18 février 2018

Le musée des merveilles



Ben, un ado réservé, se retrouve orphelin au décès de sa mère.N'ayant jamais connu son père, il est confié à la famille de cette dernière, auprès de laquelle il se sent assez seul. Une nuit d'orage, il retourne en douce dans sa maison, pour tenter de recueillir des informations sur sa mère, et de retrouver des traces de son bonheur perdu. C'est alors que tout bascule... La foudre tombe sur la maison et fait perdre en partie l'audition à Ben... au moment où il avait enfin trouvé une piste qui le conduisait jusqu'à New York pour retrouver son père...

Parallèlement, on suite Rose, qui vit cinquante ans plus tôt, en 1927, à New York et qui est une enfant sourde, dont les parents ont décidé qu'il était trop dangereux qu'elle sorte en ville seule. Celle-ci fugue pour aller au cinéma, ou pour retrouver son frère qui travaille dans un musée...

Les deux histoires se suivent en parallèle, celle de Ben écrite et celle de Rose dessinée en noir et blanc, ce qui rend le livre vraiment unique. La surdité des personnages se prêtent bien à la lecture de dessins silencieux je trouve.

Et comme vous vous en doutez, peu à peu des liens vont apparaître entre les deux histoires.... pour n'en faire qu'une!

C'est un magnifique roman d'apprentissage, qui est une ode à l'autonomie, au musée, à la collection, à New York et à la créativité.

A la fin du livre, Brian Selznick nous raconte tout ce qui lui a permis de l'écrire, toutes les rencontres, découvertes, lieux, et on réalise que tout est très documenté. Ça rend encore le livre plus beau de pouvoir se rendre compte du voyage qu'a fait l'auteur pour le réaliser.

Un livre à offrir pour sa forme et pour la beauté de l'histoire. Les personnages sont émouvants, attachants et le livre se lit tout seul.

Un roman sur la culture des personnes mal entendantes, sur l'histoire de l'éducation des enfants sourds à travers les générations.

Un roman sur les origines, les filiations, les héritages, la transmission.

Apparemment, le livre était sorti une première fois en français sous le titre Black Out, puis il est ressorti sous le nom Le musée des merveilles, au moment où le film qui en est tiré est sorti en France.

17 février 2018

Aucun de nous ne reviendra



Une comète que ce livre: Tome 1 Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo.

Une écriture sublime pour raconter le pire: Auschwitz.

L'écriture ou la vie m'avait marqué à jamais. Aucun de nous ne reviendra aussi.

Autour de scènes du quotidien qui n'en est pas un, Charlotte Delbo nous replonge dans l'horreur du nazisme et des camps, par flash qui se succèdent tous aussi insoutenables les uns que les autres. Elle y montre la déshumanisation totale de ces femmes de partout en Europe. Elle fait très bien ressentir comme il en devient difficile de rester dans la vie, l'espoir, quand tout est décharnement, non sens, épuisement, petites et grandes humiliations.

Ces instantanés du souvenir s'encrent à jamais en nous, comme le parallèle qu'elle fait entre des mannequins de boutique et le transport des corps humains défaits et désarticulés à l'extrême. Ou encore la description de la soif... mise en mot avec une telle force. Les solidarités aussi: une femme qui en cache une autre pour qu'elle puisse pleurer.

Une des écritures les plus fortes qu'il est donné de lire...

Presque impossible à chroniquer ici, tant c'est une écriture de l'absolu!

A lire tout simplement.

Merci Marie pour le conseil de lecture!


16 février 2018

Songe à la douceur



Un roman dont rien que le titre fait du bien! J'ai dévoré d'une traite, et j'en suis sortie avec une certaine nostalgie!

Magnifique histoire d'amour entre Tatjana et Eugène. Lorsqu'ils se rencontrent, c'est l'été, elle a quatorze ans et lui dix-sept... Lorsqu'ils se re-rencontrent par hasard, dans le métro, c'est dix ans plus tard, à la station BNF... Que c'est doux, que c'est bon....

