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13 novembre 2025

Le jardin secret

 

Mary Lennox est une petite fille élevée par des nourrisses en Inde. Privée de l'affection de ses parents, elle n'a jamais appris à sourire et à traiter les personnes autour d'elle avec respect. 

A la mort de ses parents, emportés brutalement par une épidémie de choléra, Mary quitte l'Inde où elle avait toujours vécu. Elle se retrouve exilée dans le manoir anglais d'un vieil oncle taciturne et toujours absent. Mary trouve du réconfort dans les liens d'amitié qu'elle apprend à tisser. 

Elle va aussi se mettre à aimer un rouge-gorge, et découvrir un merveilleux secret: un jardin oublié de tous...

Un classique de la littérature jeunesse anglaise.

Une ode à la nature, avec une observation fine des plantes, de leurs évolutions, et de la joie de cultiver son jardin, dans tous les sens du terme.

Un roman "feel good" où tous les personnages se développent pour le meilleur. Un livre rafraichissant avec des petits héros attachants et authentiques. On y sent la spontanéité de l'enfance.

Un livre qui plaira à tous ceux qui aiment le charme désuet des maisons avec domestique, des mystères de famille anglaise dans leur grande demeure, entre autres.

Un roman écrit avant les deux guerre mondiales, mais qui reste vraiment agréable à lire.

Je conseille à petits et grands!

Merci à la librairie La plume vagabonde pour ce précieux conseil. 

 

 

07 septembre 2025

L'énigme du rubis

 

Prospérine Cerisier est la fille du commissaire adjoint, en charge d'une enquête sur une mort mystérieuse du quartier. Nous sommes à Paris, au moment même où Hausmann décide de faire des grand boulevards à la place des petites rues propices aux émeutes.

Les personnages sont des enfants ramoneurs, des concierges et autres prostituées prêtes à cancanner! Il y a de la gouaille.

Alors que tout se modernise à grand pas dans la capitale, l'enquête piétine, mais Prospérine, perspicace et un brin téméraire, va passer à l'action! Et elle l'espère aider son père pour éviter que sa tante ne l'envoie en pensionnat pour jeunes filles bien sages.

Un roman pour ado, qui se lit très vite, avec la joie de trouver un argot d'époque, et des scènes truculentes.

Très beau roman policier historique qui donne à voir qu'une fille peut apprendre à disséquer un cadavre et partir enquêter même dans les coins les plus sombres! Bref, un bel exemple inspirant, je trouve!

Belle solidarité parmi les jeunes avec Prospérine.

On aimerait lire la suite des aventures de Prosperine, mais je ne suis pas sûre qu'elle soit sortie... 

27 janvier 2025

Le dernier thé de Maître Sohô

 

Un petit bijou que ce roman.

Ibuki, fille d'un producteur de Saké, rêve de devenir Samouraï. Elle écoute son intuition et se déguise en homme pour traverser le Japon et rejoindre un maître qui pourra l'initier à la voie du sabre.

Maître Sohô, véritable légende, va mettre un peu de temps avant d'accepter de l'initier. Il va surtout proposer de lui apprendre aussi la voie du thé.

Un livre poétique.

Un récit initiatique.

C'est épuré et lent.

Quelle joie de se plonger dans le dix-neuvième siècle, les émotions d'une époque où le pays bascule vers la modernité.

Une lecture dépouillée et puissante, qui plaira à tous ceux qui aiment les quêtes initiatiques, les chemins plus que les fins, les liens plus que les biens.

Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau de Noël.

Beaucoup de tendresse, de délicatesse, de sourire.

Ça donne envie de déguster une bonne tasse de thé au calme, en en savourant tous les arômes et la puissance.


08 janvier 2025

Alma

 


Bonheur de retrouver Thimotée de Fombelle. Alma m'a transportée en 1786. Nous suivons en Afrique des jeunes qui sont embarqués pour être vendus comme esclaves dont Alma, mais aussi les armateurs, les membres d'équipage, les pirates. Bref, tout un univers qui se prête aux histoires pour petits et grands.

