20 octobre 2009

Humain, très humain




Il m'arrive rarement de pleurer en lisant un livre, mais là, je n'ai pas pu l'empêcher. D'autres vies que la mienne m'a touchée en plein coeur. Une de mes meilleures lectures des derniers mois. C'est un livre Humain, avec un grand H. Un livre où tout ce qui fait notre condition surgit et nous fait face: la mort, la maladie, l'amour, les peurs, les joies, les horreurs, les peines.


C'est un livre profond. C'est un livre sincère, je crois. Ce n'est pas un roman mais plus un partage d'évènements rares et intenses: D'abord, le tsunami en Asie du Sud-Est. E. Carrère y était avec sa compagne et leurs enfants. Ils ont survécu mais la petite fille d'un couple avec qui ils avaient sympathisé y est morte noyée. Ensuite, le mort de la soeur de la compagne d'E. Carrère. Elle était juge, elle avait un mari et trois petites filles mais elle a été emporté (et très vite) par un cancer. E. Carrère analyse ces situations de deuil. Nous sentons son regard à la fois introspectif, et curieux des autres. C'est une entrée dans l'intime qui fait réfléchir à son propre vécu. Mais qui fait aussi pénétrer dans des sphères parfois ignorées comme celle de la petite existence d'un tribunal d'instance à Vienne (Isère), ou celle des chambres d'hopitaux où il question d'amputation, de soins paliatifs, entre autres.


Ce livre m'a tellement marquée, que les mots me manquent pour le décrire. Il y a tant de passage qui m'ont bouleversée chacun à leur façon...


"Ce qu'Etienne découvre devant ces types perdus au tribunal, écrabouillés, mal barrés dès le départ, c'est que plus ce qu'on lui dit est difficile à entendre, plus il est calme. Devant les souffrances d'autrui, il retrouve instinctivement la posture qui lui a permis de supporter les siennes lorsqu'il était cancéreux. S'ancrer au fond de lui-même, dans son ventre. Ne pas se révolter, ne pas lutter, laisser faire: le médicament, le cours de la maladie, celui de la vie. Ne pas chercher quoi dire d'intelligent, laisser venir les mots qui sortent de sa bouche: ce ne sont pas forcément les bons, mais c'est seulement comme cela que les bons ont une chance de sortir."


Un livre à conseiller à tous ceux qui doutent encore qu'au plus sombre de la tragédie on puisse trouver un peu de lumière...
Un livre pour creuser en soi au fin fond de l'hiver...

15 octobre 2009

Mal-être en barre




C'est un roman d'actualité, remarquable, sur le mal-être en entreprise. Son titre: Les heures souterraines de Delphine de Vigan.

Elle y dissèque avec talents toutes les mesquineries, les bassesses, les non-dits qui détruisent à petit feu, de l'intérieur, dans notre monde moderne. Les longs trajets de RER, l'indifférence générale, la solitude, les luttes intestines pour réussir, etc.

Mathilde travaille dans le marketing. Elle a tout pour faire une belle carrière, elle est reconnue, elle donne beaucoup d'énergie pour sa boîte. Et un jour, tout bascule sans qu'elle ne s'en rende compte. On lui donne le bureau à côté des toilettes, on ne la met plus en copie des emails, elle n'est plus informée des réunions... Tout s'enraye. On ne fait que lui répéter qu'elle a mauvaise mine. Qu'elle devrait se reposer. Elle sombre peu à peu.

"D'abord Jacques avait décidé que les quelques minutes qu'il lui consacrait chaque matin pour faire le point sur les priorités et les dossiers en cours constituaient une perte de temps. Elle n'avait qu'à se débrouiller seule, et le solliciter en cas de besoin. De même, il avait cessé de venir la voir dans son bureau en fin de journée, un rituel qu'il avait instauré depuis des années, une courte pause avant de rentrer chez lui. Sous des prétextes plus ou moins plausibles, il avait évité toute occasion de déjeuner avec elle. Il ne l'avait plus jamais consulté à propos d'une décision, avait cessé de se préoccuper de son avis, n'avait plus jamais fait appel à elle d'aucune manière."

Thibault lui est médecin. Il parcourt Paris en voiture de détresse en douleur, au milieu des embouteillages et des SMS l'informant des visites à effectuer. Il souffre de sa récente rupture...

Tous les deux naviguent dans le noir de la ville. Tous les deux n'ont plus d'air pour respirer.

Un roman saisissant, qui illustre bien notre époque et ses travers.

Un texte qui plaira à tous ceux qui ont approché de près ou de loin l'hypocrisie des grandes entreprises.

Des mots qui parleront à ceux qui ont pu un jour se sentir en détresse.


"Au moment où la porte se referme derrière elle, Mathilde plonge la main dans son sac jusqu'à sentir le contact du métal. Elle a toujours peur d'avoir oublié quelque chose, ses clés, son téléphone, son porte-monnaie, son passe Navigo. Avant, non. Avant, elle n'avait pas peur. Avant, elle était légère, elle n'avait pas besoin de vérifier. Les objets n'échappaient pas à l'attention, ils participaient d'un mouvement d'ensemble, un mouvement naturel, fluide."

13 octobre 2009

Coeur lourd




Hier soir, j'ai lu Le cœur-enclume de Jerôme Ruillier. Un trait fin et facile pour un sujet loin d'être évident: celui de la naissance d'un enfant prématuré et handicapé.

Ce qui m'a plu c'est la douceur malgré la dureté du sujet. On dirait presque des petits ours bruns. Cet album est plein d'émotions, de tendresse, de peine, de sentiments complexes et intimes. Il a quelque chose d'enfantin dans les dessins et cela pour parler d'un sujet d'adulte plutôt délicat: la naissance dans ce qu'elle peut avoir de déroutant.

Jérôme Ruillier ose parler de sentiments parfois inavouables comme le rejet de son enfant, les doutes face au handicap, la peur de l'annoncer aux proches, le dégout de soi-même. Il nous confie une tranche forte de sa vie comme un petit coquillage fragile.

Un témoignage bouleversant qui vaut la peine d'être lu...

Une petite leçon de vie en noir et blanc qui redonne des couleurs et de l'espoir!

30 septembre 2009

Petit conte moderne








Un petit roman qui ne mange pas de pain, qui se lit tout seul et qui s'en va: No et moi de Delphine de Vigan.




Lou, treize ans, est une enfant surdouée, toute petite en taille et qui vit un enfer à la maison. Depuis le décès de sa petite soeur, sa mère a sombré dans la dépression. Un jour, pour un exposé, elle rencontre No, une SDF de la gare d'Austerlitz. Elle va décider de la faire entrer dans sa vie, de l'aider, sans trop savoir dans quoi elle s'avance!




L'histoire est assez convenue mais on s'attache quand même à leur duo... Lou et No vont grandir ensemble pour le meilleur et pour le pire!




J'ai découvert Delphine de Vigan en écoutant le 5-7 de France Inter. Elle y était interviewée pour son dernier roman, les heures souterraines. Son discours m'a plu, et Patricia Martin, la présentatrice, m'a convaincue de la lire!




Je pense que son style plaira à tous les fans d' Anna Gavalda et autre Katherine Pancol.




Un petit conte moderne!

28 septembre 2009

Inadéquation




La solitude des nombres premiers
... Un très joli titre pour un roman fort et poignant.

C'est l'histoire de Mattia et Alice. Tous deux ont vécu des moments traumatisants dans leur enfance, et on les suit adolescents puis adultes... On les voit se débattre avec la vie. Mattia rejette le monde, Alice se sent rejeter par le monde. Et tous deux tentent bon an mal an d'avancer. L'un est surdoué, l'autre boite suite à un accident, et chacun vit les décalages et inadéquations de son âme et de son corps face à la société, à la famille et aux amis.

Le ton est juste. L'histoire n'est pas celle d'un conte de fée, mais elle colle au vécu et au sensation des personnages avec brio. Si bien qu'on arrive aussi à poursuivre avec eux pages après pages malgré la dureté du propos.

Un premier roman d'un thésard en physique qui vaut le détour! On ressent bien toutes les petites humiliations, tous les rejets, toutes les blessures au corps et à l'âme.

Je l'ai lu en italien, mais vous pouvez le trouver en français, anglais, etc.

La force de ce livre est de ne pas tomber dans la psychologie de bas étage, mais de démontrer comme mathématiquement les douleurs telles qu'elles sont.

Un roman qui s'attache à ce qui nous détache des autres.