Tout le récit est inspiré d'Eugène Ounéguine de Pouchkine, tout est en vers.  J'aime beaucoup le flot et le rythme des mots, le dessin des pages, le lyrisme. Ça se lit presque trop vite!

J'ai trouvé intéressant la figure de la narratrice omnisciente. L'humour ou l'ironie que cela permet. C'est bien vu.

Clémentine Beauvais ancre très bien son roman dans notre époque, avec le rôle du net, de skype, de Google ou Facebook. On s'y retrouve! On s'en amuse.

J'aime beaucoup la B.O. du roman (liste de musiques qui figure au tout début).

Bref un roman pour oser avoir le cœur battant, en cette semaine de Saint Valentin!

Un livre qui donne envie de vivre intensément et qui plaira aux romantiques, à ceux qui gardent de la douceur en eux.

Un roman sur l'adolescence, les premiers émois, la rencontre.

Un objet textuel à offrir à ses amies pour une lecture de printemps! Une petite merveille!

Merci à Croquelinottes, ça fait du bien de découvrir des livres qui vont au bout de leur projet!

Songe à la douceur a eu le prix Libraires en Seine et La voix des bloggeurs. C'est mérité!


03 février 2018

La journée de la vierge



Un premier roman chez l'Olivier, qui est un peu un Sex and the city mais à Paris, sous la plume d'une khâgneuse à la plume fine,  Julie Marx: La journée de la vierge.

Notre narratrice a décidé de rester à Paris en ce 15 Août, pour apprivoiser sa solitude. Enfin elle n'est pas vraiment seule: il y a Beethoven, sa plante verte qui ne se porte pas au mieux; il y a aussi sa voisine suicidaire... et il y a surtout toute une galerie de personnages qui font sourire!

Julie a le sens de l'anecdote et du détail, le sens de l'ironie aussi. Certaines scènes sont très cinématographiques!

J'aime tout particulièrement comment elle matérialise les gestes de la célibataire: se gratter le dos contre un mur, car personne à qui demander... Entre autres!

J'ai été intéressée aussi par le fait que chacun des personnages trouve une clé, une posture, face à la solitude, un peu comme dans La condition humaine de Malraux, chacun des personnages trouve un sens à sa vie à sa façon.

Evidemment il y a aussi un jeune homme sur le chemin, et ce qu'il faut de suspense!

Il y a enfin une réflexion sur les auto-entrepreneurs ou free lancers, les solitaires abandonnés du capitalisme?

Un roman à offrir à ses copines ou sœurs célibataires!

Un livre qui peut se lire d'une traite ou par chapitre, le soir, un peu comme on regarderait un épisode d'une série girly!

Merci à Julie pour son sens de l'observation tragique et drôle, pour son analyse de ce que le vide affectif en métropole surpeuplée de touristes peu donner et pour cette chouette signature à Libralire jeudi soir dernier.


27 janvier 2018

Jusqu'ici tout va bien



Un roman coup de cœur en ce début d'année! On sourit et on s'attache de page en page !

On est en 1968 dans l'Etat de New York. Un jeune ado y emménage avec toute sa famille, dans une maison crasseuse, dans un bled paumé. Son frère est odieux avec lui. Son père est maltraitant...  Il n'y a rien dans le coin. La ville est minuscule. Rien, non, il y a une bibliothèque et avec elle la découverte d'un monde!

J'ai adoré! C'est un roman jeunesse dur mais plein d'espoir. Une ode à l'émancipation et à la solidarité. On va de surprise en surprise. Les non-dits sont puissants et le chemin suivi pas aussi linéaire qu'on pourrait le croire au début...

On suit le rythme de l'année scolaire, avec des statistiques régulières partagées par le jeune narrateur, qui ne manque pas d'humour. A chaque chapitre son nom d'oiseaux, mais ça je vous laisse découvrir pourquoi!

Notre jeune Doug est entouré de personnages attachants ou drôles, à commencer par les prof, le proviseur, le bibliothécaire, le grand frère qui rentre très amoché du Vietnam, la veille dame écrivain à qui il livre les courses le samedi, les enfants qu'il babysitte, le patron de l'usine de papier de son père, etc.

