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20 novembre 2025

Le dit du mistral

 

Après une nuit de violent orage et d’inondation dans la région, un homme voit toquer à sa porte son voisin plutôt bourru, Monsieur Sécaillat, le vieux paysan d’à-côté. 

Emporté par la pluie et la terre gorgée d’eau, un pan entier d’un ancien mur de pierres sèches s’est effondré chez lui. Et, au milieu des décombres et de la glaise, ont surgi par endroits de mystérieux éclats de poterie qui ont l'air très ancien. 

Intrigués par leur découverte, les deux hommes vont décider de mener une fouille archéologique clandestine, sans se douter que cette décision va chambouler leur vie de bien des façons.

Un texte qui parle d'amitié et de solidarité.

Un roman qui s'inscrit dans le courant du réalisme magique, car peu à peu le texte dévie... Mais je ne vous en dis pas plus pour préserver un peu du mystère de ses lignes... 

Une écriture qui offre une belle place à la langue provençale, qui revient ça et là (avec traduction en note de bas de page bien sûr). Ce livre plaira donc à tous les amoureux du Lubéron. Olivier Mak Bouchard nous partage son amour pour cette magnifique région, ses habitants, ses paysages.

 Ce premier roman est remarquable. On s'attache aux deux hommes dans leur quête du trésor antique qui pourrait jaillir sous la routine du quotidien.

Des contes et autres légendes mythiques se mêlent habilement au récit.

 

23 avril 2025

Mon vrai nom est Elisabeth


 

 Un premier texte marquant que ce livre d'Adèle Yon: Mon vrai nom est Élisabeth.

Publiée aux Éditions du Sous-Sol, cette enquête est l’œuvre d'une chercheuse, on le sent à chaque page! Elle exhume tout ce qu'elle peut d'archives et de témoignages, de lettres et de photos pour comprendre qui était vraiment Élisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950 en France et accessoirement son arrière grand-mère.

Ce récit est à mi chemin entre le récit familial et l'autobiographie, car on suit aussi les questionnements d'Adèle Yon elle-même sur les risques qu'elle pourrait ou pas avoir de maladie mentale.

On est pris dans des doutes et des incertitudes: Est-ce que cette Betsy était vraiment malade ou bien son mari a-t-il tout simplement voulu se débarrasser d'elle, pour passer à d'autres femmes plus faciles à vivre?A-t-elle été lobotomisée de force par pression plutôt que vraiment par démarche souhaitée par le corps médical?

On sent le poids des secrets de famille, l'ambiance de la petite bourgeoisie dans la guerre et l'après guerre, mais aussi les pressions sociales, et une médecine psychiatrique encore beaucoup dans l'expérimentation. 

Un livre marquant, qui pose la question du sort des femmes, de la place de la maladie mentale dans la famille et la société.

Je conseille aussi d'écouter l’émission la 20e heure sur France inter : Adèle YON "Chacun a ses propres ressources pour se protéger". Elle revient sur les 17 ans d'enfermement de son arrière-grand-mère et sur le travail d'enquête qu'elle a conduit.

Merci Guylaine pour cette belle et émouvante découverte!

 

 

 

 

17 février 2025

Tumeur ou Tutu

 

Un premier roman choc, qui réinvente la langue française... et qui n'est pas sans rappeler Queneau et son Zazie dans le métro! A lire absolument!

Notre héroïne est une ado, qui parle de sa mère en l'appelant "Novatchok" (pour rappel, c'est un poison du système nerveux qui bloque les transmissions) et de son père en l'appelant "Swayze" (comme l'acteur). Elle vit dans une "praison" (un peu comme dans le Prince des mots tordus, avis aux amateurs!). 

Léna Ghar a inventé une langue pour faire ressentir la souffrance de cette jeune femme, qui cherche à s'épanouir et s'émanciper, et cela n'est pas sans douleur.

J'ai aimé tous les mots qu'elles inventent, les listes qu'elle nous offre, les répétitions, les caractères majuscules d'imprimerie, les démonstrations mathématiques, le courrier à en tête de la sous-préfecture, qui ponctuent le récit, les passages en latin, les passages soulignés, les mini poèmes. Vraiment un style unique et singulier d'une grande puissance!

Je trouve que la forme de petits textes de deux pages (qui s'enchainent à chaque fois avec leur brièveté et leur netteté, sous un titre choc) très percutante et pertinente pour comprendre à quel point tout est saccadé et parfois sans fil conducteur dans l'existence.

