Vue sur la littérature d'ici ou d'ailleurs, à la recherche de petites pépites à partager, pour ré-enchanter nos imaginaires d'avenir... Mon site web de prospective: pan-or-amiques.com
19 juillet 2015
Debout payé
Debout payé de Gauz est un premier roman à saluer. Il nous permet de découvrir la vie des vigiles des Séphora et autres Camailleux à Paris, avec beaucoup d'humour. Ce roman nous offre un regard presque sociologique sur la France d'aujourd'hui et l'immigration africaine.
J'aime la façon dont l'auteur nous offre des classifications d'acheteuse et de voleuse. J'aime son regard sur les soldes. J'aime son analyse des petites situations en boutique. Il nous offre comme des petits abécédaires du monde consumériste moderne.
A côté le récit des années qui passent et de l'immigration africaine.
Allez, un petit bout pour la route:
"Quand sonne le portique.
Le portique de sécurité sonne quand quelqu'un sort ou entre avec un produit qui n'est pas démagnétisé. Ce n'est qu'une présomption de vol et dans 90% des cas le produit a été payée en bonne et due forme. Mais il est impressionnant de voir comme presque tout le monde obéit à l'injonction sonore du portique. Presque personne ne le transgresse. Mais les réactions divergent selon les nationalités et les cultures.
Le Français regarde dans tous les sens comme pour signifier que quelqu'un d'autre que lui est à l'origine du bruit et qu'il le cherche aussi, histoire de collaborer
Le Japonais s'arrête net et attend que le vigile vienne à lui
Le Chinois n'entend pas ou feint de ne pas entendre et continue son chemin l'air le plus normal possible
Le François d'origine arabe ou africaine crie au complot
L'Américain fonce directement vers le vigile, sourire aux lèvres et sac ouvert
L'Allemand fait un pas en arrière pour tester le système
Le Brésilien lève les mains en l'air."
12 juillet 2015
Guerre et séparation
Steffi et Nelli sont deux soeurs juives autrichiennes qui ont dû fuir le nazisme à Vienne en se réfugiant en Suède, seules. Elles sont accueillies sur une ile qui leur semble au bout du monde, battue par le vent et le froid, dans deux familles pentecôtistes austères. Converties et baptisées, elles tentent de grandir en restant fidèles à leurs parents au loin, tout en s'adaptant à ce nouveau pays et à ses nouvelles coutumes.
Elles s'accrochent à la nature, aux lettres qu'elles reçoivent du pays, au rêve de la fin de la guerre. Elles s’émancipent et murissent chacune à leur façon, en faisant leur miel des rencontres, joies et déception.
Magnifique roman en quatre tomes de Annika Thor. On s'attache tout de suite aux personnages, la guerre remplit chaque chapitre d'intrigues inattendues. Un roman sur les réfugiés du monde entier, sur l'accueil, la solidarité et le partage, sur le choc des cultures et des âges.
Une tétralogie qu'il faut lire absolument! Le style est sobre et fluide. Le suspense est à son comble. Que vont-elles choisir de devenir? Reverront-elles un jour leurs parents? Vont-elles être séparées par la guerre?
On est très touché par les petits et grands malheurs du quotidien. Les insultes que reçoivent les juifs à l'école même en Suède. Les nouvelles des morts et disparus. On est aussi attendri par chaque petit geste attentionné, qui sont des petites lumières paisibles pour Steffi et Nelli. On vit la fin de la guerre avec intensité.
On se dit qu'on a bien de la chance de vivre en paix.
Très facile à lire, cette histoire reste avec nous bien après avoir refermé le livre.
A lire dès 11, 12 ans et jusqu' 99 ans!
27 juin 2015
adolescentes...
Deux petits romans pour adolescentes: Super de Endre Lund Eriksen et Dear George Clooney de Susin Nielsen.
Dans les deux cas, nous suivons une jeune héroïne en mal de vivre: Dans Super, il s'agit de Julie qui en a assez des soirées avec ses parents, à ne jamais rien oser faire... et qui se fixe une liste d'objectifs plus ou moins farfelus à atteindre pendant ses vacances.
Dans Dear George Clooney il s'agit de Violette dont la mère divorcée ne sort qu'avec des loosers, ce qui la pousse à prendre les choses en main pour lui trouver un prince charmant...
Et dans les deux cas, le goût de vivre revient par un plan d'actions mis en place pour la jeune ado avec enthousiaste et raté, mais toujours en y croyant et en restant au plus proche de ses désirs.
On passe de bons moments à les suivre, dans leurs déboires, leurs idées noirs, puis roses... ! On les voit grandir et devenir elle-même, grâce à de solides amitiers.
Je conseille les deux pour colégiennes et lycéennes et pourquoi pas pour toutes celles qui ont gardé des coeurs d'enfant ou d'ado rebelles!
Ce qui est poignant c'est l'idéal vers lequel elles tendent chacune à leur manière, et qui les pousse à trouver un compromis avec la vie pour moins la subir. L'humour est communicatif. Leurs métamorphoses sont pleines de subtilités.
Vive la vie et les rêves!
21 juin 2015
Emails enchantés
Vous reprendrez bien un petit email? Non, non, non me direz-vous! Trop d'emails. Mais c'est parce que vous ne les recevez pas d'Adeline Parmentier et Pierre-Marie Sotto!
Dans Et je danse aussi, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat mettent en mots électroniques ces deux personnages pour notre plus grand enchantement.
La première est grande, grosse et brune et semble habiter un village perdu au nom glauque. Le second est un romancier à succès en panne d'inspiration. Tout commence quand ce dernier reçoit de la première un mystérieux paquet par la poste qu'il tient à lui renvoyer sans l'ouvrir. Oui, mais... c'est compter sans la ténacité d'Adeline Parmentier, son humour, ses déboires et ses demi-confidences.
Un roman épistolaire qui donne envie d'écrire et de recevoir des emails, mais des vrais j'entends. Un livre qui montre les paradoxes de la fiction et du mensonge. Mais surtout deux personnages très attachants. Avec tous leurs défauts, leurs plaies béantes, leurs ironies et leurs manies.
Merci Marie-Louise. J'ai passé un très TRES bon moment. A en rêver d'être enfin dans le métro pour pouvoir continuer la lecture! A se sentir VIVANTE!
Un livre qui se lit tout seul, en douceur, et qui donne envie d'aimer la vie. Autant dire que je vois peu de monde à qui il déplairait!
Un petit bout pour vous mettre en appétit:
"Cher Pierre-Marie,
On peut dire que vous avez l'art de souffler le chaud et le froid! D'ailleurs je me suis réveillée ce matin avec un gros rhume, il n'y a pas de hasard. Cela dit, je ne veux pas vous faire porter le chapeau: ce coin de campagne où je me trouve "cloitrée" (je vois que la pesanteur de mon adresse ne vous a pas échappé, et je regrette de ne pas avoir eu votre clairvoyance avant de m'installer ici il y a neuf ans) est particulièrement humide."
18 juin 2015
Femmes, luttes et cailloux...
On les garde toutes auprès de soi en refermant Photo de groupe au bord du fleuve, Laurentine, Méré, Zizina, Bilala, Mayolo, et toutes les autres femmes du chantier au cailloux.
On était à leur côté à casser des blocs de pierre en petits bouts au bord du fleuve... On s'est sentie solidaire avec elles quand elles ont décidé de se battre pour obtenir un meilleur prix pour leur sac de pierres et leur labeur. On les a suivi dans leurs débats et leur déboires.
Toute l'Afrique au féminin est là: la pauvreté, la guerre, les violences sexuelles et domestiques, la corruption, la répudiation, les coups, et la guerre, la soumission au travail... mais aussi les rires, les tresses, la musique, le mile, et l'envie de changer le monde!
Merci à Emmanuel Dongala pour ce livre humaniste, vaillant et engagé!
Un roman à mettre bien vite dans toutes les mains!
C'est un livre chorale, où chacune des femmes livre tour à tour un bout de vie, un bout de discrimination et un bout de courage pour vaincre et porter haut leurs rêves et leurs couleurs!
"Tu te réveilles le matin et tu sais d'avance que c'est un jour déjà levé qui se lève. Que cette journée qui commence sera la sœur jumelle de celle d'hier, d'avant hier et d'avant avant-hier. Tu veux trainer un peu plus au lit, voler quelques minutes supplémentaires à ce jour qui pointe afin de reposer un brin plus longtemps ton corps courbatu, particulièrement ce bras gauch encore endolori par les vibrations du lourd marteau avec lequel tu cognes quotidiennement la pierre dure. Mais il faut te lever, Dieu n'a pas fait cette nuit plus longue pour toi."
