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02 mars 2019

L'enfant noir



De Camara Laye, guinéen, L'enfant noir semble un grand classique de la littérature francophone d'Afrique. Très autobiographique, on y suit l'enfance et l'adolescence d'un jeune africain.

Tout d'abord ses parents et le fameux génie de son père, un serpent noir qui apparaît un jour à l'enfant. Le travail des métaux à la forge paternelle, et surtout de l'or, qui demande tout un rituel avec griots.
Des nuits dans la case de sa mère.
Bref la douceur de la vie au village.

Puis le départ pour l'école puis pour l'aventure loin du pays. Les premiers amours.

C'est à la fois la description du quotidien dans un village dans les années 1930 et celui du merveilleux, de l'enchantement, de l'exotique. On sent que l'auteur fait renaître devant nos yeux chacun de ses souvenirs, des odeurs, des goûts, de sa tendre enfance. La nostalgie n'est pas loin.

C'est aussi l'histoire d'une émancipation, du devenir adulte, avec des rituels qui font peurs, par étape, dont celui de la circoncision.

Le style est simple, précis, vivant. Chaque chapitre aborde un moment clé, un épisode marquant.

Un petit roman poche, à glisser dans son sac avant de partir en Afrique...

Merci à Hélène D. pour le conseil!

30 mars 2017

Petit pays...



Petit Pays est un roman de G. Faye dans lequel on entre doucement. Les débuts ont un goût d'enfance dans un petit pays d'Afrique,  ponctuée de jeux dans la rue entre garçons et de mangues mûres.

Mais tout bascule et on referme le livre en se disant qu'il est magistral! En effet, le petit Gabriel que nous suivons vit au Burundi. Et si son père est français, sa mère vient du Rwanda, où le génocide commence...

Un roman qui passe du calme et du confort d'un quartier d'expatriés à l'arrivée du chaos, des règlements de compte, et de la mort au coin de la rue.

Prix Goncourt des lycéens, ce premier roman nous touche par la vivacité d'esprit de son héros, jeune mais perspicace. Les personnages qui l'entourent marquent aussi comme la vieille voisine prêteuse de livres, qui va l'initier à la littérature et lui donner le goût de l'évasion au moment où tout se trouble.

Un livre pour tous les amoureux d'Afrique!

Un témoignage fort et inoubliable!

Merci à Anouck pour la belle découverte!

05 février 2017

Voici venir les rêveurs...



Jende, camerounais, touche du doigt son rêve américain! Obtenir un vrai bon poste de chauffeur privé pour un banquier new-yorkais, Clark Edward, et toute sa famille! Son épouse Nenni arrive même à faire quelques "extra" chez les Edward, pour gagner de l'argent en plus de ses études et ménages habituels.

Peu à peu se tisse une certaine forme de complicité entre Clark et Jende. C'est un peu comme dans Downtown Abbey, on suit les riches et les pauvres et toutes leurs interactions sociales du quotidien... On s'attache à la routine des jours et aux petites anecdotes ! Les échanges sont parfois dures, vexants, parfois beaux et prometteurs.

On voit alors  grandir les problèmes des petites gens et des grands de ce monde. On sent le système dérailler... et tout se gripper. Les Etats-unis ne seraient-ils pas un pays pour les rêveurs?

Un livre touchant, sincère, et haletant. Jende obtiendra-t-il ses papiers? Nenni deviendra-t-elle pharmacienne?

Un premier roman à découvrir pour approfondir la question de l'immigration, pour goutter à des portraits tout en finesse, et pour mieux comprendre ce que peut vouloir dire une crise économique et financière.

Imbolo Mbue a la bonne humeur contagieuse! Elle interroge ce qu'est l'espoir, ce que veut dire le vivre ensemble, qu'elle peut être le sens des sacrifices de chacun...

Elle pose aussi la question de la filiation, de l'héritage et de la transmission.

Merci beaucoup Marie-Louise pour ce cadeau! J'ai A-DO-RE!

08 janvier 2017

Petit Piment



Tout commence dans un orphelinat, en Afrique, où les enfants sont attachés au prêtre qui les fait rire, et où le communisme arrive avec tous les bouleversements sociaux et politiques. D'autres formes de pouvoir et de corruption font peu à peu loi. C'est alors que Petit Piment est amené à l'évasion pour partir vers pointe noire et une autre vie. Sous la protection d'une prostituée, Maman Fiat 500, il grandira, tâchant de quitter peu à peu l'enfance, pour une lucidité délicate.

Petit Piment de Alain Mabanckou est un roman d'émancipation unique en son genre. Le ton et l'écriture y est coloré. On y retrouve une certaine gouaille. On sent l'auteur à la limite du conte, avec toujours une forme de sourire ironique sur lui-même et sa propre enfance...

Un roman qui plaira aux amoureux d'Afrique, de style dynamique et épicé, et d'un certain regard sur ce que peut vouloir dire la pauvreté, la solitude, la condition des femmes, là bas. Un roman pas toujours optimiste malgré le ton drolatique et piquant. Un texte lucide et flamboyant qui change de registre avec les lieux et les pages.





"Chaque week-end nous attendions son arrivée avec impatience et l'applaudissions dès que nous apercevions sa 4L dont le moteur, disions-nous, souffrait de tuberculose chronique. Le prêtre se débattait pour se garer dans la cour, reprenait cinq à six fois sa manœuvre alors que n'importe quel chauffard se serait parqué au même endroit les yeux fermés. Ce n'était pas par plaisir qu'il livrait cette bataille grotesque: c'est parce qu'il souhaitait, se justifiait-il, que la tète de la voiture regarde déjà vers la sortie et qu'il n'ait pas à se compliquer l'existence deux heures plus tard lorsqu'il regagnerait Diosso, la localité où il résidait, à une dizaine de km de Loango..."

