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02 septembre 2020

Croisières et caravanes




Découverte de l'été: Ella Maillart, chez Petite biblio Payot Voyageurs.

Ella Maillart est née en 1903 et est l'une des grandes aventurières du vingtième siècle. Dans Croisières et caravanes, elle raconte sa jeunesse: oser partir seule au bateau sur la Méditerranée avec une amie, puis être une des premières suissesses à se lancer dans les JO de Paris, puis partir carrément au loin vers l'est, la Russie, la Chine... 

Les 230 pages se lisent toutes seules. On est tour à tour à dos de chameau, à pied, en train.

On comprend que ses aventures sont avant tout une quête de sens et d'elle-même.

Quel courage! Quels exploits!

Son audace est remarquable. A cette époque, c'était bien autre chose qu'aujourd'hui d'oser partir seule au bout du monde.

Un seul petit regret: qu'elle n'ose pas confier plus d'anecdotes croustillantes ou amusantes. Cela reste très descriptif et vivant mais on sent comme une pudeur, une retenue, dans ce qu'elle confie de ses aventures. 

Un grand merci à Sophy pour la découverte!

Un livre pour les amateurs d'exotisme et d'autobiographie.

Un ouvrage qui dépayse et donne envie de voyager!




23 février 2019

Libéria



Voilà un beau roman à lire en parcourant l'Afrique de l'Ouest: Liberia de Christophe Naigeon.

Nous sommes au début du 19e siècle aux Etats-Unis, dans le Massachusetts. Nous faisons la connaissance du héros, Julius Washington, un apprenti journaliste, qui fait ses armes en couvrant tout ce qui se passe au port. Il est fils d'une ancienne esclave, et il va pas à pas découvrir le monde des marins, de la traite des noirs, des abolitionnistes, des marchands, des aventuriers, et de la politique anglaise, française et américaine de l'époque.

On découvre le monde des quakers et des trafiquants en tout genre. La vie à bord, les débarquements, les déceptions, les rêves, au fil de ses traversées de l'Atlantique.

On apprend beaucoup sur les arguments en faveur et contre l'abolition de l'esclavage de l'époque. On voit aussi comment le retour des africains est tenté avec le Sierra Leone et le Libéria mais aussi avec des colonies ratées. On comprend aussi ceux qui ne veulent pas que les affranchis repartent pour qu'ils soient plus forts aux Etats-Unis.

On est plongé dans l'ambiance des vies que tout efface en une fièvre, des vies que tout détruit en un coup du sort.

Enorme travaille de documentation de l'auteur, dont on sent la plume de journaliste, qui va dans le détail, creuse, questionne.

Merci à Mme Lafon pour la très belle découverte!






04 novembre 2018

L'architecte du sultan



Nous voilà au XVIe siècle, en plein Empire Ottoman. Jahan débarque avec son éléphant blanc à la cour du sultan Soliman le Magnifique. Il découvre des intrigues, la jolie fille du sultan, les gitans, les dompteurs d'animaux, mais surtout l'architecte royal ! Celui-ci va le prendre sous son aile et en faire un apprenti de talent.

Elif Shafak nous emmène dans un roman d'initiation et de cour qui marque par les personnages truculents qu'il abrite, par l'exotisme des coutumes, et par l'intrigue et le mystère des jeux de pouvoir. D'étranges accidents arrivent sur les chantiers, et on est pris dans l'enquête de Jahan pour comprendre qui tire les ficelles du drame.

C'est une sorte de conte magique, qui n'est pas sans rappeler Les Enfants de Minuit de S. Rushdie.

Un roman qui souligne combien l'arbitraire du pouvoir peut être violent, et comment différentes castes ou groupes sociaux peuvent jouer des codes et des coutumes pour tenir.

Un roman qui est une mise en fiction dans la fiction, car Jahan qui n'est ni dompteur d'éléphant ni architecte devient chacun de ses rôles tour à tour à force de le prétendre.

Une histoire fleuve qui nous fait découvrir l'histoire d'Istambul et qui nous fait réfléchir aux formes de pouvoirs justes et injustes.

Merci Anouck pour la découverte!








09 mars 2018

Euphoria



Une plongée dans la Nouvelle Guinée des tribus, sur les berges du fleuve Sepik en 1933, c'est ce que nous propose Euphoria de Lily King. On y retrouve trois jeunes et brillants anthropologues qui sont en train de faire naître la discipline, de publier les premières analyses sur les rites, le rapport au corps, etc.

C'est un roman sur Margaret Mead, qui a osé publier sur la vie sexuelle des indigènes à un moment où la société occidentale était pleine de tabous. On y retrouve ses passions, ses désirs, ses amours. Alors oui c'est une fiction, les noms sont différents mais c'est vraiment très bien documenté et on ne s'y trompe pas, ça parle bien de ces vies là qui ont changé la façon de concevoir l'observation des cultures.

Un roman envoûtant, tellement humain, qui souligne les liens ténus entre les chercheurs et leurs sujets de recherche.

Un livre où se mêlent deux voix: celle de Bankson, qui admire son couple d'amis Fen et Nell, tout en tombant amoureux de Nell... et celle de Nell à travers des extraits de son journal intime.

C'est un roman sur la liberté et ses limites, une grande histoire d'amour, une exploration du vivre ensemble.




08 janvier 2017

Petit Piment



Tout commence dans un orphelinat, en Afrique, où les enfants sont attachés au prêtre qui les fait rire, et où le communisme arrive avec tous les bouleversements sociaux et politiques. D'autres formes de pouvoir et de corruption font peu à peu loi. C'est alors que Petit Piment est amené à l'évasion pour partir vers pointe noire et une autre vie. Sous la protection d'une prostituée, Maman Fiat 500, il grandira, tâchant de quitter peu à peu l'enfance, pour une lucidité délicate.

