31 décembre 2021

Apaiser nos tempêtes


 Très beau roman sur la maternité!

Nous sommes en 1979, aux Etats-Unis. Deux jeunes femmes très différentes tombent enceintes. Anna, étudiante en art à Washington, qui, du haut de ses 22 ans, se passionne pour la photographie et se rêve artiste reconnue; et Cerise, une lycéenne californienne de 16 ans, qui vit plutôt pauvrement auprès de sa mère. 

Anna décide d'avorter alors même que cela est très mal vu et terrifiant pour elle. Cerise tombe sur des personnes qui par foi la supplient de ne pas renoncer à se grossesse. Elle décide alors de garder le bébé.

Nous suivons les deux femmes sur le temps long. Anna va se marier et attendre un enfant, alors que Cerise, tombée dans la pauvreté, va vivre de ménage. Et vous vous en doutez: les chemins de ces deux là vont finir par se croiser. Mais je ne vous en dis pas plus!

Chacune de ces deux femmes va vivre à sa façon des drames et des instants de bonheur.

Un roman qui questionne le choix, la peur et la magie de devenir parent. Un texte qui contient des scènes d'accouchement, ce qui reste très rare et précieux je trouve dans la littérature!

Deux riches portraits de femmes du vingtième siècle.

Une très belle écriture moderne et pleine de subtilités!

Je trouve intéressant que Jean Hegland décrive si justement la chute dans la précarité et la pauvreté, la question de l'accompagnement aussi des personnes défavorisées. La solidarité.

Merci à Christine pour la belle découverte!

30 décembre 2021

Enfant de salaud


Un texte marquant.

Sorj Chalandon, enfant, a entendu son grand père lui dire qu'il était un "enfant de salaud". Et ces paroles le taraudent. Qu'a pu faire son père pendant la seconde guerre mondiale? Porter l'uniforme allemand? Servir les nazis? 

A Lyon s'ouvre le procès de Klaus Barbie. Reporter pour Libération, Sorj Chalandon doit le couvrir en assistant aux séances. Et son père lui aussi est dans la salle, pour écouter. Commence alors la superposition de deux enquêtes. Celle conduite par le juge sur Klaus Barbie et celle conduite par Sorj Chalandon sur son propre père, grâce à l'aide d'un copain historien qui a pu lui passer une copie des archives.

Un texte sur les rapports père fils, sur ce dont on hérite ou pas.

Un livre aussi sur l'histoire, sur le mensonge, sur les secrets de famille.

Bref petite et grande histoire entrelacée!

Et pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, je conseille aussi de découvrir le Quatrième mur de Sorj Chalandon. Sûrement le livre que je préfère de lui!




05 décembre 2021

Je serai là


Encore une bande dessinée! Je serai là, de l'homme étoilé.

L'homme étoilé est un soignant, en soin palliatif. On peut le suivre sur instagram. Mais c'est encore mieux en B.D. On suit sa vie d'infirmier et surtout son lien aux patients.

Pour moi, c'est un concentré d'humanités en bulles. 

Le ton est très juste, les anecdotes sont touchantes. 

Un grand merci Anne-Laure pour la découverte!

21 novembre 2021

Dans la combi de Thomas Pesquet


Un régal que cette bande dessinée! J'ai beaucoup ri! Marion Montaigne a le sens du détail qui tue!

Je ne vous présente plus Thomas Pesquet, l'astronaute, qui vient de regagner la terre après sa deuxième mission dans l'ISS.

Par contre, je vous dirais que ce livre est l'ouvrage parfait pour comprendre son parcours, son entrainement, bref tous les efforts qui se cachent derrière la partie fun et médiatisée de son aventure!

Très intéressant aussi de voir le quotidien dans la station spatiale internationale.

C'est très complémentaire des documentaires qui ont été réalisés sur Thomas Pesquet et ses exploits dans l'espace: je conseille notamment 16 levers de soleil. Absolument splendide!


14 novembre 2021

S'enfuir, récit d'un otage


 


J'apprécie toujours beaucoup les bandes dessinées de Delisle. Et je dois dire que celle-ci m'a particulièrement marquée: il s'agit de l'histoire de Christophe André. Il travaillait pour une ONG dans le Caucase, quand un jour, il fut enlevé en pleine nuit. 