Si vous avez aimé Des vivants et des morts, vous aimerez!
Libellés :
Au féminin,
Littérature africaine,
Roman de lutte
13 juin 2015
Tout un art!
Un petit ovni en ce samedi! Et ça rime!
Juanjo Saez nous propose une conversation imaginaire avec sa mère pour nous faire découvrir son rapport à l'art et aux oeuvres. C'est tout à la fois un roman et une bande dessinée, une histoire de l'art et des relations mère-fils.
J'aime que Juanjo Saez nous offre sa vision de Calder, Picasso ou Dali. Mais j'aime surtout qu'il démystifie le rapport à l'oeuvre pour revenir à l'essentiel: nos émotions. Les dessins du quotidien, genre naifs et tendres, se mêlent à des tentatives décalées de reproduction d'oeuvres pour mieux nous offrir son regard sur elles.
Ce qui marche est sa sincérité et son partage d'une certaine vision de l'existence.
Merci à maman pour ce beau cadeau d'anniversaire!
31 mai 2015
Broadway limited, un diner avec Cary Grant
En voilà du bonheur! Un nouveau Malika Ferdjoukh! Quel régal! Courrez vite l'acheter! Vous mettrez un brin de poésie dans votre vie, des petits pas rythmés et des rires féminins dans une salle de bain...
Un livre qui donne envie d'être sincère et enthousiaste, confiant dans la vie, amoureux et guilleret!
Tout commence à New York en 1948 quand Jocelyn Brouillard débarque de sa Bretagne dans une pension... Mais la propriétaire est catégorique: aucun jeune homme ne peut loger à Giboulée. C'est uniquement pour les jeunes filles comme Chic, Hadley, Manhattan, toutes des personnages en quête de gloire, d'amour et d'épanouissement!
Heuresement, la joyeuse mayonnaise va prendre, ou plutôt devrais je dire le velouté d'asperge sur un fond de boogiewoogie et de parties de poker. Je ne vous en dis pas plus! Malika Ferdjoukh nous fait tourner la tête et nous laisse le souffle coupé dans l'attente de la suite des aventures!
On s'amuse des caractères bien trempés, des situations cocasses. On goute à la musique et au film de l'époque. On est tout de suite emporté par l'ambiance à la Fred Astaire et autres baisers à la Cary Grant. On accroche à l'humour de l'auteur! Ça tourbillonne!
Un roman qui donne envie d'avoir un surnom, d'aller danser un soir d'hiver, de fêter Halloween ou Thanksgiving, d'avoir un bouquet de violette à la boutonnière, de courir dans la neige!
Des chemins de vie touchants... car derrière les belles lumières beaucoup de non-dits et de vies tordue à Giboulée, pour le meilleur et pour le pire... Chacun des personnages est attachant à sa façon. Leur bienveillance mutuelle tient chaud au cœur. On aime les suivre dans leur rendez-vous galants et leurs auditions! On aime les confidences lors des préparations aux sorties (je te prête un chapeau tu me prêtes tes chaussures, en échangeant sur les dernières gossips de la pension).
Comme toujours chez Malika Ferdjoukh de joyeuses paroles imagées et enjouées, des petites escapades amoureuses, des animaux qui parlent ou presque.
L'intrigue est riche et bien menée. Chacun porte son mystère, et les chemins des uns et des autres se croisent comme par magie!
Vivement le tome 2!
L'incipit pour vous mettre en appétit. Allez hop, à New York! Ça va pepser, foncer, danser, et youpi!
"La jeune fille ouvrit la porte au jeune homme. Un essaim de feuilles rouges s'engouffra aussitôt à l'intérieur de la maison tel un gang de sorcières à l'affut. La jeune fille était brune et sans doute souriait-elle. Difficile d'en être sûr à cause de la sphère en bubble gum rose d'un diamètre épanoui qui lui poussait au milieu de la figure. "
Libellés :
Au féminin,
Littérature française,
Pour Ado,
Romans d'immeuble
18 mai 2015
Harmonie
Roman tout droit arrivé du Japon et du Futur! Harmonie nous plonge dans un monde du numérique et de la data où chaque individu porte un "watchme" qui permet à l'admenistration de suivre la santé personnelle de chacun.
Plus d'alcool ou de café, la société promeut une vigilance énorme pour éradiquer toute graisse ou maladie. La souffrance est évacuée de tout, des journaux, du corps, etc. Chacun marche en affichant son RA, c'est à dire une courte présentation de lui même, une sorte de carte de visite un plus plus complète ouverte à tous.
Seuls les enfants échappent au contrôle total, ce qui inspire trois d'entre eux à entrer en résistance.
Publié en 2008, Harmonie est un livre visionnaire, écrit par Projet Itoh à l'âge de 35 ans alors qu'il se mourrait d'un cancer à l’hôpital.
Un roman de science fiction qui questionne la santé, le système administratif de gestion, le rapport à l'autre en société, la déviance et l'éthique.
Foucault aurait sûrement apprécié!
Avis aux amateurs de SF et avis à ceux qui en lisent peu mais veulent goûter aux risques numériques d'un monde big brotherisé!
Merci à Sophie et Christophe pour le prêt du livre et le conseil de lecture!
Fascinant!
10 mai 2015
Traversée amoureuse...
Après Toute passion abolie, qui m'avait beaucoup plus, voici La traversée amoureuse de Vita Sackville West, son tout dernier roman.
On y retrouve les obsessions de l'auteur: la mort, l'indépendance, la liberté, et ce qu'on en fait.
Nous sommes en croisière autour du monde avec un narrateur sur le point de mourir et la femme qu'il aime mais à qui il ne le dit pas. Edmund Carr, journaliste, vient en effet d'apprendre qu'il n'avait plus que quelques mois à vivre. Il décide de suivre Laura en voyage, une veuve dont il est éperdument amoureux, sans lui révéler la nature de ses sentiments, le mal qui l'accable, etc.
On sent la passion grandir pas à pas, on sent la beauté de la complicité, la joie de la conversation, le partage des découvertes du voyage. Quel magnifique huit clos! Quel merveilleux échanges.
J'aime les monologues intérieurs du désir. M'aime-t-elle vraiment? Les relectures maintes fois des conversations achevées pour savoir si elles cachaient des non-dits:
"Je viens d'avoir avec Laura une conversation des plus troublantes et ne sais qu'en penser. Si c'était une autre femme, je penserais qu'elle a essayé de me faire du charme, mais avec elle une telle idée m'est insoutenable. Ce qui contribue à ma perplexité, c'est mon impuissance à isoler une phrase, une question qui n'ait pas été dite dans une de nos conversations antérieures; c'est quelque chose de subtil, d'abstrait, que j'essaie de cerner."
J'aime comment le narrateur observe tout des gestes de l'être aimé, son intérieur, ses postures, ses mots.
C'est un peu Downton abbey.
Avis aux coeurs sensibles qui tournent et retournent les mots et les rêves!
19 avril 2015
Intuitions sinueuses
Et voilà! Le dernier Fred Vargas est sorti! Quelle joie de retrouver Adamsberg, le commissaire à l'intuition sinueuse, tout en sensation et lâcher prise.
Cette fois-ci le froid vient d'Islande...
Le suspense est à son comble.
L'équipe est au complet: le chat qui dort sur la photocopieuse, la marche que tout le monde râte, Danglard et son petit blanc.
Même le voisin espagnol est toujours présent, lui pour qui ça gratte fort...
Je ne vous en dis pas plus. Pour ceux qui aiment l'univers, tout est là...
Et l'intrigue prend bien.
Avis aux amateurs d'histoire et de révolution,
Avis aux voyageurs qui aiment les iles embrumées,
Et à ceux qui aiment les enquêtes menées par un esprit non cartésien!
15 avril 2015
Les crocodiles
Il y a des sujets qui ne sont pas simples à aborder, comme le harcèlement sexuel, les discriminations homme-femme, les sifflements et frôlements pas agréables dans le métro. Et c'est là que Thomas Mathieu fait mouche avec sa bande dessinée: Les crocodiles.
Il y croque le sexisme ordinaire, sous toutes ses formes ou presque. La force de son regard, c'est celui d'un homme à l'écoute, qui veut vraiment comprendre et dire stop.
Alors oui c'est éprouvant à lire, mais oui il faut recommander la lecture de ce livre à tous, hommes et femmes.
Le ton est juste. L'ouvrage est aussi fait comme un livre de self help et propose des solutions.
Avis à tous et toutes...
Lançons la chasse aux crocodiles!
29 mars 2015
Espagne en crise...