Un texte qui ne cherche pas à séduire, mais qui plaît par sa différence, comme Mattia et Alice.

Merci à Ele, Fede, Ricardo et Simon pour ce très beau cadeau de fin de thèse!

17 septembre 2009

La mystérieuse Rosalie Blum






Le personnage est attachant, comme la BD. Le trait est celui du quotidien: les stylos qui traînent, les miettes sur la table,... J'aime la façon qu'à Camille Jourdy de nous raconter le petit déjeuner en quelques cases: Des mains qui tranchent le pain, vue plongeante sur le pot de confiture, détail du sachet de thé qu'on retire de son bol, et la main qui allume la radio. Pas un mot. Et quand il y en a ce sont ceux du monologue interieur de Vincent.


Vincent, il a la trentaine. Il vit en province. Il est coiffeur. Rien de rien dans la vie. Ah si, une mère affreuse, possessive, égoïste et qui se rejoue sa vie rêvée en marionnettes en ricannant! Et pourtant un jour tout bascule quand Vincent se met à suivre cette mystérieuse Rosalie Blum dans la rue...


Une BD du trentenaire en crise comme il en existe d'autres (Monsieur Jean, Le combat ordinaire, etc). Mais un ton différent, et des astuces de mise en scène de l'histoire très bien vues.


J'ai lu les deux premiers tomes, et j'ai aimé me laisser surprendre par cette histoire banale mais si bien racontée. Pas de bulles mais des mots qui dansent ici ou là, un souci du détail dans le dessin, de belles expressions du visage surtout pour le chat et la mère acariâtre. J'aime aussi que l'histoire ne soit pas toute enfermée dans des cases... Mais qu'il y ait tantot de petits croquis comme des photos prises en mode rafale, puis une page entière comme une aquarelle qu'on peut prendre le temps de regarder. J'aime les couleurs un peu vieillotes du salon de coiffure, j'aime le fait que d'une vie de déprimé Camille Jourdy fasse un tableau...
Avis aux amateurs de BD...

10 septembre 2009

Vive les épluchures de papates




Un titre comme ça, on en voit rarement: Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates! Et croyez-moi le livre vaut le détour!

Il s'agit de la correspondance (fictive bien sûr) entre différents personnages anglais, so british! Les lettres sont piquantes, drôles, parfois sarcastiques, d'autres fois tristes. Elles décrivent avec vivacité et humour des scènes cocasses du quotidien. Elles critiquent parfois les moeurs des uns et des autres. Elles sont aussi l'occasion de confessions douloureuses. Bref, on sautille d'une missive à l'autre comme on court à la boîte-aux-lettres en espérant des petites surprises de papier en rentrant à la maison.

Et au final, grâce au talent de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows toutes ces lettres tissent une très belle histoire d'amitié et d'amour entre des êtres sincères et dévoués qui ont la même passion pour la vie et le même caractère enjoué.

Je dois dire que l'on tombe très vite sous le charme de Juliette, le personnage principal, une écrivaine londonienne qui cherche une bonne idée de roman à écrire... mais aussi de l'île qui va finir par attirer toute son attention: Guernesey. C'est en effet dans ce décor qu'est né, pendant la seconde guerre mondiale, ce mystérieux cercles de lecture...

Ce roman est aussi l'occasoin de lire des tas d'autres histoires et anecdotes sur la vie des habitants des lieux pendant et après la guerre... ou comment garder le sourire quand tout va mal. Et cela grâce aux échanges de courriers entre juliette et les membres de ce mysterieux cercles aux tourtes aux épluchures de papates et aux romans.

Ca se lit tout seul... Ca donne envie d'écrire et de recevoir de longues lettres. Comme il devait être doux de ne pas avoir de téléphone portable et d'email ni de guides touristiques pour découvrir un lieu et ses habitants... mais seulement les mots sur le papier de vieux livres ou de lettres!

Ce livre plaira à ceux qui aiment les personnages au tempérament bien trempé et au ton qui décape!

Ce livre fera le bonheur de ceux qui aiment Petits meurtres dans un jardin anglais, Beaucoup de bruit pour rien, etc. On est en société, on s'observe, on ne s'épargne pas, et cela pour le meilleur divertissement des uns et des autres.

Ce livre conviendra aussi à tous ceux qui aiment Anna Gavalda, Alice Ferney et les autres auteurs de la série Au féminin de ce blog! Il vous donnera envie de lire, c'est sûr!

Extrait:

"C'est ce que j'aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre."

08 septembre 2009

Au pays des morts...




Judith Hermann a une écriture du concret; une écriture du quotidien, brut; une écriture qui met en scène par le détail banal mais familier... comme le cliquetis des petites cuillères dans le tiroir quand on tend les doigts pour attrapper le tir-bouchon tout au fond derrière les couverts... ou comme les arcs dessinés sur la vitre par les essuie-glaces sous la pluie...


Dans son dernier recueil de nouvelles, elle se penche sur la question de la mort des proches à travers des gestes simples, ceux qu'on s'efforce de continuer à faire pour rester vivant quand tout nous bouleverse... ceux qu'on fait pour accompagner les autres dans la douleur sans quitter le quotidien qui semble irréel tant il est effacé par la souffrance...


Le fil conducteur entre les nouvelles s'appelle Alice. Beau personnage confronté à la mort de façon forte et différente à chaque fois...


J'ai dégusté comme toujours les nouvelles allemandes de J. Hermann. Des petites lumières dans la nuit.

22 août 2009

Un tout petit village...




Tout commence par ces mots:


" Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi, je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une masse de fer."


Brodeck vit dans un village. Dans tout ce que ça peut avoir de petit, un village... surtout quand les gens du village, devant la présence persistante d'un étranger, se sont ligués contre lui, jusqu'à commettre le pire.


Lui, Brodeck, il est chargé du rapport. D'où le titre du roman: Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel.


C'est un livre à lire. Très bien écrit. Une plume qui virevolte entre passé présent et futur avec tant de délicatesse qu'on en oublie les frontières pour ne faire que sombrer dans les pièges de la mémoire.


On y retrouve les camps, la guerre, la désolation, les sévices, l'exclusion, la honte, la peur.


Certaines pages m'ont fait penser à l'oeuvre de René Girard, notamment à La violence et le sacré.


"Quand je relis les pages précédentes de mon récit, je me rends compte que je vais dans les mots comme un gibier traqué, qui file vite, zigzague, essaie de dérouter les chiens et les chasseurs lancés à sa pousuite. Il y a de tout dans ce fatras. J'y vide ma vie. Ecrire soulage mon coeur et mon ventre."


Ce roman plaira à ceux qui s'interrogent sur l'histoire, la grande et la petite.


Ce livre plaira à ceux qui aiment les plumes bien affinées.
Un texte qui sent la campagne, les sous-bois, les feux de cheminée et les creux de l'hiver...


Ce livre interpelera ceux qui s'intéressent aux phénomènes de groupe, à la sociologie, et à l'anthropologie quand elle se fait roman...

08 août 2009

Terriblement fort




Parce qu'elle ne s'est jamais abandonnée elle-même en étant contrainte de s'abandonner aux autres... Parce qu'elle a su trouver les mots pour raconter l'occupation, la guerre, les privations, les viols... Parce qu'elle est restée digne... je voudrais tant vous conseiller la lecture de son journal intime intitulé: Une femme à Berlin, Journal, 20 avril - 22 juin 1945 et paru chez Gallimard.


Elle, c'est une berlinoise anonyme, qui vit la faim, l'attente, les atrocités. Elle est très cultivée, elle a beaucoup voyagé en Europe, mais là elle n'est plus rien ou presque, jusqu'à ce qu'elle trouve des pages vides pour accueillir ses pensées.


On découvre un berlin où toutes les règles, toutes les échelles de valeurs, sont renversées ou absentes. Plus de jours, plus d'heures, plus de dimanche, plus de semaines, juste un temps long qui s'étire entre deux bombardements, entre deux allé-retour à la pompe en courant.


Vous allez me dire que c'est très difficile de lire de telles choses. Et moi-même, j'ai mis du temps avant de trouver la force de lire son témoignage. Mais, ça vaut tellement la peine. Pour elle, pour elles je dirais même, mais aussi pour nous, car c'est un témoignage de force.


C'est un livre précieux pour comprendre (ou tenter de comprendre) ce que veut dire ne pas vivre en paix.