Delisle nous raconte 111 jours de prise d'otage, dans une sorte d'unité de lieu et de temps. Enfermé. Mais on est suspendu à chaque bulle. On est au cœur de l'expérience vécue, au fin fond de la Tchétchénie. Tout est écrit à la première personne, celle de l'otage. Presque tout le récit est en gris clair ou gris foncé. Toujours cette image de la porte fermée, du mur, du lit.  Et l'importance des sons, ou des bribes de conversation volées.

Bref, un témoignage fascinant. 

Merci à Anne-Laure pour la découverte!


11 novembre 2021

L'éblouissante lumière de deux étoiles rouges




Nous sommes en 1941 au moment où l'Allemagne nazie s'apprête à envahir l'URSS. Dans les grandes villes russes, les parents s'organisent pour envoyer leurs enfants à la campagne pour les protéger. C'est ainsi que Nadia et son frère Viktor vont être pour la première fois séparés de leurs parents, qui travaillent au musée de l'Hermitage à St Pétersbourg. Ils doivent d'urgence partir dans un train pour Kazan, tandis que leurs parents tentent de sauver ce qu'ils pensent pouvoir l'être au musée.

Nadia et Viktor partent avec des carnets pour tenir un journal de ce moment si unique.

Mais bien sûr le plan déraille. Ils ne se retrouvent pas mis dans le même train et se perdent de vue.

C'est la guerre. On suit chacun de leurs parcours à travers leurs écrits. Chacun à la recherche de l'autre. Chacun rêvant de retrouver les parents et la famille dès que possible.

Mais ce qui est assez unique dans la forme de ce livre, est que leurs carnets ont été récupérés par les services de sécurité intérieure du pays et qu'ils sont annotés par eux. 

Voici donc un pavé jeunesse très intéressant à lire. Comme toujours avec Davide Morosinotto! Je dirais que ça peut se dévorer à partir de 13 ou 14 ans, pour comprendre le communisme, la guerre, le goulag, les kolkhozes, etc.

Je trouve les personnages des deux adolescents merveilleux d'audace, d'imagination, de solidarité, d'espoir. J'aime aussi qu'on retrouve quelques images ou traces d'objets en plus des carnets annotés.

Bref, gros coup de cœur jeunesse!

Un livre qui plaira à ceux qui aiment les récits d'aventure en temps de guerre!

Un roman pour ceux qui aiment voir en mots l'amitiés entre de jeunes amis engagés!

Si vous avez aimé Le passeur, ou encore Les mondes d'Ewilan, c'est pour vous!

06 novembre 2021

Le libraire de wigtown




 Etre libraire? Comme si vous y étiez? c'est possible avec Le libraire de Wigtown de Shaun Bythell!

Il y a tout: le nombre de livres vendus chaque jour, les commandes à passer, les livres d'occasion à récupérer, les clients sympas, les clients pénibles. Bref tout!

C'est un journal de bord ! On est en Ecosse, dans un village. 

Le ton est assez ironique, piquant. Ce n'est pas du tout la vie plan plan. On sent les énervements de l'auteur, son humour, son petit quotidien, et ses anecdotes.

Bref, un livre qui permet de changer de vie en 500 pages!

Un ouvrage parfait pour ma catégorie: Livres dont les libraires sont les héros!

Ca faisait longtemps!

Bonne lecture!


16 octobre 2021

Les frères Lehman


C'est écrit comme un long poème qui commence en 1844, au moment où Heyum Lehmann débarque à New York. Il quitte la misère à Rimpar en Bavière, il a perdu 8 kg en 45 jours de traversée de l'Atlantique. Il arrive pour se lancer dans le business. Très vite il est rejoint par ses deux frères.

Tout commence petit. Mais comme vous le savez tout va grossir en même temps que le capitalisme va se développer. Car oui il s'agit bien de l'histoire des Lehman brothers, ceux dont la banque disparaitra le 15 septembre 2008!

Commençons par dire que c'est très bien écrit! Il y a du rythme dans ce texte, des mots de yiddish, des mots d'anglais, des mots d'allemands. Des mots qui font mal et des mots qui font rire. Ca chante, ça déclame. Ajouter à ça une pincée d'humour juif, de la précision mathématique, et vous aurez un objet littéraire hors norme qui vaut le détour! Certains passages sont théâtraux, d'autres picturaux dans l'image et le cadrage!

