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20 juin 2019

Unité 8200



Un petit roman d'espionnage pour changer!

L'unité 8200 est une entité de renseignement de l'armée Israélienne qui s'occupe de tout ce qui est décryptage/décodage. Un peu l'équivalent de la NSA aux Etats-Unis.

Dans ce roman, Dov Alfon nous entraîne sur 24 heures pleines de suspense, entre Paris et Tel Aviv et Macao! De mystérieux meurtres d’israéliens et de chinois se multiplient en France, tandis que les luttes inter-organisationnelles dans les services de sécurité Israéliens battent leur plein!

J'aime beaucoup l’héroïne principale, Oriana, une agent qui est très fine dans ses observations, dans l'analyse des jeux d'intimidation politiques. J'aime bien aussi le côté technologique du récit avec l'usage d'outils très spéciaux! Je trouve intéressant aussi le côté collaboration inter-service, entre les français, les américains et les israéliens.

Je trouve que le ton reste toujours un peu ironique et drôle au milieu pourtant d'épisodes dramatiques.

J'admire le côté trépidant de la construction du récit.

On se retrouve vraiment dans certains lieux de Paris, avec un sens du cadre à chaque scène.

On est tenu en haleine, on veut savoir la fin!

Merci à Christine pour la belle découverte.








28 septembre 2014

Tel-Aviv comme si vous y êtiez...



Etgar Keret vit à Tel-Aviv et vient d'avoir un enfant. Dans Sept ans de bonheur, il narre avec humour et ironie, les sept premières années du petit, à coup d'anecdotes amusantes, même si c'est toujours sur un fond de terrorisme, d'incertitudes politiques et de doutes vis à vis des événements et du futur.

C'est une belle chronique qui fait un peu penser à Woody Alen ou à Aprile de N. Moretti.

Il y a le coup du sandwich... où comment convaincre un petit garçon de s'aplatir le long de la route le temps que les bombes s'arrêtent! On joue au sandwich? Maman en dessous, toi au milieu et papa au dessus.

Il y a les questions sur l'éducation du petit: Est ce bien éthique de jouer à Angry birds? Ou est-on en train de faire de lui un futur terroriste? Est ce qu'il faut mettre un beau costume pour aller rencontrer l'institutrice ou on risque de passer pour un être un peu étrange?

Mon coup de coeur va aux nouvelles sur les chauffeurs de taxi! Un peu irascibles à en croire l'auteur!

Bref, tout est dans le ton, entre petites catastrophes intimes et grandes histoires...

"Quelques semaines avant la naissance de notre fils Lev, voilà bientôt quatre ans, deux questions de la plus haute importance philosophique se sont présentées à nous.
La première, va-t-il ressembler à sa maman ou à son papa, a reçu une réponse rapide et sans équivoque à sa naissance: il était beau. Ou, ainsi que le dit ma chère épouse avec beaucoup d’à-propos, 'la seule chose qu'il ait hérité de toi, ce sont ces longs poils dans le dos'.
Quant à la seconde, que fera-t-il quand il sera grand, elle nous a tarabustés pendant les trois premières années de sa vie. Son mauvais caractère semblait le destiner à une carrière de chauffeur de taxi; sa capacité phénoménale à se trouver des excuses le prédisposait plutôt au métier d'avocat; et l'impérieuse domination qu'il a constamment exercée sur les autres montrait qu'il pouvait aspirer à occuper un poste élevé au sein d'un quelconque gouvernement totalitaire. Mais depuis quelques mois, le brouillard qui estompait l'avenir rose et replet de notre fils à commencer à se dissiper. Il sera probablement livreur de lait, sans quoi son étonnante aptitude à se réveiller chaque matin à cinq heures trente puis immanquablement venir nous réveiller aussi ne servirait à rien."

Un livre pour les jeunes parents qui s'interrogent sur l'éducation et l'avenir de leur progéniture...

Des courtes nouvelles pour ceux qui aiment l'humour juif, l'auto-dérision, tout en finesse! La moindre journée, le moindre voyage, est prétexte à un récit décalé et exagéré, pour le meilleur et pour le pire.

Un texte pour ceux qui se demandent comment c'est au quotidien de vivre à Tel Aviv de nos jours. Brutalité et légèreté jouent à cache à cache... et questionnent le sens même du quotidien.

Merci à Christine pour la découverte!

23 décembre 2012

L'enfant des forêts devenu poète...




C'est l'histoire d'une vie, comme le dit le titre, celle d'Appelfeld. Et quelle vie!

Il est né dans une famille juive des Carpates juste avant la seconde guerre mondiale. La vie s'écoule doucement, avec les paniers de fraises, la douceurs familiale. Puis c'est la rupture, les camps, la peur.

Appelfeld n'aimerait pas qu'on dise qu'il est un écrivain de la Shoah, pourtant son écriture est une tentative de mettre en mot l'indicible, et il réussit avec un immense talent!

Les moments les plus marquants sont ceux où enfant il fuit les camps en se réfugiant dans la forêt. Il se retrouve à vivre comme un petit animal, qui cherche à boire, à manger, contemple la nature aux aguets pour éviter les prédateurs, les humains, et survivre.

Un autre moment très fort est celui qui suit la libération des camps. Les enfants sont la proie des pervers, des impressarios, des meneurs, des commerçants, et j'en passe.

Je ne vous en dis pas plus, tant ce livre est un trésor d'expériences, à la limite de l'humain.

Le ton est épuré, simple, sincère.

"Je vécus deux ans dans les champs, entouré de forêts. Il y a des visions qui se sont gravées dans ma mémoire et beaucoup a été oublié, mais la méfiance est restée inscrite dans mon corps, et aujourd'hui encore je m'arrête tous les quelques pas pour écouter. La parole ne me vient pas facilement, et ce n'est pas étonnant: on ne parlait pas pendant la guerre. Chaque catastrophe semble répéter: qu'y a-t-il à dire? Il n'y a rien à dire. Celui qui a été dans un ghetto, dans un camp ou dans les forêts connait physiquement le silence. Durant la guerre on ne débat pas, on n'insiste pas sur les divergences. La guerre est une serre pour l'attention et le mutisme. La faim, la soif, la peur de la mort, rendent les mots superflus. A vrai dire, ils sont totalement inutiles. Dans le ghetto et dans le camp, seuls les gens devenus fous parlaient, expliquaient, tentaient de convaincre. Les gens sains d'esprit ne parlaient pas.
J'ai rapporté de là-bas la méfiance à l'égard des mots. Une suite fluide de mots éveille ma suspicion. Je préfère le bégaiement, dans lequel j'entends le frottement, la nervosité, l'effort pour affiner les mots de toute scorie, le désir de vous tendre quelque chose qui vient de l'intérieur."

Un texte à mettre dans les mains de ceux qui veulent être porteur de mémoire.

Un texte à recommander pour ceux qui aiment la poésie et les poètes.

Un texte pour comprendre ce que peut vouloir dire avoir été un enfant des camps, qui arrive en Israël orphelin sans avoir été à l'école pour tenter d' écrire sa vie...

Un grand merci à Christine, qui me permet d'ouvrir une nouvelle catégorie: Littérature israélienne!