16 janvier 2012

Se trouver à Venise




Marlena de Blasi nous offre dans Mille jours à Venise, une double histoire: celle de son coup de foudre pour une ville et celle de son mariage soudain avec un beau vénitien.

Dans les deux cas, ce n'est pas tout rose, ce n'est pas sans aléas mais c'est riche, c'est dense, et c'est intense.

D'un côté, elle décortique la société de Venise, ses codes ("faire bonne figure", "ruser innocemment"), ses modes de fonctionnement, sa cuisine. Et ce avec son regard d'américaine, journaliste et critique gastronomique. C'est assez amusant car on en apprend autant sur les vénitiens que sur les américains et le regard qu'ils portent sur les vieilles villes européennes.

D'un autre, elle analyse son histoire d'amour, ses incompréhensions, ses doutes et ses passions. On sent le lâcher prise, on sent aussi la retenue.

Les deux histoires s'entremêlent habilement pour former un récit plein d'anecdotes, de piquants et de surprises.

Une des forces de l'histoire réside dans la sincérité de son auteur et son recul. Ce n'est pas le récit d'une jeune passionnée, fougueuse, aventurière. C'est avant tout l'histoire d'une femme mure, qui a déjà connu l'amour, les enfants, la vie.

Le deuxième grand atout du livre est que l'auteur est passionnée de cuisine et qu'elle joint au texte ses recettes préférées. C'est donc un roman gourmand, plein d'odeurs, d'ambiances de marchés.

Je n'ai qu'une envie, lire la suite: Mille jours en Toscane.

Un roman à conseiller à ceux qui aiment les voyages et la découverte des cultures, des cuisines et des histoires.

Un roman pour ceux qui aiment lire des témoignages de vie.

Un texte pour les amoureux d'Italie et de Venise. L'auteur partage vraiment son enthousiasme, son optimisme, ses ardeurs.

10 janvier 2012

Ce livre peut vous changer la vie...




Drôle de titre pour un roman très hollywoodien mais pas que. Entre apologie et dédain du monde de l'ouest américain, on oscille. Est-ce un livre à lire au premier ou au deuxième degré?

Richard, un trader richissime, se retrouve cloué sur son canapé avec une très forte douleur, qui lui donne la sensation qu'il va mourir sur place. C'est alors que tout bascule. Il rejette en bloc tout ce qui a été sa vie aseptisée, sans humanité, et se lance dans l'aventure de l'ouverture aux autres et aux sensations... bref à la vie. Il devient un bon samaritain.

Un livre qui ressemble à Ensemble c'est tout, Hollywood en plus. En effet, c'est avant tout un livre qui exalte les petits bonheurs du quotidien, les rencontres, et la possibilité de se reconstruire une existence riche de sens quand tout semble vide et vain. Un livre où l'on peut côtoyer les rock-stars et les acteurs, tout en mangeant des donuts chez l'indien du coin.

C'est aussi un livre qui parle de Los Angeles, et de cette ambiance côte ouest des Etats-Unis. Son climat, ses plages, ses acteurs célèbres, sa pauvreté. Un livre qui montre le pathétique de la vie là bas, tout en en captant des moments forts. Un lieu où l'on construit des villas top design sur des terrains non viables, où des chevaux sont sauvés par hélicoptère, et où l'on est dans la méfiance de tout.

Ce qui est intéressant je trouve, c'est que tout l'environnement dans lequel Richard évolue glisse, se troue, tremble, s'enflamme, comme le personnage lui-même. Ainsi glissement de terrain, trous qui apparaissent dans le jardin, et autres tremblements de terre se faufilent dans le récit et prennent une place particulière.

Un autre aspect riche du texte est la critique social. Les personnages mangent des produits extra sains, sans gluten, se font des perfusions de vitamines, et courrent sur des tapis roulants, mais d'un autre côté, ils n'ont aucun réflex sain de vie. Tout ce qui semble bon pour eux est complétement construit artificiellement. C'est un grand livre sur le vide.