On suit à la fois les fournisseurs de cotons, les prix et les cours, mais aussi les histoires de cœur, la naissance des enfants. Ce livre est une saga familiale assez insolite. Une histoire d'ambition, d'entreprenariat, une petite et une grande histoire !

Un texte pour ceux qui osent la fantaisie même sur un thème bancaire!

Merci à Nadia pour la découverte!



01 octobre 2021

Ce genre de petites choses




Nous sommes en 1985, à New Ross, dans une famille modeste, celle d'un marchand de bois. Trois jours avant les fêtes de Noël, nous suivons le père de famille, Bill, qui est très occupé à ses livraisons.

Le bruit court que, non loin de là, des religieuses utilisent la main d'œuvre de filles enceintes non mariées pour des travaux de blanchisserie, tout en se faisant de l'argent dans la revente des bébés à naitre. Un jour, Bill passe par le couvent pour livrer le bois, et il comprend que ce qu'on raconte est sûrement vrai, en croisant une des filles mères grelotante et apeurée.

Une écriture fine et juste, qui donne à voir la vie d'un héros de tous les jours. 

Un roman qui soulève le voile sur une part parfois oubliée de l'histoire de l'Irlande.

Un petit bijou dédié aux femmes et aux enfants qui ont connu le même sort.

Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau!

Je ne résiste pas à vous recopier l'incipit en ce premier jour pluvieux d'octobre:

"En octobre il y eut les arbres jaunes. Puis les pendules reculèrent d'une heure et les vents de novembre arrivèrent et soufflèrent, perpétuels, et dépouillèrent les arbres. Dans la ville de New Ross, les cheminées crachaient de la fumée qui retombait et flottait en mèches échevelées, étirées, avant de se dissiper le long des quais, et bientôt la rivière, aussi sombre que de la bière brune, se gonfla de pluie."

15 septembre 2021

Un garçon comme vous et moi

Etrange sensation que de me retrouver dans un livre qui me rappelle de si près mes années collèges ou lycées. Jusqu'aux images inclues comme illustrations telles celle de l'effaceur à stylo plume ;) ou encore celle avec les pièces de monnaie de l'époque! 

Ivan Jablonka nous livre ici avec beaucoup de détails ce qui a été pour lui être élevé comme un garçon dans les années 1980. C'est souvent drôle, notamment quand il utilise les éléments notés par ses parents sur ses premières semaines comme bébé, et qu'il compare au dauphin, futur louis XIII. Qui a fait quoi en premier et à combien de mois (bain? dent? sortie? tout y passe) 

C'est souvent très fin aussi, quand il montre combien il échoue à coller aux stéréotypes de genre dans lesquels la société l'élève.

La force du livre pour moi est d'être à la fois très intime et personnel tout en étant très historique et social, en même temps. 

J'aime qu'il retrouve des anciens camarades de classe et qu'ils leur demandent comment eux on vécut les mêmes instants, leurs liens, comme pour comprendre comment lui même a vu juste ou faux, par rapport à la mise en genre, de l'époque.

Un récit très émouvant. Et bien écrit!

Merci Helene pour la découverte!

Un livre que je conseille aux amateurs d'autobiographie!

Un livre qui plaira à ceux qui aiment parfois retrouver leurs vieilles photos de classe, leurs cahiers d'écoliers, qui interrogent qui ils étaient et qui ils sont devenus!

Un livre qui la transmission, les héritages, mais aussi l'émancipation.

"Autour de mon berceau se sont bousculés non pas des fées, mais des survivants, enfants cachés, orphelins, veuves à gros accent yiddish. La peau tanné et ridée de ces vieilles femmes était le sillon où j'allais pousser. La reprise de la vie, ma germination criarde, leur faisait certainement plaisir, mais elle rendait plus obsédant encore le silence des leurs."




01 septembre 2021

L'effet maternel




Un livre bouleversant sur les relations mère-fille.  L'effet Maternel de Virginie Linhart.

