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18 mars 2026

Ecarlate

 

Un OVNI avec une écriture, un style, une ambiance vraiment hors norme.

Publié en 1974, Écarlate est un récit autobiographique. Une jeune fille raconte ses émotions vives et comment elle tient à les garder même si elle grandit et devient adulte. Christine veut vivre en amoureuse invétérée de l'amour, se courbant face à la souffrance, écrasée par la pluralité et la diversité de ses ressentis. Elle veut  ne rien regretter, tout dévorer jusqu'à l'indigestion. 

Un roman qui peut nous donner l'impression d'être mal à l'aise, face à ses paradoxes du désir et de la violence. Christine Pawlowska y crie son intériorité la plus intime, elle illumine ses douleurs, elle avoue ses tensions, ses joies, et ses parts sombres.

Un texte court qu'on lit d'une traite, comme un souffle suspendu, pour être et rester dans l'intensité quoiqu'il arrive.

Un livre qui plaira à ceux qui aiment les récits incarnés, les brulures, le complexe de l'âme humaine. 

04 juin 2025

L'anthologie de l'OULIPO

 

Il est rare de lire une anthologie de A à Z.

Mais c'est ce que j'ai fait avec un immense plaisir ces dernières semaines.

L'OUvroir de LIttérature POtentielle, OULIPO, est constitué d'un groupe d'auteurs comme Pérec, Queneau, et une trentaine d'autres qui se sont donnés des consignes amusantes ou décalées pour jouer avec la langue et les mots. Un peu comme des prompts!

De "écrire sans utiliser une voyelle", jusqu'à "écrire de la poésie dans le métro, avec le tunnel pour penser le vers et la station pour l'écrire, et un changement de strophe à chaque changement de lignes"!

J'ai découvert dans ce livre des jeux qui m'ont beaucoup plus, comme faire deviner un nom de ville dans le monde avec des indices un peu en mode charade littéraire.

Bref, j'ai ri, j'ai eu envie même de tester certaines des consignes!

Alors à tous les amateurs d'ateliers d'écriture, je recommande vivement la lecture de ces textes!

Vous pouvez picorer et sourire à volonté!

 Merci à Maren pour le beau cadeau! 

 

17 février 2025

Tumeur ou Tutu

 

Un premier roman choc, qui réinvente la langue française... et qui n'est pas sans rappeler Queneau et son Zazie dans le métro! A lire absolument!

Notre héroïne est une ado, qui parle de sa mère en l'appelant "Novatchok" (pour rappel, c'est un poison du système nerveux qui bloque les transmissions) et de son père en l'appelant "Swayze" (comme l'acteur). Elle vit dans une "praison" (un peu comme dans le Prince des mots tordus, avis aux amateurs!). 

Léna Ghar a inventé une langue pour faire ressentir la souffrance de cette jeune femme, qui cherche à s'épanouir et s'émanciper, et cela n'est pas sans douleur.

J'ai aimé tous les mots qu'elles inventent, les listes qu'elle nous offre, les répétitions, les caractères majuscules d'imprimerie, les démonstrations mathématiques, le courrier à en tête de la sous-préfecture, qui ponctuent le récit, les passages en latin, les passages soulignés, les mini poèmes. Vraiment un style unique et singulier d'une grande puissance!

Je trouve que la forme de petits textes de deux pages (qui s'enchainent à chaque fois avec leur brièveté et leur netteté, sous un titre choc) très percutante et pertinente pour comprendre à quel point tout est saccadé et parfois sans fil conducteur dans l'existence.

On ressent le mal-être dans sa chaire, dans ses émotions, dans ses relations aux autres, à son travail, à ses amours.

J'ai apprécié les descriptions, par exemple celle d'un enfant: "Combay est un petit hibou tout rond, le cheveu rare et hirsute, des doubles foyers superbement anachroniques, une radicalité remarquable dans sa manière, soit de se taire, soit de débiter en rafale en se balançant de gauche à droite." 

Un roman qui parle de violence sociale et familiale, de la langue et des mathématiques pour s'en sortir quand même...

Il y a de la rage, de la précision, de la créativité.

Un roman plein de références aussi : à la musique, aux autres auteurs, pour ceux qui saisissent les clins d’œil en passant.

Bref, un immense merci Guylaine pour cette belle découverte!

Un roman fait pour la catégorie OUT OF THE BOX de ce blog! Et la catégorie AUTEURS DE STYLE!