Premier album très sensible et riche: Papier froissé de Nadar.
Nadar a la trentaine et fait partie de l'historieta espagnol, qui produit en ce moment pas mal d'ouvrages qui mettent en scène la crise sociale et politique qui a émergé ces dernières années dans leur pays, avec toutes les souffrances et frustrations qu'elle engendre.
En 390 pages, qui mêlent habilement différentes temporalités et jeux de croisements narratifs, nous suivons la vie de deux hommes un peu perdus: Jorge, adulte, seul et mutique, dans sa chambre d’hôtel, et son petit boulot à la scierie/ menuiserie. Un être qui reste distant du monde, de ces collègues et de la tenancière de l’hôtel. Et puis un ado, Javi qui est en décrochage scolaire. Il vit seul avec sa mère dépressive, en se faisant payer pour aller casser la figure à d'autres, récupérer des portables volés par la force, etc. Une sorte de mercenaire moderne.
Rien ne semble les rapprocher si ce n'est la crise économique, les liens familiaux distendus, la violence qu'ils subissent ou cherchent. Les suivre dans leur existence reste mystérieux. On se demande qui ils sont au fond d'eux. Rien ne semble faire lien entre leurs deux lignes parallèles de vie.
Mais voilà, sous le crayon de Nadar, l'humain suite de partout, rejaillit dans toute sa force et sa faiblesse, pour rapprocher, tisser des liens inattendus entre les destins.
Je ne vous en dis pas plus.
C'est avant tout une BD sur les ruptures dans la vie, la façon de les affronter. C'est aussi un livre sur la quête de soi, avec forces et faiblesses, culpabilités, mensonges et arrangements avec la vie.
On peut y trouver un message intéressant sur l'apprivoisement au sens du petit prince. C'est une réflexion sur l'abandon, la filiation.
A lire absolument.
Un roman graphique auquel on repense longtemps après l'avoir refermé.
26 mars 2015
Charlotte Salomon vie ou théâtre
Bien sûr la plume n'est pas sûre, le roman pas à la hauteur... mais quelle histoire, celle de Charlotte Salomon. On est à Berlin, dans une famille de drames, au cœur de la montée du nazisme. Les femmes se suicident en lignée, la richesse intellectuelle est attaquée de toute part. Mais Charlotte Salomon se sauve par l'art, par la peinture. Elle dépasse tout par sa créativité, son imaginaire et son acharnement à produire. Alors après avoir lu le roman, on se jette sur google pour voir les tableaux... (les livres sont épuisées). Une femme dont on a envie de comprendre et connaitre le destin.
Un peu comme Foenkinos... en ça on peut le remercier.
Une femme dont on aurait aimé lire une autobiographie. Il faudra courir dans les quelques musées qui exposent ces toiles!
10 mars 2015
Une nuit pour tout dire et taire
Gila Lustiger nous fait vivre dans Cette nuit-là une nuit de discussion entre deux soeurs , Lisa et Tania, juste après le décès de leur oncle. Elles s'aiment, se jalousent, se taisent, se plaignent, s'énervent. Tout rejaillit dans cette maison familiale, des petites mesquineries aux grands rêves.
En toile de fond, leur oncle qu'on devine par touches fines, qui les réunit et les désunit tour à tour.
Un livre sur le deuil, sur la famille, sur le pardon, sur l'amour.
La forme du livre est intéressante. Chaque chapitre permet une alternance de point de vue entre Lisa et Tania.
Une ambiance allemande et universelle à la fois.
C'est aussi un roman sur la maladie, les aidants, les soins, la douleur.
"Les premiers temps, elle avait apporté le savon, tenu le thermomètre et la serviette sans pouvoir jeter un regard au corps dénudé et décharné de son oncle. Depuis que la maladie s'en était emparé, tout ce qui, en lui, avait un jour été rond et massif était devenu anguleux et desséché. C'avait été un choc la première fois qu'elle l'avait vu, et elle n'avait jamais pu s'y habituer. Quand en plus on laissait trainer quelques pommes sur la table de nui (paraît-il que cela favorise le sommeil...) elle ne pouvait s'empêcher de penser à Cézanne, et à sa nature morte au crâne."
Merci à Sylvie pour le cadeau.
Libellés :
Au féminin,
Littérature allemande,
Rapport à la mort
01 mars 2015
Un océan d'amour... à lire d'urgence!
C'est une petite BD sans bulles, sans texte, sans onomatopées... pleines de boites de sardines, de grands vents et grandes marées.
Héroïne: une bigoudène bien en chaire.
Héros: un petit pêcheur du coin.
Intrigue: ils vont vivre de merveilleuses aventures pleines d'humour et de rebondissements en série.
Je vous offre la quatrième de couverture pour finir de vous convaincre!
En bref: à lire de tout urgence pour faire arriver le printemps!
17 février 2015
La jubilation au quotidien
Jubilatoire et terre à terre. Deux expressions qui ne vont pas si bien ensemble et pourtant qui font mouche pour parler du Liseur de 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent.
Guylain Vignolles est un homme de routine et de détail. Nourrir le poisson rouge, compter le nombre de platanes jusqu'au RER, s'asseoir sur le strapontin... et lire: une page chaque jour, sortie de nulle part ou presque. En fait elle sort de la Zerstor 500 de l'usine de pilonnage où il travaille. Tous les jours, les rebus de lecture des prix littéraires de l'automne, tous les soirs les feuilles qui en ont réchappé, dument collectées.
Et Guylain Vignolles attirent autour de lui des personnages hors normes, qui chacun à sa façon transfigure le quotidien par la littérature, le goût des mots, de l'écrit, et des pages.
L'humour est au rendez vous, avec ce je ne sais quoi de l'air de rien.
Un roman à glisser dans son sac en toute hâte pour s'octroyer des petites évasions dans les transports en commun ou aux toilettes.
Je ne vous en dis pas plus!
Bonne découverte et merci à Marie-louise!
25 janvier 2015
Un petit air de Downton abbey... l'exotisme en plus!
Quel bonheur de découvrir Une odeur de Gingembre d'Oswald Wynd.
C'est le seul roman qu' Oswald Wynd signa de son vrai nom.
Nous suivons Mary MacKenzie, qui s'embarque en 1903 pour la Chine pour y épouser Richard Collingswoth, attaché militaire britanique auquel elle est promise. Le roman se présente sous la forme de son journal intime et des lettres qu'elle écrit principalement à sa mère et aussi à quelques amies.
Quand elle monte à bord du S.S. Mouldera, elle a tout de la jeune fille bien éduquée et chaperonnée qui découvre le monde, tout en s'y tenant bien à distance comme le veulent les règles établies. Pas à pas, elle va découvrir Pékin et la vie... avec finesse et intelligence, en s'affranchissant de la bienséance pour mieux s'immerger dans une culture étrangère qu'elle veut comprendre.
"Eh bien, me voilà en Chine pour la première fois, étant donné que Hong Kong n'est pas vraiment la Chine. Hong Kong est un bel endroit, mais ici c'est assez hideux, d'après ce que j'ai pu en voir. Mon hôtel est dans la concession française. Je n'avais jamais entendu parler des concessions et c'est le vice-consul, venu à ma rencontre, qui m'a expliqué de quoi il s'agissait. Apparemment, les grandes puissances ont pris des morceaux de Chine et y ont établi leurs propres lois, les autochtones ne pouvant y pénétrer que comme des étrangers, ce qui semble assez bizarre. Tous les bâtiments que je vois de ma fenêtre sont européens, et à part les pousse-pousse et ces Chinois que l'on voit dans les rues, je n'ai pas du tout l'impression d'être en Orient. Une petite rivière coule devant la ville, très sale et très encombrée d'embarcations. Des pauvres gens vivent dans des bateaux le long des berges, avec leurs familles, leurs chiens et leurs chats. Ils font la cuisine en plein air et par ce froid, sur des braseros. Mme Brinkhill m'avait dit de m'attendre à voir une très grande misère en Chine, et avait ajouté que je m'y habituerais "
La force de tout le texte réside dans la psychologie de Mary, qu'on voit se déployer, mêlée au journal de voyage.
La forme du texte fait qu'il est possible d'entrer au plus juste de son ressenti par le journal tout en voyant par les lettres ce qu'elle donne à voir ou pas de ce qu'elle éprouve.
Le récit est plutôt lent, tout en intégrant des coups de théâtre entre deux messages, comme se joue d'ailleurs la vie, entre petite routine et imprévus. Et les revirements ne manquent pas! Quelle vie! Quel parcours! Un très beau personnage de femme libre et forte!
Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher la découverte. Vous pouvez même éviter de lire la quatrième de couverture pour être tout à fait surpris au fil des pages!