L'argent aussi joue un rôle très fort. Ce qu'on peut ou pas s'acheter. Ce qu'on donne ou pas à l'autre. Ce qu'on laisse voir ou pas. Mais là encore d'une façon très artificielle.

On croise des archétypes: l'assureur, le médecin, le gourou, l'infirmière des urgences, la femme au foyer, etc.

Enfin, le livre interroge le lien père-fils. Richard a abandonné sa femme avec leur fils Ben, il y a longtemps, et la crise qu'il vit l'interroge sur sa démarche, et son éloignement familiale.

Ajouter à ça une dose de tout le monde peut être un héros, et vous avez le scénario du livre.

Ça se lit tout seul (beaucoup de dialogues, des traits d'humour), on s'attache aux personnages, et on a envie d'être dans l'ouverture et le possible en le lisant... tout en sentant l'amertume et le ridicule de cette société.

« Ils le hissèrent sur la civière, et lorsqu’ils le soulevèrent un cri lui échappa ; il ignorait pourquoi. Il était entouré de pompiers, d’infirmiers, de policiers qui le portaient ? cela faisait des années que personne ne l’avait porté. Il s’efforça de les aider, de se faire plus léger. Un flic lui demanda où se trouvaient les clés de la maison ? dans une vasque d’argent sur le plan de travail de la cuisine. Ils verrouillèrent la porte et lui tendirent la clé. Lorsqu’ils le roulèrent sur le brancard, le bercement cahoteux lui donna envie de dormir. Vous avez sommeil, vous aussi ? demanda-t-il. Personne ne répondit. »

Un roman pour ceux qui veulent se mettre à la diététique, à la méditation ou au yoga... ou pas!

Un roman pour ceux qui veulent changer de vie ou laisser la vie les changer.

Un roman pour les urbains en quête de sens... ou de cynisme.

02 janvier 2012

Du domaine des Murmures




On y arrive pas à pas, par la forêt, presque géographiquement, à ce château... en observant une carte, un territoire. Mais c'est bien dans l'histoire que nous sommes plongés, puisque le roman nous entraîne en 1187. Nous trouvons Esclarmonde au domaine, sur le point de se marier, mais qui va dire non et faire voeu de réclusion. Elle va être emmurée vivante dans une petite pièce attenante à la chapelle, avec seulement un espace de fenêtre à barreaux pour être nourrie. C'est alors qu'au lieu de se couper du monde, elle va devenir le centre des voyages des pèlerins, des récits des pêcheurs, et bien d'autres choses encore.

Curieux roman où le style ancien des "ribaudes" va de pair avec un regard moderne qui nous est comme adressé personnellement à nous les habitants du siècle 21. Etrange conte qui donne à voir la foi, la croyance, la religion, l'église, les prélats et les croisés tout en parlant de la vie, de sa fugacité et ses mystères, de ses fluctuations infimes ou fortes.

Un livre pour ceux qui aiment les romans historiques mais pas que... il y a du suspense, il y a des émotions, et de la modernité derrière cette vie de château.

Un texte qui donne un regard fort sur les femmes, le pouvoir, la domination, et les engagements.

Un livre qui montre que l'on peut voir le monde dans une goutte d'eau.

"Le monde en mon temps était poreux, pénétrable et merveilleux. Vous avez coupé les voix, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarmes de vos villes et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l'oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n'imaginez pas que ce massacre de contes a chassé la peur! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi."

Curieuse leçon que celle que nous livre cette narratrice recluse... Une forme de sérénité, de douleur et d'imaginaire légendaire jaillissent des pages et entrent en nous puissamment.

Carole Martinez a eu le prix Goncourt des lycéens 2011, et a été coup de coeur 2011 de la fête du livre de Saint Etienne. On comprend pourquoi! Il ne faut ni craindre le mysticisme, ni les longues descriptions moyenâgeuses. Tout est là mais d'un ton clair et digne.

31 décembre 2011

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur!




