.
Un roman à lire absolument, pou retrouver un peu d'intensité face à la vacuité, pour tracer son sillon droit et profond, pour goûter la liberté, la tolérance, et la joie d'être singulier.
Une belle écriture à découvrir comme des photo de vacances toutes simples et pourtant émouvantes.
"Ce n'était pas seulement parce que Gray sentait l'esprit immanent des arbres l'émouvoir aussi facilement que les branches ployaient sous le vent, ou qu'il partageait l'amour de Vienna pour les canons de la littérature laissés d'ordinaire à la délectation des poissons d'argent, ni parce que son imagination était aussi agile et fébrile qu'une flamme dansante. Ce n'était même pas à cause de ses bizarreries amusantes qui rendaient son comportement excentrique. Non, elle tomba amoureuse de lui pour une raison beaucoup plus simple: avec lui elle se sentait comprise et acceptée."
Un roman où les principes d'éducation tentent avant tout de faire des enfants des êtres solides, indépendants et curieux.
"Il ne lui vint jamais à l'esprit qu'elle mentait à ses enfants à propos des pérégrinations ou les occupations de leur père. Les histoires qu'elle racontait contenaient une probité fondamentale en ce qu'elles représentaient correctement les grands traits de la situation - Willard était en vie, Willard était loin, et Willard n'était pas en mesure de rentrer. Pour le reste, Vienna ne voyait pas de mal à embellir ou à déformer les détails. Elle se contentait d'interprété la vérité et de la rendre poétique - lyrique, savoureuse et instructive."
Un roman pour toutes celles qui cherchent à mettre en déroute tout ce qui n'est pas la vie pour ne pas, quand viendrait la vieillesse découvrir qu'elles n'avaient pas vécu...
Un roman féministe, alors même que le sud américain où il se déploie a du mal à ne pas rester dans son modèle esclavagiste.
Un roman délicieusement farouche et cultivé.
« Souviens-toi, être différent ne fait pas de vous quelqu'un de spécial, mais être spécial fait de vous quelqu'un de différent. »
12 mai 2013
Concentré de vie
Toute la vie, un roman qu'on referme les yeux humides et avec une forte envie de goûter ses rêves au-delà de ses peurs!
Vous le trouverez au rayon pour ado même s'il peut s'adresser aux adultes aussi je pense.
Roman chorale, mais plutôt en mode jeux vidéos, je ne vous en dis pas plus! Chaque personnage est tour à tour narrateur de sa propre vie. On saute d'une conscience à une autre, de paragraphe en paragraphe.
On suit Isa, la mère, qui n'a pas eu la chance d'avoir des parents à la hauteur, ou de faire des études, et qui vit de galère en galère, avec ses deux enfants de deux pères différents. Elle est incapable de s'assumer comme parent...
Michel, l'ado, qui ne comprend pas que sa mère ne soit pas capable de l'aimer et qui souffre à plein de son indifférence...
Hannah, la soeur, qui a le don de lire dans les pensées des autres et d'avoir un certain recul philosophique derrière son côté cash! C'est là petite madame je sais tout, qui se faufile partout pour tenter de comprendre le sens derrière les riens...
Et enfin Daniel, le voisin, qui est contrôleur en hygiène de yaourt... looseur de première mais qui pourrait bien s'avérer une pièce maîtresse de ce jeux, quand on découvre à Michel les premières trace de son cancer.
Bon tout ça, vous allez me dire, n'est pas pour vous faire courir à la bibliothèque ou dans votre librairie...
Et pourtant c'est un concentré de vie, dans toute sa laideur et sa beauté! Jérome Bourgine se refuse à tout misérabilisme. Il ne s'épanche pas sur ses personnes pourtant maltraités au plus haut point par la vie. Ce qui frappe à la lecture c'est la lucidité de Michel, Isa, Hannah et Daniel. C'est elle d'ailleurs qui va faire leur force. Rien ne leur ai épargné, et c'est comme ça. Ca doit être cela vivre. Ca doit être cela être humain.
C'est un roman que beaucoup ont du lire dans les couloirs de l'Institut Gustave Roussy, où sont soignés les enfants souffrants de cancers ! (Une grande pensée pour Catherine d'ailleurs en refermant ce livre...)
Un texte pour montrer qu'on peut s'aimer, vivre et mourir, de multiples façons. Un roman sur notre présence ou absence aux autres.
Personnellement, ne jouant pas du tout aux jeux vidéos j'ai parfois eu du mal à comprendre cette jeune génération et leur mode de projection dans le jeux pour survivre...
J'ai aussi trouver que l'auteur y allait un peu fort dans le côté vulgaire de la mère...
Mais je me suis attachée à Michel et à Daniel, aux liens qui se tissent entre eux. J'ai aussi aimé le lien entre Michel et sa soeur Hannah.
J'ai été touchée par la cabane, les suites de Fibonacci, bref, les côtés pétillants et poétiques qui ressortent de l'horreur et de la douleur.
Pas de recettes magiques, mais juste la vie, que chacun affronte à sa façon, parfois lâchement et parfois en héros...
"La chimio est derrière. Maintenant c'est diarrhées, mal à la bouche, gorge et ventre. Je repense souvent à toutes ces choses de la vie ordinaire: combien de kilo de nourriture on mange dans une vie, combien on boit de litres de coca, combien de kilo de crottes, de mètres d'ongles... Et aussi: combien y a-t-il de phacochères sur terre en ce moment précis? D'étoiles dans notre galaxie? De gens qui pensent à la même chose que moi au même moment? Tous ces trucs qui m'obsèdent depuis que je suis petit."
07 mai 2013
Au pays du fanatisme...
Aujourd'hui, voyage vers Alamut, une citadelle du fanatisme qui fait l'objet du roman du même nom écrit par Vladimir Bartol. Publié en 1938, ce roman slovène est devenu un classique, tant le texte est un mélange de roman historique, philosophique et de roman d'initiation.
Nous suivons tour à tout une jeune femme, Halima, enlevée et qui atterrit dans ce mystérieux royaume d'Alamut tant paradisiaque et totalisant qu'il en est tout de même effrayant, et Ibn Tahir, jeune homme qui se rend de son plein gré à Halamut, dans l'espoir que le seigneur du lieu l'aide à venger son père.
Ils vivent là-bas, sans se croiser, car jeunes hommes et jeunes femmes sont séparés. Leurs journées sont ponctuées comme dans un conte par des rituels d'éducation, de prière et d'épreuves. Des liens de camaraderie se créent, des jalousies apparaissent.
Le mystère monte: qui est donc ce grand seigneur qui les héberge et leur offre tous ces cours? A quoi les prépare-t-on au juste?
Pas à pas, Halima et Ibn Tahir mènent l'enquête. Ils essaient de grapiller des informations pour se tracer leur chemin et grandir.
Les montagnes du nord de l'Iran qui abritent Alamut nous dépaysent. Elles nous emportent dans ce conte où l'on se doute assez vite toutefois qu'il peut renfermer le meilleur comme le pire.
Un roman pour ceux qui s'intéressent à l'histoire politique du Moyen-Orient ou sont un peu curieux de la découvrir!
Un roman pour mieux comprendre le fanatisme religieux, les régimes totalitaires ou sectaires.
Ce livre plaira à ceux qui aiment les quêtes, même noires.
Merci Nacéra!
24 mars 2013
La pluie avant qu'elle tombe
Un livre aussi fort et délicat que son titre!
Il s'agit d'une collection de souvenirs qui jaillissent de la bouche de Rosamond, une vielle dame en train de mourir et qui enregistre sur des cassettes l'histoire de sa vie et de sa famille pour la transmettre. Elle tourne les pages des albums photo et décrit pas à pas l'histoire des femmes qu'elle a cotoyées, des mères, des filles, des amantes, et leurs mystérieuses relations.
On est au cœur de l'intime. C'est très émouvant, juste, sincère.