Libellés :
Au féminin,
Découvrir un pays,
Littérature anglo-saxonne
08 janvier 2015
Dodu velu et petit... vous connaissez?
C'est l'histoire d'Eddie, qui aimerait bien faire un joli cadeau à sa maman pour son anniversaire. Elle fait le tour de toutes les boutiques du village, dans l'espoir de trouver quelque chose...
Avec des tous petits riens et beaucoup d'imagination elle trouvera un joli dodu velu petit multi-usage. Je ne vous en dis pas plus.
Très bel album pour enfant. Joli couleur, traits poétiques et joyeux.
Un album qui donne envie de glaner comme les petits et les grands.
Avis aux petits bouts!
01 janvier 2015
Malo de Lange
Histoire de bien commencer l'année, un petit Marie-Aude Murail, qui écrit si bien pour les 7 à 77 ans. J'avais beaucoup aimé Miss Charity et Oh Boy! Je me suis régalée avec Malo de Lange, fils de voleur, chez l'Ecole des Loisirs, en littérature jeunesse.
Tout commence quand l'abbé Pigrièche de l'orphelinat de Tours demandent aux demoiselles De Lange, deux veilles filles des alentours d'adopter le petit Malo. Elles voulaient une fille, mais finissent par céder en voyant la belle chevelure blonde du petit.
Mais le mystère plane. Malo porte le signe des bagnards à l'épaule, une fleur de lys tatouée au fer chaud, ce qui effraie dès le premier bain et la découverte du signe funèbre...
Très vite le petit Malo apprend la vie, les amitiés, les mensonges... jusqu'au jour où il est enlevé par un bandit, un certain Riflard qui prétend être son père...
Mais personne n'est ce qu'il croit être et Malo se retrouve à la quête de son passé, de son père, et du mystère de sa naissance, embarqué dans un voyage inattendu. Un roman d'initiation, de vagabondage, de petits et grands malfrats.
Pour survivre Malo devient bonimenteur, voleur à la tir, et je vous en passe et des meilleurs. Il fait de belles et de moins heureuses rencontres... jusqu'au fameux Lapin volant, une taverne parisienne qui renferme bandits et assassins et qui devient sa maison au coeur de la capitale, avec sa bande d'écorchés de la vie, petits et grands poètes...
Commencez l'année en fréquentant la canaille et en parlant l'argot des grinches! Vous vous attacherez vite à ce personnage plein de ressorts cachés et de malices.
Le livre est très bien écrit et ponctué de petites phrases insolites qu'on n'oublie pas, je vous en donne une pour la route!
"Il n'y a pas que les colliers de perles qui font plaisir aux dames, comme disait Salomé en recevant la tête de saint Jean-Baptiste sur un plateau."
Avis aux amateurs de littérature jeunesse mais pas que...
Avis aux amateurs de traits d'humour croustillants qui font briller les yeux... et frémir les zygomatiques.
Avis aux fans d'Arsène Lupin et autres gentils voyous!
Merci aux libraires de la Bouquinette à Strasbourg pour cette belle découverte! Et pour ceux qui sont dans les environs allez-vite découvrir cette joyeuse librairie pour enfants! Vous tomberez sous le charme!
Tous mes vœux de lectures: des mots tendres, des phrases mélodieuses, de jolis univers, des personnages émouvants, du suspense, des pages qu'on tournent la larme à l'oeil, et plein d'autres surprises encore! Merci de votre fidélité à Panoramiques... 9 ans déjà!
28 décembre 2014
Mlle Scaramouche, un roman de cap et d'épée pour les fêtes!
Mademoiselle Scaramouche, un joli roman à la Alexandre Dumas pour les fêtes! Suspense, rebondissement et coup de grâce au coin du feu!
Tout commence lorsque Zinia assiste à la mort de son père, maître d'épée vieillissant, quand celui ci glisse malencontreusement dans un duel. Elle le venge, par les milles et uns tours qu'il lui a appris, et se retrouve donc en fuite... Son monde va s'écrouler, lorsqu'elle apprend qu'en fait il n'est pas son père, que son corps à elle Zinia est déjà présent dans le tombeau familial sous la forme d'un bébé mort né;
Qui est-elle? Jean-Michel Payet nous propulse à Paris, à Versailles, chez Molière et jusqu'à la cour du roi pour comprendre le fabuleux destin de Zinia la rousse, alias Mlle Scaramouche!
Un roman classé en littérature jeunesse, mais qui peut se lire à tout âge.
Un livre qui nous plonge au 17e siècle, avec toute la splendeur des exploits d'épées, des mousquetaires, du théâtre, et de la vie parisienne... En garde!
Une belle héroïne au caractère bien trempé, et qui sera jouée des tours et des scènes pour réussir!
Lancez vous vite à la poursuite de l'énigme des quatre soleils! Vous passerez un joyeux moment de fête!
Libellés :
Héroïnes rousses,
Littérature française,
Pour Ado,
Roman historique
08 décembre 2014
Femmes de pêcheurs...
Un magnifique roman: Quand rentrent les marins, de Angela Huth.
Myrtle et Annie sont amies depuis toujours, dans un petit village d’Écosse de bord de mer. La vie du village et de leurs familles tourne autour de la pêche. Comme les vagues de la mer, les marins vont et viennent au rythme de la saison, et les femmes au port alternent solitude angoissée et retour agité.
Myrtle est calme, pleine de réserve, de modestie et de gentillesse. Annie est très belle, toute à la séduction, aux apparences et à la consommation. Deux versants très différents de la féminité. Le roman retrace leur amitié et leurs chemins de vie avec tact, sensibilité et finesse. On les voit enfants, adolescentes, adultes, vieillissantes. Des va-et-vient imperceptibles dans le temps construisent deux caractères comme des aquarelles mouillées par le vent et les embruns.
Le sens de l'observation de Myrtle porte le roman d'un bout à l'autre, tout en subtilité et en force. Elle mène une vie simple et attachante.
C'est aussi un roman sur le deuil, sur l'absence, sur la douleur, le manque et le vide.
C'est un roman sur les tous petits riens de la vie, quelques gouttes de pluie qui font des dessins sur la vitre, une partie de cartes qui fait oublier l'orage, une petite tasse de thé à partager.
C'est un roman au féminin, sur les mères, les filles, les amies, les épouses, les institutrices, les aides soignantes à la maison de retraite, les vieilles, les jeunes, les cuisinières, les coquettes, les amoureuses, les solitaires, les curieuses...
Un livre qu'on a envie de recommander pour de belles soirées d'hiver au coin du feu.
Un livre qui interroge le sens de l'amitié et de l'amour.
Je vous offre la première phrase pour vous donner envie de lire les 488 pages qui suivent... (Qu'est ce qu'on quitte à regret ce petit univers familier quand les derniers mots s'éteignent...)
"Les femmes de pêcheurs ont coutume dans la journée de jeter de multiples coups d’œil vers l'horizon, mais il faut être des leurs pour savoir repérer ces regards furtifs, la lueur d'angoisse au fond de ces yeux prématurément vieillis par l'examen répété de la mer lointaine."
Libellés :
Au féminin,
Littérature anglo-saxonne,
Mers et océans
23 novembre 2014
Secret de famille à Nagasaki
Une perle rare. Le poids des secrets de Aki Shimazaki. Et en plus un objet livre très doux et beau avec ce camélia en couverture.
C'est l'histoire d'un petit fils qui questionne sa grand mère Yukiko sur la guerre, sur la bombe atomique à Nagasaki, sur les raisons du bombardements, sur les coupables, etc.
Et c'est l'histoire de sa mère, Namiko, qui finit par découvrir que derrière les conversations entre la grand-mère et le petit fils, se cache un secret de famille qu'elle va devoir affronter.
C'est l'histoire d' une longue lettre testament laissée par Yukiko et qui va changer à tout jamais l'image qu'on pouvait se faire de son enfance et de son adolescence.
Enfin c'est l'histoire d'une mission confiée à Namiko...
Mais je ne vous en dis pas plus.
Ce qui m'a touchée c'est l'image des camélias. Symbole d'amour, de passion, de lien, de souvenir.
Le ton est juste. Le récit est poignant.
Bref, je me lance de ce pas dans le tome 2... de cette pentalogie, dont j'ai acheté les autres 4 tomes ce week-end.
Magnifique découverte pour les amateurs de japon, d'histoire de famille et de guerre.
19 octobre 2014
Le dernier Murakami...
En voilà un que j'étais contente de voir sortir (je l'attendais même!): le dernier Murakami.