Un livre à hauteur d'enfants. Un roman avec leurs fraîcheurs, leurs sincérités, leurs peurs, leurs questions, dans une société du racisme, de l'hypocrisie, et des idées reçues.

Harper Lee nous livre ce qui est devenu un grand classique de la littérature américaine des années 1960, et qui ne se démode pas.

Dans un petit village d'Alabama, au coeur de la crise de la grande dépression, Atticus, un avocat, élève seul ses deux enfants, Jem son garçon et Scout, sa fille. Il leur inculque des valeurs, dans un contexte très tendu: il défend comme commis d'office un noir accusé d'avoir violé une blanche.

C'est un livre drôle, initiatique, violent aussi. Bref, un condensé de sentiments, d'espièglerie, de rumeurs entre voisins, et de scènes d'école au milieu de la pauvreté.

Un livre qui plaira à tous ceux qui s'intéressent à la ségrégation, au racisme, et à l'histoire des Etats-Unis.

Un roman qui plaira à ceux qui aiment les procès, les ambiances d'avant et d'après.

Un texte sur le rôle des pères dans la transmission et l'éducation, aussi.



02 décembre 2011

Un mot oublié?









La délicatesse, voici un mot qui a peu sa place, sauf sur la couverture d'un roman qui caracole en tête des ventes: La délicatesse de David Foenkinos.






C'est un petit conte de Noel, bien doucereux mais parfois ça fait du bien.






Ca donne envie de boire un jus d'abricot, de parler à son voisin dans le métro, et de dire qu'en plus ça rime!





Il est si rare de trouver un roman qui mélange une histoire d'amour à des extraits inopinés de films, de livres, à des listes de tout et de rien...






Un roman qui ose les notes de bas de page, à la: "La location de petites jambes n'existe pas".






Bref, un roman qui fait passer très vite les trajets et les salles d'attente.






Avis à ceux qui voudraient se détendre pendant les fêtes, et se mettre du beaume au coeur.






Un livre pour les fans de K. Pancol et A. Gavalda.






Un livre pour les filles romantiques, qui se cachent.






Un livre pour les convalescentes et les veuves.

12 novembre 2011

Du coeur à l'ouvrage












Un petit roman pour adolescents glissé dans mon sac, j'ai pris le métro. Je me disais que je n'en avais jamais lu. Et puis que je n'étais plus adolescente, alors comment aborder le format?








J'ai opté pour mon seul critère: Allais-je être touchée? Et puis j'y ai ajouté mon deuxième critère: Allais-je le lire d'un coup? Et puis le troisième critère bien sûr: Serait-ce bien écrit? Et là j'ai dit OUI OUI OUI.








Et puis pour tout vous dire, il y a tout plein d'autres raisons de vous parler de ce livre.








D'une part, j'ai l'immense privilège de connaitre et d'apprécier son auteur. J'aimerais tant qu'elle continue d'écrire et de faire vivre sa singularité par des histoires et des petites phrases qui changent.








D'autre part, j'ai retrouvé des mots que j'aime au fil de ma lecture, des mots qui m'ont éclairée ("la vie a plus d'imagination que nous")








Enfin, ce livre traite d'une question forte et peu évoquée par la littérature: comment vivre dans une famille dont l'un des membres est accro à la drogue?








Je vous invite donc à oser le roman pour adolescent. Ca s'appelle Ces années blanches et c'est signé Julie Jacob Coeur.








Je suis sûre que vous n'avez pas fini d'entendre parler d'elle...

07 novembre 2011

... font des grandes rivières!









Les petits ruisseaux de Rabate, où une B.D. qui se joue des codes sociaux, des âges et du destin.






C'est l'histoire de deux copains retraités pêcheurs, qui se retrouvent au bord de l'eau pour passer le temps. Jusqu'au jour où... Je ne vous en dis pas plus, car ça gâcherait tout le plaisir de la surprise, du déroutement et de ce qui s'en suit.






Rabate nous offre des personnages touchants dans leur desespoirs et leurs désirs.






