29 janvier 2021

Non Non Ba

 



Un petit bijou que ce manga: Non Non Ba de Shigeri Mizuki.

C'est l'histoire d'une grand mère japonaise et de son petit fils. Elle l'accompagne dans la vie et lui transmet tout ce qui compte, à commencer par l'existence de Yokaïs et de leurs légendes. Ce sont des petits personnages, comme des fantômes, qui vivent dans certains bois, ou certaines mers, et qui ont des pouvoirs sur leur environnement et sur les gens, dans la tradition japonaise. 

Dans cette chronique très touchante, on retrouve toute la vie du Japon rurale, mais aussi toute une philosophie du monde, qui montre combien l'invisible joue un rôle dans notre univers.

J'ai été émue par les liens qui unissent la grand mère et sa descendance, mais aussi par les liens entre enfants, la place des parents, leurs rêves (tenir un cinéma), et les pressions de réussite. 

Qu'il est beau de voir comment l'auteur trouve le trait juste pour nous raconter son enfance, et l'ouverture sur l'art et le dessin qu'elle lui a donné. On voit comment il fait de ses crayons la clé de son épanouissement et de son devenir.

Bref, vous l'aurez compris, Grand Coup de Coeur!

Merci à David, pour ce très beau cadeau...




16 janvier 2021

A cinq ans, je suis devenue terre à terre




On connaissait Jeanne Cherhal chanteuse, voici Jeanne Cherhal autrice! Sur 150 pages, elle nous présente les mots qu'elle aime. De "sorcière" à "cercle", en passant par "ramasse-bourrier"! 

Forcément, j'accroche! Car j'aime le goût des mots, de leur sonorités, de leur connotations. J'apprécie le choix des mots et ce qu'ils révèlent de nous et de nos existences.

Ainsi, j'ai été émue de retrouver des mots de patois vendéen! J'ai été touchée de sentir dans le choix des mots des bouts de portraits, des tranches de vie.

Ca se lit tout seul, deux pages par mots, ou trois au plus. 

Chaque mot est un petit moment de vie. Pour certains, ce sont des clins d'œil, aux proches, à la fratrie, au parcours de Jeanne Cherhal.

Bref, un petit trajet et puis s'en va.

Reste la trace poétique de l'instant.

Un livre qui donne envie d'écrire sur ses mots à soi, pour les garder tendrement!

Merci au Père Noël pour le cadeau!

Un livre au féminin!



05 janvier 2021

Personne ne sort les fusils



Sandra Lucbert, normallienne et agrégée de lettres, interroge la langue et le langage des dirigeants de France Télécom, lors du procès qui s'est tenu en 2019. Sept personnes sont sur le banc des accusés, pour maltraitance de salariés, et ce jusqu'aux suicides de certains d'entre eux.

Elle s'appuie sur les travaux des linguistes qui ont étudié les procès du nazisme, pour montrer comment par des glissements de mots, des terminologies managériales, on peut gommer le mal, bien qu'il existe.

Sandra Lucbert questionne la logique sociale, la logique économique, la logique psychologique et ce dans le choix des mots, la construction sociale du langage lors d'un plan de transformation en entreprise.

Parmi la cause des maux, il y a les mots. Ceux qui sont dits, ceux qui sont tus. Il y a les petites phrases et les grands discours et ce qu'ils révèlent de fonctionnement ou de dysfonctionnement organisationnel. 

C'est un coup de poing dans le ventre. Une piqure de rappel aussi, ce texte.

Comment nous faisons ou pas société passe par le language, les concepts, anciens et nouveaux. La langue nous construit, nous façonne, pour le meilleur et pour le pire.

Alors choisissons bien nos mots, ceux de la responsabilité, de l'éthique, de la critique.

Je trouve remarquable toutes les références que l'on sent en lisant Sandra Lucbert, notamment à Bauman et la liquidité de la modernité ravageuse. A Kafka, à Rabelais, Artaud et tant d'autres.