Je l'ai lu avec délectation! Un beau style simple et puissant.
Tsukuru Tazaki, le héros du roman, était toujours entouré du même groupe d'amis au lycée. Ils formaient un groupe inséparable... jusqu'au jour où il a été brutalement banni de ce cercle amical. Sans aucune forme d'explications. Il s'est noyé seul dans un puit de chagrin sans fond, avant de ne reprendre sa vie en main. Suite à la rencontre d'une fille, il va se replonger dans ce passé et essayer de comprendre ce qui a bien pu se passer.
Ce livre est donc à la fois le récit d'une enquête quasi policière et l'analyse psychologique des étapes du dépassement de soi suite aux cataclysmes petits ou grands de la vie. On n'y retrouve toutes les passions de Murakami: la musique, les cocktails, les liens entre les êtres qui se lient et se délient, etc. Un peu moins de fantastiques, quoique... Et puis cette quête du sens de l'existence, l'exploration des illusions et des attentes, etc.
Le roman aborde beaucoup de sujets en lien avec l'émancipation: la question du désir sexuel, le rôle du métier ou de l'emploi, le sens du voyage, etc.
Le jeux sur les couleurs des noms des personnages ferait presque penser à Paul Auster.
Un roman à lire absolument si vous aimez Murakami. Vous ne serez pas déçus!
Un roman qui permettra à ceux qui ne sont pas trop fan de fantastiques de s'ouvrir les portes de l'univers littéraire de Murakami...
05 octobre 2014
Enquête en monastère
Avec Absolution par le meurtre, Peter Tremayne se lance dans une longue série d'enquêtes conduites par Fidelma, une nonne de l'église celtique également chargée de justice dans le droit irlandais.
Avec ses grands yeux verts, et ses quelques mèches rousses qui dépassent de sa coiffe, elle trace son sillon avec droiture et indépendance, devant tous les grands prélats de ce monde réuni en concile en cet an de grâce 664. La question à laquelle ils doivent répondre: faut-il rester dans l'église celte ou se rallier à Rome? Alors que les débats sont sur le point de commencer, la porte parole de la thèse celte est retrouvée morte dans sa cellule. Fidelma, côté celte, va mener l'enquête en tandem avec le moine Eadulf, côté église de Rome, afin de garantir l'impartialité dans le traitement des faits. Une forte complicité va naitre entre les deux enquêteurs tandis que d'autres énigmes et morts vont les amener à interroger sous différents angles leurs hypothèses.
L'auteur maitrise bien le sujet des églises, dogmes et croyances de l'époque. On s'attache très vite à Fidelma et Eadulf. Bref, un policier historique qu'on dévore avec plaisir... et on en redemande!
Merci à Stéphane pour la découverte!
28 septembre 2014
Tel-Aviv comme si vous y êtiez...
Etgar Keret vit à Tel-Aviv et vient d'avoir un enfant. Dans Sept ans de bonheur, il narre avec humour et ironie, les sept premières années du petit, à coup d'anecdotes amusantes, même si c'est toujours sur un fond de terrorisme, d'incertitudes politiques et de doutes vis à vis des événements et du futur.
C'est une belle chronique qui fait un peu penser à Woody Alen ou à Aprile de N. Moretti.
Il y a le coup du sandwich... où comment convaincre un petit garçon de s'aplatir le long de la route le temps que les bombes s'arrêtent! On joue au sandwich? Maman en dessous, toi au milieu et papa au dessus.
Il y a les questions sur l'éducation du petit: Est ce bien éthique de jouer à Angry birds? Ou est-on en train de faire de lui un futur terroriste? Est ce qu'il faut mettre un beau costume pour aller rencontrer l'institutrice ou on risque de passer pour un être un peu étrange?
Mon coup de coeur va aux nouvelles sur les chauffeurs de taxi! Un peu irascibles à en croire l'auteur!
Bref, tout est dans le ton, entre petites catastrophes intimes et grandes histoires...
"Quelques semaines avant la naissance de notre fils Lev, voilà bientôt quatre ans, deux questions de la plus haute importance philosophique se sont présentées à nous.
La première, va-t-il ressembler à sa maman ou à son papa, a reçu une réponse rapide et sans équivoque à sa naissance: il était beau. Ou, ainsi que le dit ma chère épouse avec beaucoup d’à-propos, 'la seule chose qu'il ait hérité de toi, ce sont ces longs poils dans le dos'.
Quant à la seconde, que fera-t-il quand il sera grand, elle nous a tarabustés pendant les trois premières années de sa vie. Son mauvais caractère semblait le destiner à une carrière de chauffeur de taxi; sa capacité phénoménale à se trouver des excuses le prédisposait plutôt au métier d'avocat; et l'impérieuse domination qu'il a constamment exercée sur les autres montrait qu'il pouvait aspirer à occuper un poste élevé au sein d'un quelconque gouvernement totalitaire. Mais depuis quelques mois, le brouillard qui estompait l'avenir rose et replet de notre fils à commencer à se dissiper. Il sera probablement livreur de lait, sans quoi son étonnante aptitude à se réveiller chaque matin à cinq heures trente puis immanquablement venir nous réveiller aussi ne servirait à rien."
Un livre pour les jeunes parents qui s'interrogent sur l'éducation et l'avenir de leur progéniture...
Des courtes nouvelles pour ceux qui aiment l'humour juif, l'auto-dérision, tout en finesse! La moindre journée, le moindre voyage, est prétexte à un récit décalé et exagéré, pour le meilleur et pour le pire.
Un texte pour ceux qui se demandent comment c'est au quotidien de vivre à Tel Aviv de nos jours. Brutalité et légèreté jouent à cache à cache... et questionnent le sens même du quotidien.
Merci à Christine pour la découverte!
Libellés :
Littérature israëlienne,
Résilience,
Témoignages
21 septembre 2014
Bourreau d' enquêteur!
M. de Mortagne, bourreau moyenâgeux, n'est pas satisfait! On lui a fait tuer une innocente, Marie de Salvin, et il est hanté pour le regret, la colère et l'injustice. Marie lui apparait en rêve, et semble le suivre. Il se fait la promesse d'enquêter au mieux pour être sûr à l'avenir que ses mains ne commettent plus de morts par erreurs judiciaires.
Mais Hardouin Cadet Venelle n'est pas aux bouts de ses peines, derrière son masque de cuir et son métier de bucher et de tortures. Non loin de son conté, on retrouve des enfants morts, torturés sauvagement. Et il se pourrait qu'une autre femme, Evengeline, servante simple d'esprit, n'ait été accusée à tort du meurtre de sa maitresse. Sa hiérarchie judiciaire semble mystérieusement l'attirer vers ces enquêtes en cours et qui n'aboutissent pas.
Manipulation politique? Meurtres en série? Les mystères plongent le lecteur dans le quatorzième siècle, ses enherbeuses, ses potions, et son vocabulaire... jusqu'à la cour à Paris!
Même si les dialogues peuvent faire sourire le lecteur, avec les "oui-da" et autres termes de vieux français, l'énigme fait qu'on s'attache très vite au personnage d' Hardouin et à sa quête de justice.
Un polar historique qu'on lit d'une traite... Les pages tournent vite... avec un sens du rythme qui tient le lecteur en haleine. Un livre pour les amateurs de séries policières rondement menées.
Pas de la grande littérature, mais un roman facile à lire, pour ceux qui aiment en apprendre un peu plus sur la vie au quatorzième siècle en France. Quelques notes de bas de page décryptent certaines pratiques de l'époque pour mettre le lecteur dans l'ambiance par les objets, les mets et autres coutumes usuelles de l'époque.
Merci à Stéphane pour cette découverte!
Et pour les amateurs, il semble que ce soit le premier tome d'une longue série! Au moins trois, si je ne m'abuse!
Et quant à l'auteur, il parait qu'elle est une des plus célèbres écrivains de romans policiers français à succès et la traductrice de Patricia Cornwell en français.
18 septembre 2014
Road trip... à la vie à la mort...
Un roman allemand: Nächsten Sommer, de Edgar Rai.
Ça a l'air d'un roman tout simple d'été ! Un groupe d'amis qui part en bus Volkswagen vers le sud de la France. Au programme: des conversations sur la vie, la famille, la musique, l'enfance... Et puis des rencontres, autostoppeuse, ou autres. Bref un livre feel good...
Mais derrière ce road trip, chacun des personnages va se révéler et affronter son rapport à la mort et à la vie...
Je ne vous en dis pas plus.
Un roman sur le devenir adulte, sur les petits drames et grandes catastrophes, sur la liberté, l'amour.
Un roman sur ce qu'on hérite ou pas.