On ne peut s'empêcher de penser aux irakiennes, aux afgahnes, africaines, etc.


Un livre à mettre en toutes les mains qui veulent apprendre la vie et la mort, en face.


Un livre qui brise des tabous sans jamais tomber dans le mauvais goût.


Un livre qu'on n'oublie pas.


Un extrait:
"Faisons le compte: j'ai parcouru douze pays d'Europe, ai vécu notamment à Moscou, Paris, Londres et vu de près le bolchevisme, le parlementarisme, et le fascisme, comme simple être humain parmi d'autres êtres humains. Des différences? oui, et parfois même considérables. Mais j'ai tendance à croire qu'elles résident dans la forme et la couleur, dans les règles du jeu, et non dans le bonheur supposé inférieur ou supérieur, réservé à la majorité, comme le professait candide."

27 juillet 2009

sucré salé



Les mariages, les divorces, les naissances, les deuils, que des moments forts de vie qui peuvent être doux ou avoir un goût amer. Dans Mariage Arrangé, Chitra Banerjee Divakaruni nous fait partager en quelques nouvelles les joies et les tristesses des mariages indiens, au pays ou en expatriation aux Etats-Unis. Chaque nouvelle est très émouvante. On ressent sa sensibilité et son tact dans chacun des mots qu'elle choisit.


En onze histoires, on découvre les rites indiens, mais aussi les détours que peuvent prendre les us et coutumes lors d'exils.


Je n'ai pas de nouvelles préférées dans ce recueil, toutes m'ont emmenée ailleurs, toutes m'ont parlé. Je vous laisse donc les découvrir.


"J'attends ce jour depuis si lontemps que lorsqu'enfin je monte dans l'avion, je respire avec difficulté. Dans ma précipitation, je me cogne à l'hotesse de l'air qui se tient à la porte pour nous accueillir, avec un sourire d'un rose brillant, du même rose exactement que ses ongles.

"Désolée, dis-je, vraiment désolée, comme les soeurs me l'ont enseigné dans ces vieilles salles de classe à haut plafond que la brise provenant des arbres nîm du couvent raffraichissait.

"Pas de problème" réplique-t-elle, arborant un sourire doré comme les cheveux qui tombent en boucles parfaites sur ses épaules. C'est la première fois que j'entends cette expression. Séduite par les syllabes exotiques, je murmure "pas de problème" en me frayant un chemin dans l'allée."

Chaque nouvelle est le début d'un long voyage... dans l'intimité bouleversée de femmes indiennes.

Ceux qui ont aimé La maîtresse des épices retrouveront la plume douce de Chitra Banerjee Divakaruni avec plaisir. Les autres trouveront dans ces nouvelles une façon plus légère de la découvrir en quelques pages au lieu d'un long roman! (Cela dit La maitresse des épices vaut VRAIMENT le détour!)

Ce recueil de nouvelles plaira à tous ceux qui s'intéressent aux conditions des femmes dans le monde.

Mais il plaira aussi à tous ceux qui sont touchés par les histoires de vie, tout simplement.

13 juillet 2009

En pleine figure...




Pour vous, de Dominique Mainard. On peut se le prendre en pleine figure. C'est un roman qui pousse à l'extrême les pires aspects de notre société: société de consommation, de victimisation et de consolation.


Delphine, l'héroine, a la trentaine et vend réconfort et illusion à qui en a besoin, et pour très cher! Son agence de vente de services à la personne s'appelle POUR VOUS et accueille de tout: de l'adolescent autiste que les parents veulent occuper, au couple qui loue un bébé pour l'après-midi pour compenser la perte, etc.


C'est sordide, et pourtant assez juste dans l'analyse des dérives de notre monde moderne.


Je vous avoue que je ne l'ai pas fini... Mais que pourtant j'y ai trouvé un ton mais aussi une approche de notre petit univers assez forte!


Avis à ceux qui ne craignent pas le cynisme et la prostitution des sentiments!

09 juillet 2009

Monologue contemporain




C'est un long monologue d'une femme qui se parle à elle-même du fin fond de son lit où elle n'arrive pas à trouver le sommeil, contrairement à son mari qui dort paisiblement à côté. Enfin paisiblement, c'est beaucoup dire... Demain (c'est le titre du roman), ils mettront fin à des années de secret, des années de mensonge... Mais avant cela, elle se remémore leur rencontre, leur apprentissage de la vie de couple, leur désir d'enfant, la naissance de leurs jumeaux... et les silences... les non-dits... qui suivirent.

Un livre qui pose la question des tabous familiaux. Un livre qui interroge les liens de filiation... Je ne vous en dirais pas plus, afin de ne pas gâcher le suspense qui fait tenir le roman et tourner les pages!

Graham Swift est un auteur anglais dont les livres furent souvent portés à l'écran. Il est connu pour la justesse de son ton, et la délicatesse avec laquelle il peint les personnages.

La force de Swift dans Demain réside dans sa façon de décrire la jeunesse des années 1960 confrontée à des problèmes des années 1980, où quand la médecine change la donne dans les foyers et les amours...

Un petit extrait:

"Vous dormez, je suppose, mes anges. De même, à ma grande surprise et à mon grand soulagement, que votre père, comme un homme qui trouve de dormir à la veille de son éxécution. Demain, il aura besoin de tout le courage dont il est capable. Je suis la seule réveillée dans cette maison, en cette nuit d'avant le jour qui va bouleverser nos vies. Bien que ce jour soit déjà là : les petites aiguilles lumineuses de mon réveil (que je n'ai pas réglé) indiquent une heure du matin tout juste passée. Et les nuits sont courtes. On est presque au milieu de l'été 1995. Une semaine après votre seizième anniversaire. Par un hasard quelque peu embarassant et qui, selon certain, n'en est pas un, vous êtes nés sous le signe des Gémeaux. Je ne suis pas quelqu'un de particulièrement superstitieux. J'ai épousé un scientifique. Mais une petite chose que je ne pourrais m'empêcher de faire demain - pardon, aujourd'hui, mais pour un instant encore je peux garder cette illusion -, ce sera de croiser les doigts."

22 juin 2009

Envie d'ailleurs?



Je vous emmène au pays des marées, loin, au fin fond de l'Inde pour un voyage dont vous rentrerez changé!


Votre guide: Amitav Ghosh, un très célèbre écrivain du pays!

Vos compagnons de route: Kanay un traducteur qui retourne sur les terres de son enfance, Piya une chercheuse spécialiste des cétacés, et Fokir un humble pêcheur.

Au milieu du réel et des légendes, vous tournerez les pages au rythme des flots, parfois lentement à marée basse, parfois haletant lors de bourasques...

Une écriture poetique vous servira de fil... Il y a du Rilke dans ces mots-là!


"Lavée et changée, Piya gagna en rempant l'avant du bateau, tenant la serviette à carreaux dont elle tentait de demander le nom à Fokir, mais ses gestes ne provoquèrent qu'un haussement de sourcils et une grimace de perplexité. Ce qui n'avait rien d'inattendu car il n'avait montré jusque là que peu d'intérêt à nommer les choses en Bengali. Piya en avait été intriguée, son experience étant que face à un etranger parlant une autre langue, les gens se lançaient presque machinalement dans un rituel de dénomination d'objets. (...) Comment perd-on un mot? Disparaît-il dans votre cerveau comme un vieux jouet dans un placard et y reste-t-il caché sous la poussière et les toiles d'arraignée, attendant d'être jeté ou redécouvert? Un temps la langue Bangali pour Piya avait ressemblé à un flot furieux essayant d'abattre sa porte."


Un roman lent comme lorsqu'on découvre en vacances une contrée lointaine, sac au dos. Il y a les mots, les mets, les odeurs, les rencontres, les aventures audacieuses ou simples!


Un roman à conseiller à tous les curieux du nord-est de l'Inde, à l'embouchure du Gange et du Brahmapoutre...


Un livre qui vous mettra doucement à l'heure d'été, dans un dépaysement le plus total...
Si vous avez aimé La maitresse des épices, vous serez heureux de réembarquer pour l'Inde en mots...

01 juin 2009

Une blessure peut en cacher une autre...




Exit wounds, c'est la dernière B.D. que j'ai empruntée. Ecrit par Rutu Modan, son titre m'a interpelée dans les rayons. Une "exit wound" ou blessure de sortie est le nom donné à l'orifice par lequel ressort la balle après avoir ricoché parfois sur certains os du corps.


Très belle B.D. au final, publiée chez Acte Sud B.D.