Le rythme des photo fonctionne bien pour nous plonger dans des tableaux, des scènes d'hier, et qui laissent percer, donnent à voir ou cachent le vécu des uns et des autres. On retrouve des moments forts de l'histoire britannique, mais aussi les petits moments clé d'une vie, les rencontres, les ruptures, les deuils.
Un roman fait pour la rubrique AU FEMININ de ce blog, tant il interroge les relations mères-filles avec sagacité.
Tous les sentiments sont là, la déception, la peur, la colère, la compassion. L'auteur arrive à glisser d'un registre à l'autre, au fur et à mesure des instants saisis sur le vif, en noir et blanc puis en couleur.
C'est un beau regard sur une vie, avec tout ce qu'elle peut avoir de grave, de sourd, de méchant et de léger et doux. C'est une interrogation sur l'existence et ses mystères. Pourquoi vit-on ce que l'on vit? Par destin? Par coïncidence? Y-a-t-il un sens à tout cela? Quelle logique derrière nos actes?
"Catharine saisit la télécommande, monta le son, et la première chose qu’elles entendirent, au bout de quelques secondes, fut un souffle de bande, suivi des claquements et crachotements d’un micro qu’on allumait et qu’on réglait, et du grattement du pied de micro en plastique sur une surface dure. Puis il y eut une toux, un raclement de gorge ; et enfin une voix, la voix qu’elles comptaient entendre, ce qui ne la rendait pas moins fantomatique. C’était la voix de Rosamond, seule dans le salon de son bungalow du Shropshire, qui parlait dans le micro quelques jours à peine avant sa mort"
Toutes les familles ont leur secret; Toutes les familles ont leurs albums; Toutes les familles ont leurs répétitions, leurs ruptures. Un roman qui a le don de capter dans les nuances de ton, et les cadrages ratés des clichés pris trop rapidement les non-dits et les révélations puissantes qui font ce que l'on est.
Un livre à lire absolumment.
Libellés :
Au féminin,
Littérature anglo-saxonne,
Rapport à la mort,
Roman en photo
12 mars 2013
Mélodramatique
Le message d'Andrée Chedid, un roman écrit comme au ralenti.
Nous sommes sûrement au Liban, en tout cas dans un pays que la guerre met à feu et à sang. Une jeune femme, Marie, tente de rejoindre un de ses ex, son amoureux de toujours, pour lui dire qu'elle accepte de faire sa vie avec lui, mais voilà, il habite de l'autre côté de la ville, et entre eux il y a les ruines, les snipers, les cris, les blessés, la foule...
Tout est exacerbé par la peur, la tension, la chaleur.
Des mots bien choisis, et un texte émouvant du début à la fin, avec un style que l'on garde à l'oreille et au cœur.
"Marie ne bouge presque plus. Marie respire à peine.
Pour lui parler, il faut utiliser peu de mots: des mots simples, des mots essentiels, qui vont du coeur au coeur. Des mots qui se glissent petit à petit avec leurs consonnes, leurs voyelles, dans le corps et la pensée de Marie. Des mots qui deviendront la matière de ce corps, le ferment de cette pensée, des mots à lents parcours qui traverseront le conduit auditif, atteindront le tympan, percuteront les osselets, ensuite le rocher; des mots qui se frayeront lentement un passage dans le labyrinthe de l'oreille. Des mots aimés, des mots aimants, ressentis, agrippés à l'espérance. Des mots vrais, même s'ils mentent. Des mots forgés d'amour et de promesse, même s'ils simulent. Des mots réels et fictifs. Des mots pour vivre et pour rêver."
Un livre pour ceux qui aiment la poésie, même au milieu des massacres, des guerres et des suplices.
Un roman pour ceux qui aiment le romanesque, l'amour à tout prix, le jeu du hasard et du destin.
Une écrivaine à découvrir et à redécouvrir.
Évitez de lire la quatrième de couverture, pour garder le mystère de la lecture.
Libellés :
Au féminin,
Littérature française,
Littérature libanaise
03 mars 2013
Crayons de couleur du soleil dans les yeux
Une petite bande dessinée du dimanche: Dans mes yeux de Bastien Vives.
Sous ses joyeux traits de crayons de couleurs, Vives nous emmène en caméra embarquée à la rencontre d'une jolie fille, dans une bibliothèque. Une étudiante en philo.
Elle est attachante, méditative, toute mimi quoi!
Tout est dit, dans ses attitudes, ses postures, ses mimiques... sous les crayons de Vives. Il capte le simple, le spontané, l'intuitif!
Ils finissent par se parler, et hop nous voilà embarqués avec eux dans leur aventure!
Une B.D. très touchante, juste, intime. Bastien Vives a le don de faire d'histoires simples des petits bijoux à accrocher à ses yeux et à ses lèvres.
Ce qui marche bien, étonnement, c'est qu'on n'a qu'un bout du film, celui qu'il voit, qu'il observe, les mots qu'il entend... Mais on n'a rien de son discours à lui, sauf à travers son style de dessin, ce qu'il capte des instants qui passent à deux. On n'entend pas les réponses qu'il lui fait. On les devine juste dans les yeux du narrateur dessinateur.
Les couleurs sont vives, vivantes. Les coups de crayons sont appuyés, dynamiques, animés.
C'est un livre doux et sucré,
Un exercice de style réussi!
A découvrir absolument!
Ca donne envie de sortir ses crayons.
Ca donne envie d'aller à la rencontre de l'autre, dans le mystère de ce qu'il donne à voir... ou pas!
Une bulle de légèreté! Avec des baisers comme jamais vous ne les avez vus!
02 mars 2013
Le mystère des vagues
Il y a les corps que la mer rend, et ceux qu'elle garde. Il y a les hommes qui parlent et ceux qui se taisent à jamais. Il y a les jours de tempêtes, et ceux de mer calme.
Dans Les déferlantes de Claudie Gallay, une jeune femme en deuil s'isole à La Hague, pour survivre. Elle observe les oiseaux, leurs nids, leurs migrations, mais très vite aussi les humains qui les entourent et leurs mystères.
La lili qui tient le bar, le Théo ancien gardien du phare, Nan la folle qui erre sur la plage lors des tempêtes, Max le benêt pas si bête, Raphaël l'artiste sculpteur, ...
et Lambert, l'homme de passage... l'homme qui veut comprendre... lever le voile...
Belle écriture où se mêlent le dialogue que la narratrice entretient avec son amour disparu et le flot de ses observations du moment.
"Je n'ai pas insisté.
Je suis allée sur la grève. Un petit oiseau à bec jaune picorait les puces de sable.
L'empreinte solitaire de mes semelles.
Mon ombre dérisoire sur la route."
Les non-dits se multiplient et la narratrice devine les drames, et finit par enquêter avec Lambert pour comprendre. Qui est ce petit Michel dont on cache les photos? Pourquoi les parents de Lambert sont-ils morts en mer il y a trente ans? Une complicité sans nom émerge alors doucement entre deux endeuillés de passage, de phrases courtes en phrases encore plus brèves, de bourrasques de vents en petites pluies fines.
Le suspense s'installe et on se laisse emporter par le courant... dans ce très beau récit, fort et poignant, au croisement des solitudes et des secrets.
Un roman qu'on a envie de conseiller à tous ceux qui aiment la nature, le grand air, les oiseaux, les embruns, et les ciels pas toujours bleus...
Un livre pour tous ceux qui s'interrogent sur le deuil.
Un beau texte plein d'humains attachants et lumineux, terribles et sombres... trop humain?
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Littérature française,
Mers et océans
23 février 2013
Bulles de résistance
Découverte BD de cette semaine: Le vol du corbeau de Gibrat, tome 1 et 2.
Une histoire pleine de mystères qui commence dans une prison parisienne pendant la seconde guerre mondiale, où une résistante communiste dénoncée par un corbeau malintentionné se retrouve enfermée. Elle est assez vite rejoint par un voyou voleur, qui trouvera le moyen de les faire s'évader par les toits. Commencent alors la fuite, et les interrogations: qui l'a dénoncée? pourquoi? est ce que sa soeur aussi a été embarquée?