Ce n'est pas un livre sur les personnes âgées et la vieillesse, mais sur ce qu'on est au fond de nous tout le temps.






Planplan les vieux au vert loin de tout? C'est pas si sûr!!!!






Une B.D. drôle et décalée, qui donne envie de s'écouter.






Un livre au dessin des paysages et des portraits sans tabou.












05 octobre 2011

Amours d'exil













Une petite pépite géorgienne, La mer noire de Kéthévane Davrichewy.










C'est l'histoire d'une vielle dame, Tamouna, qui va fêter ses quatre-vingt- dix ans en famille chez elle en France, et qui se souvient de son enfance en Géorgie, et de l'exil que sa famille a dû connaitre en pleine révolution. C'est un balancier qui nous emporte du passé vers le présent, puis le passé, puis le présent... et qui nous montre la difficulté des exilés, entre deux terres, entre deux cultures, entre deux envies. Il y a tous les non-dits, il y a les doutes, et il y a malgré tout une force, de la joie, et des chants au milieu des vieilles photos.





C'est aussi et surtout une histoire d'amour. L'héroine a quitté le pays adolescente, alors qu'elle vivait ses premiers émois avec Tamaz, et la vie va les faire se croiser et se recroiser au hasard des jardins et des salons. Il y a la force des sentiments et les flots du quotidien. Suffit-il d'y croire pour que tout soit possible? Entre occasion manquée et rêve porteur d'avenir, le roman trace son chemin.





Un livre pour en apprendre d'avantage sur la Géorgie et les Géorgiens.




Un texte qui parle très bien des communautés d'exilés recrées ici ou là pour tenir.





Un roman d'amour délicat et doux.









28 septembre 2011

La suite!









Et voilà le tome 2 de 1Q84 achevé! Toujours avec Aomame et Tengo, et les Little people, plus que jamais...






Etrange roman double, lent, et qui soulève beaucoup de questions: sur le mystère des origines, sur ce qui est réel ou fictif; sur ce qui est juste ou pas. Et les réponses ne sont jamais claires ou données. Tout est à deviner, au milieu d'une multitudes de faits insignifiants qui prennent sens ou pas. En résumé, je pense que Murakami tente de nous montrer comment la littérature peut changer le monde, par une démonstration mathématique tout en symétrie et asymétrie.






Ce roman touche au sacré, à la solitude, mais aussi à ce qui fait lien. C'est un roman vide et plein, qui raconte peu pour dire beaucoup sur la vie et nos choix.



Un extrait:

"Ah... je vois. Vous êtes encore jeune et en pleine santé, il vous est difficile de comprendre ce genre de problème. bon, tenez, des exemples. A partir d'un certain âge, la vie s'engage inévitablement dans un processus de perdition. L'une après l'autre, des choses qui vous sont précieuses s'échappent et vous glissent des mains. Comme un peigne qui perd ses dents. Et ce que vous vous procurez à la place, ce ne sont que des choses sans importance. Vos capacités physiques comme vos espoirs, vos rêves, vos idéaux comme vos convictions, ou ce qui a du sens pour vous, ou encore les personnes que vous aimez... tout s'en va."

Et un autre pour la route:

"- Je voulais vous dire que, encore maintenant, je me souvenais bien de ce garçon, dit Tamaru. Non pas que j'aurais envie de le revoir. Non, pas spécialement. A présent, si je le revoyais, je n'aurais rien à lui dire. Simplement, j'ai encore dans la tête, tout à fait vivante, l'image de cet enfant complètement absorbé à délivrer des souris d'un bloc de bois, et c'est devenu pour moi une image précieuse. Qui m'a enseigné quelque chose. Ou qui cherche à m'enseigner quelque chose. On en a besoin pour vivre. Une image qui a du sens même si on ne peut l'expliquer avec des mots. Je crois que le sens de notre vie, aux gens comme nous, c'est d'approfondir ce quelque chose."


Un livre pour ceux qui aiment Lilou dans Le cinquième élément.