Je me suis vite attachée au personnage de Joseph Mars, un jeune débrouillard qui s'embarque clandestinement à bord de La douce Amélie, dans l'espoir de trouver un trésor... qui serait à bord! Et qui va s'attacher à Alma au retour...

J'ai aussi apprécié le personnage d'Amélie, la fille de l'armateur, qui va vite comprendre qu'on lui cache des choses et qui va faire preuve d'initiatives pour avancer dans son existence!

J'ai été conquise par les dialogues bien rythmés et humoristiques. Les scènes cocasses.

On en apprend pas mal sur l'esclavage, l’abolition, la piraterie, la vie en mer, les plantations,...

Les aventures sont pleines de rebondissements et sur trois tomes!

Merci à Anne-Laure pour le prêt des livres! Un régal pendant les fêtes!

Un livre qui plaira aux aventuriers et aventureux.


04 octobre 2024

Plus grands que le monde

 

Un roman qui s'inscrit dans le temps long pour nous narrer toute l'histoire d'une famille américaine au vingtième siècle.

Tout commence donc dans les années 1930 aux États-Unis, quand Doris et Tup se rencontrent. Doris décide de ne pas devenir institutrice et d'épouser Tup, en adoptant une vie à la ferme familiale du Maine. Quand la seconde guerre éclate, il reste au pays pour nourrir les populations.

Toute la première partie est construite autour des routines du quotidien et comment les personnages y trouvent de la joie. Bonheur de la traite des vaches, de l'entretien du jardin potager, des lectures le soir sous le porche en famille, des repas partagés, des moments de lessives, etc. Trois enfants vont naitre qui vont s'épanouir au contact de la nature. Sonny, l’ainé, va faire de sa chambre un mini musée pour les insectes ou autres pierres. Dodie la cadette va suivre la voie de sa mère et devenir une parfaite femme de la ferme. Beston le petit dernier va suivre ses ainés et leurs amis, en étant le plus chouchouté.

 Mais tout bascule dans une deuxième partie, avec un drame, dont je ne vous révèle rien.

 Il faudra alors la troisième partie, pour trouver des chemins de résilience pour les uns et les autres.

Ce roman est un livre sur le deuil, ce qu'il change dans les liens familiaux, combien il pousse à la ré-invention de tout.

C'est un roman plein d'amour, de compassion, de fraternité.

 Un livre qui plaira à ceux qui aiment les sagas familiales.

Un texte marquant sur la mort, le déni, la colère, la tristesse qui s'en suit, mais aussi la reconstruction!

 

09 septembre 2024

Le miniaturiste

 

Nous sommes en 1686 et notre héroïne, Nella, quitte son Angleterre natale pour rejoindre son mari, Johannes, homme d'âge mûr, vivant à Amsterdam, et certainement l'un des marchands les plus en vue de la capitale.

Mais lorsqu'elle arrive, il n'est pas là. A la place, elle est accueillie par sa sœur et le personnel de maison, sans trop comprendre ce qu'on attend d'elle au juste ici.

A son retour de déplacement commercial, Johannes lui offre son cadeau de mariage: une maison de poupées qui est la copie parfaite de leur résidence. Il lui dit que ça l'occupera pendant ses fréquents voyages et lui communique l'adresse pour commander des meubles et autres personnages et objets à mettre dans la maison miniature.

Nella s’exécute et commande des objets mais étrangement elle reçoit plus que ça commande, et notamment un berceau, alors que son mari refuse à ce stade de consommer le mariage... Est-ce une erreur? ou bien ce miniaturiste serait-il en train de lui faire parvenir par cette voie des informations sur les mystères de la maison et de ses occupants?

S’inspirant d'une vraie maison de poupée exposée au Rijksmuseum à Amsterdam, Jessie Burton nous plonge dans le Amsterdam du 17e siècle. Les intransigeances religieuses des calvinistes, les tensions politiques et économiques de l'époque, le poids des apparences sociales, les inégalités, etc.

Un roman historique plein de suspense, et qui se dévore tant on veut venir à bout des secrets du foyer et de ses occupants.

Un livre à lire pour comprendre que sous les apparences lisses et convenues peut se cacher toute autre chose, dans l'intime des vies et des parcours personnels. 

