15 octobre 2017

Nos richesses



Encore une belle surprise de la rentrée littéraire! Nos Richesses de Kaouther Adimi.

Nous sommes au côté d'Edmond Charlot, qui a vingt ans et rêve de créer une librairie à Alger, qui serait comme celles qu'il a aimé découvrir à Paris. Charlot va devenir même éditeur et va jouer un rôle clé pour des auteurs comme Camus, Vercors et d'autres. On commence dans les années 30 et on suit pas à pas toute sa vie pleine de rebondissements.

Nous suivons aussi Ryad, qui en 2007 a pour mission de stage ouvrier de vider la librairie de Charlot pour permettre à un vendeur de beignet de s'y installer. Nous sommes dans le monde actuel, avec des jeunes qui ont du mal à trouver même un stage et à s'insérer socialement quelque part.

Et au milieu, Kaouther Adimi nous fait vivre l'histoire du vingtième siècle en Algérie...

C'est un roman qui est polymorphe, avec des passages qui sont des extraits de journal de bord de Charlot, d'autres qui sont des récits et des dialogues qui retracent la seconde guerre mondiale, les "événements" d'Algérie. On y retrouve la torture, l'espionnage, la censure. On voit que Kaouther Adimi s'est beaucoup documentée pour écrire.

Un roman qui fait découvrir Alger, ses populations, son histoire.

Une ode aux libraires et éditeurs qui donne envie de lire, et encore lire!

Ce qui est touchant dans ce récit, c'est qu'il pointe du doigt l'absence de transmission entre les plus âgés et les plus jeunes en France et en Algérie. En effet, Ryad ne comprend même pas ce qu'il est en train de faire... il vide sans comprendre le sens du lieu, lui qui ne lit pas.

J'aime le fait que Kaouther Adimi est plutôt toujours en deça qu'en delà. Il y a de la pudeur, de la retenue dans ses pages.

Un petit extrait pour la route:

"Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux. (…) Mais vous, vous emprunterez les ruelles qui font face au soleil, n’est-ce pas ? Vous parviendrez enfin rue Hamani, l’ex-rue Charras. Vous chercherez le 2 bis que vous aurez du mal à trouver car certains numéros n’existent plus. Vous serez face à une inscription sur une vitrine : Un homme qui lit en vaut deux. Face à l’Histoire, la grande, celle qui a bouleversé ce monde mais aussi la petite, celle d’un homme, Edmond Charlot, qui, en 1936, âgé de vingt et un ans, ouvrit la librairie de prêt Les vraies richesses."

13 octobre 2017

L'invention des corps



Un roman de la rentrée littéraire, qui nous parle du monde d'aujourd'hui et de demain, des transhumanistes et de la Silicon Valley.

Alvaro est un jeune codeur mexicain, un peu hacker, qui gagne sa vie en enseignant l'informatique à des jeunes. Un jour en 2014 tout bascule pour lui quand il est très violemment maltraité avec d'autres étudiants par la Police Mexicaine. Il assiste à un massacre, à des assassinats perpétués par les forces de l'ordre. Tout devient insupportable, tout devient irrespirable, il part.

Il migre et va alors devenir sans papier. C'est donc un regard sur l'injustice, la migration, mais aussi sur le monde des transhumanistes de San Francisco, car c'est là qu'il espère être recruté par un riche PDG de start up de l'high tech qui veut mettre fin à la mort au sein de son entreprise Le Cube.

Je ne vous en dis pas plus.

Ça se lit tout seul dans un style très particulier, haché, qui entremêle l'histoire d'Alvaro avec celle de la création de l'internet et du mythe de la singularité. Je préfère pour ma part les passages au côté d'Alvaro que les parties sur l'histoire du web.

Un livre sur le rapport aux corps, aux sensations physiques, à une époque où tous les corps ne se valent pas, au moment où l'intervention sur les cellules souches remet en cause l'écriture du génome même. Une écriture qui prend aux tripes.