Le trait est simple, les scènes du quotidien prises sur le vif.


C'est l'histoire de Koby, un chauffeur de taxi en Israël. Un jour, on lui apprend que son père est peut-être l'homme non identifiable (car trop brûlé) tué dans un récent attentat. Koby n'ayant que très peu de liens avec ce dernier hésite à se lancer à la poursuite de son géniteur absent... pourtant la vie va l'y conduire... par la rencontre de l'ex de son père... une soldate israelienne très grande surnommée la girafe.


Les visages sont expressifs. La psychologie des personnages est habilement retraduites.

Les dialogues sont prenants...


Un beau témoignage de la vie en Israël.

Une belle réflexion sur les liens familiaux.


Une exploration de la société israelienne acutelle par l'intime qui vaut le détour donc...

11 mai 2009

Loin de tout...




Il y a des hommes et des femmes que nous croisons dans le métro et qui respirent l'ailleurs. Ce sont des Africains multicolores qui portent si bien le boubou, des figures masculines maghrebines en robes longues et en babouches,... Parfois on aimerait pouvoir lire dans leurs yeux d'où ils viennent, comprendre ce qu'ils ont vécu, tant leurs mains ou leurs pieds semblent en dire long. Yannick Guihéneuf nous offre cela dans son roman EXILS, au bout de la nuit, chez l'Harmattan.


Ce livre se compose de petites histoires de vie de réfugiés. Il y a Amadou le Mauritanien, Andrée l'artiste Haïtienne, Alpha le Guinéen, et j'en passe. Chacun de leur destin les a poussés en France. Et le réel dépasse la fiction quand on lit leurs aventures... On le préssent. Un journaliste, narrateur du roman, les rencontre, suite à la disparition mystérieuse d'un juge de la cour chargée de statuer sur leur possibilité d'obtenir le statut de réfugié politique. Il nous livre leurs mots, leurs rêves, leurs peurs. Il rapporte avec simplicité et justesse le poids de leurs existences, de leurs fuites, de leurs adieux.


Ce roman est comme un reportage d'Envoyé Spécial, tant il tient du témoignage journalistique. Le narrateur est très neutre, très peu développé comme personnage de roman. Il est passeur. Au sens le plus noble du terme.


Ce livre plaira aux lecteurs de romans marqués par la géopolitique contemporaine, comme ceux de Y. Khadra. Romans où les situations politiques et sociales broient les hommes à petits feux... Grâce à EXILS, on redécouvre l'histoire de pays lointains, on se prend en pleine face les restes d'esclavage, les oppressions, les sévices...


Si vous croisez un jour un réfugié, offrez-lui! Il se sentira peut-être moins seul... au bout de la nuit!


Lire EXILS, c'est déjà faire un pas vers eux...


Un petit extrait:


" Je suis naïve comme mes peintures, c'est ce que j'ai pensé quelques minutes avant de prendre l'avion pour Paris. A vingt-six ans, moi, Haïtienne, je payais très cher la liberté de l'artiste que je me suis accordée en peignant une scène qualifiée de subversive. On y voit le président Aristide, la croix autour du cou, manger des jeunes Haïtiens comme le dieu Chronos dévorant ces propres enfants"




25 avril 2009

Des bulles de Pologne...




Laissez-moi vous présenter Marzi! Elle a les cheveux roux, de grands yeux bleus d'enfant, une curiosité hors norme, et un regard fin sur le monde des adultes qui l'entoure. Elle vit en Pologne, au moment où Solidarnosc se développe et organise des grèves pour faire chuter le régime communiste imposé par l'URSS. Elle regarde le monde depuis sa tour d'immeuble toute grise en béton sovietique ou depuis le fin fond des champs de fraises de la campagne polonaise.


Marzi est l'héroïne d'une B.D. dont je viens de refermer le Tome 4 avec grand plaisir. Son titre: Le bruit des villes.


Cette B.D. est composée à quatre main: Il y a pour le récit, les souvenirs d'enfance de Marzena Sowa, et pour les dessins les traits vivants de Sylvain Savoia.


On enchaîne des petites histoires anecdotiques et amusantes qui éclairent à chaque fois un des aspects du vécu de Marzi et sa famille. Couleurs vives, voix off, et quelques bulles, et c'est parti, nous voilà dans les années 1970...


En B.D., Marzi nous initie à l'histoire de la Pologne, les grèves, les rationnements, les modes collectifs de survie (un congelo pour tout l'immeuble, et en cas de panne de courant, il y a une vache entière à manger d'un coup!). Elle aborde aussi les points sensibles, comme le massacre de Katyn. A ce propos, je vous recommande vivement le film qui vient de sortir à ce sujet. A Katyn, les officiers de l'armée Polonaise furent tués un à un par une balle dans la nuque par l'armée russe. Les soviétiques en prenant le pouvoir en Pologne ont alors construit un mensonge d'Etat, affirmant que les nazis avaient fusillé les officiers polonais. Bien sûr, toute la population ne fut pas dupe...


Marzi m'a rappelé Marjane Sartrapi et son Persepolis. Grâce au regard de l'enfant, on peut découvrir le régime vu d'en bas, mais aussi les non-dits des adultes, les peurs, les espoirs, etc.


Une B.D. que je recommande à ceux qui voudraient faire un voyage dans le temps, à l'époque du rideau de fer...


Une B.D. pour les curieux des autres!




20 avril 2009

Valsez-vous?




Voici un roman tout droit fait pour ma rubrique "Musicalement vôtre". Il s'agit de La Quatorzième valse de Tubeuf, aux éditions Actes Sud.


André Tubeuf nous transmet sa passion pour la musique et les musiciens à travers ce roman, qui raconte les derniers jours du pianiste Dinu Lipatti, et en particulier son dernier enregistrement, et son dernier récital à Besançon. Tubeuf s'appuie sur des éléments réels de la vie du célèbre pianiste pour construire une intrigue intimiste autour de la musique, comme moyen d'affronter la souffrance et la mort.


Dinu Lipatti se meurt dans d'affreuses souffrances, mais une lettre anonyme de fans va lui donner la force d'aller au-delà de lui pour faire jaillir sous ses doigts une dernière version de ses oeuvres préférées de Bach et de Chopin... Sous la plume de Tubeuf comme sous les doigts de Lipatti se joue quelque chose de divin, mystique, quelque chose de l'ordre de la foi.


Ce qui fait la beauté du texte, c'est l'immersion totale dans le vécu physique et psychologique du pianiste, en scène, entre deux enregistrements, ou seul face aux doutes. Il y a notamment des pages très impressionnantes sur le ressenti de l'interprète en action. Avis aux mélomanes, vous ne serez pas déçus du spectacle...


"Je me suis dit que j’y allais comme en vacances ; que j’y avais bien droit. Madeleine aime conduire. Alice en vacances dans le Midi nous laisse son auto pour la quinzaine. D’ailleurs nous ferons étape à Soleure pour la nuit, chez les chers Dunand : j’ai promis mon concours – gracieux – à un tout petit concert dans leur salle des fêtes, une réunion de famille pour mieux dire, ou paroissiale, en fin d’après-midi. Je le leur dois bien, ils sont de ceux qui nous ont tendu la main quand nous débarquions de Roumanie, Madeleine et moi, avec cinq francs à nous deux. Je leur jouerai Bach, des chorals transcrits. Ils me demanderont Jésus que ma joie demeure, naturellement. C’est devenu (pour autant que je suis, moi, quelqu’un) ma signature. Mais d’abord c’est Bach. En pas même trois minutes, tout Bach : son ordre, sa piété, sa chaleur simple et fraternelle – Dieu qui parle, mais sans les nuées. J’aime ces publics sans sophistication ni snobisme, qui ne savent même pas qu’ils sont le public. Ils ne demandent rien, ils attendent tout. Ils sont là comme s’ils priaient, ou espéraient, de leurs seules oreilles. Ils sont comme je suis resté, je crois, Dieu merci, ils n’en ont pas fini avec la merveille. Mais je n’oserais pas, à eux, jouer tout entière la première Partita, qu’il faudrait quand même que j’aie essayée une fois en public en entier, avant de la donner à Strasbourg en festival, un festival Bach, en plus ! C’est un peu long pour eux, ils pourraient trouver ça sec, ou abstrait. Abstrait, Bach ?! Lui, si sensible, si constamment et mystérieusement incarné ! Mais ils pourraient s’impatienter, et serrés dans ce cadre je les sentirais qui n’osent pas remuer sur leurs chaises, de peur de grincer, déranger, se faire remarquer. Mieux vaut l’éviter. Personne n’écoute avec plus de ferveur, de gratitude anticipée, que ces auditoires de fortune, habituellement privés de musique. Mais ils ne savent rien des manières, des rites. Ils sont assez ouverts pour sentir quelque chose, qui va leur prendre la gorge ; mais ils ont peur de s’y trahir, en toussant, en étouffant ; alors ils se raclent la gorge. La peur de la peur. Eux aussi ont ça. Il n’y a pas que le pianiste."