 

 

 

 

 

 

 

 

22 juin 2010

Attention chef d'oeuvre!



"Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments que l'on ne pourra pas retrouver. C'est cela aussi vivre. Mais à l'interieur de notre esprit, - je crois que c'est à l'interieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j'imagine. Et il faut que nous fabriquons un index, avec des cartes de références, pour connaitre précisemment ce qu'il y a dans nos coeurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l'aérer, changer l'eau des fleurs. En d'autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque." (Kafka sur le rivage, de Murakami, page 633)





Ce n'est pas tous les jours que l'on tombe sur des mots qui semblent écrits pour soi. Mais quand ça arrive, c'est comme un clin d'oeil qui va droit au coeur, une petite étoile filante qui nous fait espérer.



Kafka sur le rivage a tout l'air d'un roman d'initiation, comme on en connaît tant, et pourtant la couverture intrigue avec ses yeux de chat et ses poissons volants. Et dès les premières pages, c'est comme un immense tourbillon qui nous emporte dans un univers magique et envoutant...



C'est un livre qui révèle tout le pouvoir de l'imaginaire, jusqu'à en être troublant. Comme si les mots nous invitaient à mettre à l'envers nos pensées, à tordre nos premières intuitions et à laisser venir l'autre, le rien, le tout, les pierres, la pluie, et tout ce qui va avec.

"Tout est question d'imagination. La responsabilité commence avec le pouvoir de l'imagination. Yeats disait: in dreams begin responsibilities. C'est parfaitement exact. A l'inverse, la responsabilité ne peut naître en l'absence d'imagination."

Avec ce jeune homme de quinze ans que l'on accompagne dans sa fugue, entrecoupée de scènes mystérieuses dont on ne comprend pas toute la raison d'être au début du roman, Murakami nous conduit à perdre nos repères, à nous mettre en abîme. On a la sensation d'une expérience singulière, page après page. Une sensation de destinée, une sensation que tout arrive à temps, que tout prend sens un jour, dans le réel ou dans nos rêves. Qu'il faut pour cela accepter le vide en nous, accepter de ne vivre que d'hypothèses, attendre.



Murakami nous surprend, toujours et encore. J'avais déjà craqué pour les nouvelles curieuses de l'Elephant s'évapore, mais là avec ce roman c'est juste tellement incroyable cette architecture imbriquée formidable, ces jeux d'échos, bref, quel talent! Une intrigue extrêmenent bien menée, qui nous tient d'un bout à l'autre, qui nous fait tout avaler, tout croire, tout chercher, tout fuir.



Murakami nous donne des leçons d'histoire, sur Eichmann, sur la guerre au Japon, des leçons de musique, sur Schumann, sur Beethoven, sur Schubert, des leçons de philosophie, sur Hegel et d'autres. On le sent s'amuser en coulisse! Par l'émotion, par la métaphore, par le déplacement, il nous invite à nous découvrir nous-même.



Oui, c'est cru parfois mais ce n'est pas choquant, car c'est vivant et vivifiant, car c'est enfant, même quand c'est un vieillard qui nous parle.



J'aime les personnages du roman, leur mystère, et leur candeur. Je crois que je ne suis pas prête d'oublier Nakata, qui a le pouvoir magique de parler aux chats et de faire pleuvoir à peu près tout ce qu'il veut (des sardines, des sansues, etc!)



J'aime que les personnages de Murakami soient ouverts à toutes les influences, les sons qu'ils entendent, les personnes réelles ou fictives qu'ils croisent. J'ai ri de les voir rencontrer des figures du capitalisme inventées par des publicitaires et qui font sans cesse iruption dans l'intrigue pour en détourner le cours, pour l'artifice, comme dans la vie peut-être?



En refermant le livre, je me suis surprise à voir le monde autrement, à m'intriguer de la taille des ombres des passants que je croisais dans la rue, à sourire à un oiseau qui passe. Je n'ai pas envie de vous en dire plus sur l'histoire, juste envie de vous dire: envolez-vous, vous y trouverez sûrement tout autre chose que ce que j'y ai puisé, et ce sera là la beauté du chef d'oeuvre!



