10 janvier 2012

Ce livre peut vous changer la vie...




Drôle de titre pour un roman très hollywoodien mais pas que. Entre apologie et dédain du monde de l'ouest américain, on oscille. Est-ce un livre à lire au premier ou au deuxième degré?

Richard, un trader richissime, se retrouve cloué sur son canapé avec une très forte douleur, qui lui donne la sensation qu'il va mourir sur place. C'est alors que tout bascule. Il rejette en bloc tout ce qui a été sa vie aseptisée, sans humanité, et se lance dans l'aventure de l'ouverture aux autres et aux sensations... bref à la vie. Il devient un bon samaritain.

Un livre qui ressemble à Ensemble c'est tout, Hollywood en plus. En effet, c'est avant tout un livre qui exalte les petits bonheurs du quotidien, les rencontres, et la possibilité de se reconstruire une existence riche de sens quand tout semble vide et vain. Un livre où l'on peut côtoyer les rock-stars et les acteurs, tout en mangeant des donuts chez l'indien du coin.

C'est aussi un livre qui parle de Los Angeles, et de cette ambiance côte ouest des Etats-Unis. Son climat, ses plages, ses acteurs célèbres, sa pauvreté. Un livre qui montre le pathétique de la vie là bas, tout en en captant des moments forts. Un lieu où l'on construit des villas top design sur des terrains non viables, où des chevaux sont sauvés par hélicoptère, et où l'on est dans la méfiance de tout.

Ce qui est intéressant je trouve, c'est que tout l'environnement dans lequel Richard évolue glisse, se troue, tremble, s'enflamme, comme le personnage lui-même. Ainsi glissement de terrain, trous qui apparaissent dans le jardin, et autres tremblements de terre se faufilent dans le récit et prennent une place particulière.

Un autre aspect riche du texte est la critique social. Les personnages mangent des produits extra sains, sans gluten, se font des perfusions de vitamines, et courrent sur des tapis roulants, mais d'un autre côté, ils n'ont aucun réflex sain de vie. Tout ce qui semble bon pour eux est complétement construit artificiellement. C'est un grand livre sur le vide.

L'argent aussi joue un rôle très fort. Ce qu'on peut ou pas s'acheter. Ce qu'on donne ou pas à l'autre. Ce qu'on laisse voir ou pas. Mais là encore d'une façon très artificielle.

On croise des archétypes: l'assureur, le médecin, le gourou, l'infirmière des urgences, la femme au foyer, etc.

Enfin, le livre interroge le lien père-fils. Richard a abandonné sa femme avec leur fils Ben, il y a longtemps, et la crise qu'il vit l'interroge sur sa démarche, et son éloignement familiale.

Ajouter à ça une dose de tout le monde peut être un héros, et vous avez le scénario du livre.

Ça se lit tout seul (beaucoup de dialogues, des traits d'humour), on s'attache aux personnages, et on a envie d'être dans l'ouverture et le possible en le lisant... tout en sentant l'amertume et le ridicule de cette société.

« Ils le hissèrent sur la civière, et lorsqu’ils le soulevèrent un cri lui échappa ; il ignorait pourquoi. Il était entouré de pompiers, d’infirmiers, de policiers qui le portaient ? cela faisait des années que personne ne l’avait porté. Il s’efforça de les aider, de se faire plus léger. Un flic lui demanda où se trouvaient les clés de la maison ? dans une vasque d’argent sur le plan de travail de la cuisine. Ils verrouillèrent la porte et lui tendirent la clé. Lorsqu’ils le roulèrent sur le brancard, le bercement cahoteux lui donna envie de dormir. Vous avez sommeil, vous aussi ? demanda-t-il. Personne ne répondit. »

Un roman pour ceux qui veulent se mettre à la diététique, à la méditation ou au yoga... ou pas!

Un roman pour ceux qui veulent changer de vie ou laisser la vie les changer.

Un roman pour les urbains en quête de sens... ou de cynisme.

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