Merci Claire Damon, pour ce joli conseil de lecture en allemand!
Je l'ai lu en repensant à nos conversations.
Et pour les amateurs, le livre existe aussi à écouter en CD.
14 septembre 2014
Ecrit à la pointe de l'archet
Un objet livresque et musical qui m'a beaucoup touchée cet été: Fugue pour violon seul de T. Papavrami.
Tedi Papavrami, violoniste de renom, y raconte son enfance de jeune prodige en Albanie, en famille. On y découvre son école de musique, les relations avec son père, lui-même professeur de violon, et ses premiers émois amoureux d'enfants. Et puis tout bascule, quand son génie le fait connaitre de grands musiciens français, qui veulent l'aider par une bourse à venir développer son talent en France.
Il découvre un autre monde, celui de l'ouest et par effet de miroir il comprend pas à pas la dictature dans laquelle baigne son pays natal. Le livre se teinte alors de suspense, entre services secrets albanais et police française.
C'est un livre d'initiation à la politique, à la musique, à la vie.
Chaque fin de chapitre, on peut trouver un flashcode qui permet découter Papavrami jouer. Cela donne une temporalité particulière à la lecture, ponctuée de cadences musicales, qui portent à méditer.
Ce livre m'a beaucoup fait réfléchir sur mon propre apprentissage du violon et de la musique. Il m'a fait méditer sur l'acte d'apprendre, ses irrégularités, ses caps, ses mystères.
J'ai été intriguée de voir comment Papavrami a très vite une vision du son qu'il aimerait avoir, et avec quel courage il remet en cause sa technique lors de rencontres marquantes. Je suis étonnée aussi de comment il arrive à saisir l'émotion qu'il ressent à l'écoute de grands musiciens en disque et en concert.
Je n'avais pas idée d'à quel point son choix musical de carrière avait pu avoir de conséquences pour ses proches.
C'est donc un récit intime mais qui ne tombe jamais dans l'exhibitionnisme.
C'est impressionnant avec quelle justesse il analyse ses rapports à sa mère, son père, son grand père, ses modèles de violonistes.
Un livre qui donne envie d'écouter et de jouer du violon, mais aussi d'aller à des concerts.
Un texte qui se dévore tant la vie de Papavrami est pleine de rebondissements, de tournants, de glissades, et de poésies.
Un ouvrage sur la solitude, les choix, et un parcours hors norme.
Merci à Stéphanie pour ce beau moment d'écoute.
02 septembre 2014
Révolution française aux caraïbes
Un roman qui fait revivre la Révolution française, mais depuis les iles lointaines des Caraïbes, c'est le siècle des lumières d'Alejo Carpentier.
Avec un style hors pair, on suit des frères et sœurs, qui suite au décès de leur père, vont vivre une vie de bohème en Guadeloupe dans leur villa, jusqu'à rencontrer Victor Hugues, fraichement débarqué au port. Celui ci arrive avec son savoir, ses aventures, et la révolution française. Il va au fil des pages conduire le lecteur en Europe, puis à nouveau sur les mers, dans une société bouleversée par la terreur. La guillotine tourne à plein régime!
Que croire dans la tourmente politique? Est ce que ce sont les théories ou les mouvements sociaux qui gagnent dans l'agitation des foules et des lettrés?
Le personnage de Victor Hugues est un fervent partisan de Robespierre. Esteban, un des frères qui l'accompagne, lui sent que les événements tournent vite. Leurs chemins se suivent tout en donnant lieu à différents regards sur l'engagement, le politique, le social, etc.
Ce roman nous plonge aussi dans l'histoire des conflits militaires de la période, qui opposent les français et les anglais sur terre et sur mer.
Un roman fleuve avec une plume qui marque.
Un livre baroque pour ceux qui aiment l'action, la mer et l'histoire.
Un roman d'émancipation et d'amour qui met en scène des moments complexes d'instabilité, avec force et fougue.
Très beau personnage de femme, dans celui de Sofia, pour une fin de l'histoire qu'on n' oublie pas!
Merci Christine pour le conseil de lecture!
24 août 2014
Faiseuse d'ange
Un petit polar pour la route: La faiseuse d'anges de Camilla Läckberg. Toujours les mêmes personnages attachants: Erika l'écrivain fouineuse et son mari policier! Toujours Fjällbacka, sa mer, et son cadre. Toujours le récit de l'enquête au présent, entremêlé à l'histoire passée en italique! Mais ça prend et on en redemande!!! Un roman policier facile qu'on dévore d'une traite!
Cette fois ci, l'enquête tourne autour de la disparition d'une famille entière alors qu'ils étaient tous attablés pour Pacques, dans les années 1970. Aucunes traces de corps, de sangs, d'armes, d’effraction. Seule la petite dernière de un an, Ebba, est encore sur les lieux à l'arrivée de la police. Trente ans plus tard, alors qu'Ebba revient sur l'ile de Valö avec son compagnon, juste après le décès de leur fils, les tentatives de meurtre se multiplient contre eux.
Que s'est-il donc passé en 1974 lors de ce repas familiale? Pourquoi le retour d'Ebba fait réapparaitre des mystères étouffés?
Le mystère est entier, ce qui pique la sagacité d'Erika. Là voici en train d'écrire sur cette famille étrangement disparu, tandis que son mari tente de comprendre qui s'en prend à Ebba.
Avis aux amateurs de la série des Erika... Vous serez comblés!
Merci Stéphane!
18 août 2014
Perla
Perla est étudiante en psychologie à Buenos Aires. Sa mère parle peu. Son père est militaire et ne s'étend pas non plus sur ses activités. Jusqu'au jour au Perla entend parler des disparus, de la dictature et des arrestations. Sa vie va alors basculer vers la découverte de son passé et de l'histoire véridique de son pays.
Un beau roman de Carolina de Robertis, qui éclaire sur les familles et leurs évolutions quand l'histoire des tyrannies contemporaines les bouscule.
Un texte qui renferme aussi une très belle histoire d'amour.
Merci Annet pour ce beau cadeau!
Un roman à lire quand on s'intéresse à la psychologie, aux non-dits, à l'Histoire.
04 août 2014
Anne, Hanna, Anny...
Trois reflets de femmes insoumises dans un miroir du temps, qui déforme, transforme et donne à voir des détails insoupçonnés, voilà la trame de La femme au miroir d'Eric Emmanuel Schmitt.
En alternance, nous suivons trois héroïnes qui cherchent à mettre leur désir au coeur de leur existence, contre vents et marées.
Tout d'abord, Anne. Elle vit à Bruges, à la Renaissance. C'est le jour de son mariage, mais elle va prendre les jambes à son coup pour fuir...
Ensuite, Hanna. Elle vit au début du 20 siècle, à Vienne. Elle tente d'avoir un enfant, et des difficultés la conduisent à se frotter à la psychanalyse...
Enfin Anny, qui vit aujoud'hui à Los Angeles, actrice de cinéma qui se cherche...
Chacune d'elle est à contre courant de la société, de la règle et tente de suivre son intuition et ses rêves pour vivre pleinement. Peut-on survivre hors de la norme? Comment devenir ce que l'on est dans des environnements politiques, sociaux et économiques très codés?
Un roman au féminin, qui se lit facilement. Plus on avance, plus les liens se créent entre les trois personnages! De nombreuses références historiques ou culturelles ponctuent le récit comme de multiples clins d’œil de l'auteur.
Un roman pour celles qui aiment les portraits de femmes de caractère.
Un roman pour ne pas se prendre la tête sur la plage.
Un livre qui rend hommage à la singularité.
Merci à ma voisine de train, qui m'a offert ce livre en descendant quelques arrêts avant moi.
27 juillet 2014
Kinderzimmer
Une histoire marquante et un sujet poignant: Kinderzimmer de Valentine Goby.
Valentine Goby nous raconte la grossesse et l'accouchement dans les camps de la mort de l'Allemagne nazie. Nous sommes à Ravensbrück, au milieu de la peur, des travaux forcés, de la faim... Plus de 40000 femmes sont réunies, dont certaines cachent l'ordinaire de la vie: la naissance.
Nous suivons Mila, une jeune résistante. Elle tenait une boutique de partition de musique, où elle codait en notes et en dièses, les messages secrets à transmettre aux uns et aux autres. Jusqu'au jour où elle est raflée, et se retrouve enceinte dans un camp, qui ne semble laisser aucune place à l'arrivée d'un nouveau né. Elle ne connait rien à son corps de femme, à la grossesse, à l'accouchement. Arrivée avec sa cousine, elle n'a personne à qui parler pour approfondir les mystères de la vie au fin fond de la terreur. Mais peu à peu des solidarités émergent qui vont lui donner des réponses à ses questions et la soutenir tant bien que mal. Elle va découvrir l'existence d'une Kinderzimmer, une chambre où les nouveaux nés survivent s'ils y arrivent juste après la naissance.