Un livre qui montre combien il est important de ne pas nous adapter à tout, qu'il est fondamental de décortiquer voire de déconstruire les concepts, les slogans, les titres, les indicateurs, et j'en passe. 

Merci à Marie pour ce précieux conseil.

Gardons les yeux ouverts.


09 décembre 2020

Suzuran




Retrouvailles avec Aki Shimazaki que j'apprécie tant!

Son dernier roman s'appelle Suzuran, qui veut dire muguet en japonais.

Et c'est comme toujours tout en délicatesse, tout en finesse, avec au cœur du récit des histoires de famille.

Anzu élève seule son garçon. Au centre de son existence, elle a mis sa passion pour la poterie. Sa sœur est celle qui réussit à attirer les hommes, celle qui semble avancée forte et autonome. Un jour, elle arrive en annonçant qu'elle va se marier! Tout de suite Anzu sent une connexion spéciale avec son futur beau-frère. Mais que faire?

Un roman sur ce à quoi on croit, les jeux du destin, le sens de l'existence, l'amour.

Un texte court qu'on peut lire d'une traite un soir, pour un petit voyage au Japon qui dépayse. Un voyage lent et méditatif, qui fait du bien.

Alors à quand la suite? Début d'une nouvelle pentalogie? Hâte de savoir!




23 novembre 2020

Comme un empire dans un empire




Une lecture en boitant... Un roman pour lequel deux héros alternent à tour de rôle de chapitre en chapitre, et je n'ai marché qu'avec l'un deux!

Nous suivons Antoine, tout frais sorti de sciences po. Il est assistant parlementaire d'un député PS, qui lui demande de mieux comprendre les gilets jaunes... et lui jeune homme plein d'ambition qu'il est, il rêve de publier un ouvrage sur la guerre d'Espagne. Il tend vers de la grandeur dans l'engagement politique, et ne le trouve pas vraiment là où il est.

Et an parallèle nous sommes aussi auprès de L, une hackeuse engagée, qui vit avec Elias, hackeur tout comme elle. Tous les deus vivent leur engagement par des attaques ciblées sur des boites qu'ils n' estiment pas à la hauteur.

Même si Alice Zeniter s'est clairement beaucoup documentée, le roman ne prend pas complètement, je trouve. Si L garde une certaine richesse, Antoine tourne très vite en rond et à plat.

Quel dommage, car j'aimais le thème du roman, qui n'est pas sans rappeler celui de La condition humaine de Malraux, où chaque personnage s'engage d'une façon ou d'une autre.

Et puis, j'aimais l'idée qu'une écrivain questionne notre époque, le monde du dedans de l'internet comme elle le dit, le monde du dehors des engagés sous différentes formes.

Alors, voilà, je vous en parle quand même, car je trouve riche de mettre les enjeux de cyber sécurité en roman. Je suis convaincue que le sujet de l'engagement est un bon angle pour écrire en ce moment... Mais ne vous attendez pas à aussi bien que L'art de perdre, son roman précédent, qui était selon moi bien plus abouti que ce dernier.

18 novembre 2020

Avant que j'oublie...


 


Je viens de lire le Prix du Livre Inter de l'année: Avant que j'oublie de Anne Pauly.

Anne Pauly raconte à travers ce roman le décès de son père, et les jours qui suivent: tout y passe du choix du cercueil au tri des affaires dans la maison à vider... et surtout ce moment où il faut tenir bon, continuer à vivre, malgré le deuil, malgré la souffrance, alors que tout est plus lourd et vide. Le livre montre aussi les liens de fratrie face au départ d'un parent, et là aussi les décalages, les doutes, les colères, la tendresse.

J'ai beaucoup aimé son style, son sens du détail qui fait sourire ou rend mélancolique! J'aime les listes d'objets de son défunt père, j'aime la liste des questions qu'elle aimerait qu'on lui pose quand on l'appelle au téléphone. Bref, j'aime son sens de tous ces petits grains des jours auxquels on se rattache ou tente de se rattacher en vain. J'aime la singularité du regard qu'elle pose sur son monde.