Quelques passages qui m'ont marquée pour finir:



"Les oeuvres qui possèdent une sorte d'imperfection sont celles qui parlent le plus à nos coeurs, précisemment parce qu'elles sont imparfaites" page 149



"L'ironie donne de la profondeur aux humains, et de la grandeur. Elle leur offre le salut, un salut d'un niveau supérieur et une sorte d'esperance universelle. C'est pour cela que tant de gens lisent les tragédies grecques aujourd'hui encore." page 272



et le meilleur pour la fin: "Le temps pèse sur toi comme un vieux rêve au sens multiple. Tu continues à avancer pour traverser ce temps. Mais tu auras beau aller jusqu'au bord du monde, tu ne lui échapperas pas. Pourtant, même ainsi, il te faudra aller jusqu'au bord du monde. Parce qu'il est parfois impossible de faire autrement."





Un très grand merci à Nassira de la librairie La plume vagabonde, 17 rue de la fontaine au roi, à Paris... J'ai passé 638 pages inoubliables.

27 janvier 2010

688 pages après...




Suivant ma bonne résolution de revisiter les classiques, je me suis lancée dans L'idiot de Dostoievsky. Et mes impressions sont assez mélangées.


Bien sûr, on connait l'histoire de base: un "idiot" qui revient d'une cure en Suisse pour cause d'épilepsie regagne la société russe de St Petersbourg, où il se noue d'amitié avec des personnages complexes, comme leurs noms russes (Gabriel Ardalionytch, Yvan Fedorovitch Yepantchine, et j'en passe et des meilleurs)! Comme il est un peu naïf, on le prend soit pour un dangereux imposteur qui cache son jeu sous ses airs niais, soit comme un imbécile dont on se moque ardemment! Mais très vite, le procédé littéraire est utilisé pour que les personnages se prennent en pleine figure et avec toute sincérité leurs travers les plus odieux.


Derrière cette histoire s'en cache une autre, qui fait balancer notre héro idiot entre deux femmes: Nastasie Philipovna et Aglae Yepantchine. La première est une femme présentée comme une courtisane de peu de vertu, et qui balance entre tous les hommes de cette société russe que forment les personnages du livre. La seconde est la dernière des trois filles d'un général qui a des idéaux nobles et romantiques de vie, et espère faire un beau mariage loin de tous les noms de prétendants que lui soufflent ses parents.


Et il y a derrière tout ça une trame sans queue ni tête, des tas de digressions, d'excès, de scènes d'ivresse, de scènes de suicide ou de meurtre ratés dont tout le monde rit, de scènes de jeux dangereux en société où chacun révèle ses pires affaires et ses plus gros mensonges, etc.


C'est étrange comme ce grand style, cette finesse psychologique, ce théâtre détonnant, peut se retrouver comme noyé dans une masse de textes qui parle tout autant de nihilisme, du christ (d'ailleurs certain voit en le personnage de l'idiot une vision de Jésus), du destin, etc.


Et en plus, Dostoievsky nous confie sa vision de la littérature, de ses personnages, de son écriture, comme par exemple au début de la partie IV:


"Il y a des gens qu'il est malaisé de définir d'un seul trait, qui les aurait peints sous leur aspect particulier et caractéristique. Ce sont eux qu'on a l'habitude d'appeler 'des gens ordinaires', 'la majorité' et qui constituent effectivement l'immense majorité de la société. Les auteurs des romans et des nouvelles s'efforcent la plupart du temps de peindre des 'types'. Ces personnages ne se rencontrent presque jamais à l'état pure, bien qu'ils soient plus réels que la réalité même."



Il y a dans ce roman le bouillonnement de l'âme russe, qu'on le retrouve aussi chez Boulgakov mais d'une toute autre façon bien sûr, encore plus surréaliste qu'ici.


Les dialogues de L'Idiot sont fous, emprunts de sarcasme, de beuverie, d'espièglerie, et de force.


"-L'étranger me tuait. Je me rappelle être sorti de cette obscurité un soir à Bâle à la frontière suisse, et c'est un cri d'âne au marché de la ville qui ma réveillé. L'âne me fit une impression extrême et je ne sais trop pourquoi, un plaisir immense; et alors tout est devenu clair dans ma tête.

-Un âne? C'est bizarre! fit la générale. Après tout, il n'y a rien de bizarre à cela, il se peut que l'un de nous s'éprenne tout d'un coup d'un âne, ajouta-t-elle."


Que dire après tout ça? Que comme dans tous les chefs d'œuvre, on en ressort la tête pleine de sensations qu'il faut digérer lentement. Essayer de raconter L'idiot, ce serait comme essayer de raconter La recherche de Proust. Je crois que dans l'un comme dans l'autre chacun peut y trouver des choses très différentes.