On est au coeur de Paris, pendant l'occupation, on s'attache aux personnages et à leur destinée!
Un beau trait, à l'aquarelle, où l'on retrouve les ponts aériens de la ligne 6 du métro, le canal st martin, etc. Les visages sont très expressifs.
La guerre révèle le pire ou le meilleur des êtres.
On dévore...
Une BD pour ceux qui s'intéressent à l'occupation,
Une BD pour retrouver le Paris des années 40,
Une BD pleine de suspense et de romantisme!
16 février 2013
Je est un autre en Inde
Dans Nocturne indien, le narrateur part en Inde à la recherche de Xavier. Il descend dans les hôtels où il pense que Xavier a pu dormir, il va dans les hôpitaux que Xavier aurait pu fréquenter,...
La quête de Xavier donne lieu à des rencontres, où l'on ne sait pas si les êtres ont vraiment déjà connu Xavier, ou s'ils donnent le change pour de l'argent, ou juste parce qu'ils sont fous ou hors du temps.D'ailleurs, notre narrateur cherche-t-il vraiment Xavier ou joue-t-il à se trouver lui-même?
Un texte très bien écrit, sur la quête de soi et des autres, et le mystère que cela comporte.
Tabucchi nous emporte dans ce voyage, ou ce rêve d'insomniaque, sans que l'on sache justement si on est dans une inde vécue ou imaginée. Les situations sont toujours dans un entre deux, entre ce qu'elles sont dans nos nuits mouvementées et ce qu'elles pourraient être dans un pays comme l'Inde, où la réalité peut aussi dépasser la fiction.
Un roman court mais puissant.
"Méfiez vous des morceaux choisis"
du coup pas de citations pour ce très beau roman.
Tabucchi me fait penser à Paul Auster ou à Poe.
Nous sommes dans une gare, dans un grand hôtel, nous sommes avec des mendiants ou des sages, nous sommes ici bas et si loin, dans une construction littéraire magique qui donne à voir le fond de l'être, ses doutes, et ses espoirs.
Un roman dont il est difficile de parler en fait, mais dont on a très envie de recommander la lecture, pour ceux qui aiment les mises en abime, les mystères, la quête de soi en littérature.
Merci à Jean Pierre pour ce très bon conseil de lecture!
27 janvier 2013
tortues et hippopotames
Des contes initiatiques peuls de Amadou Hampâté Bâ pour bien commencer l'année!
Nous voilà plongés dans des temps lointains, dans une société à l'origine calme sous le règne de Guéno mais soudainement mise à mal par une vilaine sorcière Njeddo Dewal, mère de la calamité. Comment faire pour l'éliminer et retrouver paix et sérénité? La route est longue, périlleuse, et truffée de pièges, mais les ruses des animaux et des humains sont là pour aller jusqu'au bout de l'aventure et la mettre hors jeu!
Nous sommes dans le merveilleux des contes, où tout marche par sept, les sacrilèges, les produits magiques pour faire face, les lieux, etc.
C'est amusant de voir toutes les correspondances avec la bible. On a les mêmes figures du bon samaritain, de fuir sans se retourner, etc. Et pourtant tout est différent. D'abord la faune et la flore, les relations entre les êtres, et j'en passe.
Bref, à lire pour se dépayser et retrouver une âme d'enfant!
A lire pour se mettre à l'heure africaine!
A lire pour découvrir le talent d'Amadou Hampâté Bâ, qui plonge dans l'écrit des traditions orales ancestrales avec briaux!
01 janvier 2013
Tous mes voeux!
Chers fidèles de Pan-Or-Amiques!
Merci d'être là d'année en année!
Je m'en viens vous adresser tous mes voeux pour 2013!
Que vos lectures vous offrent du dépaysement, de l'aventure, des joies, des rires,
Que vos lectures vous enrichissent, vous nourrissent, vous soignent, vous comblent,
Que vos lectures soient frivoles, profondes, vivaces, colorées, épicées, douces,
Que vos lectures vous invitent à la rencontre, au partage,
bien à vous,
C.
23 décembre 2012
L'enfant des forêts devenu poète...
C'est l'histoire d'une vie, comme le dit le titre, celle d'Appelfeld. Et quelle vie!
Il est né dans une famille juive des Carpates juste avant la seconde guerre mondiale. La vie s'écoule doucement, avec les paniers de fraises, la douceurs familiale. Puis c'est la rupture, les camps, la peur.
Appelfeld n'aimerait pas qu'on dise qu'il est un écrivain de la Shoah, pourtant son écriture est une tentative de mettre en mot l'indicible, et il réussit avec un immense talent!
Les moments les plus marquants sont ceux où enfant il fuit les camps en se réfugiant dans la forêt. Il se retrouve à vivre comme un petit animal, qui cherche à boire, à manger, contemple la nature aux aguets pour éviter les prédateurs, les humains, et survivre.
Un autre moment très fort est celui qui suit la libération des camps. Les enfants sont la proie des pervers, des impressarios, des meneurs, des commerçants, et j'en passe.
Je ne vous en dis pas plus, tant ce livre est un trésor d'expériences, à la limite de l'humain.
Le ton est épuré, simple, sincère.
"Je vécus deux ans dans les champs, entouré de forêts. Il y a des visions qui se sont gravées dans ma mémoire et beaucoup a été oublié, mais la méfiance est restée inscrite dans mon corps, et aujourd'hui encore je m'arrête tous les quelques pas pour écouter. La parole ne me vient pas facilement, et ce n'est pas étonnant: on ne parlait pas pendant la guerre. Chaque catastrophe semble répéter: qu'y a-t-il à dire? Il n'y a rien à dire. Celui qui a été dans un ghetto, dans un camp ou dans les forêts connait physiquement le silence. Durant la guerre on ne débat pas, on n'insiste pas sur les divergences. La guerre est une serre pour l'attention et le mutisme. La faim, la soif, la peur de la mort, rendent les mots superflus. A vrai dire, ils sont totalement inutiles. Dans le ghetto et dans le camp, seuls les gens devenus fous parlaient, expliquaient, tentaient de convaincre. Les gens sains d'esprit ne parlaient pas.
J'ai rapporté de là-bas la méfiance à l'égard des mots. Une suite fluide de mots éveille ma suspicion. Je préfère le bégaiement, dans lequel j'entends le frottement, la nervosité, l'effort pour affiner les mots de toute scorie, le désir de vous tendre quelque chose qui vient de l'intérieur."
Un texte à mettre dans les mains de ceux qui veulent être porteur de mémoire.
Un texte à recommander pour ceux qui aiment la poésie et les poètes.
Un texte pour comprendre ce que peut vouloir dire avoir été un enfant des camps, qui arrive en Israël orphelin sans avoir été à l'école pour tenter d' écrire sa vie...
Un grand merci à Christine, qui me permet d'ouvrir une nouvelle catégorie: Littérature israélienne!
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Forêt,
Littérature israëlienne
12 décembre 2012
Et tourne et tourne les pages
Et tourne et tourne les pages... En voilà un livre qui nous tient par le bout du nez, avec un suspense incroyable et des rebondissements en pagaille: La vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker. Merci à toute l'équipe du CSO pour le cadeau!!!
On suit un écrivain en mal d'inspiration qui se retrouve dans une petite ville américaine, face au mystère de la dispariation du jeune fille Nola. Son meilleur ami écrivain aussi semble impliqué. Coupable? Victime?
Tout s'enchaîne l'enquête et la réflexion sur le travail d'écriture.
Je ne peux pas dire que ce soit une langue magnifique, un style hors norme. Non. Mais c'est certainement un livre à recommander pour ceux qui aiment les polars, les textes plein de rebondissement, bref, les romans captivant de la première à la dernière page! On est triste de le refermer, tant on se laisse prendre par les personnages, le contexte, les questionnements, les meurtres et autres mystérieuses lettres de corbeau.