Le livre est riche car son rapport au père est complexe. On sent qu'il a pu être alcoolique, violent, décevant et pourtant elle est attachée à sa figure, à son être au monde, d'une certaine manière. C'est donc tout autant le deuil qu'elle analyse que son rapport au père qu'elle passe au crible.

Ce roman est réussi aussi car au-delà des larmes, elle parvient à faire rire, à garder la pointe d'ironie toujours sous-jacente! C'est ce ton décalé et mordant qui fait qu'on ne tombe pas dans le doucereux, le pathétique, mais qu'on reste dans la perspicacité d'un vécu qui vaut d'être mis en mots et partagé.

Vous aurez compris c'est donc un premier roman que je conseille pour les amateurs d'autofiction, pour ceux qui s'interrogent sur leur rapport à la mort, au deuil, au père.


15 novembre 2020

Présumée disparue


Et encore un petit polar. Avec un côté roman sentimental par petite touche. Pas du tout un grand livre, mais plus comme une sorte de série TV avec des personnages un peu typiques du genre.

Cette fois-ci on traverse la manche. Nous voici à Cambridge. Edith Hind, étudiante brillante, a disparue mystérieusement. Edith est du genre engagée, à manger bio, à militer pour un monde meilleur. Elle est la fille de Lady et Sir Hind, le chirurgien de la famille royale, proche de certains ministres. 

Un roman policier à la construction somme toute assez traditionnelle: avec suspens, rebondissements, découvertes de pans cachés de la vie d'Edith. Bref, le classique du genre. Un rythme plutôt lent, où les preuves manquent, où les équipes de police se blaguent gentiment, et attendent des jours de rebondissements.

Mais c'est avant tout le caractère de l'enquêtrice qui fait la singularité du livre. L'inspectrice Bradshaw est une quadra, qui n'a pas la langue dans sa poche. Célibataire, elle a du mal à s'endormir et écoute pour cela la radio de la police en direct pour se laisser bercer par les commentaires des flics sur le terrain. Ses amis lui conseillent les sites de rencontres, et elle enchaine les rendez-vous sans conviction. Elle a un côté caustique et forte, et en même temps fragile et seule. Un peu perdue.

Vous l'aurez compris, pas un grand coup de cœur, mais un gentil petit polar! Comme ça, en passant, par hasard! 



08 novembre 2020

La dame de Reykjavik


 


Un petit polar islandais de Ragnar Jonasson: La dame de Reykjavik.

Avis à tous les amateurs de la série The killing sur Arte. Ce roman est pour vous!

L'héroïne s'appelle Hulda, et elle est presque sur le point de prendre sa retraite d'inspectrice de police. Très fine et intuitive, elle va tomber sur une affaire non résolue au sujet de la mort mystérieuse d'une jeune femme Russe. Hulda n'a que quelques jours avant de vider son bureau. Elle va tout donner pour résoudre l'énigme.

Un roman qui touche au sujet des migrants, des trafics de femmes, des violences familiales, des enjeux politiques et hiérarchiques dans la police. Un roman qui parle aussi des abus sur mineurs. Un texte qui questionne la justice. Un livre sur la colère.

Merci à Dominique pour le conseil!




28 octobre 2020

Changer l'eau des fleurs


 


Un roman qui fait du bien: Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin.

L'héroïne porte bien son nom par les temps qui courent puisqu'elle s'appelle Violette Toussaint! Elle est une jeune fille d'un milieu modeste. Elle rencontre ce qu'elle prend pour de l'amour. Maltraitée par la vie, elle va mener une existence tout en force, humilité et générosité. C'est un personnage très attachant, qui va être une présence discrète et intense pour tout un entourage, tout un univers, celui d'un petit cimetière. Car oui son métier est un peu particulier: elle est garde-cimetière!