Un roman qui marque une époque, ses mythes, ses croyances, ses oppressions et ses risques. Je trouve que l'auteur pose les bonnes questions à travers les choix ou les non-choix des personnages. Que veut dire mettre la recherche au profit d'une vision qui n'est pas partagée? Quel sens donner au code dans un monde révoltant?

Merci Anouck pour ce beau conseil!


08 octobre 2017

le prodigieux destin de Peter



Peter Peton, tout simple et fragile, est né dans une famille pauvre, qui vit dans un bidonville en France. Un jour alors qu'il gribouille sur un vieux journal, son père y lit une annonce pour un poste de concierge dans une usine de chanson pas loin. Avec un tel nom de famille, le voici parti pour une nouvelle vie.

La famille Peton vit sous le toit de l'usine, là où se trouve la chaudière à caoutchouc pour les semelles des pantoufles. Mais un jour, voici que tout explose, et Peter entre dans le coma...

Il en sortira avec des grosseurs qui poussent dans le dos...

Des ailes vont émerger de sa colonne vertébrale, qui l’emmèneront loin... sous le chapiteau du cirque des merveilles!

Un très beau roman jeunesse sur la différence et la singularité.

Un roman qui montre combien le cirque, l'amitié et le rêve peuvent permettre de sortir de sa condition sociale.

Des pages vraiment merveilleuses, avec un style proche du conte qui fait sourire au détour des aventures...

05 octobre 2017

La milléclat dorée



Voici un livre pour enfant que j'ai eu beaucoup de plaisir à offrir cet été: La milléclat dorée!

Renard apprend qu'il existe une fleur magnifique et très rare, de la famille des Biencachées, que l'on peut trouver en haut des montagnes! Il se met donc en quête et rencontre lors de sa randonnée de nombreux animaux et de jolis paysages.

C'est un album pour les amoureux de botanique et de marches en montagne!  On apprend plein de choses sur la flore, les différentes parties d'un paysage de montagne, et ce avec de belles illustrations.

Un petit peu de grand air et de poésie, à l'arrivée de l'automne!

Avis aux petits et aux grands!





27 septembre 2017

Les vies de papier



Un roman très touchant, sur la vieillesse, le Liban, les femmes et la littérature!

Aaliya Saleh a 72 ans et les cheveux bleus, par mauvaise manipulation d'un shampoing! Elle a vécu libre et forte, à Beyrouth toute sa vie, par temps de pais comme par temps de guerre et de chaos. Dans son appartement: des livres mais aussi des pages et des pages de traduction d'ouvrages, des tas de souvenirs, des disques de Chopin.... Elle nous promène dans sa ville, elle nous fait entendre la bande son des lieux, les odeurs des quartiers.

J'aime vraiment ce personnage! Et j'aime le sens de l'anecdote de Rabih Alameddine. Il y a notamment une scène de fuite d'eau mémorable dans l'immeuble! Le texte grouille de citations littéraires et musicales. Le flux de la narration est envoûtant bien que passant du coq à l'âne, au gré de la mémoire.

Un livre pour tous ceux qui veulent découvrir le Liban, son histoire, son ambiance!

Un roman pour les amoureux des librairies et des mots.

Un roman sur la liberté, les choix et le destin.

Ce roman a eu le prix Fémina étranger en 2016 et c'est mérité!

Merci beaucoup Anouck pour ce très beau cadeau!

En plus ce livre bat tous les Libellés de ce blog: Littérature libanaise, Au féminin, Découvrir un pays, Roman d'immeubles et Livres dont les libraires sont les héros! Avis aux amateurs!


24 septembre 2017

Sally Jones




C'était la première fois que je lisais un roman dont l'héroïne et la narratrice était une gorille. Mais j'ai adoré et je m'en viens chaudement vous recommander de faire la connaissance de Sally Jones.