Un roman pour les écrivains en herbe ou en devenir.
Un roman pour les amateurs de suspense.
Un roman pour tous ceux qui veulent s'échapper ailleurs pendant les fêtes, et être emportés par une histoire palpitante!
26 novembre 2012
Drame: de l'intime au collectif
Voici deux bandes dessinées très riches, et à découvrir absolument: David, les femmes et la mort de JudithVanistendael et La nouvelle orléans après le déluge de Josh Neufeld. La première parle du drame intime que peut représenter le cancer dans la phase finale et le deuxième raconte la catastrophe que fut Katrina à la Nouvelle Orléans. Chacune des bulles nous conduit au fond de la crise, quand on est à ce point charnière entre la mort et la vie.
Ce que j'aime dans David, les femmes et la mort, c'est le coup de pinceau, les couleurs, les visages, les envolées oniriques ou cauchemardesques. Ah ces rouges, ces noirs, et ces personnes si touchants! On se prend très vite à l'histoire, celle du malade David, mais celle aussi de toute sa famille (et heureusement qu'on a l'arbre généalogique au début pour nous aider!). On pleurt, bien sûr, mais c'est bien plus que ça. Pas de stéréotypes, pas de mélo, mais des mots qui glissent juste entre les lèvres serrées. J'aime les poèmes qui ponctue le récit. Un petit pour la route:
"Je ne dirai plus jamais: "tout se termine"
mais "souris et commonçons, mon âme"
En de nouvelles mains je mets de nouvelles rames,
Et de nouvelles tours surgissent de la ruine"
De Antonio Gala, poemas de amor
(traduction de Brouet)
Dans La Nouvelle Orléans après le déluge, c'est un dessin plus pop, plus flashy, plus monochrome, mais des personnages tout aussi attachants, car nous suivons jour après jour Denise, Leo et Michelle, Kwame, tous plus ou moins convaincus que le pire n'arrivera pas, et pourtant... On se dit qu'on pourrait bien avoir été comme eux, à sous-estimer ce qui allait advenir, à penser que les digues étaient là, que l'Etat sauverait tout le monde, avec l'armée, la médecine moderne, les services de secours, mais non! On a beau avoir lu, vu, cette BD nous immerge au coeur du cyclone, sous les flots noirs et puants, et on en perçoit d'autres choses que ces récits ressassés.
Deux petits chefs d'oeuvre pour comprendre les dimensions humaines, sociales, politiques, économiques, médicales, des instants trop forts pour que les mots suffisent.
Des BD pour ceux qui aiment les témoignages vivants et riches.
Des BD pour les médecins, les victimes, les accompagnants, les proches et loin de la mort, les rêveurs et les pessimistes, les catastrophistes éclairés et les dessinateurs en herbe!
25 novembre 2012
Polar cubain
Aujourd'hui un petit polar cubain, un polar d'ambiance, de lenteurs, de bureaucratie. Passé Parfait de Leonardo Padura nous plonge dans une histoire de disparition mystérieuse. Nous sommes à La havanne, en 1989, et le lieutenant Conde essaie de comprendre où est passé Rafael Morin, directeur d'une grande entreprise locale. Mais là où tout se complique, c'est que Rafeel et lui était au lycée ensemble, et tous les deux amoureux de la même Tamara.
On est donc à la croisée des chemins, entre enquête présente et passé trop présent.
Un livre où l'on sent de la lucidité sur les dérives du système politique et institutionnel en place.
Un livre très humain, trop humain.
Le roman est intéressant dans la forme, avec des procès verbaux, des extraits d'enregistrement d'entretiens, les allés retour entre passé et présent. Le ton est assez proche d'un Fred Vargas pour les amateurs d'Adamsberg.
"Quand il pénétra au commissariat, le Conde se surprit à regretter la paix du dimanche. Il était à peine huit heures cinq mais on était lundi. Or tous les lundis, on avait l'impression que la fin du monde était proche, que le commissariat se préparait pour une évacuation digne d'une guerre atomique. Les gens ne prenaient pas le temps d'attendre l'ascenseur, ils couraient dans les escaliers. Il n'y avait plus de place dans le parking et les saluts se limitaient à un ça va, fugace, ou un à tout de suite ou un vague bonjour..."
Un roman pour tous ceux qui s'intéressent à Cuba, son passé, son système, ses moeurs.
Un livre pour les amateurs de polar, de rhum et de cigares.
Passé parfait sera très bien pour ceux qui aime l'humour désabusé des flics solitaires, un peu paresseux, un peu amoureux, un peu désenchanté.
On est donc à la croisée des chemins, entre enquête présente et passé trop présent.
Un livre où l'on sent de la lucidité sur les dérives du système politique et institutionnel en place.
Un livre très humain, trop humain.
Le roman est intéressant dans la forme, avec des procès verbaux, des extraits d'enregistrement d'entretiens, les allés retour entre passé et présent. Le ton est assez proche d'un Fred Vargas pour les amateurs d'Adamsberg.
"Quand il pénétra au commissariat, le Conde se surprit à regretter la paix du dimanche. Il était à peine huit heures cinq mais on était lundi. Or tous les lundis, on avait l'impression que la fin du monde était proche, que le commissariat se préparait pour une évacuation digne d'une guerre atomique. Les gens ne prenaient pas le temps d'attendre l'ascenseur, ils couraient dans les escaliers. Il n'y avait plus de place dans le parking et les saluts se limitaient à un ça va, fugace, ou un à tout de suite ou un vague bonjour..."
Un roman pour tous ceux qui s'intéressent à Cuba, son passé, son système, ses moeurs.
Un livre pour les amateurs de polar, de rhum et de cigares.
Passé parfait sera très bien pour ceux qui aime l'humour désabusé des flics solitaires, un peu paresseux, un peu amoureux, un peu désenchanté.
19 novembre 2012
Acme Novelty Library Vol. 18
Ca vous est peut-être arrivé, de passer devant des immeubles, la nuit, dans une grande ville, et d'essayer de regarder à travers les vitres quelle pouvait être la vie à l'intérieur. Parfois on aperçoit un bout de bibliothèque, ume ombre, et on se prête à imaginer...
Chris Ware nous propose justement en BD de nous attarder sur un immeuble, et plus précisément sur une des habitantes des lieux. C'est une jeune femme, un peu timide, un peu grassouillette qui vit seule. Il nous fait entrer dans sa vie par ses pensées, mais surtout par tous ses gestes du quotidien, se lever, s'habiller, faire une machine. Peu à peu on découvre son univers.
Chris Ware a un ton hors norme, une temporalité mystérieuse, pour vous faire entrer dans la vraie vie. Pas de suspense, pas d'émotions fortes, mais tout est dit. Je ne vous en dis pas plus sur l'héroine de cette fiction.
Je vous laisse découvrir un graphisme simple et précis, qui varie tout petit cadre et grands formats.
Une BD que l'on peut lire et relire, avec des regards différents...
Un livre sur la vie, tout simplement.
Merci Hélène pour cette belle découverte!
08 novembre 2012
Joyeuse singularité
Il y a des singularités joyeuses à défendre, à cultiver, et à aimer...
Et c'est bien ce que nous propose Grimbert dans Un garçon singulier.
Dans les années 70, un étudiant un peu perdu, qui tente de faire psychologie, accepte un job hors du commun: s'occuper d'un autiste.
Il découvre peu à peu l'étrangeté de ce mal, des formes nouvelles de communication, et au fond il se trouve aussi lui.
Un livre fort, sur les relations filiales, sur l'amitier, sur le handicap.
Un roman qui se lit d'une traite ou presque!
Merci Marion!!
Un livre à conseiller pour ceux qui aiment les émotions et les histoires qui mêlent de nombreux sentiments en peu de mots.
Un livre à recommander à ceux qui s'intéressent à l'autisme, au rapport aux enfants handicapés.
Un roman pour ceux qui aiment les questions initiation à la vie et à l'autre!