Un livre qui plaira à ceux qui aiment les ambiances mystérieuses, pleines de brouillard, où l'on va de cachoteries en dissimulations.

De beaux personnages aussi, plein de courage et de ténacité, pour être qui ils sont vraiment, coûte que coûte!

Merci à la librairie de Utrecht pour ce beau conseil!



22 janvier 2023

Griffes


Un livre entre Agatha Christie et Downtown Abbey, avec une pincée de Jane Austen, qui est réjouissant à lire cet hiver, au rayon jeunesse de toutes les bonnes librairies!

Nous sommes dans un village perdu au fin fond de l'Angleterre. Des meurtres mystérieux à la griffe attirent l'attention de Scotland Yard. Arrivent sur place un surintendant bonhomme et expérimenté accompagné de son adjoint Pitchum Daybright, tout frais sorti de l'école de criminologie. La fille de l'aubergiste, Flannery, qui n'a pas la langue dans sa poche, va tenter de démêler l'affaire avec perspicacité et sagacité, pour le plus grand énervement de notre jeune adjoint, un peu dépassé!

Un livre de littérature jeunesse de Malika Ferdjoukh comme on les aime: très bien écrit, plein d'humour, déterrant des mots qu'on ne trouve pas tous les jours dans la langue française parlée!

N'hésitez pas à monter dans le train ou dirais-je dans la diligence! Vous y trouverez des personnages attachants, du suspense, la joyeuse vie de village anglais dans le froid de l'hiver, des traits d'esprits, des petites cocasseries et beaucoup de bons sentiments qui réchauffent!

J'aime vraiment le sens du rocambolesque de l'auteur: le texte est semé de nombreux détails amusants, comme la medium qui dit avoir vu le crime avant qu'il ne soit commis, la femme du médecin qui est coincée dans sa chambre car en fin de grossesse mais qui n'en perd pas une miette pour autant, les poissons de l'aquarium du lieu d'un des meurtres, et j'en passe !

Il est réjouissant de voir tous les petits clins d'œil de l'auteur à chaque détour des pages: à Hitchcock, à la littérature anglaise, aux classiques de l'enquête policière à rebondissement. 

Bref, vous l'aurez compris, un coup de cœur en ce début 2023! 

Merci au Divan perché pour cette belle découverte!

Et si vous ne les avez pas déjà lus, découvrez aussi les autres romans de l'auteur, à Broadway ou en Normandie! Un régal!

 



10 novembre 2022

Minuit à Atlanta


Nous sommes dans les années 1950 à Atlanta. Tommy, qui a fait partie de la police noire de la ville, a démissionné et est devenu journaliste reporter pour le journal local. Il est à son bureau tard le soir, quand il entend des bruits suspects. Il retrouve le directeur du journal, mort, alors même qu'il était sur une enquête très confidentielle. Tommy se sentant accusé à tort va tout faire pour démêler l'histoire et comprendre qui est derrière le coup.

Un polar historique et politique, qui plonge dans l'époque des droits civiques, de Dr. Martin Luther King, des boycotts, etc. C'est aussi le moment de la chasse aux sorcières, avec un FBI sur les dents pour arrêter de possible communistes. 

A travers une enquête fouillée, on revisite l'histoire des Etats-Unis. Les relations sociales entre blancs et noirs. Les affaires!

Merci Emilie pour ce beau cadeau.

Un livre qui plaira à ceux qui aiment s'immerger dans des périodes historiques pour les cerner de l'intérieur, dans les modes de vie, les façons de penser ou de travailler.

Un roman qui montre la dureté des discriminations.

Un texte qui aime aller dans le détail des faits historiques, avec sobriété.

31 décembre 2019

Le dimanche des mères



Un roman pour les amateurs de Downtown Abbey: Le dimanche des mères de Graham Swift.

Nous sommes en Angleterre dans les années 1920. Jane, femme de chambre chez les Niven, a une relation avec un aristocrate qui va se marier, Paul Sheringham. C'est le dimanche des mères, le jour où les domestiques peuvent rentrer voir leur maman dans leur famille. Elle est orpheline. Que va-t-elle faire? Va-t-elle le retrouver alors qu'il est sur le point de changer de vie?