Un roman pour ceux qui aiment des films comme L'armée des douze singes.







Un roman pour ceux qui s'intéressent à l'écriture et à la construction littéraire.







Vous ne regarderez plus la lune de la même façon!

02 septembre 2011

Mystère au village









Voici un roman qui se présente un peu comme le jeu Loup Garou, où chaque nuit un villageois est tué et il faut déterminer au village qui pourrait être le loup garou derrière ces mystérieuses disparitions. En effet, dans La Mala Hora, Garcia Marquez nous raconte l'histoire d'un village de Colombie, où chaque nuit quelqu'un place des affichettes dénonçant des faits compromettants sur les uns et les autres (des noms d'amants, la vérité sur des enfants non légitimes, etc.) Peu à peu l'ambiance au village se tend. Personne n'a trop la conscience traquille. On suit des rôles bien distincts: le maire, le curé, le médecin, le coiffeur, etc et toute une mécanique sociale de la terreur et de la compromission.






Un texte intéressant pour comprendre la société colombienne de l'époque: la corruption, le contrôle social pesant de l'église, etc.






Un livre court avec un talent particulier de l'auteur pour poser une scène en quelques mots.






Alors paix ou guerre civile au village des affichettes dénonciatrices? A vous de lire!






Merci à Amélie pour le cadeau qui me permet d'inaugurer une nouvelle catégorie: littérature colombienne!










30 août 2011

Roman de taiseux












Je viens de refermer le dernier E. de Luca. C'est un roman de taiseux, de montagnard, d'amoureux de la nature et des bêtes. Un roman d'odeurs, de bruissements, de silences.








C'est aussi et surtout l'histoire d'un chamois et d'un braconnier, tous les deux amoureux des Alpes et de leur territoire, mais dont l'affrontement semble inévitable.








Devant ce duel, on sent le tragique, la tension et l'approche furtive de la fin de vie.








Un texte court, compact, taillé dans le bois, la mousse et la pierre.








A mettre entre les mains d'amoureux des grands espaces, de la faune et de la flore, et du bon air.








Un livre pour tous les avides de poésie contemplatrice.








Un roman où on ne sait si le chamois ou l'homme n'est le héros.

24 août 2011

Le fantomatique absent









C'est une histoire banale. Elle rentre du travail, il a oublié de ramener le pain, elle lui demande si il peut aller en chercher... Sauf, qu'il ne revient pas.


Commence alors une longue et mystérieuse absence, qui va être passée au peigne fin, mise sous l'oeil du microscope de l'écrivain, décortiquée et reconstruite. Peu de choses, en fait, mais une tentative de dire le manque et le vide en mot, mais aussi et surtout l'incompréhensible sortie de l'ordinaire. Parfois on se demande si c'est l'angoisse, la folie, la peur qui guettent la narratrice, ou si tout d'un coup tout va rentrer dans l'ordre.




Etrangement, les lieux vont alors prendre de la place, le cadre de la ville. Certains personnages aussi, dont la mère. Mais le vide prédomine.




C'est donc un livre qui n'emporte pas avec lui, mais qui laisse des creux, des non-sens, des abstractions s'imprimer doucement en nous.






Un livre à conseiller à ceux qui voudraient lire une fois un roman de Darrieussecq pour découvrir son style.






Un livre à conseiller à ceux qui aiment penser que tout peut toujours changer, basculer, palir.






Un livre à déconseiller à ceux qui aiment avoir une intrigue rondement menée.

22 août 2011

Etre patiente












Voici un livre à mettre entre toutes les mains des femmes. Dans Le choeur des femmes, M. Winckler raconte la vie d'un service de gynécologie dans une petite ville. On suit le médecin et son interne, leur relation, son évolution dans le temps. On approche peu à peu l'univers passionant du cabinet. Le dialogue entre soignant et soignée, les incompréhensions, les questions de pouvoir, les douleurs, les peurs.








J'ai préféré la première partie à la deuxième, de ce livre que j'ai pour ainsi dire dévoré en deux jours, alors même que j'étais pleine d'appréhensions au début, vis à vis de ce type de roman.