10 avril 2009

Un délice de cocasserie littéraire...




C'est l'histoire d'un libraire et de sa librairie ouverte 24h sur 24... Une librairie où viennent des acheteurs de livres bien sûr, mais aussi à l'occasion Dieu, le facteur, un témoin de Jéhovah, la plus belle femme du monde, une question, et j'en passe! Une histoire farfelue et réjouissante! Un petit conte moderne, un petit théâtre bien surprenant!


Le titre du roman: Le libraire, et son auteur Régis de SaMoreira.


Vous y rencontrerez des jeunes filles qui ont le syndrôme de la dernière page (elles s'y précipitent en cachette), des groupes qui n'arrivent pas à passer entre les rayons... et toujours le poudoupoudoupoudou de la porte et les tisanes qui rythment les heures du libraire.


Ce roman me fait penser à Prévert, à Ionesco, et à Queneau à la fois! C'est si décalé, que ça prête à lire avec un grand sourire.


Parfois on tombe sur une réflexion philosophique, parfois sur une méditation sur la place des livres, parfois sur une phrase sortie de la méthode assimile pour apprendre une langue inconnue.


C'est une sorte d'inventaire fou de toutes les petites scènes du quotidien d'une librairie, en version surréaliste. A faire pâlir ou rougir les libraires!


Un extrait:


"-Avez-vous un livre sans aucun appareil electro-ménager?

- Voyons... même pas un frigo?

- Surtout pas un frigo!"


Un roman surprenant donc, fait pour les amateurs d'OVNI littéraire à la E. Loe.


Un roman en clin d'oeil aux passionnés de littérature tant les références sont nombreuses et habilement distillées...


Des mots et un style, qui nous portent ailleurs... au bord du monde... dans un grand navire onirique et déjanté...

06 avril 2009

Mystère à Fjällbacka...




Dans un petit port suédois, on avait découvert une femme morte mystérieusement, et nous avions été embarqués dans une intrigue du nord comme on les aime: La Princesse des glaces nous avait tenus le souffle court! Pour ceux qui ne s'en rappelle plus, c'est !


Il faut croire qu'avec Le prédicateur, Camilla Läckberg a encore frappé! Nous retrouvons avec plaisir l'inspecteur Hedström et sa chère Erica, embarqués cette fois-ci dans une affaire d'ossements retrouvés en tas non loin de la côte, sous un corps de femme nue et morte il y a peu. Je ne vous en dit pas plus!


Allez, si, peut-être, un scoop: Erica attend un enfant!


Bref, un polar de chez Actes noirs ACTES SUD, qui mérite de faire les têtes de gondole. Bien construit, avec comme pour La princesse des glaces, un récit qui entremêle le point de vue des victimes en italique et celui des enquêteurs en normal.


Une histoire assez sombre, dans un milieu provincial très étroit, une famille où les haines et les mensonges sont rois, les Hult. Leur caractéristique: Le grand-père était réputé pour ses pouvoirs de guérisseur et de prédicateur, qu'il aurait peut-être transmis à ses fils. Mais le doute planne sur ce gourou et ses héritiers ou déshérités...


Je recommande ce roman à tous ceux qui se trouvent en manque de Millenium (suite au récent poisson d'Avril de Rue 89 annonçant un Tome IV!).


Je conseille ce roman au fan de Mankell, ou Indridason.


Un roman qui ne vous lâche plus, jusqu'aux révélations finales... à faire frémir!


01 avril 2009

Une obscure clarté




C'est un roman fait pour les amoureux d'actualité, les fan de géopolitiques, les curieux de l'ONU, entre autres! Ca s'appelle les Eclaireurs, et c'est la suite des Falsificateurs, tous deux signés Antoine Bello.


Un bref rappel de l'histoire des falsificateurs: un jeune sociologue islandais, Sliv, se fait recruter dans un cabinet de conseil, pour mener des études environnementales. Très vite, on lui demande de modifier son rapport de mission, de changer quelques faits historiques ici ou là. Il se retrouve alors embarquer dans une toute autre aventure: Il découvre qu'une organisation internationale secrète, le CFR, opère derrière son entreprise, et falsifie les faits du passé ou du jour, pour changer l'avenir. Il y est recruté... sans trop savoir sa finalité!


Dans Les Eclaireurs, nous allons enfin pouvoir approcher de plus près le mystérieux Consortium de Falsification du Réel et son fonctionnement... et qui sait découvrir qui se cache à sa tête! Mais je ne vous en dit pas plus!!!! Tout ça sur fond de 11 septembre et de guerre en Irak! Il se pourrait même que des traîtres opèrent pour leur propre compte au sein du CFR... Le suspense est à son comble.


On ne peut pas dire qu'Antoine Bello ait un grand style littéraire. Il maîtrise surtout l'art du dialogue et des comptes-rendus de réunion.


Par contre, son point fort est de mêler très habilement la fiction et le réel, si bien qu'il nous fait réfléchir à l'impact de l'un et de l'autre sur nos vies, mais aussi à leurs liens. Le Pentagone n'est jamais très loin d'Hollywood!


En plus, je trouve que ces deux romans nous offrent une réflexion très intéressante sur les idées, leurs circulations, leurs manipulations. Pourquoi une idée particulière devient-elle un jour importante ou dominante, tandis que d'autres s'évanouissent dans le vide sidéral médiatique?


Enfin, je pense que tous ceux qui s'interrogent sur éthique et politique seront ravis, ainsi que ceux qui sont intéressés par le monde diplomatique.


Une série de romans à recommander pour garder un regard critique sur le monde...


30 mars 2009

Trente petites minutes d'éternité...





De la collection "littérature en piccolo" de chez Liana Levi, je viens de lire Mon voisin, de Milena Agus. Cette collection est faite pour les amateurs de romans courts, pour les pressés, les entre-deux trains ou entre-deux métros. Les histoires se lisent en trente minutes maximum, et ce sont des petits bijoux!

Dans Mon voisin, j'ai retrouvé le style direct de Milena Agus, que j'avais déjà tant apprécié dans Un mal de pierre.

Mon voisin est l'histoire d'une femme qui n'a plus aucune envie de vivre. Elle élève seule son petit enfant, qui ne marche pas et ne parle pas... Elle cherche la meilleure façon de se suicider. Quand, un jour, elle rencontre son voisin, un autre monde s'ouvre devant elle... Son existence basulera-t-elle ou pas? Je vous laisse face à ce mystère...

"Elle avait raison de boire l'eau jamais vidangée de la citerne en espérant le typhus, et de manger les conserves périmées en se souhaitant le botulisme, et de toujours marcher du côté de la route où les autos passaient et pouvaient l'écraser. Mais c'était le printemps maintenant, et au printemps on regarde dehors, une fois les vitres nettoyées."

Avis à ceux qui souhaiteraient mettre un brin d'Italie et de soleil dans leur quotidien...

23 mars 2009

Entre l'ombre et la lumière




Quel est le roman qui détrône en ce moment la série des Harry Potter en nombre de ventes? Et oui, c'est la série des Twilight de Stephenie Meyer!


Curieuse que je suis, je viens de lire le Tome 1.


Bilan de ce bestseller: une très belle histoire d'amour platonique entre deux ado comme on n'en fait plus!


Un petit univers à soi, qui n'est pas celui de la magie, mais des vampires!


Une histoire bien montée qui prend chapitre après chapitre.


Qu'en retient-on? Que souvent nos désirs les plus fous nous font peur... Qu'il était bon être innocent, jeune, croyant à cent pour cent en la possibilité d'une relation amoureuse noble, forte, et merveilleuse!


Bref, un roman pour ceux qui veulent faire une petite régression fort agréable à l'âge du grand amour et des grands rêves! Un roman pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les vampires! Enfin, un roman pour ceux qui ont de longues heures à tuer... On ne voit pas le temps passer si on se prend au jeu! A en rêver de croiser un beau vampire dans les rues tard le soir!