Quelle est cette relation qu'ils entretiennent depuis des années? Qui sont-ils l'un pour l'autre ?

Un roman qui interroge la fin d'un monde, le rôle de la sensualité et des liens sociaux, quand ceux-ci ne sont pas alignés avec les schémas classiques.

Ça se lit tout seul, c'est court, bien écrit.

Tout est dans les détails, les non-dits, les silences.

J'aime le format: raconter une journée, avec tous les flash-backs et autres éléments qui se greffent dans le récit.

J'apprécie aussi le personnage de Jane, avec toute sa lucidité et sa sensibilité.

Merci à Janny et à son club de lecture pour la découverte!






26 mars 2017

Grand classique!



L'oeuvre au noir de Yourcenar nous permet de suivre un alchimiste dans les Flandres, Zénon, dans trois étapes de sa vie: sa vie errante, sa vie immobile et enfin la prison.

Zénon est en quête, il cherche, il questionne le sens, son être au monde. Pour ma part j'ai préféré les parties deux et trois qui poussent à l'exploration de l'introspection. Des pages magnifiques sur la méditation!

Ce roman vous offre un voyage vers la Renaissance! Vous pourrez y explorer la société de l'époque, le rapport au religieux, à la richesse, au savoir!

Le personnage de Zénon est vraiment à connaitre, comme figure du soignant, du penseur, bref, un héro de la littérature très riche! Il questionne le sens de la croyance et de la foi.

Un livre pour ceux qui veulent affiner leur connaissance historique !

Un grand classique à ne pas manquer dans ses explorations littéraires!

Merci à Claire !






28 décembre 2016

Pauline



Un petit Alexandre Dumas, plein de passages secrets, de disparitions mystérieuses et autres décès étranges! Pauline nous plonge dans les années 1830, en Normandie.

Tout commence quand Alfred se promenant près d'une abbaye en ruine y découvre des hommes qui cachent un objet sous un pierre tombale... Peu après, il apprend la mort de Pauline, qu'il a toujours aimé même si elle s'est marié avec un autre. Il s'empresse d'aller à ses funérailles où il découvre que le corps exposé n'est pas celui de son grand amour. Son intuition le guide de nouveau vers l'abbaye en ruine pour mener l'enquête... mais je ne vous en dis pas plus!

Grands récits romantiques s'il en est, Pauline nous emporte très vite dans l'intrigue.

Idéal pour une soirée au coin du feu!

Merci à la foire à tout de Fresney qui m'a permis pour 1 euro d'apprécier les talents de Dumas, comme toujours!

Et petite dédicace à toutes les Paulines!

05 février 2010

Délicieusement british!




Que faire quand à la veille de vous marier, on lit dans votre main que vous allez commettre un meurtre? Comment vivre avec un fantôme dépressif? Autant de questions amusantes qui donnent lieu à de courtes nouvelles rédigées avec talent par Oscar Wilde dans un recueil à lire absoluement: Le crime de Lord Arthur Savile.


Le style d'Oscar Wilde est jubilatoire. Il est piquant, ironique, décalé. J'avais beaucoup aimé Le portrait de Dorian Gray, et De l'importance d'être constant. Je suis contente d'avoir lu ses courtes histoires dans mes allé-retour de métro quotidien!


Un petit extrait pour vous mettre en appétit:


"Le lendemain, le fantôme était très faible et très las. Il commençait à ressentir l'effet de la terrible agitation des quatre dernières semaines. Ses nerfs étaient brisés. Il tressaillait au moindre bruit. Il garda la chambre pendant cinq jours et décida enfin de renoncer à la tâche de sang sur le parquet de la bibliothèque."
La suite dans la nouvelle: Le fantôme de Canterville, la deuxième du recueil!

Je conseille ce livre aux amateurs de contes!

Je recommande ces petits textes à ceux qui ont besoin de pointes d'humour au milieu de l'hiver (tongue-in-cheek garantie)

Ca se lit vite et ça balaye toutes les idées noires!


27 janvier 2010

688 pages après...