Derrière le titre et la couverture, un roman plein d'émotions, des larmes à la joie. On est vraiment pris par un parcours de vie, celui de Violette, puis par toutes les existences qu'elle croise. Elle tient une sorte de journal de bord des enterrements et on sent toute la vie des gens à travers les cérémonies et les derniers adieux.

Certains personnages sont marquants comme l'ancien gardien du cimetière qui va l'initier au jardinage pour l'aider à vivre.

J'aime le fait que les chapitres commencent par une phrase qu'on sent sortie tout droit d'une cérémonie d'enterrement, j'aime que Valérie Perrin glisse aussi des chansons, des extraits de journaux intimes. 

La construction du roman est remarquable aussi entre passé et présent, avec du mystère lié à des décès et des histoires de famille. On est emporté.

Plein de petits détails attachants...

Bref, à conseiller pour les longues soirées de couvre-feu ou de confinements!

Vous ne le regretterez pas!

Merci à Marie-Louise!

04 octobre 2020

Dix-sept ans



Eric Fottorino nous raconte son histoire de vie, sa naissance, son enfance, et les secrets de sa famille. Sa mère, Lina, l'a eu à dix sept ans, à une époque où les filles mères étaient très mal vues. Elle a du lutter pour avoir le droit de le garder et de l'élever. Lui a fait face à une mère encore enfant, et à une souffrance rentrée mais présente. Il est parfois dure avec elle, et parfois si tendre. De lignes en lignes, on sent toute la complexité du rapport mère fils.

Derrière sa naissance, se cache aussi la question des origines. Il sait que son père génétique était un juif marocain. Par contre, il a été élevé par un tunisien musulman. Il s'interroge de pages à pages sur ce qui l'a fait ou défait dans la vie. Mais comme dirait René Char "notre héritage n'est précédé d'aucun testament"...

Ce roman est une quête personnelle, dans les rues de Nice. A l'histoire intime se croise l'histoire de la ville, l'attentat du 14 juillet.

Tout commence par un repas de famille, où Lina, la mère, révèle a ses trois fils qu'elle a eu une fille, qu'on lui a forcé à abandonner… Face à cette révélation, Eric Fottorino essaie de réaménager son récit et le récit familiale.

Un texte émouvant sur le sort des femmes, les grossesses cachées, l'honneur des famille.

Un livre qui est universel dans sa façon de questionner le rôle de la mère dans le développement et les croyances de ses enfants.

C'est très bien écrit. Presque psychanalytique par instant je trouve.

Merci à Marie-Louise pour le conseil de lecture!

A lire lorsqu'on s'interroge sur le poids des secrets de famille, sur les fratries, sur les non-dits.

Un roman qui plaira sûrement aux amoureux de Nice aussi.





28 septembre 2020

Mamie Luger



Un grand éclat de rire que ce roman de Benoit Philippon! Mais aussi une grande leçon de vie!

L'héroïne s'appelle Berthe et elle a 102 ans. Pour aider deux jeunes qu'elle trouve plutôt touchants à fuir la police, elle va sortir un vieux Luger piqué à un nazi, histoire de faire diversion! C'est là que tout commence pour le commissaire Ventura. Le voilà en train d'arrêter Berthe et de la conduire au poste pour une longue garde à vue. Et pour nous lecteur, c'est parti pour un grand dialogue bien trempé, avec ironie, loufoqueries et grincements de dents au menu!

Grand coup de cœur pour ce tête à tête entre un homme usé et une vielle dame que rien n'arrête! Vous ne serez pas au bout de vos surprises de page en page! Que de rebondissements!

La confession de Berthe va nous conduire vers la seconde guerre mondiale, vers la vie de village, vers le féminisme et j'en passe!

Tout ça avec beaucoup d'humour! Un brin de noir, un grain de folie, et beaucoup de lucidité sur le sort des femmes!

Je trouve intéressant de voir que derrière un ton léger, l'auteur nous fait toucher du doigt la violence des échanges entre voisins, l'injustice, la discrimination, le racisme, et j'en passe. 