29 octobre 2012
Un peu d'italie...
Aujourd'hui, un peu d'Italie, avec un grand classique: Le jardin des Finzi Contini de Bassani.
Tout commence par la fin. Le narrateur nous raconte qu'après la seconde guerre mondiale il a repensé à la tombe monumentale de la famille Finzi-Contini qu'il aimait tant, en sachant que malheureusement elle n'abrite qu'un fils, car toute la famille a péri à Auschwitz.
C'est alors qu'il se replonge dans ses souvenirs, et surtout dans son histoire d'amour pour la fille de la maison Micol. C'est l'histoire d'un amour fou mais platonique, de deux jeunes qui se croisent à la synagogue, marchent dans les jardins,... un amour qui peu à peu est à sans unique, mais redouble de force.
On est ému de cette jeunesse qui voit monter le fascisme, de leurs discussions endiablées. La plume de Bassani, avec des phrases longues, des parenthèses, des tirets, nous emporte d'un trait. Tout reste subtile; les non-dits, les souvenirs, et les espoirs se croisent.
Merci à Christine pour ce conseil de lecture! Quelle belle langue italienne!
Et en plus, il paraît qu'il y a aussi un film!
Avis aux amateurs de romans d'amours tragiques...
Avis aux amateurs d'Italie... de Venise... de Ferrare...
26 octobre 2012
Emails et vent du nord
Gut gegen Nordwind, traduit en français chez Grasset Quand souffle le vent du nord, de Daniel Glattauer est un roman épistolaire des temps modernes qui se lit très vite entre deux métros.
Tout commence sur un malentendu. L'héroïne du roman écrit un email pour résilier son abonnement à un magazine, mais suite à une erreur de frappe l'email arrive dans la boite d'un particulier qui a pas mal d'humour... Commence alors une correspondance électronique endiablée, sur la vie, et l'amour...
On y parle de tout et de rien, on y flirte, et cela pour le plus grand plaisir du lecteur.
Étrange comme les écrans permettent l'intime, la protection, mais aussi le mystère, la prise de risque, etc.Jusqu'où iront nos eux héros? Je ne vous en dis pas plus!
Un petit roman à glisser dans sa poche pour des courts trajets, car il se lit d'emails en emails... ce qui peut favoriser les interruptions dans la lecture!
Merci Claire pour le conseil!!!
Que ça fait du bien de lire en allemand!
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Au féminin,
littérature autrichienne,
Romans épistolaires
22 octobre 2012
Correspondance
Voici un grand classique des romans épistolaires: 84 Charing cross road d'Helene Hanff. C'est l'histoire d'une américaine à la recherche d'obscures ouvrages, et qui est prête à s'emporter vivement par lettres pour les obtenir d'une petite librairie britannique.
De mots en mots, des liens se tissent, sur fond de guerre et de manque de denrées alimentaires d'un côté, et sur fond de générosité de l'autre... les lettres donnant lieu pas à pas à des envois de colis alimentaires!
On s'attache aux personnages, même si on ne les connait qu'épisodiquement, par voie postale!
On sourit du ton, de l'humour, et des décalages culturels, de missive en missive.
Un livre qui donne envie d'écrire de bonnes vieilles lettres traditionnelles, et d'en recevoir!
Merci Jean-Pierre pour le conseil!
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Littérature anglo-saxonne,
Romans épistolaires
14 septembre 2012
Entre radicalisation et occidentalisation
Voilà un roman qui tombe à pic dans l'actualité du moment: Black Album de Hanif Kureishi. C'est l'histoire d'un jeune anglais étudiant d'origine pakistanaise, Shahid. Il vit dans une sorte de cité universitaire où il fait la connaissance d'un voisin radicalisé. Shahid est en pleine quête identitaire et s'interroge sur son appartenance à sa communauté, sur son intégration à la société britanique, sur ses valeurs.
Sa réflexion se porte sur sa spiritualité (le sens de prier, d'aller à la mosquée), sur sa sexualité (la place de l'erotisme, le rapport aux femmes), sur la politique (quel engagement dans nos sociétés).
Ce qui est très fort c'est que le roman interroge l'islam, la radicalisation, l'occidentalisation à travers des expériences singulières, émotives et passionnées. Il ne s'agit pas de théories abstraites mais de choix du quotidien, avec qui on sort, si on boit ou on se drogue ou pas, si on est solidaire ou pas des membres de son réseau, etc.
Le problème du roman est qu'il n'en demeure pas moins caricaturale à bien des escients. Tout est extrême: des radicaux qui prennent une aubergine pour un signe divin, à la professeur pronant l'occidentalisation par une sexualité débridée et des drogues à outrance. N'y-a-t-il pas de voie du milieu?
Un espoir quand même la litérature, enfin en partie... Car la montée des fatwas et des autodaffés la met clairement en péril de pages en pages.
Un roman à lire pour découvrir la vie nocturne des clubs londoniens et leur folie...
Un roman à lire pour tous ceux qui s'interrogent sur les quêtes identitaires et leurs conséquences...
01 septembre 2012
Plan social
Il s'appelle Rudi, elle s'appelle Dallas. Et ils s'aiment pour le meilleur et pour le pire... mais point de château au soleil comme toile de fond, plutôt une usine, la Kos, où ils travaillent et qui connait de très grosses difficultés selon la direction.
Un roman qui est l'histoire d'une ville, d'un collectif de lutte, des tensions sociales, comme on en voit plein à la télévision au journal de vingt heures.
C'est écrit comme un feuilleton télé, avec en titre de mini chapitre les lieux, et au coeur du texte des dialogues. Et entre chaque partie, des rebondissements. Ça se lit tout seul, on s'attache aux personnages, et on vit le plan social de l'intérieur.
Le titre: Des vivants et des morts de Mordillat.
Un livre simple à lire sur les tourments des ouvriers dans notre monde de délocalisation... qui plaira aux engagés et aux autres!
Merci Sophie!
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Littérature française,
Monde du travail,
Roman de lutte
09 août 2012
Corps et Esprit, Homme et Femme
Quel curieux voyage que celui que nous propose Nancy Huston dans Le journal de la création! Il s'agit d'aller au bout de ce que créer veut dire, aussi bien au sens propre d' enfanter, engendrer, qu'au sens littéraire d'inventer des romans, des vers, et des lettres.
Alors que Nancy Huston attend sont deuxième enfant, elle part à la découverte de ce que créer veut dire pour l'homme et pour la femme. Elle s'interroge sur la place particulière que peuvent avoir le corps et l'esprit dans ce mécanisme à travers l'exemple de couples d'écrivains célèbre. Sartre et Beauvoir, Sand et Musset.
C'est effrayant de voir à quel point le conditionnement social veut que l'homme crée des oeuvres grâce à des muses, tandis que la femme procrée. Comme si pour qu'elle ait de l'esprit, écrive un roman, il fallait qu'elle renonce à la féminité, à la maternité!
Ce livre est étrange car il est très aride quand on tombe dans les recherches que Nancy Huston fait sur les couples d'écrivains, mais très humain et sensible, quand elle nous parle de ses maladies physiques et psychologiques, de son ressenti de la grossesse. En fait, elle tente de dépasser le dualisme homme/femme, corps/esprit par son texte même.
Un livre qui parlera aux femmes mais pas que!
"Ainsi tu seras mon fruit. Après les fragiles fruits fondants de la fin du printemps, fraises et framboises. avant les robustes fruits croquants et âcres de l'automne, pommes et raisins. Tu seras pêche, prune, abricot, un fruit tout rond dans la rondeur de l'été.
Et je suis ton arbre.
Non pas ton arbre généalogique, tu ne porteras pas mon nom, mais l'arbre qui de sa sève t'aura formé.
Le coeur de ton père bat mais tu ne l'entends pas. Les poumons de ton père respirent mais tu le les sens pas. Les entrailles de ton père sont vivantes, elles font des gargouillis, remuent, travaillent, digèrent, mais tu l'ignores."