Ce roman éclaire un aspect peu connu de la vie des camps. Il éclaire des petites étincelles au plus profond de la terreur. On est emporté par l'histoire, sa violence, sa fragilité, sa puissance.
C'est aussi un roman de l'innocence et de la singularité. L'héroïne va réussir à rester fidèle à elle-même tout en dépassant toutes les limites pour accomplir l'extrême inimaginable.
Un livre au féminin, qu'il faut lire le cœur bien accroché.
Merci Christine pour le conseil de lecture!
Libellés :
Au féminin,
Littérature française,
Rapport à la mort
21 juillet 2014
Espionnage et littérature
Dans son dernier roman, Ian Mc Ewan nous emmène en Angleterre, dans les années 1970 en pleine guerre froide, pour une histoire d'espionnage!
Le MI5 cherche à infiltrer le milieu littéraire. Quoi de mieux qu'une jeune étudiante éprise d'un professeur, agent recruteur!
Nous voilà embarqué avec Séréna Frome, dans une histoire d'amour palpitante, où recrutement et passion ne font pas toujours bon ménage.
J'ai préféré le début, la découverte par Séréna du service, que le milieu du livre moins intéressant.
Cela dit, les amoureux de films d'espionnage et de littérature pourront glisser ce livre facile à lire dans leur valise estivale.
Merci Christine pour le conseil!
15 juillet 2014
Cabane siberienne
Fuir la ville, la foule, la course, pour se pousser au rien, à la contemplation, à l'espace.
C'est le pari de Sylvain Tesson dans Dans les forêts de Sibérie.
Il retrouve les saisons, la nature, les oiseaux.
Il renoue avec la culture russe, l'alccol, les lectures.
Finalement un journal assez auto-centré, mais qui laisse entre-apercevoir ce que peut vouloir dire une forme de retraite aménagée, de nos jours, pour prendre du large et de la distance.
Un roman pour les amoureux du vert et du froid.
Un texte pour les méditatifs, qui veulent ralentir...
01 juillet 2014
Le destin
Dans Le soleil des Scorta, Laurant Gaude nous plonge dans le sud de l'Italie. On y suit une saga familiale de parias du village, moitié bandits moitié vauriens, et qui tentent de réussir sous le regard critique des passants, du curé et sous l'écrasante chaleur.
Le récit mêle le tragique et l'ironique. On alterne entre une narration chronologique et la voix d'un des personnages qui se confie au prêtre du village, je ne vous en dis pas plus!
Le récit est plein de rebondissements, de vengeances et d'accomplissements.
Un roman pour ceux qui s'intéressent aux secrets de famille, à la généalogie, à ce qu'on transmet ou garde.
Un texte pour les amoureux des pouilles... Ils auront un regard sur l'avant tourisme de masse...
Merci Aude pour la jolie découverte!
21 juin 2014
Petite écologie politique russe
Un récit hors du commun: Le tigre de John Vaillant.
Tout commence en 1997, quand au fin fond de la Sibérie, l'on retrouve un chasseur mort, sûrement dévoré par un tigre. Cela ressemble à une attaque préméditée...
Derrière l'enquête, John Vaillant va nous faire découvrir tout un écosystème de vie dans la Taïga. Comment survit-on dans les grands espaces? Comment arrive-t-on en Sibérie? Quel lien entre nature et politique?
Car derrière la pauvreté des chasseurs, il y a bien sûr toute l'histoire de la Russie post-soviétique.
John Vaillant ajoute à son récit des photos, des cartes, des liens avec d'autres ouvrages, bref c'est une histoire qui est à la fois géographique, économique, sociale et animal.
Un livre pour tous ceux qui aiment l'émission Sur les épaules de Darwin de France Inter.
Un livre pour les amoureux des grands espaces.
Merci Gilles pour la découverte!
16 juin 2014
1913
L'année 1913 fut une année de basculement pour l'Europe et le monde. Florian Illies l'explore avec beaucoup de talent documentaire dans le livre: 1913, der Sommer des Jahrhunderts.
On suit mois par mois de grands intellectuels, des artistes, des hommes politiques européens afin de comprendre l'esprit de l'époque, les rouages des transitions artistiques, politiques ou psychologique.
Qu'il est doux de voir Kafka éperdument amoureux, Freud révolutionner la psychanalyse, entre autres surprises.
C'est avant tout une plongée dans un microcosme qui a fait l'Europe, par le détail, l'anecdote, les journaux, les correspondances intimes et autres documents. On sourit, parfois on se lasse, d'autre fois on n'a l'impression de découvrir l'envers du décor.
C'est un texte qui se picore, qui met en parallèle des moments de l'histoire qu'on n'imagine pas toujours simultanés!
On peut le lire au fil des mois qui passent pour découvrir ce qui se passait il y a un siècle.
Merci à Chiara pour le conseil de lecture!
12 juin 2014
Années 20
Ce soir, un petit détour par le Montparnasse des années 1920, celui de Man Ray, Picasso, Utrillo ou Léger, à travers une B.D.: Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet. Elle raconte l'histoire vraie d'Alice Ernestine Prin, née au début du siècle, et qui va être immortalisée en sculptures, peintures et photo par les plus grands artistes de l'époque.
Tout commence quand Kiki, enfant, fait les 400 coups avec ses camarades de jeux du village, au fin fond de la Cote d'Or... Enfant illégitime, elle est élevée par sa grand mère qu'elle aime tant, jusqu'au départ pour Paris, et la vie dure, à chercher du travail...
Après les boulangeries, où elle est mal traitée par les patrons, elle finit par devenir modèle pour des artistes en devenir. Elle pose nue, pour gagner sa vie, et devient peu à peu une incontournable de Montparnasse et ses hommes de création en tout genre.
On sent sous le crayon toute la force de ce personnage charismatique et inspirant qu'a pu être cette femme libérée. Et l'on sent aussi toute la dureté et la complexité des relations muses artistes.
Cette bande dessinée est un vrai roman d'apprentissage en image, tout en retraçant à la perfection le portrait d'une époque, d'un milieu bohème parisien.
Le livre est bourré d'anecdotes que l'on dévore.
Loin d'être éclipsée par les artistes qui l'ont croquée, Kiki irradie de toute sa personnalité. Elle est libre jusqu'au bout des ongles et sans tabou.
La B.D. se conclut par une chronologie et des notices sur les artistes qu'elle a cotoyés.
Une B.D. à lire pour les amoureux des arts de l'époque! Une plongée historique et artistique!
Une histoire de femme forte!
Merci Aude pour la jolie découverte!
02 juin 2014
Quitter l'Espagne...
Un petit poche: Rêves oubliés de Léonor de Récondo.
Aïta, Ama et leurs enfants fuient l'espagne au moment de la guerre civile. Ils quittent brutalement tout, pour les landes, côté français, et le mystère de l'exil.
Le récit fait place à des extraits de journaux intimes en italiques, afin de percer les méandres des pensées de l'exilé, au quotidien. On sent la nostalgie. On sent le vide et la peur. Mais aussi les joies simples du quotidien, qui n'en deviennent que plus pétillantes et fortes.
"Nous sommes ici depuis de si nombreux mois et je réalise seulement au soir de cette triste journée que nous avons vécu uniquement dans l'espoir du retour. Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières. Tant que le dictateur sera au pouvoir, nous ne pourrons pas revenir, nous le savons. Je ressens une blessure vive, une blessure de chair indescriptible, l'amour d'une terre, de ses odeurs, de ses rires, de sa langue que je perds irrémédiablement. J'y laisse mon insouciance, une légèreté de l'âme qui depuis trois ans s'est plombée de silences et de faux espoirs."
C'est un roman d'acceptation et de résistance.
Des scènes restent en mémoire: comment fuir avec un canari, ou transformer un pique nique en passage de frontière...
Un roman féminin et familial.
Un roman à lire pour mieux connaitre la vie des réfugies espagnols en France, internés dans des camps ou perdus dans une vieille ferme des landes...
20 mai 2014
Appartement
Une petite BD coréenne de Kang Full (ou "Manhwa" comme on dit pour faire expert!) qui emporte très vite le lecteur dans un monde à la limite du polar et du fantastique: Appartement.
On suit un trentenaire chômeur en Corée du sud, qui passe son temps chez lui à envoyer des CV jusqu'au jour où il se rend compte que les lumières de l'immeuble d'en face s'éteignent étrangement simultanément à 21h56. Il commence alors à étudier le phénomène, qui se répète de jour en jour. Coïncidence?