Suivant ma bonne résolution de revisiter les classiques, je me suis lancée dans L'idiot de Dostoievsky. Et mes impressions sont assez mélangées.


Bien sûr, on connait l'histoire de base: un "idiot" qui revient d'une cure en Suisse pour cause d'épilepsie regagne la société russe de St Petersbourg, où il se noue d'amitié avec des personnages complexes, comme leurs noms russes (Gabriel Ardalionytch, Yvan Fedorovitch Yepantchine, et j'en passe et des meilleurs)! Comme il est un peu naïf, on le prend soit pour un dangereux imposteur qui cache son jeu sous ses airs niais, soit comme un imbécile dont on se moque ardemment! Mais très vite, le procédé littéraire est utilisé pour que les personnages se prennent en pleine figure et avec toute sincérité leurs travers les plus odieux.


Derrière cette histoire s'en cache une autre, qui fait balancer notre héro idiot entre deux femmes: Nastasie Philipovna et Aglae Yepantchine. La première est une femme présentée comme une courtisane de peu de vertu, et qui balance entre tous les hommes de cette société russe que forment les personnages du livre. La seconde est la dernière des trois filles d'un général qui a des idéaux nobles et romantiques de vie, et espère faire un beau mariage loin de tous les noms de prétendants que lui soufflent ses parents.


Et il y a derrière tout ça une trame sans queue ni tête, des tas de digressions, d'excès, de scènes d'ivresse, de scènes de suicide ou de meurtre ratés dont tout le monde rit, de scènes de jeux dangereux en société où chacun révèle ses pires affaires et ses plus gros mensonges, etc.


C'est étrange comme ce grand style, cette finesse psychologique, ce théâtre détonnant, peut se retrouver comme noyé dans une masse de textes qui parle tout autant de nihilisme, du christ (d'ailleurs certain voit en le personnage de l'idiot une vision de Jésus), du destin, etc.


Et en plus, Dostoievsky nous confie sa vision de la littérature, de ses personnages, de son écriture, comme par exemple au début de la partie IV:


"Il y a des gens qu'il est malaisé de définir d'un seul trait, qui les aurait peints sous leur aspect particulier et caractéristique. Ce sont eux qu'on a l'habitude d'appeler 'des gens ordinaires', 'la majorité' et qui constituent effectivement l'immense majorité de la société. Les auteurs des romans et des nouvelles s'efforcent la plupart du temps de peindre des 'types'. Ces personnages ne se rencontrent presque jamais à l'état pure, bien qu'ils soient plus réels que la réalité même."



Il y a dans ce roman le bouillonnement de l'âme russe, qu'on le retrouve aussi chez Boulgakov mais d'une toute autre façon bien sûr, encore plus surréaliste qu'ici.


Les dialogues de L'Idiot sont fous, emprunts de sarcasme, de beuverie, d'espièglerie, et de force.


"-L'étranger me tuait. Je me rappelle être sorti de cette obscurité un soir à Bâle à la frontière suisse, et c'est un cri d'âne au marché de la ville qui ma réveillé. L'âne me fit une impression extrême et je ne sais trop pourquoi, un plaisir immense; et alors tout est devenu clair dans ma tête.

-Un âne? C'est bizarre! fit la générale. Après tout, il n'y a rien de bizarre à cela, il se peut que l'un de nous s'éprenne tout d'un coup d'un âne, ajouta-t-elle."


Que dire après tout ça? Que comme dans tous les chefs d'œuvre, on en ressort la tête pleine de sensations qu'il faut digérer lentement. Essayer de raconter L'idiot, ce serait comme essayer de raconter La recherche de Proust. Je crois que dans l'un comme dans l'autre chacun peut y trouver des choses très différentes.


J'ajouterai que ce n'est pas une lecture facile, avec une intrigue directrice qui porte le lecteur d'un bout à l'autre.


Je conseille donc ce livre aux amateurs de culture Russe qui sont prêts à s'immerger dans des centaines de pages tortueuses!


Je recommande ce roman à ceux qui veulent revoir leurs classiques et qui ont le temps et l'énergie de se lancer dans un pavé.