C'est un récit très psychanalysant, où les connexions se multiplient entre vie et recherche, entre passé et futur. On y croise Oedipe, Electre, et bien d'autres. Nancy Huston nous montre à quel point on ne contrôle finalement que peu de choses en nous, tout en pouvant être créateur, force, art et vie.
02 août 2012
Etre au plus près de soi
Dans Toute passion abolie, de Vita Sackville-West, nous suivons Lady Slane, tout juste veuve, et qui décide enfin de vivre comme elle l'entend. Elle ne veut plus être réduite à son rôle d'épouse, ou de mère, ou de femme docile.
Ce roman écrit en 1931 est d'un style élégant et fin.
Tout y tourne autour du bien vieillir, de l'acceptation de soi, du détachement et des rêves.
Lady Slane nous montre quelle place donner au souvenir quand on prend de l'âge et que le corps devient un ensemble de petites douleurs.
C'est aussi un roman sur la place des femmes, les liens de famille, et les tensions lors de décès.
C'est un livre épuré, où les dialogues et les gestes sont les révélateurs de jeux sociaux avec précision, et où le sens de la vie est questionné avec tact.
Un livre à recommander à toutes, pour prendre un peu de hauteur et de recul. Ce personnage de Lady Slane est magnifique et attachant, dans toutes ses forces et ses faiblesses.
Deux extraits:
"Heureuse! Qui pouvait dire qu'elle l'avait été? Était-ce concevable de résumer toute une vie en un petit mot de deux syllabes. Heureuse! Certes, on pouvait l'être un instant, mais deux minutes plus tard connaitre le malheur. Heureuse! Qu'est ce que cela signifiait? C'était tout juste un mot commode pour ceux qui veulent que la vie soit uniformément blanche ou noire, pour ces petites gens perdus dans la jungle humaine et qui cherchent à se rassurer par une formule. Heureuse! Il y avait des moments où elle aurait pu dire: oui, j'étais heureuse; et avec autant de conviction: non, je ne l'étais pas."
"Et aussi la manifestation de toutes sortes de petites douleurs, pour lesquelles elle commençait à éprouver une véritable affection. En fait c'était son corps qui était devenu son plus fidèle compagnon. Jamais plus il ne se faisait oublier. Toutes les petites misères corporelles, celles-là même que l'on garde pour soi, qu'on ignore quand on est jeune, étaient désormais devenues envahissantes, exerçant sur elle une sorte de rassurante tyrannie. Ce soupçon de lumbago qui l'obligeait à quitter son fauteuil avec précaution lui rappelait ce jour où à Nervi elle s'était démis une vertèbre, depuis ce temps d'ailleurs son dos n'était plus très solide. Elle connaissait également de petits problèmes intimes avec ses dents, qui l'obligeaient à mâcher lentement, d'un côté plutôt que de l'autre. Instinctivement, elle pliait le troisième doigt à la main gauche, pour prévenir une douleur due à une névrite."
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Littérature anglo-saxonne,
Rapport à la mort
24 juillet 2012
Codage et décodage de l'imaginaire
Haruki Murakami n'a jamais fini de nous surprendre. Dans La fin des temps, il nous emmène dans un mystérieux ascenseur et un dédale de couloir à la découverte d'un savant, qui fait des expériences sur le cerveau humain, à vous couper le souffle. S'en suivent alors deux histoires en parallèle, qui comme toujours finissent par se rejoindre avec subtilité et force! Les deux univers qui alternent s'appellent "fin du monde" et "Pays des merveilles sans merci". On alterne entre d'un côté un monde moderne proche du nôtre, avec ses supers puissances, son informatique et de l'autre un monde clos et parfait Moyen-ageux avec des licornes et autres mystères.
Un roman pour ceux qui questionnent la science tout en aimant les rêves!
Un livre qui plaira aux informaticiens, aux programmeurs mais aussi aux amateurs de contes et légendes!
Bref, un mélange détonnant où tout est possible et où l'on marche tout seul vers l'incertain!
On y retrouve toutes les obsessions murakamiennes, les musiques qu'ils aiment, ces alcools fétiches, ses goûts littéraires, etc.
On sent aussi un regard critique sur les camps de concentration et d'extermination en demi-teinte.
Un livre qui interroge également notre rapport à l'inconscient, à notre psychique et à son évolution dans le temps.
A lire sans modération!
On pense au film Dans la peau de John Malkovich. On pense parfois à Kafka, ou à d'autres auteurs russes. Ca évoque aussi Les falsificateurs de Bello. Mais non, nous sommes bien dans un Murakami, pas de doutes! C'est fort, très très fort!
A conseiller à tous ceux qui aiment être déroutés, cloués par un imaginaire en folie, tout en gardant les pieds sur terre!
Libellés :
Littérature japonaise,
Out of the box,
Rapport au temps
18 juillet 2012
Apprendre à vieillir
Emily est agée, et vit seule à Pittsburgh. Elle s'occupe à sa routine du quotidien, les mots croisés, le chien, les repas, les couchés. Ses enfants habitent loin d'elle, et ne l'appelle que de temps à autres. Elle est veuve. Pourtant il ne lui manque rien. Elle continue le fil des heures, pas à pas, libre.
Stewart O'Nan nous fait découvrir un des pans de l’Amérique, celui qui vote conservateur, celui qui est vieillissant, comme ça, sans en avoir l'air.
Ce roman montre que la vie à tout âge peut être pleine d'imagination, d'inconnu, et de déconcertant.
"Dix heures du matin, et la seule chose dont elle avait envie, c'était de dormir. Elle écrivit ses cartes de remerciements l'esprit embrumé, se fit une soupe et un toast à midi, avala un bouchon de Dayquil nauséabond et se mit au lit. Dehors, le vent faisait rage et les fils téléphoniques se balançaient follement. Elle resta un moment à regarder la lumière changeante au plafond et à écouter Rufus respirer, le tourbillon de ses pensées amplifié par le silence. Elle avait les bronches prises, les sinus bouchés, et contemplant la porte fermée, elle se rappela la façon dont enfant, quand elle était malade, sa mère faisait de la soupe, la lui apportait sur un plateau et glissait une serviette dans l'encolure de son pyjama."
Un livre qui offre dignité et vulnérabilité, unis deux à deux dans une valse tendre!
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Au féminin,
Littérature anglo-saxonne,
Rapport au temps,
Sommeil,
Vieillesse
06 juillet 2012
Manoir enchanté
Voici un livre qu'on n'a pas envie de finir, histoire de rester un peu plus dans cet univers joyeux: Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh.
Elle s'appelle Enid, Hortense, Bettina, Geneviève et Charlie. Elles sont cinq soeurs et vivent seules depuis la mort de leurs parents au sein de la Vill'Hervé, une grande maison au bord d'une falaise, qui sent bon les gâteaux, qui abrite un gnome dans la chasse d'eau et un serial semeur de poireaux!
Un roman tout plein du magique de l'enfance, des douleurs de l'adolescence et des joies et peines du devenir adulte. C'est un livre où l'on meurt, où l'on tombe amoureux, où l'on s'aide, où l'on a peur, où l'on est malade... Bref un concentré de vie un brin de folie en plus!
Certaines personnes portent des tenues "Christian Duchose"; certaines situations sont "Hypersolaire", "tour Eiffel" ou "top Niagara"! Certains s'appellent Tancrède d'autre Béhotéguy! Et les titres des chapitres sont top "Le fantôme fait des heures sup'" "Jeunes zomes de moins de 77 ans", etc.
Partez donc à la découverte de cette famille Verdelaine, de leur crabe en laisse, leur rat Mycroft, leur cafard dans la boite de tic tac! Vous ne serez pas déçus du voyage!
Le livre est construit autour de quatre soeurs, quatre saisons, avec des bouts de lettres, de chansons, de tirades, et des plans sur la comète!
Vous allez bien vous amuser!