J'ajouterai que ce n'est pas une lecture facile, avec une intrigue directrice qui porte le lecteur d'un bout à l'autre.


Je conseille donc ce livre aux amateurs de culture Russe qui sont prêts à s'immerger dans des centaines de pages tortueuses!


Je recommande ce roman à ceux qui veulent revoir leurs classiques et qui ont le temps et l'énergie de se lancer dans un pavé.


Je pense que ce livre est aussi pour ceux qui en ont marre des constructions habituelles de livres ou de films. Où l'on sent dès le début les choses qui vont se passer. Où l'on sait dès le début les lignes qui vont rester graver et celles qui vont s'effacer. En lisant l'Idiot, ils pourront lâcher prise, et se noyer dans un style qu'on ne trouve plus de nos jours.

22 août 2009

Un tout petit village...




Tout commence par ces mots:


" Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi, je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une masse de fer."


Brodeck vit dans un village. Dans tout ce que ça peut avoir de petit, un village... surtout quand les gens du village, devant la présence persistante d'un étranger, se sont ligués contre lui, jusqu'à commettre le pire.


Lui, Brodeck, il est chargé du rapport. D'où le titre du roman: Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel.


C'est un livre à lire. Très bien écrit. Une plume qui virevolte entre passé présent et futur avec tant de délicatesse qu'on en oublie les frontières pour ne faire que sombrer dans les pièges de la mémoire.


On y retrouve les camps, la guerre, la désolation, les sévices, l'exclusion, la honte, la peur.


Certaines pages m'ont fait penser à l'oeuvre de René Girard, notamment à La violence et le sacré.


"Quand je relis les pages précédentes de mon récit, je me rends compte que je vais dans les mots comme un gibier traqué, qui file vite, zigzague, essaie de dérouter les chiens et les chasseurs lancés à sa pousuite. Il y a de tout dans ce fatras. J'y vide ma vie. Ecrire soulage mon coeur et mon ventre."


Ce roman plaira à ceux qui s'interrogent sur l'histoire, la grande et la petite.


Ce livre plaira à ceux qui aiment les plumes bien affinées.
Un texte qui sent la campagne, les sous-bois, les feux de cheminée et les creux de l'hiver...


Ce livre interpelera ceux qui s'intéressent aux phénomènes de groupe, à la sociologie, et à l'anthropologie quand elle se fait roman...

05 mars 2009

A hauteur d'enfants...


"Quand Rose a rencontré mon père, mon gentil père, le directeur du cirque, quand Rose a rencontré son Monsieur Loyal, elle était déjà enceinte de moi.

Mais elle avait le ventre si creux - les os magnifiques de ses hanches créaient comme une bassine en leur milieu -, elle avait le ventre si creux que mon père ne me soupçonna pas."


L'histoire de Rose commence ainsi. ou presque...


Dans Déloger l'animal, de Véronique Ovaldé, nous suivons une narratrice de 7 ans ou peut-être 12, on ne le sait pas. Une petite fille qui essaie de comprendre d'où elle vient, et ce que font les adultes aux comportements parfois si mystérieux.


On ne fait que lui mentir, et elle ne fait que réécrire son histoire, en décousant les uns après les autres les mensonges des adultes qui l'entourent.


Ce roman est proche du film Stella. Pour l'un comme pour l'autre, c'est avant tout le regard d'un enfant porté sur un milieu populaire, autour duquel il construit son imaginaire. Dans les deux cas, le langage cru fait partie de la vie et de l'univers reconstruit et réinterpreté sans cesse.


Mais avant tout, Déloger l'animal est l'histoire de la disparition d'une mère, dont Rose attend désespérement le retour, sur le toit de l'immeuble où elle habite avec Monsieur Loyal:


"J'apercevais l'horizon, un horizon de toits terrasse, un bric-à-brac d'antennes de télé, de paraboles, de réservoirs d'eau, de jardins clandestins avec bambous, barricades, bassines pour récupération de pluies d'acide, chaises, caisses repose-pied, frigo pour bière, générateur turbinant nuit et jour, il y avait aussi les chats errants, les mouettes, les sirènes et les essoufflements du port, le bruit des rues qui montait jusqu'à nous par spasmes paresseux. Je me disais toujours, ils pourraient bien tous mourir en bas, ils pourraient bien tous attraper la peste, je n'en saurais rien avec mes lapins.