22 mars 2009

Conte pour fées printanières




C'est un petit conte de fée printanier, à quelque chose près. Un roman empli de tendresse, de douceur, d'espoir et d'amour, ou presque. Il est comme un petit bouquet de fleurs, avec quelques boutons de Ensemble c'est tout, et quelques feuilles de L'élégance du hérisson. Son titre: La grand-mère de Jade. Son auteur: Frédérique Deghelt.


Jade, triste d'entendre que ses tantes veulent placer sa grand-mère en maison de retraite suite à quelques signes de faiblesse de l'âge, décide de l'enlever et de l'emmener vivre avec elle à Paris. C'est un peu comme dans Ensemble c'est tout d'A. Gavalda, elles découvrent les joies des moments partagés. Et puis c'est aussi comme L'élégance du hérisson de M. Barbery, car Jeanne, la grand-mère de Jade, a un secret: derrière son apparence de mamie savoyarde sans éducation, elle câche une passion pour les livres et une érudition littéraire hors norme.


Vous l'aurez compris La grand mère de Jade de Frédérique Deghelt se lit tout seul, de même que son roman précédent La vie d'une autre, que j'avais lu d'un coup.


Un roman de plus de chez Actes Sud, un endroit où aller, ma petite collection bien aimée qui va rejoindre ma catégorie Au féminin sans hésitation!
La grand-mère de Jade est un roman qui donne envie de lire ou relire les classiques, de vivre en mot, d'écrire. C'est aussi un texte qui illustre pas mal la difficulté pour les jeunes auteurs d'être édité. Par ailleurs, je trouve qu'il est salutaire de montrer à quel point un écrit avant de devenir un roman doit être relu, retravaillé, revu, maintes et maintes fois.


Enfin, je voudrais ajouter que pour moi la grandeur du roman vient de sa fin... Que je l'aurais moins aimé sans ses dernières pages! Mais ne trichez pas! Ce serait tout gâcher!!!!


Bonne lecture au soleil!

17 mars 2009

Petites et grandes foulées




Courir
de Jean Echenoz se lit comme on écoute un journaliste sportif haletant commenter les exploits des marathoniens. C'est très factuel, et pourtant on se laisse prendre, on veut savoir si Emile arrivera premier, s'il battra un nouveau record, s'il décrochera une médaille. On sert les dents et l'on tremble pour lui.

Emile, c'est Emile Zatopek bien sûr. Célèbre courreur vainqueur du 10.000 mètres en 1948. Mais l'on découvre bien plus que les courses, on se plonge dans l'envers du décors. Son travail chez Bata, si si... Sa façon bien à lui de se positionner par rapport au régime tchèque.

Courir est un roman écrit par un homme pour les hommes. C'est très narratif. Il n'y a que peu de places pour les sentiments. Son histoire d'amour avec Dana est presque aussi mécanique qu'une course.

Ce qui reste touchant pourtant, c'est qu'Emile n'a pas l'etoffe des héros. Il est simple, honnête, juste avec lui même. Il ne change pas sa méthode ou sa façon de courir en fonction des autres. Il suit son cap, par tous les temps.

Ce roman pourrait tout à fait être adapté au cinéma dans le courant actuel des biopic.

Ce qui frappe au niveau du style, c'est la répétition du prénom, comme dans un rapport circonstancié. Emile fait ceci. Emile fait cela. Emile encaisse.

Echenoz fait presque de l'écriture une course. Ponctuant la cadence.

En outre, on a l'impression qu'une autre course se joue en parallèle, celle des chars, qui avancent.

Etrange objet que ce roman, biographie romancée à la Ravel mais pas seulement. C'est comme si l'intensité de la course marquait les pages, le rythme, et le style.

Avis aux amateurs de parcours biographiques en roman, mais aussi à ceux qui aiment les romans mêlant les histoires singulières à l'histoire des sociétés.

16 mars 2009

BD italienne...




Aujourd'hui, je m'en viens vous parler de Bandes Dessinées italiennes. Quand j'ai débarqué en Italie, on m'a dit que le pays était moins tourné B.D. qu'en France. Mais, je peux vous confier maintenant que ce n'est pas totalement vrai. La B.D. italienne compte une jeune génération très active.

Parmi mes trouvailles, Sualzo, et sa B.D L'improvisateur.

Sualzo vient de Peruge, où d'ailleurs son pseudo correspond dans le patois local à un oiseau au pouvoir magique. Quant à son personnage principal, Elia, il n'a rien d'extraordinaire. C'est plutôt le trentenaire italien, looser, qui se rêve saxophoniste star, alors qu'il est prof en retard.

Il veut partager la scène avec les plus grands et se retrouve en studio pour enregistrer des pubs, déprimant! En drague, il n'est pas non plus au top. Bref, un regard assez juste sur certains profils masculins de la botte!

Ce qui m'a plu chez l'improvisateur, c'est la place faite à la poésie, dans l'histoire mais aussi dans les citations littéraires qui introduisent les chapitres. (Avis aux amateurs de Pessoa!) D'ailleurs, cette structure en chapitre permet une lecture fort agréable, et une progression dans le temps et les lieux à l'ancienne qui n'est pas sans déplaire.

La palette de couleurs choisie se marrie bien avec l'univers du jazz. Le trait aussi!

Enfin, j'apprécie tout particulièrement les décors des villages à l'italienne. Les murs jaunes, les volets verts ouverts en persienne, les places, où il fait bon discuter dehors le soir, à la fraîche. Je trouve que l'ambiance est bien retraduite en image, dans les scènes nocturnes.

On attend donc de voir la suite des aventures d'Elia... et pour patienter on se met à écouter du jazz...

15 mars 2009

Littérature en série




Oui, bon, c'est pas très avouable mais je me délecte en ce moment en lisant la suite de la série des Sunday Philosophy Club d'Alexander Mc Call Smith. C'est bon d'ouvrir un roman en connaissant déjà tous les personnages, le décor, le style. C'est comme retrouver les héros d'une série télé qu'on a aimée!


J'en suis au quatrième et avant dernier tome! Pour ceux qui ne connaitraient pas, l'héroine est Miss Isabel Dalhousie, philosophe, vivant à Edinbourg. Elle pratique la philosophie éthique ou morale, comme elle respire. En outre, elle est extrêmement curieuse, et fourre donc systématiquement son nez dans des affaires mystérieuses qu'elle ne manque pas de résoudre brillament. Je les lis en anglais pour la douceur du style. Des mots qui entrent sans lutter dans l'esprit et qui ne laissent pas de traces. Bref, juste de la pure détente de dimanche!


En français, vous les trouverez chez 10/18: Le club des philosophes amateurs (tome 1); Amis, amants, chocolat (tome 2); Une question d'attitude (tome 3); Le bon usage des compliments (tome 4).


Alexander McCall Smith est aussi l'auteur d'une autre série que j'avais dévorée: celle de Mma Ramotswe, détective, au fin fond du Botswana. Je ne peux que vous la recommander!


Enfin, je voudrais vous signaler l'excellent site internet d'Alexander McCall Smith: tout y est, les livres, des interviews filmés de l'auteur, etc.


Une vraie machine à faire des petits pains chauds qu'on déguste en un rien de temps...

11 mars 2009

A la pêche!




Lire la B.D. Paul à la pêche de Michel Rabagliati, c'est comme partir en vacances quelques semaines au Québec, Tabernacle! Mais pas que! Au-delà de toutes les petites expressions joyeuses des québecquois, on y trouve un vrai talent de narrateur et de dessinateur, qui manie aussi bien la description des lieux dans leur moindre détail dans des grandes cases que la satire quand il se doit dans des plus petites (voir notamment les bulles concernant Apple!).

On y suit une petite chronique de la vie comme elle va, quand on part pêcher à la mouche avec des amis... ou plutôt quand on part à la pêche au mouflet... car sous ce titre se cache en fait le récit de la grossesse de la compagne de Paul. Or cette grossesse n'est pas sans attente, sans fausse joie, sans épreuve, comme celle du pêcheur dans sa barque. Les pages se tournent avec suspense et on est de plus en plus touché et ému par les aventures du couple. Sur 200 pages, on est emporté dans les pensées de ces trentenaires, finalement pas si loin de nos soucis et de nos joies quotidiennes à nous quand on y pense, même si nous ne sommes pas du même côté de l'Atlantique.