Elle est la fille de Robert Linhart, le sociologue auteur de l'établi. Mais dans ce texte point de portrait du père, elle écrit sur sa maman. Une femme qui apparait au fur et à mesure du récit comme plutôt maltraitante, peu attentionnée, peu aimante. Et ce car elle incarne une génération en quête de ruptures vis à vis du milieu familial traditionnel, quoiqu'il en coute pour les siens.

Nous voici projetés dans les années 1970. Dans la jeunesse donc de cette mère, qui en plein post Mai 1968 se construit à travers le féminisme. Elle se veut indépendante, rebelle, libre de tout, même de ne pas s'occuper correctement de ses proches! Sa vie est très marquée par ses amants, ses amours, des désirs, avant tout.

Virgine Linhart quant à elle tente de se construire face à cette mère, en lui ressemblant, en l'évitant, en s'énervant... Elle décortique de pages en pages toutes les postures qu'elle adopte pour tenir, pour grandir, pour s'épanouir malgré tout. Elle montre la complexité de son lien avec les amants de sa mère, et avec ses propres amoureux.

C'est donc un récit très intime, qui nous emmène par écho dans un autre moment fort de vie, celui où Virginie elle-même devient maman et découvre à quel point elle n'a pas réussi à dépasser de nombreuses souffrances en lien avec sa mère et son éducation. A quel point elle a peur de reproduire des erreurs, des schémas délétères.

Un livre qui plaira à tous ceux et celles qui s'interrogent sur la filiation, sur ce qu'on se transmet ou pas d'une génération à une autre. Un livre qui parle du devenir adulte, et ce que cela peut signifier dans le lien aux autres, à ses proches, et au monde.

Un récit qui intéressera ceux qui aiment les biographies, ce qui fait que quelqu'un parvient à se construire ou pas dans son intimité. C'est presque psychanalytique par moment.

Merci à Hélène pour la découverte!

Vraiment un livre pour la catégorie AU FEMININ de ce blog!

 



27 juillet 2021

The Grace Year




Un petit roman en anglais de Kim Liggett: The grace year.

Sur les conseils de Pénélope Bagieu, qui avait listé sur son instagram des romans féministes à découvrir.

Dans ce livre, nous suivons Tierney qui a seize ans. Elle doit partir avec les autres jeunes filles du village dans la forêt pour un an de survie. Seulement si elles passent ensemble cette épreuve, elles pourront revenir et continuer dans leur vie de femmes, en se mariant ou en travaillant. Une société aux règles terribles pour les femmes, qui n'ont aucune liberté ou presque. Mais bien sûr, dans cette société, cette année de "grace year" est un tabou. Personne n'explique ce qui s'y passe. Cela semble très dangereux, compliqué, mais on ne sait rien de plus.

Bref, une vrai dystopie, avec un suspense qui en fait un "page turner" comme on dit.

Pas un grand roman, mais un questionnement sur la solidarité entre femmes, sur les rites d'émancipation, sur les relations homme-femme.

Ca m'a vraiment rappelé Handmaid's tale, hunger games, ce genre de films ou livres.

C'est un roman qui nous met face à la violence sociale, aux discriminations, et aux luttes civiles.

Un texte donc pour toutes celles et ceux qui veulent questionner les construits sociaux du genre, les luttes de pouvoir, les tabous.

Un roman qui est construit comme une série ou film américain, avec tous les ressorts du suspense tels qu'ils le mettent en scène.

Un livre sur la confiance et la résistance.


27 juin 2021

Art et décès




Et voilà une série de petits romans policiers qui se termine: les Sophie Henaff et sa désormais célèbre troupe de flics bras cassés et drôles qu'on avait découverts avec Poulets grillés. 

Cette fois-ci, nous les retrouvons sur un plateau de tournage. Et pour cause, la capitaine Eva Rosière convertit ses romans à l'écran! Mais évidemment, les choses ne sont jamais simples! Le réalisateur est retrouvé mort en plateau, et on sent de suite qu'Eva va faire partie des accusés!

Anne Capestan est sur le coup... Enfin, pas comme d'habitude, car elle est devenue maman! Et elle a d'autres priorités dans la vie!

C'est savoureux et décalé, comme toujours!

Bonne lecture!




30 mai 2021

The rock from the sky


Un petit livre pour enfants en anglais! The rock from the sky de Jon Klassen.