Les lapins étaient tapis à l'ombre de la cheminée. Ils bénéficiaient de petits ventilateurs pour leur assurer un minimum d'air, pour qu'ils ne tournent pas de l'oeil et continuent de scruter l'horizon toit terrasse tout devant.

Nous noous entendions à merveille, les lapins et moi."


Ce roman est très touchant, car derrière ses tentatives pour comprendre le monde, on lit toute la souffrance de Rose, qui parfois enfile sa petite cape noir et fushia pour sauter de l'immeuble. Entre vie rêvée et vie réelle, Véronique Ovaldé interroge avec talents le monde des enfants, des adolescents et des adultes.


Un roman dont la force est dans le style unique, imagé, naïf, tendre.


Un roman qui a su créer tout un univers coloré, de cirques, de glaces et de bonbons, là où se tiennent les réalités pas toujours reluisantes des adultes.


Un roman qui mélange humains et animaux, les intervertit. Qui sont les lapins en cage, qui est le lion du cirque... Et quel est cet animal à déloger?


Je vous laisse découvrir!


12 novembre 2008

Coup de foudre






Andrei Makine et son testament français, ce fut comme un coup de foudre inattendu, il y a longtemps déjà. Je ne savais pas en commençant ce roman, que j'allais être emportée si loin et si vite par son écriture foudroyante.




Et là, par hasard, et sans même regarder le nom de l'auteur, j'ai pris La musique d'une vie à la bibliothèque. Pour son titre, et pour sa couverture. Quelques pages après, Makine avait encore frappé et j'étais emportée loin de tout dans une histoire intense portée par des mots forts.




" Quand il laisse retomber ses mains sur le clavier, on put croire encore au hasard d'une belle harmonie formée malgré lui. Mais une seconde après la musique déferla, emportant sur sa puissance les doutes, les voix, les bruits, effaçant les mines hilares, les regards échangés, écartant les murs, dispersant la lumière du salon dans l'immensité nocturne du ciel derrière les fenêtres."



C'est l'histoire de Berg, ou plutôt d'un pianiste et compositeur de talent, qui doit cacher son identité pour survivre dans le régime sovietique de la peur et de la misère. Le titre de ce roman aurait pu être "la musique ou la vie," tant l'histoire est proche d'une certaine façon de celle de J. Semprum dans l'écriture ou la vie, mais aussi et surtout dans le mort qu'il faut.


Makine a le don de décrire l'impalpable, et celui de la musique et de la mémoire avant tout. Il a le don de nous prendre par des chemins de traverse pour nous mener à l'essentiel.


Le livre s'ouvre et se referme en musique en un clignement d'oeil.


Avis aux amateurs de finesse du style, avis aux amateurs d'aventure russo-sovietique, avis aux amateurs de musique...


Et pour ceux qui chercheraient à découvrir un blog musicalement fort et de qualité, c'est ici.

05 avril 2008

Merveille au coeur rouge!



Il y a des enfants qui s'appellent Manège ou Tambour, un canari qui porte le nom de Van Gogh, et un chat qui se prénome Rembrandt (ce qui donne des dialogues dignes de fables de Lafontaine) ... et puis il y a une femme de ménage, Ariane, pour fil conducteur!

Il y a un peu de Pennac, pour le sens de la fratrie agrandie, un peu de Kusturica pour la place magique donnée aux animaux et au surréalisme d'une femme qui s'envole en dormant avec un grand coeur tout rouge dans ses mains...


Il y a un style à phrases courtes et peinturlurées. Une belle construction rythmée par les naissances, et les confessions à une vierge Marie qui de temps en temps n'est pas dans l'église car elle s'en va se promener!

C'est si près du miracle de la vie... ce roman!

"L'amour est une toute petite chose avec des conséquences épouvantables" Ca me fait sourire du plus profond!

Alors pour tourner des pages dignes de petits tableaux de Chagall, je vous invite à la lecture de Tout le monde est occupé de Christian Bobin.

"Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube à chaque fois, se lève, se lève, se lève."




26 mars 2008

Le quotidien ou presque...




C'est un premier roman qui raconte le quotidien d'une jeune fille, employée d'une cafétaria d'entreprise. On suit les vaisselles, les serpillages du sol, les corvées en tout genre. On voit l'humain face à la routine, et qui tente vaille que vaille de chercher des grains d'espoir. C'est un journal de bord lapidaire. On y retrouve les lâchetés, les bassesses, les lourdeurs. On y retrouve la lenteur des heures aussi.