Le dessin en noir et blanc est assez proche de celui que l'on peut trouver chez Guy Delisle, par exemple dans Chroniques Birmanes. La même auto-dérision aussi, sur la place et le rôle des pères.

Cette B.D. est l'un des nombreux albums de la série des Paul: Paul dans le métro, Paul à la campagne, etc. La naïveté des titres à la Martine cachant souvent un propos très subtile sur nos petites existences.



Les forces de Michel Rabagliati: sa façon de brosser le portrait des gens qui l'entourent, de les cerner en trois coups de crayons; sa facilité à raccrocher des anecdotes amusantes à une trame parfois pas toujours évidente à raconter; sa capacité à mêler critique sociale, psychologie et humour. Michel Rabagliati connaît un immense succès au Canada avec sa série des Paul. Je pense qu'il en sera de même en France!

Alors, si vous avez aimé Guy Delisle, jettez-vous sur les Paul! Et dites-moi ce que vous en aurez pensé!!!

08 mars 2009

INTERACTIF 3




Revoilà un petit INTERACTIF pour vous soliciter fidèles lecteurs de ce blog! INTERACTIF vous permet, pour rappel, de faire partager vos coups de coeur. Après la plus belle histoire d'amour dans un roman, et les plus beaux romans courts à glisser dans un sac, le thème en est: Littérature venue d'ailleurs.


Il s'agit de conseiller des romans venus de pays dont on ne lit presque jamais de romans... par exemple des romans du fin fond de l'Afrique, des romans du fin fond du Népal, d'Arménie, ou du fin fond d'Equateur... Bref, des perles rares que vous auriez découvertes et qui vous auraient emmené très loin dans un recoin de la planète que vous aimeriez nous faire connaître!!!


A vos plumes!!!!


NB: Depuis peu, pan-or-amiques s'est doté d'une nouvelle rubrique: ATTENTION BESTSELLER! Pour ceux qui aimeraient lire les petits pains qui se vendent bien...

05 mars 2009

A hauteur d'enfants...


"Quand Rose a rencontré mon père, mon gentil père, le directeur du cirque, quand Rose a rencontré son Monsieur Loyal, elle était déjà enceinte de moi.

Mais elle avait le ventre si creux - les os magnifiques de ses hanches créaient comme une bassine en leur milieu -, elle avait le ventre si creux que mon père ne me soupçonna pas."


L'histoire de Rose commence ainsi. ou presque...


Dans Déloger l'animal, de Véronique Ovaldé, nous suivons une narratrice de 7 ans ou peut-être 12, on ne le sait pas. Une petite fille qui essaie de comprendre d'où elle vient, et ce que font les adultes aux comportements parfois si mystérieux.


On ne fait que lui mentir, et elle ne fait que réécrire son histoire, en décousant les uns après les autres les mensonges des adultes qui l'entourent.


Ce roman est proche du film Stella. Pour l'un comme pour l'autre, c'est avant tout le regard d'un enfant porté sur un milieu populaire, autour duquel il construit son imaginaire. Dans les deux cas, le langage cru fait partie de la vie et de l'univers reconstruit et réinterpreté sans cesse.


Mais avant tout, Déloger l'animal est l'histoire de la disparition d'une mère, dont Rose attend désespérement le retour, sur le toit de l'immeuble où elle habite avec Monsieur Loyal:


"J'apercevais l'horizon, un horizon de toits terrasse, un bric-à-brac d'antennes de télé, de paraboles, de réservoirs d'eau, de jardins clandestins avec bambous, barricades, bassines pour récupération de pluies d'acide, chaises, caisses repose-pied, frigo pour bière, générateur turbinant nuit et jour, il y avait aussi les chats errants, les mouettes, les sirènes et les essoufflements du port, le bruit des rues qui montait jusqu'à nous par spasmes paresseux. Je me disais toujours, ils pourraient bien tous mourir en bas, ils pourraient bien tous attraper la peste, je n'en saurais rien avec mes lapins.

Les lapins étaient tapis à l'ombre de la cheminée. Ils bénéficiaient de petits ventilateurs pour leur assurer un minimum d'air, pour qu'ils ne tournent pas de l'oeil et continuent de scruter l'horizon toit terrasse tout devant.

Nous noous entendions à merveille, les lapins et moi."


Ce roman est très touchant, car derrière ses tentatives pour comprendre le monde, on lit toute la souffrance de Rose, qui parfois enfile sa petite cape noir et fushia pour sauter de l'immeuble. Entre vie rêvée et vie réelle, Véronique Ovaldé interroge avec talents le monde des enfants, des adolescents et des adultes.


Un roman dont la force est dans le style unique, imagé, naïf, tendre.


Un roman qui a su créer tout un univers coloré, de cirques, de glaces et de bonbons, là où se tiennent les réalités pas toujours reluisantes des adultes.


Un roman qui mélange humains et animaux, les intervertit. Qui sont les lapins en cage, qui est le lion du cirque... Et quel est cet animal à déloger?


Je vous laisse découvrir!


27 février 2009

Le livre dont le fleuve est le héros...



Pour la première fois, j'ai lu un roman dont le personnage principal est un fleuve... C'est lui qui innonde le paysage, fait les premiers amours, les accidents, les décès. C'est lui qui tour à tour rassemble ou divise. C'est lui que l'on peut remonter, regarder couler, craindre ou aimer.


A côté, les hommes ne sont rien ou presque. A la limite du troublant, de l'ineffable. Le fleuve fait leur destin.


Un roman très italien dans les rapports entre les personnages.
Un roman de petits villages, de campagne et de pêche.
Un roman écrit d'une plume de maître.


Mes pages coups de coeur:


"Tout petit déjà, mon fils me demandait de lui expliquer l'amour, comment on pouvait le dessiner ce qu'on éprouvait pour les grands-parents ou pour les parents et pour m'en sortir, je lui racontais qu'il existait, mais qu'on ne pouvait pas le voir et encore moins le dessiner. Lorsqu'il alla en ville pour faire ses études de médecine il m'écrivit qu'il faisait des tas d'autopsies et que chaque fois il essayait, en vain, de le trouver caché quelque part. Et que pourtant il y était. Ainsi depuis des années, il m'envoie de Borrello des caisses pleines d'amour rien que pour moi et il les remplit toujours de paille pour qu'il arrive là encore intact."


"Il avait appris cela de sa fille Paoletta. Elle n'avait pas encore deux ans et le soir pour s'endormir ou dans les moments de tendresse, elle sortait à peine son pouce de sa bouche, murmurait 'morceau', tendait la main vers le cou de sa maman, frôlait la peau comme pour saisir dans sa paume un petit morceau de corps et approchait son petit poing fermé de son visage, pour en garder jalousement le contenu. Très vite, elle avait commencé à prendre un morceau de son papa quand il partait travailler. Elle courait après lui jusqu'à la porte, le prenait derrière son oreille et le mettait dans sa poche ou dans son tee-shirt. Un peu plus tard, elle commença sans bruit à en prendre à ses grands-parents quand ils lui racontaient des histoires, à ses petites cousines pendant leurs jeux, aux amis de ses parents qui la faisaient jouer. Il était évident maintenant qu'elle n'en prenait qu'à ceux qu'elle aimait."


Ce roman a eu le prix bacchelli, prix du premier roman.


25 février 2009

Et ce monde étrange continue de tourner...











Paul Auster nous montre avec Seul dans le noir, que son monde étrange continue de tourner... Comme toujours chez lui, c'est le quotidien mais tout est différent, comme dans un mauvais rêve, ou un pur cauchemard, mais on ne le sait pas encore!






Il nous raconte l'histoire de trois individus qui partagent la même maison et la même douleur face à l'existence: Il y a August Brill, le grand-père, critique littéraire qui invente une histoire pour lutter contre son insomnie... qui est veuf, et en plus accidenté de la route. Il y a sa fille, qui est en train d'écrire sur une poétesse pour essayer de se remettre de son divorce. Il y a sa petite fille, dont le copain est mort en Irak, et qui du coup ne vit plus, sauf à enchainer les DVD de vieux films.








En fait, tout semble normal a priori, comme dans La trilogie new yorkaise. Cependant, des évènements curieux viennent semer le doute. Cette fois-ci, les incroyables étrangetés n'arrivent pas directement au narrateur, August Brill, mais au personnage du livre qu'il conçoit dans son esprit, le caporal Brick. Ce dernier se retrouve dans des Etats-Unis en pleine guerre de cessession, où aucun 11 septembre n'a eu lieu. Il a pour mission de tuer August Brill, le narrateur du roman, qui l'a conçu ainsi que cette guerre civile atroce...