Je pense que ce livre est aussi pour ceux qui en ont marre des constructions habituelles de livres ou de films. Où l'on sent dès le début les choses qui vont se passer. Où l'on sait dès le début les lignes qui vont rester graver et celles qui vont s'effacer. En lisant l'Idiot, ils pourront lâcher prise, et se noyer dans un style qu'on ne trouve plus de nos jours.

16 janvier 2010

Tome 2: Attendre et espérer


Je viens de refermer le tome 2 (et dernier tome) du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas. Quel bonheur! C'est tout aussi palpitant, d'autant plus qu'on s'approche du dénouement. C'est tout aussi riche de rebondissements, de coups de théâtre, et de scènes à couper le souffle!

Alexandre Dumas rivalise d'ingéniosité dans le choix des titres de chapitre. Mon préféré est: "Le moyen de délivrer un jardinier des loirs qui mangent ses pêches", et ce, sans hésitation!

Il multiplie aussi les clins d'œil aux lecteurs pour notre plus grand plaisir:

"Un col de satin noir sortant des mains du fabricant, une barbe fraîche, des moustaches grises, l'œil assuré, un habit de major orné de trois plaques et de cinq croix en somme, une tenue irréprochable de vieux soldat, tel apparut le major, ce tendre père que nous connaissons."

Ce personnage bien sûr n'est ni père ni major comme il le prétend, et Dumas nous rappelle habilement qu'il nous a mis dans la confidence et que nous pouvons savourer ce moment où tous les personnages se font berner par le faux noble soldat, sauf nous bien sûr, et son héros.

Et en prime, le ton se complexifie. On sent l'amertume, le doute, et l'ironie pointés leur nez. Les lumières et les couleurs sont moins tranchés. Chaque personnage interroge ses choix, sa destiné, ses luttes. Les faits et les actes prennent des sens différents, moins nets, plus gris.

"Allons donc, homme régénéré; allons, riche extravagant; allons, dormeur éveillé; allons, visionnaire tout-puissant; allons, millionnaire invincible, reprends pour un instant cette funeste perspective de la vie misérable et affamée; repasse par les chemins où la fatalité t'a poussé, où le malheur t'a conduit, où le désespoir t'a reçu; (...) Cache ces diamants, souille cet or, efface ces rayons; riche, retrouve le pauvre; libre retrouve le prisonnier; ressuscité, retrouve le cadavre."

Ce qui reste cependant c'est la satire de la société de cour, où l'on est tour à tour porté aux nues ou à l'échafaud, et ce en fonction d'un rien. Tout n'est que "rentes", "titres" et "faux semblants". Pour le meilleur et pour le pire. La célébrité se crée comme elle s'efface. Les coups sont donnés, puis oubliés. Dumas nous offre une lecture du monde toujours d'actualité.

Si Dumas nous transmet une leçon, c'est peut-être celle-là:

"Voici tout le secret de ma conduite: Il n'y a ni bonheur ni malheur en ce monde, il y a la comparaison d'un état à un autre, voilà tout. Celui-là seul qui a éprouvé l'extrême infortune est apte à ressentir l'extrême félicité. Il faut avoir voulu mourir pour savoir combien il est bon de vivre.
Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon cœur, et n'oubliez jamais que, jusqu'au jour où Dieu daignera dévoiler l'avenir à l'homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots:
Attendre et espérer!"

Je vous recommande donc très vivement ce roman. Je me porte garante: vous ne serez pas déçu. Vous ne verrez point passer les heures. Et vous ressortirez fort de cette lecture délicieuse, avec l'envie d'autres mots et d'autres voyages...


Un grand merci à Jean-Pierre de m'avoir prêté ce roman, et à Nassira de me l'avoir recommandé si vivement.

10 janvier 2010

Tome 1 au coin du feu















Lors de mon réveillon, de joyeuses âmes m'ont conseillé de lire Le comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas... Et quel ne fut pas mon bonheur de passer le 1er de l'an devant le feu à lire le tome 1!








Etant donné que le roman a été publié sous la forme d'un feuilleton, on se régale de chapitre en chapitre, car le suspense est dense! C'est un peu la série télé d'un autre siècle, avec ses mystères, ses rebondissements...