Un roman sur la vie des femmes, dans ce qu'elle peut avoir de douloureux: la violence conjugale, le viol, le dédain, le machisme, les préjugés. 

Berthe est touchante et déchirante et bouleversante et grinçante, tour à tour. 

En résumé, jetez vous sur Mamie Luger. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant ri en lisant un roman!





21 septembre 2020

La variante chilienne




Tout commence par une grande frayeur. Le narrateur, un professeur de lettres, se fait arrêter par la police alors même qu'il cache une jeune femme dans sa voiture... Elle s'appelle Margaux et vient d'avoir son bac. Elle fuit des problèmes personnels au milieu de nul part... ou plutôt devrais-je dire dans un gite rural dans la vallée de Chantebrie.

Tous les deux s'installent au vert, et restent à l'écart de tout. Toutefois, ils font vite la connaissance de leur voisin, Florin. Un homme mystérieux, fumeur de pipe et ramasseur de cailloux, qui sort très peu et semble se faire tout aussi discret qu'eux!

Il finit par leur confier qu'il ne peut pas se souvenir de ses émotions sans les rattacher à une petite pierre, aide mémoire. Ce dernier va alors balayer toute sa collection de cailloux, et leur raconter pas à pas les moments marquants de son existence. De discussions en discussions, ils vont découvrir toute la vie du village... ou presque.

Et nous lecteurs, allons sauter de contes en contes, d'anecdotes en anecdotes! 

Nous voici dans La Variante Chilienne de Pierre Raufast! Un petit monde en soi! 

Je dois vous dire que certaines histoires sont justes incroyables, un peu à la Hitchcock! Dans cette catégorie, je mets celle de la piscine/potager!

D'autres histoires sont juste très insolites, ou absolument décalées!

Un roman sur l'amitié, le jeu, la culpabilité... entre deux verres de vin!

Un roman au masculin, je trouve!

Ce qui est intéressant, c'est la construction du récit, qui mélange le journal de Margaux, les histoires incroyables de Florin, comme autant de légendes qui s'emmêlent et se nourrissent de mystères! 

De pages en pages, on croise des écrivains, des personnages haut en couleur, des odeurs, des ambiances. On se laisse porter!

L'atmosphère est à la confidence et à la découverte de chemins de vie tortueux!

Et vous que faites-vous de vos souvenirs? de vos rencontres insolites? Confiez-vous votre mémoire à un petit carnet, à des inconnus, ou à vos proches? 








11 septembre 2020

Le passeur




Un roman jeunesse et science fiction: Le passeur de Lois Lowry.

Jonas est un jeune qui vit dans une société où les émotions ont disparu. Tout y est pré-établi et neutralisé. A chaque âge ses rites de passage. Tout est tracé et formaté. 

Mais la vie de Jonas va connaitre un tournant lorsqu'il va être choisi pour être le dépositaire de la mémoire de la société où il vit. Il va être initié par un vieux passeur, qui pas à pas va lui permettre de visualiser des souvenirs joyeux ou douloureux.

Pour la toute première fois, il va voir les couleurs, la souffrance, la mort, la neige, et j'en passe.Et c'est le début des questionnements. Quel est le sens de tout cela? 

Je ne vous en dis pas plus!

Je me suis vite attachée à Jonas. J'ai trouvé que les questions soulevées par le roman reste d'actualité. Que faisons-nous des émotions aujourd'hui? Que veut dire vivre en faisant comme si la pauvreté ou la guerre n'existait pas? 

A la moitié du livre, je me suis souvenue que j'avais vu le film, mais les mots valent le détour même si vous avez déjà pris connaissance de l'histoire au cinéma!

Bonne lecture! Et un clin d'oeil à Lucie dont c'est un des films préférés!




02 septembre 2020

Croisières et caravanes




Découverte de l'été: Ella Maillart, chez Petite biblio Payot Voyageurs.