13 décembre 2016

Americanah



Chimamanda Ngozi Adichie nous embarque dans une très belle histoire d'amour sur deux continents: l'Afrique et l'Amérique... sur fond de politique et d'analyse sociologique!

L'héroïne, Ifemelu, a grandi au Nigéria mais part faire sa vie aux Etats-Unis. Elle interroge la place des noirs dans la société, la différence entre les noirs américains et les nouveaux migrants, la construction de l'identité afro-américaine sous toutes ses dimensions (cheveux, modes de vie, débat sur l'élection d'Obama, etc) et cela a travers le blog sociologique qu'elle tient et dont les posts sont retranscrits pas à pas au fil de l'histoire. Parallèlement Ifemelu se cherche à travers ses amours, dont son grand amour d'enfance, Obinze,... resté au pays et qui lui vit une expérience de migrant différente en Angleterre.

Un livre qui plaira à ceux qui s'interrogent sur le racisme, ses manifestations, son acceptation, sa diffusion, son rejet.

Un texte qui pose la question des racines, de l'identité, de la migration mais aussi du retour au pays.

Amricanah offre enfin une certaine vision de la femme, du féminisme, et des rapports de sexes dans différentes cultures et milieux sociaux.

Traduit en 25 langues, Americanah a connu un immense succès. Il s'est déjà vendu à 500 000 exemplaires aux Etats-Unis et en Angleterre. Il a également été consacré par le National Book Critics Circle Award for Fiction et a figuré parmi les dix livres de l'année du New York Times. 

C'est intéressant de voir l'écho d'un tel livre dans une société américaine qui continue de faire face à la question des blacks, de la violence policière et cela même sous Obama.








19 juillet 2015

Debout payé



Debout payé de Gauz est un premier roman à saluer. Il nous permet de découvrir la vie des vigiles des Séphora et autres Camailleux à Paris, avec beaucoup d'humour. Ce roman nous offre un regard presque sociologique sur la France d'aujourd'hui et l'immigration africaine.

J'aime la façon dont l'auteur nous offre des classifications d'acheteuse et de voleuse. J'aime son regard sur les soldes. J'aime son analyse des petites situations en boutique. Il nous offre comme des petits abécédaires du monde consumériste moderne.

A côté le récit des années qui passent et de l'immigration africaine.

Allez, un petit bout pour la route:

"Quand sonne le portique. 
Le portique de sécurité sonne quand quelqu'un sort ou entre avec un produit qui n'est pas démagnétisé. Ce n'est qu'une présomption de vol et dans 90% des cas le produit a été payée en bonne et due forme. Mais il est impressionnant de voir comme presque tout le monde obéit à l'injonction sonore du portique. Presque personne ne le transgresse. Mais les réactions divergent selon les nationalités et les cultures.
Le Français regarde dans tous les sens comme pour signifier que quelqu'un d'autre que lui est à l'origine du bruit et qu'il le cherche aussi, histoire de collaborer
Le Japonais s'arrête net et attend que le vigile vienne à lui
Le Chinois  n'entend pas ou feint de ne pas entendre et continue son chemin l'air le plus normal possible
Le François d'origine arabe ou africaine crie au complot
L'Américain fonce directement vers le vigile, sourire aux lèvres et sac ouvert
L'Allemand fait un pas en arrière pour tester le système
Le Brésilien lève les mains en l'air."

18 juin 2015

Femmes, luttes et cailloux...



On les garde toutes auprès de soi en refermant Photo de groupe au bord du fleuve, Laurentine, Méré, Zizina, Bilala, Mayolo, et toutes les autres femmes du chantier au cailloux.

On était à leur côté à casser des blocs de pierre en petits bouts au bord du fleuve... On s'est sentie solidaire avec elles quand elles ont décidé de se battre pour obtenir un meilleur prix pour leur sac de pierres et leur labeur. On les a suivi dans leurs débats et leur déboires.

Toute l'Afrique au féminin est là: la pauvreté, la guerre, les violences sexuelles et domestiques, la corruption, la répudiation, les coups, et la guerre, la soumission au travail... mais aussi les rires, les tresses, la musique, le mile, et l'envie de changer le monde!

Merci à Emmanuel Dongala pour ce livre humaniste, vaillant et engagé!

Un roman à mettre bien vite dans toutes les mains!

C'est un livre chorale, où chacune des femmes livre tour à tour un bout de vie, un bout de discrimination et un bout de courage pour vaincre et porter haut leurs rêves et leurs couleurs!

"Tu te réveilles le matin et tu sais d'avance que c'est un jour déjà levé qui se lève. Que cette journée qui commence sera la sœur jumelle de celle d'hier, d'avant hier et d'avant avant-hier. Tu veux trainer un peu plus au lit, voler quelques minutes supplémentaires à ce jour qui pointe afin de reposer un brin plus longtemps ton corps courbatu, particulièrement ce bras gauch encore endolori par les vibrations du lourd marteau avec lequel tu cognes quotidiennement la pierre dure. Mais il faut te lever, Dieu n'a pas fait cette nuit plus longue pour toi."

 Si vous avez aimé Des vivants et des morts, vous aimerez!