Je trouve d'ailleurs que l'écriture est très théâtrale, presque même cinématographique. Les gros plans sur les visages des personnages qui découvrent des pans cachés avec surprise, ou essaient de cacher leur jeu, sont nombreux et amusants. On tremble, on frémit.








L'histoire: Edmond Dantès, un jeune homme sur le point de se marier et de devenir capitaine, est accusé de bonapartisme et enfermé en prison sans jugement pendant de longues années... Jusqu'au jour où il parvient à sortir de sa situation, et décide de se venger. Il met alors au point des stratagèmes très fins et méticuleux...








J'aime l'éloge de l'intelligence, du savoir, et du bon mot que fait Dumas:








"Au reste, mon véritable trésor, voyez-vous, mon ami, n'est pas celui qui m'attendait sous les sombres roches de Monte-Cristo, c'est votre présence, c'est notre cohabitation de cinq à six heures par jour, malgré nos geôliers. Ce sont ces rayons d'intelligence que vous avez versés dans mon cerveau, ces langues que vous avez implantées dans ma mémoire et qui y poussent avec toutes leurs ramifications philologiques. Ces sciences diverses que vous m'avez rendues si faciles par la profondeur de la connaissance que vous en avez et la netteté des principes où vous les avez réduites, voilà mon trésor, ami, voilà en quoi vous m'avez fait riche et heureux."








J'ai apprécié aussi toutes les interrogations sur la justice, et le sens du bien et du mal:








"Je me battrais en duel pour une misère, pour une insulte, pour un démenti, pour un soufflet, et cela avec d'autant plus d'insouciance que, grâce à l'adresse que j'ai acquise à tous les exercices du corps et à la lente habitude que j'ai prise du danger, je serais à peu près sûre de tuer mon homme. Mais pour une douleur lente, profonde, infinie, éternelle, je rendrais s'il était possible une douleur pareile à celle que l'on m'aurait faite: oeil pour oeil, dent pour dent, comme disent les Orientaux."








Ce qui est aussi remarquable c'est le sens de la manigance. On observe un homme tiré les ficelles. On sourit de voir des êtres mués par des fils invisibles, se faire avoir... après avoir menti, trahi, et infligé la souffrance.








"Les arbres, voyez-vous, monsieur Bertuccio, ne plaisent que parce qu'ils font de l'ombre, et l'ombre elle-même ne plait que parce qu'elle est pleine de rêverie et de visions."








Enfin, quelle langue! J'aime ce style désuet et maniéré, où changer un "Comte" en "Monsieur" peut être le summum de l'infamie!








Quelle douceur aussi de retrouver l'Italie (Lucques, Florence, Rome) et de voir combien les hommes du 19e siècle étaient des Européens bien avant l'heure.








Je conseille ce roman à ceux qui veulent replonger dans les méandres mélodramatiques des histoires d'enfants, où les méchants sont punis, et les bons triomphent! Dumas critique l'arrivisme, culte de l'argent et des apparences.








Je pense que ce roman plaira aux amateurs de romans historiques, avec les conflits entre Royalistes et Bonapartistes! On n'imagine pas à quel point ces partis pris pouvaient avoir de conséquences pour les concitoyens de l'époque. On ne réalise pas je trouve l'impact de l'instabilité politique du début du 19e sur les Français de l'époque. Toutes les corruptions par derrière, les arrestations arbitraires. Un jour vous êtes du bon côté, le lendemain du mauvais.








Bref, un roman qui peut vous donner une folle envie de revoir vos classiques en 2010!
















07 juillet 2008

Facéties florentines...





Samedi, je suis allée dans ma petite librairie de goût du 15e: L'échappée... C'est un lieu très sympa où l'on peut trouver des livres déstockés à des prix défiés en toute concurrence (livres de cuisines, livres d'art, livres pour enfants, romans) et dans une ambiance très cool. Il y a aussi des CD à 4 EUR, des DVD, des superbes cartes postales., des petits carnets... Bref, c'est un lieu qui donne envie de tout acheter... à ne pas manquer rue des Entrepreneurs, à deux pas de la sortie du Metro Charles Michel (juste après le Piquard).