Petit Piment de Alain Mabanckou est un roman d'émancipation unique en son genre. Le ton et l'écriture y est coloré. On y retrouve une certaine gouaille. On sent l'auteur à la limite du conte, avec toujours une forme de sourire ironique sur lui-même et sa propre enfance...

Un roman qui plaira aux amoureux d'Afrique, de style dynamique et épicé, et d'un certain regard sur ce que peut vouloir dire la pauvreté, la solitude, la condition des femmes, là bas. Un roman pas toujours optimiste malgré le ton drolatique et piquant. Un texte lucide et flamboyant qui change de registre avec les lieux et les pages.





"Chaque week-end nous attendions son arrivée avec impatience et l'applaudissions dès que nous apercevions sa 4L dont le moteur, disions-nous, souffrait de tuberculose chronique. Le prêtre se débattait pour se garer dans la cour, reprenait cinq à six fois sa manœuvre alors que n'importe quel chauffard se serait parqué au même endroit les yeux fermés. Ce n'était pas par plaisir qu'il livrait cette bataille grotesque: c'est parce qu'il souhaitait, se justifiait-il, que la tète de la voiture regarde déjà vers la sortie et qu'il n'ait pas à se compliquer l'existence deux heures plus tard lorsqu'il regagnerait Diosso, la localité où il résidait, à une dizaine de km de Loango..."

05 février 2009

Fabuleux





Lire La maîtresse des épices, de Chitra Banerjee Divakaruni est une expérience en soi, hors de tout, fabuleuse.


La maîtresse des épices est un livre magique, odorant, riche, puissant. Un livre plein de sagesse et d'humilité. Un livre d'un ailleurs si proche et si loin.


On suit la vie de Tilo, la maîtresse des épices. Cette indienne connait le secret du curcuma, de la cannelle, du cumin, du poivre, du fenouil, et j'en passe. Elle vit recluse dans une petite épicerie aux Etats-Unis. Elle voit passer des vies, parfois en devenir, parfois saccagées. Elle peut voir au plus profond des êtres, et leur concocter des mélanges qui, suite à ses incantations, pourront changer le cours de leur destin.


Chitra Banerjee Divakaruni a une voix de conteuse douce et envoutante. On est emporté dans le passé et le futur de Tilo, mais aussi dans ce quotidien de l'épicerie aux milles saveurs.


Chaque chapitre est construit autour d'une épice, dont il porte le nom en titre.


Un roman qui donne envie d'épicer sa vie. Mais bien plus encore.


Je vous offre l'incipit:


"Je suis Maîtresse des épices.

J'ai aussi appris à travailler d'autres matériaux. Les minéraux, les métaux, la terre, le sable et la pierre. Les gemmes avec leur eau pure et froide. Les liquides qui embrasent la vue de leurs teintes aveuglantes. J'ai appris à manier tout cela sur l'île.

Mais ce que j'aime moi, ce sont les épices.

Je connais leur histoire, la signification de leurs couleurs, et leurs odeurs. Je peux les appeler par leurs véritables noms, ceux qu'elles ont reçus à l'origine quand la terre creva comme une écorce et qu'elles jaillirent pour la première fois à la lumière. Leur feu court dans mes veines. de l'amchûr au safran, elles se plient à ma volonté. Sur un murmure de moi, elles me livrent leurs propriétés cachées, leurs pouvoirs magiques."


J'ai comme l'envie de conseiller ce livre à chacun d'entre vous. A vous de trouver le moment juste pour le faire entrer dans vos vies, ou dans celles de vos proches.


S'ils sont fous de cuisine, d'Inde, de saveurs, de voyages, de contes, ils seront soulevés par les mots de Chitra Banerjee Divakaruni.


S'ils sont en quête d'eux-mêmes, de leurs désirs les plus profonds, ils goûteront ces pages envoutantes.


S'ils sont just las, ce livre pimentera leur ordinaire.

18 septembre 2006

Mines de rien...




Aujourd'hui, je vais vous parler de mines... Pas de celles de mes crayons, car le blog est l'absence même de crayons! J'aurais pu vous parler de mines d'or, car ne l'oublions-pas, nous cherchons des pépites à partager! Mais ce sera plutôt des mines d'autres métaux et minéraux... puisque nous parlons des mines du Botswana, théâtre des romans d' Alexander McCall Smith. Mais nous parlons aussi des mines déconfites des femmes africaines, qui viennent consulter Mma Ramotswe, la plus célèbre détective du pays. Toutes les occasions sont bonnes: le mari envouté par les mauvais esprits, le fils disparu au milieu des giraffes,...

Alors asseyez-vous à l'ombre, prenez un bon petit thé, et contempler l'Afrique. Paysages poussièreux, peuplés d'humains d'une extrème politesse, d'une juste pudeur, et d'un esprit riche des esprits qui l'entoure.


Alexander McCall Smith décrit à merveille les ambiances du pays, lui qui a vécu en partie de part ces contrées, avant de ne regagner son Ecosse bien aimée, nous aurons l'occasion d'en reparler, c'est promis! Son écriture est très simple, douce et délicate. Ses personnages sont attachants, si bien qu'une fois la série commencée, on se jette sur la suite des aventures de la première agence de détective féminine du pays! Chaque cas à résoudre soulève des questions d'éthique, des pierres chaudes qui abritent parfois des serpents. Mais ne vous inquietez-pas si vous vous perdez en route, Mma et son cher garagiste réparent avec une façon bien à eux tout ceux qui passent la ligne de leur horizon.


Bonne lecture, bon voyage!