Ca s'appelle Journal d'une serveuse de cafétaria, de Anne Buisson, et c'est publié chez Farrago, les Editions Léo Sheer.




"Sur le trajet du travail, je ne pense jamais aux différentes tâches qui m'attendent et que je déteste faire (je préfère observer les gens dans le métro, par exemple). Si bien qu je ne suis jamais dans l'appréhension. L'immédiateté, cela me sauve: je vis chaque moment de ma journée sans penser à celui qui va suivre. Je préfère croire que cela est le cas pour la pluspart des gens, sinon comment cela est-il possible de travailler toute une vie durant?"




Je conseille ce livre à tous les sociologues qui se cachent, à tous les pressés du métro (ce roman se prête tout à fait à un allé-retour à travers Paris dans un wagon, bien serré), et à tous ceux qui s'intéressent un temps soit peu à l'usure, mais aussi à comment rompre avec!

15 mars 2008

Expiation




Voici un roman que j'ai lu sans même comprendre le sens de son titre: Il s'agit d' Atonement de Ian Mc Ewan. Mot anglais qui après quelques recherches signifie "expiation". Un mot d'un autre temps, et pourtant...

On suit Briony, une enfant à l'imagination débordante. C'est l'été, les années 30, les cousins débarquent, le grand frère rentre au bercail avec un ami... Briony découvre alors l'amour de sa soeur aînée pour le fils de la gouvernante... et tout bascule en une nuit... mais je ne vous en dirais pas plus, pour ne pas gâcher le suspense!

C'est un roman magnifiquement construit. On y retrouve les chapitres à l'anglaise qui prennent chacun un sens dans leur unité. On y retrouve les changements d'angles et de perspectives, qui permettent très habilement de revoir certaines scènes à travers les yeux d'un autre personnage. Ce procédé donne alors à la scène précédemment décrite un sens tout à fait différent, ce qui fait subtilement avancer l'intrigue.

Les quatre parties du livre semblent des romans indépendants, avec un genre autre à chaque fois, de la description douce d'un été amoureux à un tableau réaliste de la guerre, de la vie d'une infirmière à celle d'une écrivain. Cependant chaque partie éclaire les autres d'une façon tout à fait surprenante. C'est cela qui créée de fait l'unité du roman.

Le thème du livre, à savoir le lien entre l'imagination et le réel, entre le mensonge et l'expiation, permet de construire un roman autour de l'écriture et du procédé de création, tout en emportant pleinement le lecteur dans une intrigue forte et bien menée.

Ce livre est très certainement un grand roman de Ian Mc Ewan. A conseiller à tous ceux en quête de chef d'oeuvre littéraire, d'un style bien taillé et d'une écriture fine.

Enfin, un immense merci à Richard pour m'avoir conseillé ce livre, dans un restaurant vietnamien inoubliable à Berlin!

05 mars 2008

Florence, le 5 Mars 2008: Cher vous,





Ce sont des lettres qui ne nous sont pas adressées mais qui nous parlent. Ce sont des lettres qui sont d'un autre siècle, mais qui n'ont pas jauni ni pris un gramme de poussière. Ce sont des lettres sans P.S. parce que tout est essentiel, tout est dit. Ce sont les lettres d'un voyageur, d'un européen... Je suis certaine que vous avez trouvé: ce sont les Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke.



Je les conseille à tous ceux qui se cherchent et qui doutent. Tout ceux qui goutent la vie d'un oreille attentive pour y saisir du sens et du nouveau.



Morceaux choisis:



Viareggio pres Pise (Italie), le 23 Avril 1903:

''... Laissez vos jugements connaitre leur propre développement, calme, non troublé; comme tout progrès, il doit venir de la profondeur du dedans, et rien ne peut le hater ni l'accélérer. Tout doit etre porté à terme puis mis au monde. Laissez chaque expression et chaque germe de sensibilité s'accomplir en vous, dans l'obscurité, dans l'indicible...''



Flädiem Suède, le 12 Aout 1904:

''Voilà pourquoi il est si important d'etre solitaire et attentif, lorsqu'on est triste; car l'instant où, apparemment, rien n'arrive ni ne bouge, est celui où notre avenir entre en nous, et c'est un instant qui se trouve tellement plus près de la vie que cet autre bruyant et contingent où l'avenir nous vient comme du dehors. Plus nous sommes, dans la tristesse, silencieux, patients, ouverts, et plus le nouveau entre en nous profondément, imperturbablement, mieux nous en prenons possession, plus il sera notre destin.''