Je trouve fort qu'un roman arrive à parler en toute simplicité des doutes des femmes, de la sexualité, des désirs, des non-dits, etc. On sent vraiment les angoissées, les désespérées, les craintives, souvent à juste titre. On se prend à rêver à un lien patient médecin différent. Soit même on peut réfléchir au patient qu'on a été. Au patient qu'on pourrait être.








Oui, on peut parler de règles, de pillules, de sterilet, oui, on peut parler d'avortement, et tout ça avec un ton juste et sensible, dans un roman bien mené et construit.








On réalise très vite d'ailleurs que ce livre est le concentré d'années et d'années de pratique de la médecine. On sent le vécu, à travers les témoignages fictifs. Je trouve que le titre est bien trouvé car on entend les voix de toutes ces femmes, qui se mêlent et s'entremêlent, qui font écho, résonnent. On finit par les écouter avec nos trippes.






Un livre à conseiller à toutes.




Un livre vraiment au féminin, écrit par un homme qui écoute les femmes.

















13 août 2011

Histoire et Roman









Un roman à mettre dans votre valise s'il est encore temps: HHhH de Laurent Binet.






Il s'agit du récit de l'opération Anthropoïde, qui avait pour but en 1942 d'assassiner Heydrich, le cerveau et bras droit de Himmler.






Tout y est: suspens, tension pour savoir si les deux parachutistes vont réussir leur coup, mais aussi parcours détaillé d'un chef de la Gestapo, un rien de rien devenu tout puissant et maitre du "protectorat tchèque".






Ce qui est très fort, c'est qu'en plus d'un roman, Laurent Binet nous offre une réflexion sur ce que c'est que d'écrire une fiction qui s'appuie sur des faits, des archives, des recherches. Il s'interroge sur ce que cela veut dire de mettre des mots dans la bouche d'hommes qui ont existé, et dont on ne connaitra jamais les pensées les plus intimes dans les moments les plus forts.






En plus, il y a plein de détails passionnants, intrigants, fous. Je ne vous en dis pas plus.






Enfin, le roman donne à voir une perspective tchèque d'un conflit que l'on connait d'avantage sous l'angle français. Je trouve que cela permet d'aborder la seconde guerre mondiale autrement, et d'une façon très enrichissante.






Bref, à lire si vous avez aimé Alias Caracalla. vous retrouverez la formation des parachutistes à Londres, les pseudonymes à manier avec attention sur le lieu de l'attentat, etc.






A lire si vous aimez les polars ou les romans d'espionnages.






A lire si vous cherchez à comprendre la seconde guerre mondiale et le nazisme.






Ce livre a eu le prix goncourt du premier roman. Il le mérite. C'est frais, décapant, touchant. On suit pas à pas le travail d'un historien en herbe, le travail d'un écrivain en devenir, le développement du nazisme, et la mise en place de la résistance, tout ça dans une langue simple, limpide, et bien huilée.










28 juillet 2011

La suite de l'histoire...















Je viens de refermer le premier tome de La force des choses, de Simone de Beauvoir... C'est la suite de son autobiographie (voir messages précédents sur Mémoires d'une jeune fille rangée et sur La force de l'âge).










On retrouve Simone et Jean-Paul dans leur vie de tous les jours, leurs voyages (en Afrique, en Grèce, aux Etats-Unis), leurs discussions avec Cocteau, Camus, Merleau-Ponty et j'en passe...










C'est l'après guerre avec tout le flou politique qui existe en France, et les guerres fratricides, entre communistes, neutralistes, pro ou anti américains.










On les sent plus loin l'un de l'autre, chacun dans leurs amours parallèles.










On peut voir en direct comment Le deuxième sexe est reçu en France et à l'étranger.










Un texte un peu au fil de l'eau, moins marquant que les deux premiers volets, car beaucoup plus dans une routine d'adultes installés, dans une société qui reprend son souffle.