Un peu à la Fenêtre sur cour, il se met à observer à la jumelle les voisins d'en face pour tenter de comprendre l'énigme de ses extinctions de feux. Il prend des notes, cherche des corrélations...
Petit à petit les vies de différents personnages vont s'entremêler autour de cette énigme, je ne vous en dit pas plus....
Ce jeu de changement de points de vue est très stimulant dans la construction de la narration. Cela interpelle aussi notre façon de vivre ensemble, de croiser les gens sans les voir, tandis qu'eux se souviennent de nous ou l'inverse.
Le trait est très simple, un peu comme un dessin animé pour enfant, mais les liens entre personnages sont complexes, les situations sont intrigantes, et le suspense est à son comble.
Cette BD en deux tomes pose la question de l'individualisme, de la solitude urbaine, de la vie dans des résidences impersonnelles en ville. Elle interroge aussi l'ennui, la régularité, le temps.
On a l'impression que c'est du vécu. Qu'un jour en s'ennuyant l'auteur s'est amusé à suivre l'immeuble d'en face, pour trouver l'inspiration!
Bref, à découvrir. Merci Aude!
Une BD pour les curieux, les urbains, les solitaires, les créatifs, les mystérieux... et les fans d'Hitchcock.
12 mai 2014
Premier amour enneigé
Une superbe bande dessinée: Blankets, manteau de neige de Craig Thompson (merci Aude pour la jolie découverte!)
Autobiographique, le livre raconte l'histoire d'un jeune garçon élevé dans une famille pauvre, dure et très pratiquante, qui va peu à peu se découvrir lui même à travers sa passion pour le dessin et son premier amour.
La bande dessinée se présente comme un roman d'apprentissage. On suit pas à pas la croissance du personnage, ses doutes. On comprend le poids de la religion sur ses désirs, la pression du modèle social familiale vis à vis de ses choix de carrière, etc.
C'est très beau et délicat de renouer avec l'enfance, l'adolescence, et le devenir adulte, à travers un quotidien simple et brutal, doux et douloureux. Le trait de Craig Thompson montre toute la complexité d'une vie, tous les paradoxes des ressentis, tous les trop vides ou trop pleins de l'existence.
J'aime le fait qu'il arrive à nous raconter son histoire, son déroulé narratif, tout en nous emportant parfois par son dessin dans ses monologues intérieurs, son imagination, ses perceptions.
L'histoire d'amour est vraiment tendre et fine.
On sent beaucoup de sincérité dans le travail de l'auteur, une forme de mise à nue qui reste pudique.
Le livre fait 600 pages, mais on aimerait que ça continue pour savoir la suite!
En bref, une bande dessinée à lire absolument!
06 mai 2014
Un très grand classique
Un très grand classique en ce mois de Mai. Les Misérables de Victor Hugo! (Merci encore à Gilles et Camille pour m'avoir donné envie de m'y plonger!)
C'est un roman palpitant dont on connait tous un peu l'histoire, entrecoupé si j'ose dire de mini documentaires sur Paris, sur son histoire, et son urbanisme!
Ainsi nous suivons Jean Valjean qui retrouve le droit chemin après avoir été condamné au bagne... et ce à travers un prêtre généreux et une enfant qu'il va élever comme un père, Causette.
On sent tout le lyrisme de Hugo, mis au service des plus pauvres et des inégalités sociales qu'ils subissent. On sent son amour de la dignité humaine.
Il y a des passages vraiment sublimes sur la politique, le droit, la misère, l'amour. C'est réaliste mais en même temps extrêmement lyrique. Les envolées sont d'une plume fine et forte.
L'histoire d'amour entre Marius et Causette est digne des plus belles de la littérature française.
Avis aux amateurs de beaux textes et d'histoires fortes! Un classique à mettre dans son sac pour les ponts du mois du Mai!
C'est un roman palpitant dont on connait tous un peu l'histoire, entrecoupé si j'ose dire de mini documentaires sur Paris, sur son histoire, et son urbanisme!
Ainsi nous suivons Jean Valjean qui retrouve le droit chemin après avoir été condamné au bagne... et ce à travers un prêtre généreux et une enfant qu'il va élever comme un père, Causette.
On sent tout le lyrisme de Hugo, mis au service des plus pauvres et des inégalités sociales qu'ils subissent. On sent son amour de la dignité humaine.
Il y a des passages vraiment sublimes sur la politique, le droit, la misère, l'amour. C'est réaliste mais en même temps extrêmement lyrique. Les envolées sont d'une plume fine et forte.
L'histoire d'amour entre Marius et Causette est digne des plus belles de la littérature française.
Avis aux amateurs de beaux textes et d'histoires fortes! Un classique à mettre dans son sac pour les ponts du mois du Mai!
24 mars 2014
Si vous avez aimé Downton Abbey...
Si vous avez aimé la série Downton Abbey, je ne saurai trop vous recommander Miss Charity de Marie-Aude Murail. Elle nous raconte la vie d'une jeune fille curieuse du monde, qui vit dans la bonne société anglaise en 1880. Son univers se limite à la nursery au troisième étage, et aux quelques présentations à ses parents lors de visites...
Mais son ennui va la sauver, car il va la pousser à adopter une souris, puis un lapin, puis à dessiner des champignons, à apprendre Shakespeare par cœur, à tirer le portrait d'un hérisson... bref à devenir qui elle est, une femme créative, riche, et forte... Je ne vous en dis pas plus!
Un roman qui plaira à ceux qui ont aimé le roman Quatre soeurs.
Un livre qui vous fera redécouvrir la haute société anglaise et son petit théâtre social.
Un livre sur la singularité et l'écriture.
Les aquarelles qui accompagnent le texte ne gâchent rien, bien au contraire...
Un roman pour adolescent à l'Ecole des loisirs, mais que l'on peut tout à fait lire adulte! Avis aux petits et aux grands, aux jeunes et moins jeunes.
02 mars 2014
Tempête et conséquences
Un petit roman américain qui se lit bien: Les filles de l'ouragan de Joyce Maynard.
Ruth et Dana sont nées toutes les deux le même jour, dans le même hôpital, mais de familles que tout oppose: l'une vit à la ferme, entre récolte des mais et des fraises; l'autre est fantasque, vie d'artistes et autres lubies.
Les chapitres racontent en alternance du point de vue de Ruth et de Dana des années 1950 à nos jours la vie de ses deux femmes et la vie des Etats-Unis. Les deux destins de Ruth et de Dana vont s'entrecroiser de façon habile, jusqu'à se rapprocher au plus près.
Ce qui m'a plu dans ce livre, c'est avant tout la quête par deux femmes de leur voie, leurs choix du quotidien, entre rêve et simplicité.
J'aime aussi le rôle des plantes et des saisons, la place de l'art et de la créativité dans le roman.
C'est aussi intéressant de se retrouver à l'époque de la libéralisation des mœurs dans un pays au fond de puritanisme.
Le livre interroge aussi l'amour, celui qu'on donne ou qu'on refuse, celui qui semble évident ou qu'on construit, celui qu'on cache ou qu'on révèle.
"Quand j'étais petite, mon père avait apporté à la maison un livre appelé Harold and the purple crayon. Ma mère ne s'embarrassait pas des histoires pour enfants, mais mon père avait l'habitude de m'emmener à la bibliothèque de la ville, les jours de pluie où il lui était impossible de travailler dans les champs, tandis que dans la serre, cela pouvait attendre le lendemain. Dans ce livre, un garçon nommé Harold reçoit un crayon magique, et quand il commence à dessiner avec, les choses qu'il esquisse se mettent à vivre, ainsi s'il dessine une pomme, il peut la croquer, et s'il dessine une fusée, il s'embarque vers l'espace. Pour moi, le message était clair: Une personne qui peut dessiner, peut tout faire, aller partout. C'était le genre de personne que je voulais être."
Un roman au féminin pour ceux qui aiment les jeux d'échos, les regards intenses et familiers, les fraises et les crayons.
Un livre plein de vie, dans tout ce qu'elle a de mystérieux, de bouleversant et d'authentique.
Bien loin des longues descriptions de paysage ou des longs monologues psychologiques, ce roman est une série de scènes de vie, d’ellipses et de sensations, tracées à quelques traits mais qui s'animent vites sous la plume de l'auteur et le chassé croisé des personnages.
Inscription à :
Articles (Atom)

















