On ressent le mal-être dans sa chaire, dans ses émotions, dans ses relations aux autres, à son travail, à ses amours.

J'ai apprécié les descriptions, par exemple celle d'un enfant: "Combay est un petit hibou tout rond, le cheveu rare et hirsute, des doubles foyers superbement anachroniques, une radicalité remarquable dans sa manière, soit de se taire, soit de débiter en rafale en se balançant de gauche à droite." 

Un roman qui parle de violence sociale et familiale, de la langue et des mathématiques pour s'en sortir quand même...

Il y a de la rage, de la précision, de la créativité.

Un roman plein de références aussi : à la musique, aux autres auteurs, pour ceux qui saisissent les clins d’œil en passant.

Bref, un immense merci Guylaine pour cette belle découverte!

Un roman fait pour la catégorie OUT OF THE BOX de ce blog! Et la catégorie AUTEURS DE STYLE!

 

 

 

 

 

 

 

 

29 juillet 2024

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent...

 


Tout commence en juin 1943.... Une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un petit garçon qu'elle confie aux Jésuites. Un peu plus tard, en Galice, une femme accouche d'une petite fille et la laisse aux sœurs d'un couvent. Elle revient la chercher dix ans plus tard. L'enfant est belle comme le diable, jamais elle ne l'aimera. Le garçon, c'est Julian. La fille, Victoria. Ces deux-là vont s'aimer et partir vivre à Paris au sein du théâtre de la Michodière (l'un sera gardien et l'autre femme de ménage). Ils auront une fille, Maria, la narratrice du roman...

 A 27 ans, Maria consulte une tarologue voyante qui lui dit qu'il y a un mystère sur sa naissance... Elle va alors se mettre à enquêter sur sa famille pour comprendre ce qui se cache vraiment derrière l'histoire de vie que lui ont racontée ses parents.

Maria Larrea reconstitue le puzzle de sa mémoire familiale et nous emporte dans le récit de son existence, aussi incroyable qu'un film d'Almodovar!

C'est un premier roman, fort, autobiographique, féministe.

C'est aussi un récit d'émancipation, car Maria s'extirpe pas à pas de la misère pour rejoindre la FEMIS et devenir réalisatrice.

Un livre pour ceux qui aiment les parcours de vie rocambolesque, les secrets de famille, et les quêtes d'identité et de sens.

Un texte qui plaira à ceux qui aiment l'idée que l'on peut toujours dépasser les préjugés et les moqueries pour devenir qui on est au fond de soi!

Le style est percutant, ciselé, dynamique, plein d'émotions et de couleurs.

 




11 décembre 2023

Que sur toi se lamente le tigre


Un vrai coup de poing dans le ventre que ce texte court. 78 pages parues chez Elyzad.

Nous sommes en Irak, au bord du Tigre, et une jeune femme entretient une relation amoureuse, hors mariage, ce qui correspond culturellement à braver un interdit absolu. Le jeune homme meurt sous les bombes, alors qu'elle est enceinte. La mécanique de la tragédie se met en place. Elle doit mourir pour sauver l'honneur de la famille.

Un roman chorale, où parlent tour à tour la jeune fille, ses proches, le Tigre, le médecin.

Un roman bouleversant ! Presque une pièce de théâtre, avec un chœur des ombres qui enserre pas à pas la jeune femme.

Merci Hélène pour ce conseil.

Emilienne Malfatto est née en 1989. Elle a intégré l'AFP en France puis à Chypre. Depuis 2015, elle travaille comme journaliste indépendante, principalement en Irak. Ce livre est son premier roman.

Un petit extrait :

"Ali

Je suis l'autre frère. Le moderne, le modéré. Celui qui ne tuera pas. Celui qui voudrait tout arrêter mais qui n'arrêtera pas l'assassin.

Je suis le lâche, celui qui désapprouve en silence. Je suis la majorité inerte, je suis l'homme banal et désolé de l'être. Je suis le frère de ma sœur qui aime et qui comprend. Je suis le frère de mon frère qui respecte l'autorité de l'aîné. Je suis celui qui condamne les règles mais ne les défie pas. Je suis le complice par faiblesse."

06 décembre 2022

Là où chantent les écrevisses


Sûrement un de mes romans préférés lus cette année!