"Nous buvions dur à l'époque; d'abord parce qu'il y avait de l'alcool; et puis nous avions besoin de nous défouler, c'était fête; une drôle de fête; proche, affreux, le passé nous hantait; devant l'avenir, l'espoir et le doute nous divisaient; la sérénité ne pouvait pas être notre lot; le monde contrariati nos passions. Il fallait oublier, et oublier même que nous oubliions. " (page 57)










Un texte à lire pour ceux qui aiment pouvoir imaginer comment les cafés parisiens s'animaient à l'époque de Camus, Sartre et des autres...


Un témoignage à lire pour comprendre le cheminement de Simone de Beauvoir par rapport aux femmes et aux féministes...

25 juillet 2011

Femme d'écrivain















Voici un roman qui vous plonge dans la vie de Hadley, la première femme d'Hemingway. Une femme qui va vivre pour son écriture, pour son mari et pour son couple, jusqu'à la dérive et la séparation.









Etrange livre que The Paris wife, car c'est un roman, une fiction, mais qui s'appuie sur des personnages bien réels, leurs correspondances, des photos. Périlleux exercice je trouve de reconstituer un univers tout en y mettant des mots d'ailleurs, et curieuse lecture qui donne l'impression d'une autobiographie fausse.





On y retrouve le Paris des cafés et des intellectuel(le)s comme dans les livres de Simone de Beauvoir.... à se perdre entre décors de vie ou de roman.






Pourtant on passe un bon moment, on a l'impression de cotoyer le couple et leurs amis, de saisir le travail d'écrivain en train de s'accomplir, les doutes, les angoisses, les échecs, et le désir toujours renouvelé de produire un roman fort et riche.










Un livre qui plaira à ceux qui ont aimé Midnight in Paris de W. Alen, au cinéma récemment.










Un roman pour ceux qui s'intéressent à ce qui fait tenir ou pas deux personnes ensemble.










Un texte qui se lit tout seul...

12 juillet 2011

Pérou noir







C'est cru, c'est violent, c'est grossier, et pourtant la fin de l'histoire et l'écriture sont beaucoup plus subtils qu'on pourrait le penser à première vue.





Dans Qui a tué Palomino Molero, le prix nobel de littérature Mario Vargas Llosa nous emmène en compagnie du sergent Lituma et du lieutenant Silva au fin fond de la campagne péruvienne, où le corps d'un jeune soldat a été retrouvé, mort et mutilé.





Vous vous en doutez, il s'agit du jeune Palomino Molero et nos deux gendarmes vont devoir trouver qui a pu commettre une telle atrocité. Très vite leur enquête va se tourner vers les militaires d'une base voisine, où règne la loi du silence et les rapports hierarchiques.





Humour très masculin, un peu salace, description des bordels et autres débauches de pisse et de merde, des discussions en dessous de la ceinture... tout est là pour ravire les amateurs de récit cru et ironique.





Vous trouverez dans ce roman noir une vision intéressante des liens sociaux et des moeurs du fin fond du Pérou.





Et surtout une intrigue qui ne tombe pas dans l'évidence. On ne sait pas que croire, les faits ne sont qu'une question de perspective, entre folie et mensonge, vérité qui dérange et tabou...






Un roman pour ceux qui aiment les gros sabots virils et gras... les westerns... les jeux de pouvoir et de domination...






Un polar pour ceux qui aiment quand les intrigues sont menées par des grands écrivains... en mêlant les aspects sociaux au suspense.



Ames sensibles en quête de douceur s'abtenir!



06 juillet 2011

Guerre des gangs à Boston









Dernière découverte côté polars, les romans de Dennis Lehane. C'est très noir, très cru, très argotique, et pourtant humain quand même, quelque part.






Les héros sont deux détectives, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Et tout se passe à Boston. Une ville où les liens entre les noirs et les blancs sont tendues, la corruption politique organisée à tous les étages, et les affaires de moeurs légion!