Ces lettres donnent envie d'écrire. De creuser notre solitude pour voir apparaitre sous la plume les mots justes et bons.

Ces lettres donnent envie de recevoir du courrier. Car on comprend que chaque mot, dans cet intimité partagée, est un immense cadeau.

Ces lettres donnent envie de trouver un peu de sagesse dans la torpeur du soir.

19 septembre 2007

Livre de chevet

Il est des livres qu'on ne lit pas d'une traite, mais qu'on aime à avoir à portée de main, pour en grignoter des bouts, tard le soir quand la nuit s'annonce. Le livre de l'intranquilité de Pessoa est de ceux là.

C'est un bijou, presque trop beau pour être vrai... pourtant on peut le porter au creux de soi tous les jours.


Finement simple et simplement tortueux, Pessoa nous embarque dans son aventure très impressioniste de comptable de l'existence, au milieur du néant, de la beauté et de la douleur. Ce journal intime nous conduit dans des réflexions métaphysiques au milieu de détails simples du quotidien.







Pessoa, un personnage à part entière. Né au Portugal, il a composé une oeuvre magistrale sous différents noms ou devrais-je dire "hétéronymes" pour faire plus littéraire! Du genre: Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Alvaro de Campos, etc. Bernardo Soares est le nom sous lequel il a écrit le Livre de l'intranquilité. Il dira qu'il est l'hétéronyme dont il se sent le plus proche... Donc ce n'est pas tout à fait un journal. C'est le journal d'un partie de Pessoa... Ne sommes-nous pas tous multiple?


Difficile de vous en choisir un morceau, tant ils sont nombreux à être éblouissants...

En guise d'introduction, je vous copie donc cette lettre:


14 Mars 1916


"Je vous écris aujourd'hui, poussé par un besoin sentimental - un désir aigu et douloureux de vous parler. Comme on peut le déduire facilement, je n'ai rien à vous dire. seulement ceci - que je me trouve aujourd'hui au fond d'une dépression sans fond. L'absurdité de l'expression parlera pour moi.
Je suis dans un de ces jours où je n'ai jamais eu d'avenir. Il n'y a qu'un présent immobile, encerclé d'un mur d'angoisse. La rive d'en face du fleuve n'est jamais, puisqu'elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci; c'est là toute la raison de mes souffrances. Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n'abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n'est pas de quai où l'on puisse oublier. Tout cela s'est passé voici bien longtemps, mais ma tristesse est plus ancienne encore.
En ces jours de l'âme comme celui que je vis aujourd'hui, je sens avec toute la conscience de mon corps, combien je suis l'enfant douloureux malmené par la vie. On m'a mis dans un coin, d'où j'entends les autres jouer. Je sens dans mes mains le jouet cassé qu'on m'a donné, ironiquement, un jouet de fer blanc. Aujourd'hui 14 mars à 11H du soir, voilà toute la saveur, voilà toute la valeur de ma vie.
Dans le jardin que j'aperçois, par les fenêtres silencieuses de mon incarcération, on a lancé toutes les balançoires par dessus les branches, d'où elles pendent maintenant. Elles sont enroulées tout là haut. Ainsi l'idée d'une fuite imaginaire ne peut même pas s'aider des balançoires pour me faire passer le temps.
Tel est plus ou moins, mais sans style mon état d'âme en ce moment...."






30 août 2007

Sensations d'été

"La gamme de do majeur a encore de belle mélodie devant elle." Quelques lignes écrites sur une page blanche en guise d'introduction à ce roman musical et fort: Dernier amour, de Christian Gailly, aux éditions de minuit.





C'est l'histoire d'un compositeur. Et je préfère ne pas trop vous en dire plus en fait, pour vous laisser la fraicheur de vous plonger dans son style et dans ces quelques pages qui se dégustent très vite... presque trop vite (110 pages). Juste un petit bonbon, quoi. Ou une gorgée d'un bon thé. C'est selon. Quelque chose qui vous laisse un bon goût dans la bouche.