D'abord parce que j'aime le dessin, les couleurs, l'air tendre et simple des animaux.

Ensuite car il interroge la vie. Les choix qu'on fait. le hasard. l'absurde. L'avenir.

Il s'agit pour chacun des animaux de trouver son coin préféré. Là où il est bien! Mais parallèlement des choses étranges se passent, comme des grosses pierres qui tombent du ciel, entre autre.

Un petit côté Beckett! 

Avis aux amateurs!






24 mai 2021

La bombe



Voici une bande dessinée que l'on n'oublie pas: La bombe. Un pavé de 450 pages qui montre à voir tous les acteurs concernés: les japonais qui vivent à Hiroshima, les chercheurs allemands qui fuient l'Allemagne nazie, les militaires américains à qui on confie la mission, etc. 

Ce qui m'a le plus captivée, c'est non seulement qu'on voit tous les angles de vue, mais aussi toutes les décisions individuelles et collectives et comment elles s'enchainent: il y a bien sûr les décisions politiques, mais aussi les décisions militaires, les décisions scientifiques, les décisions médicales,  les décisions éthiques ou non, etc.

J'ai découvert par le récit certaines faces cachées de l'histoire, et notamment celle des américains à qui on injecte en douce du plutonium pour observer les effets sur le corps humain. Ou celle des soldats qui vont saboter les réserves d'eau lourde allemandes en Norvège, au péril de leur vie.

On voit que les auteurs se sont extrêmement documentés.

Le dessin en noir et blanc est marquant aussi je trouve.

C'est un bon complément à la série Tchernobyl, qui m'avait tout aussi intéressée.

Avis aux amateurs!

Et merci à Christine pour le prêt!


01 mai 2021

Une soeur




Deux belles BD de Bastien Vives en ce 1er mai.

J'avais vraiment beaucoup aimé Dans mes yeux et le Gout du chlore; alors je n'ai pas été déçue du voyage avec Une soeur et Amitié étroite qui continuent d'explorer le thème de la rencontre, mais au moment charnière de l'adolescence. Et toujours des traits de crayon simples et doux qui donnent envie de dessiner.

Tout d'abord: Une sœur. C'est l'été, nous sommes à la mer. Antoine, 13 ans, connait ses premiers émois d'adolescent, alors qu'il est en vacances avec ses parents en famille. En effet très vite ils sont rejoints par d'autres amis qui arrivent dans la maison pour partager les vacances avec eux. C'est là que déboule une jeune Hélène qui est comme lui ado à suivre le mouvement familial. Elle est plus âgée, 16 ans, ravissante, attachante. Ce n'est pas sa sœur, mais une très forte complicité se tisse de suite. Pas à pas, leurs liens vont être de plus en plus sexués. C'est vraiment du Bastien Vives tout craché. Un trait épuré et une histoire au plus prêt du ressenti. On est vraiment dans l'intime des personnages. Cela semble presque autobiographique car le personnage d'Antoine se cherche par le dessin.

Ensuite: Amitié étroite. Deux jeunes, Francesca et Bruno, ont la vie typique d'étudiants, qui se cherchent à travers une vie sentimentale et sexuelle libre, en quête d'expériences. Anciens amants, ils ont gardé un lien très fort. On ne sait pas vraiment si c'est une amitié amoureuse, une connivence sensuelle, une complicité d'ex. Vont-ils se remettre ensemble? Qu'est ce que cette amitié étroite entre eux? Une vraie exploration du désir et des sentiments, un peu à la Rohmer. Les couleurs sont plus vives que dans Une soeur. L'ambiance est plus urbaine. 

Alors avis aux amateurs de récits intimistes amoureux. Si vous voulez vous replongez avec nostalgie dans votre vie d'ado ou d'étudiant, et vous souvenir de vos premiers émois, ces BD sont pour vous!




25 avril 2021

Ne m'oublie pas


 


Une BD dont la couverture fait du bien par les temps qui courent: Ne m'oublie pas!

C'est l'histoire de Clémentine et de sa grand-mère, qui souffre de la maladie d'Alzheimer. 

C'est une bande dessinée tout en délicatesse et tendresse. Un peu de douceur dans un monde de brutes. Le graphisme, les couleurs, les traits, vont bien avec ça aussi.