Ils sont engagés pour retrouver une femme de ménage qui a disparu, mais bien sûr, l'intrigue ne s'arrête pas là, tout s'emballe, jusqu'à mettre la ville à feu et à sang. La femme de ménage en question est partie avec des documents que trois hommes politiques veulent à tout prix récupérer, à un moment où une loi est en cours d'adoption et bizarrement retardée...






Un extrait, histoire de vous mettre dans l'ambiance:






" 'Tell you what concern changes - nothing. I'am concerned that this city's going to rip itself apart this summer. Won't stop it from happening. I'm concerned too many kids are dying too young over sneakers and hats and five bucks worth of Grade Z cocaine. Guess what though? They're still dying. I'm concerned that shitheads like that - he jerked a thumb down the bar - are actually allowed to reproduce and raise new shitheads just as stupid as they are, but it doesn't stop them from mating like rabbits' He threw back the shot and I had the feeling I'd be driving him home."






Ce qui est intéressant, c'est que le contrat des deux détectives n'est pas le seul objet du roman. Il y a aussi la vie de ces deux personnages, chacun à leur façon malmené par la vie. Angie est une femme battue, Patrick est le fils d'un pompier, soit disant modèle et célèbre. Tout cela ne fait qu'interroger ce qu'ils sont l'un et l'autre dans ce monde de brut, où les médias sont rois pour faire et défaire les vies des uns et des autres, et la violence insinueuse, pernitieuse et inévitable.

Un monde où les leaders de gangs sont tout simplement effrayants.

Un espace d'action où les armes sont à tous les coins de rue, et dans des mains d'individus sans scrupules.

Un univers intrépide, très masculin, et dure.


Une série de romans noirs pour ceux qui aiment les polars américains et les vieux films à la Sweet smell of success...



Un roman à éviter si vous aimez vous retrouver dans des univers civilisés et tendres, mais à lire absolumment pour se plonger dans les coulisses obscures de la société bostonienne.

21 juin 2011

Du nazisme en Suède












Le dernier Camilla Läckberg vaut le détour, qu'on se le dise. En plus de retrouver Erica et son enquêteur de mari et leur petite fille Maja, on découvre tout un pan de l'histoire suèdoise lors de la seconde guerre mondiale dans l'Enfant allemand.








Tout commence dans une vieille maison du coin, où vivent deux frères de plus de soixante dix ans. Les deux sont passionnés d'histoire, et collectionnent toutes les traces de la deuxième guerre mondiale qu'ils peuvent. Quand un jour, deux jeunes enfants tentent d'entrer pour aller voir les reliques tant réputées, ils tombent sur le cadavre d'un des frères, déjà bien décomposé, dans la bibliothèque. Commence alors une quête de vérité, qui oblige les policiers et nos héros à se replomger dans les années 40.








Une intrigue bien menée, des passages très amusants (qui mettent en scène le fameux chef du commissariat incompétent et macho d'une façon risible), et un suspense et des surprises jusqu'au bout.








Encore un polar à mettre dans vos valises si vous avez des longs trajets à faire cet été...








15 juin 2011

Thriller d'actualité









Après 7 ans de solitude du juge Alphen, je viens de lire un autre livre marquant écrit par un juge: Les Yeux de Lira de E. Joly et J. Perrignon.






Roman et pourtant! Le monde des rétro-commissions s'ouvre à vous, en passant par les comptes off-shore, les hommes politiques verreux, et le parquet aux ordres!






Tout y est.






De la Russie au Républiques africaines, en passant par les iles Feroe.






Un thriller décapant entre film d'action et reportage d'Envoyé spécial.






On lit le roman en deux jours.






Dommage pourtant que le style soit si peu travaillé au niveau de la langue, qui est très journalistique au final.






Mais pour le reste une cuillère d'huile de foi de morue qui est revigorante... et qui donne envie d'espérer, même si la fin ne fait pas l'unanimité, je pense, mais je ne veux rien dévoiler ici...






A lire absoluement pour mieux comprendre les coulisses du monde moderne!