Ella Maillart est née en 1903 et est l'une des grandes aventurières du vingtième siècle. Dans Croisières et caravanes, elle raconte sa jeunesse: oser partir seule au bateau sur la Méditerranée avec une amie, puis être une des premières suissesses à se lancer dans les JO de Paris, puis partir carrément au loin vers l'est, la Russie, la Chine... 

Les 230 pages se lisent toutes seules. On est tour à tour à dos de chameau, à pied, en train.

On comprend que ses aventures sont avant tout une quête de sens et d'elle-même.

Quel courage! Quels exploits!

Son audace est remarquable. A cette époque, c'était bien autre chose qu'aujourd'hui d'oser partir seule au bout du monde.

Un seul petit regret: qu'elle n'ose pas confier plus d'anecdotes croustillantes ou amusantes. Cela reste très descriptif et vivant mais on sent comme une pudeur, une retenue, dans ce qu'elle confie de ses aventures. 

Un grand merci à Sophy pour la découverte!

Un livre pour les amateurs d'exotisme et d'autobiographie.

Un ouvrage qui dépayse et donne envie de voyager!




15 juillet 2020

L"esquisse d'un rêve



Un peu de littérature Islandaise!

Et un livre résolument "Au féminin"!

Un vrai régal de début d'été que cette découverte!

Nous sommes donc en 1910 quand tout commence. Une veuve élève six enfants avec en tête le projet qu'ils puissent tous aller à l'école, avoir une vraie éducation et puisse s'épanouir dans la vie. Pourtant il n'y a pas d'argent, à peine de quoi manger. Mais avec beaucoup d'ingéniosité et d'énergie, chacun des enfants va s'y mettre. Et surtout Karitas, une jeune fille très débrouillarde, qui va réussir à nourrir la smala tout en trouvant de quoi avoir une machine à coudre, et un vrai logement! Elle va aussi découvrir pas à pas que son talent à elle, c'est le dessin. Elle va tracer sa vie de femme et d'artiste.

Kristin Maria Baldursdottir va nous montrer par ce roman comment être maître de son destin à tout moment et même dans l'adversité.... C'est un récit plein d'espoir, de force, de nature, d'embrun, de neige, de froid, de hareng... avec aussi des pointes d'humour!

Sur 500 pages, on va s'attacher à cette famille, aux histoires de cœur des unes, aux espoirs de pêche des autres. Et surtout on va voir une artiste en herbe creuser le chaos au fond d'elle même pour produire des œuvres pas toujours alignées avec l'époque et les goûts du village! Elle va oser l'abstrait, les collages,... Tout ce qui peut jaillir et donner sens à ses ressentis. Elle va affronter ses angoisses, ses visions d'elfes ou de revenants... sa solitude... ses doutes.

Un roman qui montre la dure vie des femmes, de grossesse en grossesse, dans les fonds de campagne, et entre les campagnes de pêches. Ca m'a rappelé Quand rentrent les marins... de A. Huth.

Un livre qui raconte aussi la libération des femmes, pas à pas...

Au passage une belle histoire d'amour...

Un très grand merci à Dominique pour ce beau cadeau!





05 juillet 2020

La voix des vagues



Un roman qu'on n'oublie pas: La voix des vagues de Jackie Copleton. Très belle lecture de déconfinement!

Un peu comme dans une pièce de Wajdi Mouawad, Jackie Copleton mélange la grande Histoire (celle de la bombe nucléaire sur Nagasaki) avec la petite histoire d'une famille japonaise, qui a ses secrets, ses tensions, ses poids.

Amaterasu Takahashi est la mère de Yuko, une jeune fille douce qui aime dessiner et rêve d'être un jour infirmière. Nous sommes juste avant la seconde guerre mondiale. Yuko va s’éprendre de Sato, un ami de son père, marié, et coureur de jupon. Elle va l'aimer en secret jusqu'à ce que ses parents le découvrent et lui interdisent tout contact avec cet homme. En plein chagrin amoureux, en pleine tentative de tout de même construire sa vie de femme, va survenir la bombe... Une explosion dans la vie du Japon et dans cette famille qui va laisser des doutes, des interrogations, et des questions qu'Amaterasu, depuis sa nouvelle vie aux Etats-Unis, et du haut de ses 80 ans, va tenter de démêler, en se replongeant dans son passé...  car un jeune homme se présente à elle qui dit être son petit fils! Je ne vous en dis pas plus.