Et puis les BD sont peut-être plus abordables en ce moment, que les romans, pour ceux dont les journées sont lourdes...

Donc en bref, beaucoup de justesse, une jolie histoire, un brin de poésie!

J'aime bien la question du lien entre les générations et comment il se tisse.

Je trouve qu'Alix Garin nous propose un road movy intéressant ! Son héroïne ne supporte pas de laisser sa grand mère finir sa vie ainsi, enfermée. Elle lui offre comme un nouveau souffle, même si leur voyage est un peu fou!

Merci à Anne-Laure pour la découverte!



18 avril 2021

L'année du lièvre


Une BD marquante: L'année du lièvre. J'ai dévoré les trois tomes!

Un livre qui nous fait faire un voyage dans le temps et l'espace. Nous sommes en 1975 à Phnom Penh. Les khmers rouges prennent le pouvoir et imposent leur ordre social nouveau fait de terreur. 

Nous suivons une famille qui est déportée à la campagne, mais aussi la vie de ceux avec qui elle se retrouve, leur choix, leur peurs, leur survie. 

Tian, l'auteur, nous donne à voir les stratégies des uns et des autres pour tenir, s'adapter, survivre... ou pas! Il nous parle de ses parents (Khim et Lina), qui vont connaitre son arrivée au monde en plein moment de basculement vers la tyrannie des khmers rouges. C'est une BD qui est très réaliste, et qui montre les khmers rouges par le quotidien. Le jour le jour. 

J'aime beaucoup les traits de dessin de Tian, c'est simple, touchant, juste. 

Une BD pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire du Cambodge et des cambodgiens!

Une belle découverte à la super médiathèque de La Tour du Pin. Bravo aux équipes pour les excellents choix de bandes dessinées sur place!





27 mars 2021

Casabianca


 


Une fois n'est pas coutume, je partage avec vous non pas un roman mais un témoignage. Le livre s'appelle Casabianca et est signé par le capitaine de vaisseau L'herminier.

Casabianca, c'est le nom d'un sous-marin. Et pas n'importe lequel.

En 1942, lorsque l'annexion de la zone libre par l'Allemagne commence à entraîner des sabordages de la flotte française, l'Herminier et des membres de son équipage fomentent un coup: Une évasion du port de Toulon!

Cap vers Alger, pour rejoindre les alliés. 

Le Casabianca va alors servir à des missions de renseignement et de ravitaillement en hommes et en armes vers la Corse et la Provence.

Un livre qu'on dévore. 

Dès les premières pages, il y a le suspense. Est-ce que l'équipage va réussir à quitter la France sans se faire tirer dessus par l'aviation allemande? Va-t-il réussir à atteindre Alger sans se faire torpiller par les alliés?

Et puis il y a le ton de l'Herminier, qui partage à la fois les émotions, mais aussi les rapports d'étape, un schéma explicatif. On se sent à bord avec eux. Avec la condensation qui fait qu'ils sentent des gouttes sur leur visage. La nuit par forte mer dans le doute. 

On découvre aussi l'envers de la Résistance. Jamais je n'avais pensé que des sous-marins avaient pu jouer des rôles clé dans la libération de la France.

L'histoire est faite d'imprévus. Ils se croient à telle distance des côtes corses et se retrouvent en fait à deux pas d'une falaise, pas du tout où ils le pensaient! Une autre fois, c'est un incendie qui se déclenche à bord.

Mais ce livre est avant tout l'histoire d'hommes, tout entier dédié à leur cause.

Très intéressant de voir l'importance des préparations, le rôle clé que joue le type de matériel. Les hasards aussi.

Merci à Rémi pour cette très belle découverte!

Un livre pour ceux qui s'intéressent à la Marine, aux sous-marins, à la seconde guerre mondiale, à la résistance.





25 mars 2021

Le marchand de bonheur




Après avoir lu La république du bonheur de Ito Ogawa (la suite de la Paperie tsubaki, et vraiment dans la même veine), j'ai enchainé avec le Marchand de bonheur de Davide Cali et Marco Soma. 

J'ai tout de suite craqué pour le coup de crayon qui me rappelle l'univers des machines de l'île de Nantes.