Alors que je pensais ressortir avec un paquet cadeau pour un ami, une jolie carte, et un marque page, quelle ne fut pas ma surprise en arrivant chez moi: Mélanie, la tenancière, avait glissé un livre pour moi... Très touchée par le geste, je me suis jetée dans sa lecture. Le titre: Facéties et bons mots, de Le Pogge Florentin et Le curé Arlotto...


Qu'est-ce donc me direz-vous?


Il s'agit de petits textes latins traduits en français, écrits au XVe siècle à Florence... Je vous vois déjà à faire les gros yeux... mais vous n'y êtes pas... Ce sont des farces, pour la moitié ultra-grivoises... et pour l'autre, des textes très ironiques sur l'église et les femmes! A ces italiens, je vous jure! Ils n'ont pas tellement changé avec les années!


Il y a deux sortes de facéties: l'une est de l'ordre du langage (le bon mot) et l'autre est de l'ordre de l'acte (la bonne farce)... Si vous voulez ça fait assez Beaumarchais l'insolent...


Ce sont à chaque fois des textes très brefs, comme de petites anecdotes...


Du genre, une jeune épouse qui retourne chez ses parents en larmes... Son cher et tendre époux ne serait pas pourvu du bon attirail masculin... Et voici la famille qui s'inquiète... quand le mari débarque, et devant leur inquiétude, fait étalage de ses organes... Le père, à leur vue, les trouve tout à fait bien, et se retourne vers sa fille... Celle-ci lui répond alors:


"Pourquoi me blamer et vous moquer de moi... Notre âne, qui n'est pourtant qu'une bête, en a long comme cela (et elle étendait le bras). La naïve enfant croyait qu'en cela l'homme devait être supérieur à la bête..."

Je pense que ces facéties plairont aux amateurs de contrepétries et autres textes grivois... Aux curieux de la prose florentine du XVe siècle...

NB: Féministes et catholiques s'abstenir! (Ou alors avec une bonne dose d'auto-dérision!)

05 mars 2008

Florence, le 5 Mars 2008: Cher vous,





Ce sont des lettres qui ne nous sont pas adressées mais qui nous parlent. Ce sont des lettres qui sont d'un autre siècle, mais qui n'ont pas jauni ni pris un gramme de poussière. Ce sont des lettres sans P.S. parce que tout est essentiel, tout est dit. Ce sont les lettres d'un voyageur, d'un européen... Je suis certaine que vous avez trouvé: ce sont les Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke.



Je les conseille à tous ceux qui se cherchent et qui doutent. Tout ceux qui goutent la vie d'un oreille attentive pour y saisir du sens et du nouveau.



Morceaux choisis:



Viareggio pres Pise (Italie), le 23 Avril 1903:

''... Laissez vos jugements connaitre leur propre développement, calme, non troublé; comme tout progrès, il doit venir de la profondeur du dedans, et rien ne peut le hater ni l'accélérer. Tout doit etre porté à terme puis mis au monde. Laissez chaque expression et chaque germe de sensibilité s'accomplir en vous, dans l'obscurité, dans l'indicible...''



Flädiem Suède, le 12 Aout 1904:

''Voilà pourquoi il est si important d'etre solitaire et attentif, lorsqu'on est triste; car l'instant où, apparemment, rien n'arrive ni ne bouge, est celui où notre avenir entre en nous, et c'est un instant qui se trouve tellement plus près de la vie que cet autre bruyant et contingent où l'avenir nous vient comme du dehors. Plus nous sommes, dans la tristesse, silencieux, patients, ouverts, et plus le nouveau entre en nous profondément, imperturbablement, mieux nous en prenons possession, plus il sera notre destin.''



Ces lettres donnent envie d'écrire. De creuser notre solitude pour voir apparaitre sous la plume les mots justes et bons.

Ces lettres donnent envie de recevoir du courrier. Car on comprend que chaque mot, dans cet intimité partagée, est un immense cadeau.

Ces lettres donnent envie de trouver un peu de sagesse dans la torpeur du soir.