Sally Jones est très intelligente. Elle vit à bord d'un bateau où elle est aide mécanicienne. C'est celui d'Henri Koskela, un ami et capitaine que Sally Jones appelle Chef. Elle y a appris à lire et à écrire.

Mais un jour, alors qu'ils manquent de travail, Henri Koskela va accepter une mission peu recommandable et qui va mal tourner... Il se retrouve en prison, et Sally Jones ne va avoir qu'un objectif: prouver son innocence et le faire libérer.

Commence alors une longue histoire, à Lisbonne, puis en Inde... Une histoire au son du Fado et de l'accordéon.

C'est un roman captivant, plein de rebondissements, d'exotisme, d'amitiés.

En plus le roman est illustré, ce qui rend l'objet hors du commun.

Il y a des passages mémorables avec un Maharadja! Je ne vous en dis pas plus!

Ce livre a remporté le prix August en Suède, car son auteur en est natif.

Un livre pour ceux qui ont envie de prendre la mer!

Un roman qui fait du bien...

Un petit extrait pour la route:

"Il y a quelques jours, le Chef m’a fait cadeau d’une vieille machine à écrire. Une Underwood n° 5, modèle 1908. Il l’a achetée à un brocanteur ici, sur le port de Lisbonne. Le levier de retour manquait et plusieurs touches étaient cassées. Le Chef sait que j’aime bien bricoler les vieux objets.
Il m’a fallu quelques soirées pour réparer mon Underwood n° 5. Aujourd’hui je m’en sers pour la première fois. Certaines touches sont toujours difficiles à enfoncer mais je devrais pouvoir y remédier à l’aide d’une pince et d’un peu d’huile.
À travers mon hublot, je vois que la nuit est déjà tombée. La lumière des navires au mouillage étincelle dans l’eau noire du fleuve. J’ai installé mon hamac et je ne vais pas tarder à aller me coucher.
Cette nuit, j’espère échapper aux cauchemars.
C’est de nouveau le soir."

06 septembre 2017

L'étrange disparition d'Esme Lennox



C'est l'histoire de deux générations de femmes à travers deux d'entre elles, Iris et Esme. Comme ça rien ne les sépare. Elles sont toutes les deux un peu frondeuses, toutes les deux fortes. Mais pourtant elles sont de deux époques : Iris vit aujourd'hui dans un monde d'ouverture aux autres, de liberté et d'autonomie des femmes dans leur vie amoureuse, familiale et professionnelle; Esme, elle, a grandi dans les carcans, les non-dits, de l'Inde puis de l'Ecosse des années 30.

Tout commence à Édimbourg, quand Iris apprend qu'elle a une grande tante enfermée dans un asile qui va fermer, Esme. Alors qu'Iris essaie de comprendre comment avancer elle-même dans ses choix amoureux, elle va se retrouver en charge d'Esme, qui porte de lourds secrets de famille. Pourquoi Esme a-t-elle donc été internée tant d'années? Que s'est-il passé dans sa vie et dans celle de la famille?

Tout commence aussi en Inde, quand la jeune Esme apprend qu'elle va devoir regagner l'Ecosse où elle va maintenant vivre. Tout bascule quand elle doit se mouler dans des codes sociaux qui la dépassent, des habits trop serrés et une éducation trop rigide.

Par un mélange de souvenirs et de discussions, nous allons peu à peu découvrir la vie d'Esme, et une partie de l'histoire de l'Ecosse du début du vingtième siècle longtemps oubliée. Les liens entre Iris et Esme vont se resserrer tout en douceur.

C'est un roman qui donne à voir l'absurdité des normes de contrôle social.

C'est un livre qui questionne la solitude, les silences, les déchirures familiales.

Un roman sur la fratrie, les liens de filiation.

J'ai beaucoup aimé le mélange de ces monologues intérieurs familiaux. Un très beau style, sans un mot en trop.

C'est clairement un livre pour la catégorie AU FEMININ de ce blog. Merci Christine pour cette belle découverte.