Et bien sûr, j'ai accroché à l'histoire! Notre héros est M. Pigeon. Et il vend du bonheur, en pot. Si! Je suis sûre que beaucoup d'entre vous sont preneurs par les temps qui courent!

En plus ce sont des offres personnalisées et personnalisables, du petit au gros pot, du pack de 6 à des modèles singuliers très joliment décorés. 

Monsieur Pigeon livre à domicile, bien sûr. Et il va voir pas mal des oiseaux des bois!

Mais comme vous vous en doutez, le bonheur de s'achète pas.

C'est ainsi que Monsieur Souris, dont personne ne se soucie vraiment, retrouve un pot vide… Je ne vous en dis pas plus!

Un petit bijou ce livre pour enfant je trouve.

Très réussi!

C'est un univers vraiment touchant avec de l'humour dans les éléments du dessin et dans les détails de l'histoire.

Bref, une fable qui fera le plaisir des petits et de grands.


20 mars 2021

Des mangas!


Petites découvertes de Mangas en ce mois de mars 2021.

Mon coup de cœur fut Chiisakobe. L'histoire d'un jeune charpentier qui suite au décès de ses parents dans un incendie se retrouve à gérer l'entreprise familiale et à retourner vivre dans sa maison natale. Dans des temps compliqués, il va s'accrocher à la devise de son père pour tenir: humanité et volonté. Deux mots peut-être clé aussi par les temps qui courent? Ce manga tourne autour de la relation qu'il noue avec une de ses amies d'enfance qui décide de s'occuper d'orphelins dans la maison où il vit. Je ne vous en dis pas plus. C'est très japonais dans les rapports sociaux, les traditions, le devoir, etc. Très dépaysant!

Autre manga: Après la pluie. Déjà plus un manga pour ado, j'ai trouvé. Akira est une jeune fille qui travaille dans un restaurant pour se faire un peu d'argent. Elle tombe secrètement folle amoureuse du gérant. Donc tout tourne autour de son amour pour son patron. Par ailleurs, on comprend qu'elle avait un grand avenir sportif devant elle, mais que suite à une blessure à la cheville, elle est bloquée dans l'avancée de ce projet de vie. Va-t-elle pouvoir retourner à l'athlétisme? quel lien va-t-elle nouer avec le tenancier du restaurant? A vous de lire!

Enfin un manga plus enfant: YotsubaKoiwai Yotsuba est une petite fille de six ans très énergique et enthousiaste. Elle vient d'emménager en ville, ce qui représente pour elle une grande découverte! Elle vit entourée de son père, qui ne cesse de lui faire des recommandations et de ses nouveaux voisins : la famille Ayase, avec trois filles plus âgées dénommées Ena, Fuuka et Asagi. Chaque volume raconte la vie quotidienne de Yotsuba : Son inexpérience et son jeune âge donnent lieu à de nombreux gags. Le manga joue sur le comique de situation, et s'adresse avant tout à un jeune public je pense. En tout cas, personnage très attachant!

Voilà. Comment voyager depuis son salon! Il ne vous reste plus qu'à commander japonais!

Bons mangas à tous!




07 mars 2021

Une joie féroce




Désolée pour l'absence, mais difficile de se remettre sur un écran après des heures de télé-travail!

Un petit Sorj Chalandon, en ce dimanche soir: Une joie féroce.

Le thème du livre peut dérouter puisqu'il s'agit du cancer. Nous suivons quatre femmes qui font des aller-retour à l'hôpital pour des séances de chimiothérapie. Chacune d'elles face à la maladie va se redécouvrir, et comprendre ce qui donne sens pour elle à la vie.

Par ailleurs, elles vont se réparer mutuellement à travers l'entraide, la solidarité, et aller jusqu'à des extravagances inattendues! Je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher le suspens!

C'est un roman qui est assez émouvant, entre les moments de détresse, les joies, les rires, les surprises bonnes et mauvaises.

Le style est vivant, vivace presque. 

C'est comme si Sorj Chalandon nous racontait une chimio comme un road trip entre copine.

Un livre à conseiller à toutes les femmes en soin, en traitement, et en chemin de guérison.

Un roman qui fait plutôt du bien et donne envie de liberté!