24 juin 2012
Mère Fille
C'est l'histoire d'une mère qui marie sa fille, alors qu'elles ont toutes les deux des visions diamétralement opposées de l'amour, de la vie, de la famille.
La noce d'Anna de Nathacha Appanah accroche tout d'abord par l'écriture, audacieuse et franche, dès l'incipit:
"Il faut que je vous raconte doucement. Avec calme, sans me presser. Que j'attende que les mots se détachent du fond de moi-même, se promènent un peu, arrivent jusqu'à ma gorge et sortent comme un souffle, une expiration comme une autre, quelque chose que l'on fait des milliers de fois par jour, une évidence. Pour une fois, ne pas se laisser bousculer, ne pas céder au quotidien, résister à l'occupation première de nous tous, chaque matin: remplir nos vies, jouer à être Dieu, faire les cons.
Il faut que je vous dise comment nous attendons des années pour qu'enfin il se passe quelque chose, qu'enfin la roue tourne, qu'enfin nous soyons boutés hors de la torpeur du quotidien, et soudain, au détour d'un regard, dans la chimère d'une journée semblable à une autre, c'est là, maintenant, ici, ce que nous espérons depuis toujours: une autre vie à portée de main. Mais bien souvent, à force de remplir nos vies, de jouer à Dieu, de faire les cons, ce moment là nous échappe et nous continuons, sans nous douter une seconde, que nous avons laissé là maintenant la chance de notre vie, l'homme de notre vie, la femme de notre vie."
Un récit plein de surprises et d'attendus, autour d'une journée de noce, ses codes, ses rites et ses détours.
Les différentes étapes du mariage sont autant de moment pour la mère narratrice de se remémorer sa vie à elle, ses choix, ses fuites et ses peines.
Un livre pour ceux et celles qui ont envie d'aller au bout de leurs envies, et de croire à des petits moments étoilés même dans le doute.
Un roman au féminin, où les relations mère-fille sont interrogées à différents âges de la vie.
Un petit poche Folio qui se lit tout seul, à la veille des vacances, et en attendant le retour du soleil si bien caché en ce moment!
20 juin 2012
se retrouver
Il y a des moments où on a juste besoin de se retrouver au milieu de personnages qu'on connait, dans une petite ville, avec ce qu'il faut de suspense pour tourner les pages, juste comme ça sans plus!
Et là, il y a Camilla Läckberg et La sirène pour vous sauver!
Erika, l'écrivain qui enquête sur les terres de son policier de mari, est de retour, avec cette fois-ci une histoire sordide de lettres anonymes et de disparition.
Toujours le même procédé littéraire de construction de l'intrigue avec des chapitres du point de vue du méchant, dont on ne connait pas l'identité bien sûr, qui alternent avec des chapitres du point de vue des gentils qui courent après les méchants! Ajouter à cela le fait qu'Erika est à nouveau enceinte... et ce sont des jumeaux! Tout ce qu'il faut pour oublier les trajets en métro dans des pages toutes simples!
Avis à ceux qui cherchent un policier sans façon, à la mode nordique!
31 mai 2012
Pas toujours tout noir ou tout blanc
La couleur des sentiments est un roman qui se passe dans la ville de
Jackson, Mississippi, à l'époque de l'esclavagisme. On suit les bonnes de
familles plus ou moins riches de la ville, leurs vies, leurs peurs, leurs
souffrances, et leurs joies. Chacune d'elles est tour à tour le narrateur d'un
chapitre pour nous initier aux us et coutumes du moment. Parallèlement, une des
femmes blanches de la ville commence à se poser des questions sur le statut des
bonnes, la ségrégation, et décide de rompre les codes sociales établis en
allant à leur rencontre, dans le plus grand secret. Elle est aussi une des
narratrices du livre.
Un livre plein d'humanité, d'amour, et de suspense... et en même
temps, presque l'histoire d'une enquête sociologique sur les relations entre
bonnes et patronnes. Un livre sur les femmes, leurs liens, leurs antagonismes,
leurs postures sociales.
Pas étonnant que La couleur des sentiments ait connu un tel
succès! Les personnages sont attachants, le ton est juste, l'histoire est bien
montée.
Ce que j'ai trouvé le plus intéressant est le volet éducation des
enfants. En effet, ce sont les bonnes qui en grande partie l'assure, alors même
qu'elles ne partagent pas forcément les valeurs des parents de l'enfant.
Un autre aspect très riche du livre, je trouve, est le détail du
quotidien des bonnes, jour après jour. Et leur double vie entre la journée et
le soir une fois changée, lorsqu'elles se retrouvent à l'église.
Enfin des anecdotes croustillantes ponctuent le texte, lui donnant
des respirations amusantes.
Un livre à conseiller à tout ceux qui ont aimé Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. J'ai trouvé des similitudes.
Un roman pour tous ceux qui aiment les histoires d'intérieur, au
coeur des foyers, et des non-dits familiaux. La question des femmes et de leurs
places dans les maisons, et dans la société, est bien traitée.
Un texte à lire pour mieux appréhender les relations blancs/noirs
dans les Etats-Unis des années soixante.
Bref, un livre qui se lit bien, et qui donne envie de le
conseiller à tous et à toutes.
26 avril 2012
Royaumes et voyages
Le tome 2 de Vango de Timotée de Fombelle a tenu toutes ses promesses: des rebondissements, des sentiments, des voyages, du suspense!
Nous retrouvons Vango pourchassé, la charmante Ethel, la taupe, le méchant vendeur d'armes passé maitre du déguisement, etc. La seconde guerre mondiale bat son plein. Rien ne va plus!
Un texte facile d'accès, amusant, et qui n'est pas sans rappeler les Dumas ou autres Leblanc.
Un livre à offrir aux jeunes et aux moins jeunes, curieux d'aventures et d'escalades!
De New York à Paris, en passant par l'Écosse ou l'Italie, vous ne serez pas déçus du voyage!
17 avril 2012
Imbroglio

Dans cette bande dessinée, Guy Delisle nous emmène comme à l'accoutumé découvrir la vie quotidienne dans des zones pas simples politiquement. J'avais été vraiment touchée par son style de reportage en B.D. qui permet de voir dans les détails des jours qui passent toute l'histoire, la politique et les tensions sociales des lieux instables qu'il côtoie.
Pour cette chronique, on est marqué par les difficultés de tous les jours, les check-points, les embouteillages, les détours, les contrôles, les restrictions alimentaires en tout genre. On est rappelé aux terribles incompréhensions entre les peuples et leurs conséquences (le mur, la propagande, etc.)
Avec sa joyeuse naïveté, on s'attache à lui et à sa petite famille, qui s'adapte à toutes les circonstances.
Un livre à lire pour essayer de comprendre ce que peut être le vécu des gens là-bas, autrement que par les images des reportages du 20h.
Un livre qui essaie de rendre compte au plus juste des décalages de perceptions, des jeux de pouvoirs et des craintes des populations au quotidien.
Un beau travail de reporter, témoin, croqueur d'anecdotes révélatrices.
J'aime sa capacité d'étonnement, la sincérité avec laquelle il décrit aussi ses moments difficiles d'exaspération, de frustration, et enfin la bonne distance qu'il arrive à avoir avec ce qui l'entoure.
A quand le prochain tome?
12 avril 2012
V comme... Vango!
C'est une grande épopée qui donne à voir l'Europe au XXe siècle. Tout commence dans les îles éoliennes, où Vango s'échoue avec sa nourrice tout jeune enfant. Un mystère entoure sa naissance... et cela se comprend très vite d'autant qu'il est pourchassé de toutes parts par des hommes mystérieux.
On l'accuse de meurtre, on s'en prend à ses proches... Qui est donc Vango, cet escaladeur de génie, amoureux de la nature, et curieux des autres?
L'écriture est inspirée: elle mêle des hirondelles à des commissaires si mauvais qu'ils font rires. Elle crée des histoires de violette qui donne espoir... des châteaux... des vols en dirigeables... des îles où se cachent des monastères mystérieux...