Kya a une dizaine d'années quand sa mère ainsi que ses frères et sœurs quittent la maison. Ils fuient tous un père alcoolique et violent. Mais elle, la petite dernière, est laissée sur place, au fin fond des marais de la Caroline du Nord. Elle va faire de la nature, des oiseaux, un havre de protection, son univers pour apprécier la vie. Elle va rencontrer Tate, un jeune homme très bienveillant, qui décide de lui apprendre à lire et écrire. Mais elle va aussi croiser des êtres bien moins humains et gentils… Elle va trouver un chemin, son chemin singulier et bien à elle d'existence.

Un roman très beau sur le lien à la terre, à l'eau, aux animaux, aux plantes, aux coquillages, aux plumes, avec un style sublime et épuré. Un hymne à la nature, puissant et poétique! 

Un livre sur la solitude, sur le devenir, sur nos façons d'être et de rester vivant!

Un texte qui mêle à l'intrigue de roman d'émancipation une trame pleine de suspense, puisqu'un mort va être retrouvé à proximité, et que Kya, la paria du marais, va être accusée du meurtre.

Delia Owens nous offre donc un premier roman très doux et fort à la fois. 

Je ne peux que vous conseiller de le lire pour les fêtes! C'est bien simple, j'ai envie de l'offrir à tout le monde!

Merci à Koralie pour ce très beau conseil de lecture!




29 août 2022

Il est juste que les forts soient frappés


Un roman magistral sur la maladie et comment vivre avec... tout en étant un magnifique concentré de vie et d'amour!

Sarah et Theo sont un jeune couple rayonnant. Ils ont un enfant, et attendent le deuxième quand tout bascule: On apprend à Sarah qu'elle a un cancer qui se développe très vite et qui sera sûrement incurable. Le récit qui suit est l'histoire d'un combat, bourré d'humanité, de rires, de larmes, d'entraides, et d'innovation pour tenir!

Je pense que c'est un des romans qui m'a le plus bouleversé cette année. 

Un livre sur le deuil, la maternité, le cancer, la mort, la vie!

Je trouve le choix de raconter à la fois un amour fou et la mort à grand pas absolument formidable, car on peut ainsi voir comment rester dans la vie coute que coute. 

Merci Marie-Louise, une fois de plus, pour ce super conseil!


18 novembre 2020

Avant que j'oublie...


 


Je viens de lire le Prix du Livre Inter de l'année: Avant que j'oublie de Anne Pauly.

Anne Pauly raconte à travers ce roman le décès de son père, et les jours qui suivent: tout y passe du choix du cercueil au tri des affaires dans la maison à vider... et surtout ce moment où il faut tenir bon, continuer à vivre, malgré le deuil, malgré la souffrance, alors que tout est plus lourd et vide. Le livre montre aussi les liens de fratrie face au départ d'un parent, et là aussi les décalages, les doutes, les colères, la tendresse.

J'ai beaucoup aimé son style, son sens du détail qui fait sourire ou rend mélancolique! J'aime les listes d'objets de son défunt père, j'aime la liste des questions qu'elle aimerait qu'on lui pose quand on l'appelle au téléphone. Bref, j'aime son sens de tous ces petits grains des jours auxquels on se rattache ou tente de se rattacher en vain. J'aime la singularité du regard qu'elle pose sur son monde.

Le livre est riche car son rapport au père est complexe. On sent qu'il a pu être alcoolique, violent, décevant et pourtant elle est attachée à sa figure, à son être au monde, d'une certaine manière. C'est donc tout autant le deuil qu'elle analyse que son rapport au père qu'elle passe au crible.

Ce roman est réussi aussi car au-delà des larmes, elle parvient à faire rire, à garder la pointe d'ironie toujours sous-jacente! C'est ce ton décalé et mordant qui fait qu'on ne tombe pas dans le doucereux, le pathétique, mais qu'on reste dans la perspicacité d'un vécu qui vaut d'être mis en mots et partagé.

Vous aurez compris c'est donc un premier roman que je conseille pour les amateurs d'autofiction, pour ceux qui s'interrogent sur leur rapport à la mort, au deuil, au père.


05 juillet 2020

La voix des vagues



Un roman qu'on n'oublie pas: La voix des vagues de Jackie Copleton. Très belle lecture de déconfinement!

Un peu comme dans une pièce de Wajdi Mouawad, Jackie Copleton mélange la grande Histoire (celle de la bombe nucléaire sur Nagasaki) avec la petite histoire d'une famille japonaise, qui a ses secrets, ses tensions, ses poids.