Tout sonne juste.

Un livre qui donne envie d'aimer la vie, de goûter les détails comme un coca bien frais bu d'une traite, de dessiner, de faire son jardin.

Un roman pour ceux qui aiment observer les tableaux, les oiseaux, ou les gens.

A lire toute l'année et sans modération.

Gary D. Schmidt a eu le prix du meilleur livre jeunesse du magazine LiRE pour ce roman.

Merci à Croquelinottes, librairie à St Etienne pour la découverte!




14 janvier 2018

Au revoir là-haut..


Un autre prix Goncourt! Celui de 2013!

Un roman un peu à la Fée Carabine de Pennac. Des personnages hauts en couleur! Un humour bien à lui! Pierre Lemaitre nous fait vivre la fin de la seconde guerre mondiale en France et la mise en place par des poilus rescapés mais estropiés, d'une immense escroquerie au monument aux morts et d'une autre pour l'exhumation des corps des soldats. A chaque arnaqueur ses outils et ses manipulations!

J'ai accroché au ton décalé, au suspense sur l'avenir des meurtris du conflit. J'ai trouvé les personnages inoubliables dans leur genre, dès les premières pages. Je ressentais un vrai attachement pour eux, dans la détresse mais aussi la solidarité. L'arnaque est partout et à toutes les pages avec une ironie qui dénonce les banques, les administrateurs, les fonctionnaires, les fous de pouvoir et de séduction.

Le roman aborde aussi le sujet des rapports père-fils, la question de l'homosexualité d'un enfant refusée par les parents, la douleur du retour de soldats à la vie civile, la question des mutilés de guerre.

J'aime la place que tient l'art dans le récit, avec les fameux carnets de croquis, les masques fabriqués chaque semaine, la volonté de garder vivant la créativité dans la douleur.

Les chapitres forment à chaque fois des séquences autour d'un des personnages. Et les liens se tissent pas à pas entre eux. Très pratique pour une lecture d'une chapitre par soir, ou par trajet!

Il y a un coté Conte de Monte Cristo aussi, dans la vengeance et le secret.

Je referme ce roman au moment où sort la suite!

Un livre à conseiller à tous ceux qui s'intéressent à la Première Guerre Mondiale! Aussi intéressant qu'A l'ouest rien de nouveau, Les croix de bois, etc.

Un roman qui plaira par son burlesque aux amateurs de textes humoristique et décalé!

Un livre qui plonge dans une époque, souvent injuste, qui dénonce au passage les inégalités et leurs conséquences!









07 janvier 2018

l'ordre du jour



L'ordre du jour raconte l'histoire au niveau micro, l'histoire des tâches de café sur la table, des hésitations dans les réunions, des sourcils qui se froncent ou pas.

C'est un roman qui éclaire les liens entre l'Allemagne et l'Autriche au début du nazisme et au commencement de la seconde guerre mondiale. On y a voit les deux chanceliers se faire face dans des moments incroyables de l’histoire et ses tournants.

C'est aussi un livre qui éclaire les liens entre grandes entreprises et gouvernement sous le nazisme. Opel, Siemens, etc. Qu'ont vraiment fait les industriels allemands ? En quoi croyaient-ils?

Ça se lit vite, c'est court. On a l'impression d'être dans les coulisses du pouvoir nazi. Mais ça fait bizarre aussi de ne pas avoir le making-off. On aimerait comprendre qu'est ce qui est repris d'une autobiographie d'un des participants de la réunion, qu'est ce qui est inventé de toute pièce. On sent qu'Eric Vuillard s'est documenté, et on aimerait savoir où et quoi est influencé par quelle source ou archive.

Evidemment c'est un roman qui pose la question de qui est responsable, qui a laissé faire, qui a soutenu, et pourquoi.

Un livre qui plaira au féru d'histoires.

Un roman pour ceux qui aiment les séries comme A la maison blanche.

A lire d'une traite je trouve, pour un voyage en train, puis à débattre en croisant avec des regards d'historiens!

Merci à Jonathan pour le prêt!

Ainsi j'ai lu le Goncourt 2017!