Ce qui fait dire au narrateur: " l'histoire est celle d'un homme contraint de tuer l'individu qui l'a créé, et à quoi bon prétendre que je ne suis pas cet individu? Si je me mets dans l'histoire, l'histoire devient réelle. Ou bien c'est moi qui devient irréel, une création supplémentaire de mon imagination."








Une mise en abîme digne de Paul Auster! Nul doute! Si bien que l'on se demande quand la fiction va faire son apparition dans le réel... et si c'est le réel qui fait son entrée dans l'imaginaire...








A part le jeu de l'esprit qui fait concevoir des échos très judicieux entre la vie du narrateur et celles des personnages de sa fiction, je dois dire que j'ai moins été séduite par la guerre civile recomposée par Auster, que par la vie des trois déchirés de l'existence, reclus dans leur maison du Vermont. Certes, l'invention imaginaire du grand-père seul dans le noir nous emporte comme a pu le faire La jetée de C. Marker ou son remake L'armée des douzes singes... Cela dit, je n'ai pas été totalement convaincue... Alors que les discussions familiales m'ont touchée, surtout sur la fin.








En fait, ce qui fait la beauté de ce Paul Auster, c'est sa reflexion sur l'écriture et les mises en abîmes de l'esprit.








Ensuite, c'est toujours et encore sa façon de questionner le normal qui nous entoure, et ses limites.








Enfin, j'aime toujours autant sa façon de faire entrer le cinéma dans ses lignes, avec des analyses de scènes de grands classiques, qui donnent très envie de les voir ou de les revoir!








Un roman qui donne envie de regarder des vieux films donc, de réfléchir à des portes pour sortir de son univers ou y entrer, bref, un Paul Auster, pas si mauvais que la critique veut bien le dire!








A vous de juger!












24 février 2009

A travers la vitre



Ma route a croisé Le boulevard Périphérique de Henry Bauchau, chez Actes Sud. J'ai été très émue et touchée par le justesse du propos de l'auteur. A nul instant celui-ci ne tombe dans la sensiblerie, et pourtant!


Il nous raconte les va-et-vient sur le périphérique d'un homme qui rend visite à sa belle fille à l'hopital jour après jour. Celle-ci se meurt d'un cancer, mais il faut garder l'espoir. Le serrer très fort. Lors de ces déplacements géographiques d'un bout à l'autre de Paris, le narrateur voit défiler bien plus que le paysage. Ce sont les années qui filent, que le trafic soit fluide ou bouché, que le RER remplace la voiture en panne ou pas. Il revit sa jeunesse, et surtout une amitié particulière qui l' a uni avec Stéphane, son compagnon d'alpinisme. On est alors transporté à l'époque de la seconde guerre mondiale et de la résistance.


On sent que ce roman est écrit par un psychanalyste qui guette les lapsus, les actes manqués, les regards complices, les gestes qui en disent long et loin au détour de nos carrefours du quotidien. Il est sans complaisance. C'est un texte construit autour de l'instrospection, des associations d'idées, des liens que l'on fait entre son histoire et son quotidien. Avec subtilité, le narrateur nous fait coller à son humeur, à ses mouvements de l'âme, au plus profond de l'intime.


Enfin, ce roman est une reflexion sur la mort, l'existence, et le sens que l'on veut bien donner à ces deux mystères. Ce roman nous plonge tour à tour dans l'ombre et la lumière, le bien et le mal. Tenues sont les frontières.


Henry Bauchau a eu le prix du livre Inter en 2008 pour Le boulevard périphérique. Et cela ne me surprend pas. Ce roman nous parle à nous, êtres singuliers, qui parfois assis dans le bus ou dans la voiture voyons passer à travers les reflets de la vitre bien plus que des images et des mots.

Je conseille ce livre emplis de sagesse à ceux qui sont en quête d'eux-mêmes et qui tentent de comprendre un brin de sens à ce qui nous échappe jour après jour.

Je recommande ce roman à ceux qui aiment lire des histoires liées à la seconde guerre mondiale, à l'occupation, à la résistance mais aussi aux amateurs de haute montagne, d'escalade, et de défis physiques.

Le boulevard périphérique est le roman d'un homme mûr, qui ne tourne pas en rond, mais nous invite à avancer avec lui au milieu des espaces intenses de nos intérieurs insondables.

22 février 2009

A vif!



De la chair à vif, voilà ce que nous propose Olivier Adam dans Passer l'hiver. Des personnages qui font face aux gerçures, aux égratinures et toutes les autres petites brûlures de la vie. Ca fait mal.


Ce sont de courtes nouvelles, qui nous grattent là où on ne pensait pas.


Une mère coincée au travail le jour de Noël, car sa chef veut qu'elle finisse un dossier.


Entre autres.


Un extrait:


"Je me sens vide. Tout le temps, je pense à ça. Ce vide à l'intérieur. Je me dis que si je pouvais me sonder en profondeur, m'ouvrir la tête et le coeur, et voir dedans, je ne verrais rien. Rien. Du vent, un désert, un champ de glace où rien ne bouge."


Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Olivier Adam est l'auteur de Je vais bien, ne t'en fais pas, magnifiquement adapté au cinéma.


Olivier Adam, c'est du trop humain en conserve.

C'est à conseiller aux amateurs d'histoires courtes qui saisissent.
Mais aussi aux sensibles aux autres, et à leur façon de lutter au quotidien.
A éviter dans les moments de déprime totale...

12 février 2009

Une fenêtre au hasard




Un endroit où aller. Actes Sud. Une collection si émouvante derrière ses couvertures roses. Dernier lu du lot: Une fenêtre au hasard de Pia Petersen. Un livre fait pour ma rubrique Au féminin! Sans une seule seconde d'hésitation.


C'est l'histoire d'une fille très seule, standardiste, qui passe son temps à observer la fenêtre située en face de chez elle, tout en tentant d'écrire. Rien ne se passe, jusqu'au jour où quelqu'un emménage dans l'appartement vide qu'elle contemple.


"Ca fait longtemps maintenant que je m'assieds là, à mon bureau et que j'essaie de décrire la fenêtre d'en face. Trois ans. Trois ans que je recommence la même chose tous les jours, j'essaie de décrire la fenêtre en face et d'écrire quelque chose sur elle, des bricoles poétiques, peut-être, je n'en sais rien et je ne sais pas pourquoi. C'est comme ça, voilà tout. Elle est de l'autre côté de la rue. La fenêtre. La rue est étroite. La fenêtre est proche, juste en face, et parfois je me dis qu'il suffirait de tendre la main pour la toucher mais ce n'est pas vrai, elle est de l'autre côté de la rue, elle est trop loin et quand le temps est gris, je ne vois rien à l'intérieur, parce qu'elle est trop loin."


C'est un magnifique roman sur nos solitudes modernes, telles que révélées par les morts de la canicule, ou notre pratique intempestive de la télévision le soir, entre autres. C'est un livre urbain, où tout le monde se croise mais où personne ne sait rien des autres. C'est un livre sur le désir de tendresse. Un livre qui donne envie de ne pas passer à côté des gens. Et même de bannir ce mot: "les gens".


En le lisant, j'ai eu une pensée pour le film Rouge de Kieslowski, où l'on voit parfois l'héroïne croiser des voisins, des habitués du quartier, sans que jamais rien ne soit échangé. L'héroïne de Une fenêtre au hasard, comme Valentine, l'héroïne de Rouge, semble avoir une vie imaginaire. Et puis dans Rouge aussi, le personnage du juge à la retraite joué par Trintignant passe son temps à espionner les voisins.


Ce livre m'a aussi rappelé La conversation amoureuse d'Alice Ferney que j'avais tant aimée. Ces deux romans se ressemblent car ils sont chacun à leur manière des longs monologues intérieurs.


Pia Petersen est une écrivain danoise, qui a construit un paris du sensible dans Une fenêtre au hasard. Son univers comme son écriture est sans fioriture, méticuleuse.
Je conseille ce roman à ceux qui n'ont pas peur de la lenteur, des mots qui creusent le vide, le manque, l'absence.
Je recommande ce roman pour les longues après-midi d'été étouffantes, ou les soirées sans chauffage, c'est selon.
Un roman à lire si l'on veut regarder ses voisins autrement...