J'ai été emportée par l'histoire avec un petit et grand H. Ce livre m'a rappelé un autre de mes coups de coeur sur le même sujet: Le poids des secrets. J'aime quand les romans parviennent avec autant de finesse et de justesse à décrire les histoires de famille, les non-dits, et les coïncidences étranges de la vie, les jeux d'échos entre événements, petits ou grands.

Par ailleurs, je trouve formidable de découvrir une autre culture par le roman. Et ici Jackie Copleton arrive à merveille à nous apprendre la culture japonaise de chapitre en chapitre. A chaque fois il y a un en tête qui explique un concept japonais, via un mot, qui n'existe pas dans d'autres langues et qui représente un des éléments de la tradition ou des us japonais qu'elle veut nous faire toucher du doigt.

Le roman se déroule sur plus de 50 ans, et je trouve fort de voir comment le récit dans sa construction mêle l'avant guerre au japon et la vie aux Etats-Unis d'émigrés japonais, via des lettres que les personnages retrouvent, ou encore des journaux intimes. Cela tisse l'intrigue entre les époques, mais aussi entre les points de vue. On est alors tour à tour avec Amaterasu qui retrouve des lettres de Sato ou le journal intime de sa fille, comme on est dans la tête de Sato et Yuko quand ils les écrivent.

Enfin, c'est un roman sur la différence, l'acceptation de soi et des autres.

Un livre qui pose la question de ce qu'est être une famille, ce qu'est l'héritage, porté et voulu.

Donc vraiment je vous conseille ce premier roman, qui est un subtil mélange de douceur et de mélancolie. Beaucoup d'émotions vous attendent...

Merci à la Librairie idéale, rue clerc dans le 7e arrondissement de Paris!




28 juin 2020

Le roi de la bibliothèque



Un coup de cœur au rayon jeunesse: Le roi de la bibliothèque de Michelle Knudsen et Kevin Hawkes. Très beaux et doux dessins à l'aquarelle. Et une histoire touchante et amusante.

Un lion vient d'entrer dans la bibliothèque. Que faire? Rien s'il respecte le règlement, marche tranquillement et ne fait pas de bruit!

Et voici notre lion à l'heure du conte!

Mais tout se complique quand la bibliothécaire fait une mauvaise chute!

Je ne vous en dis pas plus!

J'aime beaucoup le fait qu'un lion devienne la mascotte de la bibliothèque.

Je trouve que la leçon de l'histoire est chouette aussi, sur les règlements, quand veiller à les respecter et quand les enfreindre pour la bonne cause!

Un livre jeunesse qui parle d'ouverture à l'autre, d'acceptation de la différence malgré la peur, du respect des lieux et des autres, de l'aide que l'on peut apporter autour de soi.

C'est plein d'humour, c'est tendre. Une histoire qu'on prend plaisir à raconter!

Belle découverte vendredi soir avec Mara et Simon!




19 avril 2020

Suite des lectures de confinement...



Et oui, il a bien fallu continuer nos semaines confinées... et avec elles, les lectures.

Vacances de pâques dans le salon. Pour accompagner les dernières saisons de Homeland et du Bureau des Légendes: je me suis replongée dans les Cherub! Un régal! Une vraie thématique "agent secret" pour du dépaysement garanti, entre Damas, Kaboul, Paris et Washington, en passant par Moscou ou Londres. Pour ceux qui ne connaissent pas encore les enfants agents secrets du MI5, un petit rappel ici.

Et puis j'ai enchaîné avec la deuxième trilogie de Pierre Bottero: Après La quête d'Ewilan, j'ai lu grâce à ma voisine du dessous: Les Mondes d'Ewilan.