Amaterasu Takahashi est la mère de Yuko, une jeune fille douce qui aime dessiner et rêve d'être un jour infirmière. Nous sommes juste avant la seconde guerre mondiale. Yuko va s’éprendre de Sato, un ami de son père, marié, et coureur de jupon. Elle va l'aimer en secret jusqu'à ce que ses parents le découvrent et lui interdisent tout contact avec cet homme. En plein chagrin amoureux, en pleine tentative de tout de même construire sa vie de femme, va survenir la bombe... Une explosion dans la vie du Japon et dans cette famille qui va laisser des doutes, des interrogations, et des questions qu'Amaterasu, depuis sa nouvelle vie aux Etats-Unis, et du haut de ses 80 ans, va tenter de démêler, en se replongeant dans son passé...  car un jeune homme se présente à elle qui dit être son petit fils! Je ne vous en dis pas plus.

J'ai été emportée par l'histoire avec un petit et grand H. Ce livre m'a rappelé un autre de mes coups de coeur sur le même sujet: Le poids des secrets. J'aime quand les romans parviennent avec autant de finesse et de justesse à décrire les histoires de famille, les non-dits, et les coïncidences étranges de la vie, les jeux d'échos entre événements, petits ou grands.

Par ailleurs, je trouve formidable de découvrir une autre culture par le roman. Et ici Jackie Copleton arrive à merveille à nous apprendre la culture japonaise de chapitre en chapitre. A chaque fois il y a un en tête qui explique un concept japonais, via un mot, qui n'existe pas dans d'autres langues et qui représente un des éléments de la tradition ou des us japonais qu'elle veut nous faire toucher du doigt.

Le roman se déroule sur plus de 50 ans, et je trouve fort de voir comment le récit dans sa construction mêle l'avant guerre au japon et la vie aux Etats-Unis d'émigrés japonais, via des lettres que les personnages retrouvent, ou encore des journaux intimes. Cela tisse l'intrigue entre les époques, mais aussi entre les points de vue. On est alors tour à tour avec Amaterasu qui retrouve des lettres de Sato ou le journal intime de sa fille, comme on est dans la tête de Sato et Yuko quand ils les écrivent.

Enfin, c'est un roman sur la différence, l'acceptation de soi et des autres.

Un livre qui pose la question de ce qu'est être une famille, ce qu'est l'héritage, porté et voulu.

Donc vraiment je vous conseille ce premier roman, qui est un subtil mélange de douceur et de mélancolie. Beaucoup d'émotions vous attendent...

Merci à la Librairie idéale, rue clerc dans le 7e arrondissement de Paris!




03 février 2018

La journée de la vierge



Un premier roman chez l'Olivier, qui est un peu un Sex and the city mais à Paris, sous la plume d'une khâgneuse à la plume fine,  Julie Marx: La journée de la vierge.

Notre narratrice a décidé de rester à Paris en ce 15 Août, pour apprivoiser sa solitude. Enfin elle n'est pas vraiment seule: il y a Beethoven, sa plante verte qui ne se porte pas au mieux; il y a aussi sa voisine suicidaire... et il y a surtout toute une galerie de personnages qui font sourire!

Julie a le sens de l'anecdote et du détail, le sens de l'ironie aussi. Certaines scènes sont très cinématographiques!

J'aime tout particulièrement comment elle matérialise les gestes de la célibataire: se gratter le dos contre un mur, car personne à qui demander... Entre autres!

J'ai été intéressée aussi par le fait que chacun des personnages trouve une clé, une posture, face à la solitude, un peu comme dans La condition humaine de Malraux, chacun des personnages trouve un sens à sa vie à sa façon.

Evidemment il y a aussi un jeune homme sur le chemin, et ce qu'il faut de suspense!

Il y a enfin une réflexion sur les auto-entrepreneurs ou free lancers, les solitaires abandonnés du capitalisme?

Un roman à offrir à ses copines ou sœurs célibataires!

Un livre qui peut se lire d'une traite ou par chapitre, le soir, un peu comme on regarderait un épisode d'une série girly!

Merci à Julie pour son sens de l'observation tragique et drôle, pour son analyse de ce que le vide affectif en métropole surpeuplée de touristes peu donner et pour cette chouette signature à Libralire jeudi soir dernier.