29 janvier 2021

Non Non Ba

 



Un petit bijou que ce manga: Non Non Ba de Shigeri Mizuki.

C'est l'histoire d'une grand mère japonaise et de son petit fils. Elle l'accompagne dans la vie et lui transmet tout ce qui compte, à commencer par l'existence de Yokaïs et de leurs légendes. Ce sont des petits personnages, comme des fantômes, qui vivent dans certains bois, ou certaines mers, et qui ont des pouvoirs sur leur environnement et sur les gens, dans la tradition japonaise. 

Dans cette chronique très touchante, on retrouve toute la vie du Japon rurale, mais aussi toute une philosophie du monde, qui montre combien l'invisible joue un rôle dans notre univers.

J'ai été émue par les liens qui unissent la grand mère et sa descendance, mais aussi par les liens entre enfants, la place des parents, leurs rêves (tenir un cinéma), et les pressions de réussite. 

Qu'il est beau de voir comment l'auteur trouve le trait juste pour nous raconter son enfance, et l'ouverture sur l'art et le dessin qu'elle lui a donné. On voit comment il fait de ses crayons la clé de son épanouissement et de son devenir.

Bref, vous l'aurez compris, Grand Coup de Coeur!

Merci à David, pour ce très beau cadeau...




16 janvier 2021

A cinq ans, je suis devenue terre à terre




On connaissait Jeanne Cherhal chanteuse, voici Jeanne Cherhal autrice! Sur 150 pages, elle nous présente les mots qu'elle aime. De "sorcière" à "cercle", en passant par "ramasse-bourrier"! 

Forcément, j'accroche! Car j'aime le goût des mots, de leur sonorités, de leur connotations. J'apprécie le choix des mots et ce qu'ils révèlent de nous et de nos existences.

Ainsi, j'ai été émue de retrouver des mots de patois vendéen! J'ai été touchée de sentir dans le choix des mots des bouts de portraits, des tranches de vie.

Ca se lit tout seul, deux pages par mots, ou trois au plus. 

Chaque mot est un petit moment de vie. Pour certains, ce sont des clins d'œil, aux proches, à la fratrie, au parcours de Jeanne Cherhal.

Bref, un petit trajet et puis s'en va.

Reste la trace poétique de l'instant.

Un livre qui donne envie d'écrire sur ses mots à soi, pour les garder tendrement!

Merci au Père Noël pour le cadeau!

Un livre au féminin!



05 janvier 2021

Personne ne sort les fusils



Sandra Lucbert, normallienne et agrégée de lettres, interroge la langue et le langage des dirigeants de France Télécom, lors du procès qui s'est tenu en 2019. Sept personnes sont sur le banc des accusés, pour maltraitance de salariés, et ce jusqu'aux suicides de certains d'entre eux.

Elle s'appuie sur les travaux des linguistes qui ont étudié les procès du nazisme, pour montrer comment par des glissements de mots, des terminologies managériales, on peut gommer le mal, bien qu'il existe.

Sandra Lucbert questionne la logique sociale, la logique économique, la logique psychologique et ce dans le choix des mots, la construction sociale du langage lors d'un plan de transformation en entreprise.

Parmi la cause des maux, il y a les mots. Ceux qui sont dits, ceux qui sont tus. Il y a les petites phrases et les grands discours et ce qu'ils révèlent de fonctionnement ou de dysfonctionnement organisationnel. 

C'est un coup de poing dans le ventre. Une piqure de rappel aussi, ce texte.

Comment nous faisons ou pas société passe par le language, les concepts, anciens et nouveaux. La langue nous construit, nous façonne, pour le meilleur et pour le pire.

Alors choisissons bien nos mots, ceux de la responsabilité, de l'éthique, de la critique.

Je trouve remarquable toutes les références que l'on sent en lisant Sandra Lucbert, notamment à Bauman et la liquidité de la modernité ravageuse. A Kafka, à Rabelais, Artaud et tant d'autres.

Un livre qui montre combien il est important de ne pas nous adapter à tout, qu'il est fondamental de décortiquer voire de déconstruire les concepts, les slogans, les titres, les indicateurs, et j'en passe. 

Merci à Marie pour ce précieux conseil.

Gardons les yeux ouverts.