Ewilan est une adolescente qui peut faire des pas de côté pour passer de notre monde à un autre, Gwendalavir. Elle peut aussi se plonger dans l'imagination et en faire ressortir des objets ou sensations qui s'incarnent pourtant pour de vrai. Ca vous fait envie ? Avouez!

Joie de retrouver par ses lectures en série, les mêmes personnages, comme un groupe solidaire et uni. Joie de s'évader dans un cadre naturel et surnaturel luxuriant: avec lac, montagne, et autres fleurs...

Je ne reste pas plus longtemps devant l'écran et file dans les spires de l'imagination rejoindre Ewilan et ses amis... et mon balcon ensoleillé!

Confinez-vous bien!

Merci à Marine pour les trois tomes... et les coucous du balcon du dessous!


29 mars 2020

Rester groupés



Bonjour à vous tous les confinés...

J'ai lu La supplication de Svetlana Alexievitch, et je me suis dit que ce n'était pas possible de vous parler de Tchernobyl pendant le COVID 19...

J'ai entamé le Feu d'Henri Barbusse... et je me suis dit que ce n'était pas possible de vous conduire dans les tranchés... non plus!

Du coup, je m'en viens vous parler de Rester groupés de Sophie Henaff. La suite de Poulets grillés!

Vous aurez le plaisir de retrouver toute la petite brigade des bras cassés, sous la direction de Capestan! C'est bon de retrouver de vieux amis par les temps qui courent!

Cette fois-ci, des meurtres mystérieux s’enchaînent: avec humour, le meurtrier annonce toujours par avance la date du meurtre soit par une plaque de rue soit par l'apparition du nom de la victime sur un monument au mort... et cette fois-ci l'intrigue est un rien personnel pour Anne Capestan, car la première des victimes est son beau père!

Dialogues amusants, scènes cocasses. De quoi vous changer les idées.

Le suspense du polar, l'esprit de Noël (ça se passe en décembre!)

Bref, un bon conseil pour les temps actuels!

De quoi s'endormir en douceur!

Bonne lecture!




23 février 2020

Miss Islande



Un petit roman de Audur Ava Olafsdottir, dont j'avais beaucoup aimé Rosa Candida, à sa sortie.

Miss Islande se passe dans les année 1960, et nous raconte la place des femmes et des gays dans une société très conservatrice.

Nous suivons Hekla, une femme au nom de volcan, qui se rêve écrivain, mais qui subit les mains aux fesses des clients qu'elle sert, et leur rêve de la voir devenir Miss Islande! On la sent plutôt en quête, mais peu aidée.

Son meilleur ami métis est lui aussi en marge de la société. Son homosexualité est sans arrêt moquée au bord du bateau de pêche où il travaille. Il se sent obligé de se marier pour avoir une existence sociale reconnue.

Quant à la meilleure amie d'Hekla, Isey, elle tente de s’épanouir comme elle peut, mais elle est pour beaucoup coincée à la maison à s'occuper des enfants.

Enfin, le petit ami d'Hekla, le poète raté, ne relève pas le tableau grisonnant.

En somme, le roman est sombre, mélancolique, lent. On comprend vite que les chances sont fines pour les personnages de se sortir de leur situation. On les sent sur un fil, précaire, exclus. Un peu comme la voisine d'en face d'Isey, qui tourne et retourne dans son appartement et qui finit par disparaitre...

Et pourtant chacun à sa façon essaie de se sortir de sa condition par l'écriture.

Tout est dit au début du roman dans la citation de Nietzsche: "Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile qui danse;"

Un livre qui parle de l'énergie créatrice et de ce que l'on peut en faire.

Miss Islande est un texte féministe, sur le désir, sur la liberté, sur les choix que l'on assume ou pas. Un roman militant en quelque sorte.

Un livre à conseiller à ceux qui veulent découvrir l'ambiance Islandaise.

Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau.

Le roman a reçu le prix Médicis Etranger en 2019.