Au début, on peut être dérouté car on saute de pays en pays, de personnages à d'autres, sans trop comprendre les liens. Puis tout s'éclaire, se noue... des ennuis des uns avec la Gestapo, au manoir écossais des autres!
C'est un hymne à ceux qui osent s'indigner et se battre pour leurs valeurs, même au milieu de la tyrannie.
C'est un ode à la fidélité à soi et aux autres.
Bonne nouvelle, il y a un tome II!
Pourvu que l'aventure continue encore longtemps!
Un livre à conseiller à ceux qui ont aimé Harry Potter de J.K. Rowlings ou Northern lights de Pulman.
Un livre pour ceux qui aiment être emportés par de belles histoires, avec des héros qui font rêver!
Libellés :
Littérature française,
Pour Ado,
romans de monastère
03 avril 2012
Une petite rose de printemps
L'auteur est islandais, mais rien à voir avec la dureté des polars du coin!
C'est une sorte de Road movy. On suit un jeune homme de 22 ans, qui quitte son pays pour aller s'occuper d'un vieux jardin d'un monastère connu et reconnu pour ses roses, en tout genre. En chemin il fait des rencontres, il pense à ses parents, à sa vie, etc. Ça a l'air banal et à la fois singulier. C'est sûrement un des secrets du succès de ce roman, dont je ne veux pas vous en dire plus pour vous laisser la surprise de la découverte.
C'est un roman délicat et tendre sur le devenir père, sur les jardins, les moines et les vieux films. On s'attache aux personnages du père, du frère, de la mère,... On aime écouter les dialogues entre un des frères et le héros sur la mort, le corps, l'amour, à l'aune du cinéma!
Les chapitres sont courts. Le quotidien est juste comme il faut pour nous prendre avec lui.
Un roman à lire absolument.
01 avril 2012
Tome 3...
Murakami nous fait basculer avec une extrême facilité dans un monde de normalité et d'attente, où tout finit par être extraordinaire. Il n'y a rien que des êtres qui se cherchent, dans une lenteur singulière des jours qui passent, et pourtant tout est magique et curieux.
"Je vais tâcher de ne pas penser à des choses inutiles, songea Ushikawa. Je vais m'endurcir, me façonner une cuirasse, et laisser simplement un jour succéder à un autre. Je ne suis qu'une machine. Une machine efficace, constante, insensible. Par l'une de ses ouvertures, j'aspire le temps neuf puis, ce vieux temps une fois transformé, je le recrache par une autre ouverture. La raison d'être de cette machine est son existence même. Il devait revenir à ce cycle pur et naturel."
Haruki Murakami interroge la temporalité. Pourquoi serait-elle forcément linéaire? Le temps est bien plus que nos chronologies...
Un roman qui questionne aussi nos souvenirs, le rapport à notre histoire, et aux filiations. Qu'est ce qu'être mère, fille, fils?
Des personnages curieux ponctuent le récit, comme ce Monsieur de la NHK, qui fait du porte à porte pour vérifier que les personnes paient bien la redevance télé? Un fantôme? un être réel? notre mauvaise conscience?
Je ne vous en dirais pas plus, je ne ferais que vivement vous recommander de lire ce roman... dont je ne suis pas sûre que le tome 3 en marque la fin.
Vivement Murakami prix nobel de littérature!
20 mars 2012
Suite...
Alors, je suis passée par la bibliothèque, et j'ai commencé l'exploration! Ça donne deux découvertes très différentes:
Pachyderme de Frederik Peeters. Une BD qui se passe en Suisse dans l'immédiat après guerre. On suit une jeune femme un peu perdue au milieu d'une histoire d'accident de voiture et d'agents secrets... Avec bien sûr un éléphant, mais je ne vous en dis pas plus. C'est très fantasmagorique. Les images en plans subjectifs sont riches, vivement colorées. Entre rêve et réalité, l'auteur joue habilement avec la temporalité et la mise en récit. On se laisse prendre...

La beauté à domicile de Jean-C. Denis. Une BD qui décortique avant tout les histoires de coeur, les relations humaines, les petits mensonges et les grandes vérités. C'est surtout l'histoire d'un mystère prénommé Angela et que deux hommes tentent de comprendre pas à pas. L'un est chauffeur de taxi au black, l'autre est ostéo. Chacun son histoire et son regard sur cette mystérieuse intrigante. Ça sent le vécu, les prises de têtes et les coups de gueule.

Je vais continuer l'exploration!
Et n'hésitez pas à me recommander vous aussi vos coups de coeur B.D.!
15 mars 2012
De l'humain en barre...

Etienne Davodeau ne connait pas trop le travail du vin et son ami vigneron ne connait pas trop la bande dessinée. Les voilà partis dans l'aventure d'une initiation mutuelle et dans la réalisation d'un livre où se croisent découvertes des vins et des B.D sous le crayon d'Etienne Davodeau.
Ce qui m'a le plus touchée, je pense, est le coeur que ces deux là mettent à l'ouvrage; On sent la passion, l'enthousiasme, la persévérance, l'envie. Par ailleurs, j'aime la franchise que dégage le récit. Si on n'aime pas, on le dit, et c'est tant mieux, qu'il s'agisse d'un vin ou d'une bande dessinée. Et puis on finit par se prendre au jeu de découvrir avec eux deux filières celle du vin et de l'édition de B.D.. J'ai couru à la bibliothèque hier soir emprunter les bandes dessinées lues au cours de l'initiation racontée dans le livre, et mon caviste ne paie rien pour attendre!
Je crois que ce qui me plait aussi, c'est ce désir d'apprendre, cette curiosité, qui est le moteur de la narration. On aimerait que cela continue, toujours.
Enfin, les rencontres qui marquent le récit, sont fortes, profondes, et elles donnent envie d'aller vers l'autre pour en appréhender son mystère.
Quant au dessin, il est assez simple, épuré, du noir et blanc. Il est humain, quand Etienne Davodeau se plaint de ne pas réussir à dessiner son copain qui vient de se raser la barbe! Il est touchant quand on voit nos deux héros contempler des vignes dans le Jura. Je me suis attardée sur cet encart là en haut de page car je pense que l'on peut chercher à contempler n'importe quel sujet d'expertise comme Etienne Davodeau nous montre ce paysage: avec intensité, avec finesse, en l'englobant dans une bienveillance critique.
Et bien sûr, que de joie de retrouver deux héros de la B.D. le photographe qui est parmi mes préférées...
Bref, on se sent à la maison, on se sent bien entouré... De la douceur et du sens dans un monde de brutes désorientées.
C'est un livre que j'ai envie de conseiller à tout le monde. Même à mes copines qui me répondent: " oui mais moi je ne suis pas BD ". Je dirais: laissez-vous tenter.
13 mars 2012
Mise en abyme

Si vous souhaitez vous prêter à un jeu curieux de mise en abyme, ce roman est pour vous: Le motif dans le tapis, d'Henry James.
Ce grand classique de la littérature nous plonge auprès d'un critique littéraire, dont l'un des auteurs qu'il lit et commente régulièrement lui avoue cacher dans son œuvre un sens à trouver, un motif qui traverse tous ses écrits. Il lui déconseille de se lancer dans sa quête. Pourtant comme vous vous en doutez, la curiosité de lecteur du critique est piquée au vif et il se lance à corps perdu dans la quête du fameux motif.
C'est une sorte de polar de la littérature, avec un curieux jeu qui consiste à nous placer nous aussi à la place de ce lecteur qui cherche à comprendre le sens caché du texte.
Un livre pour tous ceux qui s'intéressent au secret et à ses mystères. Toute la tension narrative se construit autour du secret que certains personnages percent et d'autres pas.
Un texte pour tous ceux qui sont curieux des liens entre critiques littéraires et romanciers, et des petits jeux sociaux des cercles d'intellectuels.
Un livre donc hautement intellectuel et conceptuel je trouve... et qui garde son mystère tout en en faisant tout l'objet de sa narration.
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