J'aime la façon dont Christian Gailly décrit les scènes en nous glissant tantôt dans la foule, comme observant un film, guettant son héros au milieu de l'humain massif, tantôt dans l'esprit du personnage: "On voit des gens de dos qui marchent sur un quai en plein soleil. Paul n'est pas parmi eux. Où est-il? Il est peut-être resté dans le train. Terminus. Tout le monde descend. Pas lui. Si. Il est là. Le voilà. On le voit." puis quelques lignes plus loin"Peur du vide. Vertige. Parallèles qui soit disant se joignent à l'infini. Rail, Lame, lignes." En plein dans la tête de Paul, et de sa méditation face au rail... Mais ce roman ne parle pas de gare. Non, il parle d'humanité et de musique. Il parle d'instants partagés ou pas. Il parle d'amour. Et c'est un doux rayon de soleil sur la peau...

Un soleil de fin Août...

Un petit bonheur...

17 août 2007

Voyage en Russie

Voyage en Russie oblige, je vais vous parler de littérature russe!

Premier immanquable: Le maître et Marguerite, de Boulgakov. C'est aussi fort, hallucinant et déjanté qu'un tableau de Chagall. C'est considéré comme étant un des chefs d'oeuvre incontestable de la littérature sovietique. Pour la petite histoire, Mikhail Boulgakov a mis une dizaine d'années à l'écrire et il n'a été publié qu'au dégel (après la mort de Staline). Lors du voyage, je suis passée par l'étang où débute le Maître et Marguerie, avec l'apparition du diable en personne (si si!)... Et j'ai photographié la porte du café Marguerite dédié à Boulgakov et très à l'image du roman, avec le mélange des histoires, la folie des personnages, l'humour désabusé...





Autres chefs d'oeuvres: les pavés de Tolstoi! A Moscou, j'ai visité sa maison, et j'ai vu son bureau... Ca m'a vraiment donné envie de le lire attentivement, pour faire coller le cadre aux lignes!

26 avril 2007

Un chef d'oeuvre

Je viens de lire Le Chef d'Oeuvre d'Anna Enquist. C'était la première fois que je lisais un livre écrit par un auteur néerlandais. Et c'était aussi la première fois que je lisais un roman écrit par une psychanalyste, un roman où les personnages sont pour ainsi dire disséqués jusqu'à la moelle.







Elle analyse dans une langue très percutante les liens qui peuvent se nouer au sein d'une famille. Il y a le père, disparu, peintre. Le fils ainé, le fils râté, dédaigné par sa mère, et le fils cadet, le génie, le grand artiste successeur du père. Il s'agit de célèbrer l'oeuvre du fils cadet lors d'une grande exposition... Mais peu à peu la tension monte. Le père resurgira-t-il? Les frères seront-ils affronter leur jalousie?

C'est rare d'avoir un tel personnage de mère cruelle dans un roman, et une telle émotion à lire l'histoire de la belle-fille... Je ne vous en dirais pas plus... mais le suspense monte tout seul au fil des pages.


Ce roman en trois partie est comme un opéra tragique, avec une ouverte pour entrer en matière, une deuxième partie où tout se noue, et un dénouement tant attendu sur lequel je ne dirai rien pour ne pas gâcher la lecture. Et tout est construit à l'aide de symbole, comme dans des rêves. Les poissons ont un rôle hors du commun par exemple. Ainsi que les petits gestes du quotidien qui trahissent, plus ou moins. On retrouve les non-dits, les actes manqués. C'est très étrange comme la psychologie est le moteur de toute l'action, et de toute la tension.

Alors, si vous voulez vous plonger dans les émotions, les tensions, et rejoindre les poissons de la première à la dernière page... ouvrez le chef d'oeuvre!

24 février 2007

Objet Textuel Non Identifié


Je viens de refermer le dernier Paul Auster: Travels in the scriptorium (et pour tous ceux qui voudraient lire la version française, le titre est: Dans le scriptorium)

La couverture du livre que j'avais trouvé m'avait intriguée: un cheval blanc, dans une chambre blanche, avec un lit blanc, des feuilles blanches sur le bureau... et en blanc le titre et le nom de l'auteur...

Et là, je commence à lire les premières pages, et je me retrouve à observer les faits et gestes d'un homme âgé, qui n'a plus toute sa tête. Il s'appelle Mister Blank, Monsieur Page Blanche, en quelques sortes... Il est angoissé, il se sent enfermé, même s'il n'est pas sûr de cela, en fait il n'est sûr de rien! Est-il un personnage de roman enfermé en noir sur ces pages blanches?

On lui fait prendre des pillules, et il est filmé en permanence: Est-ce une allusion à nos sociétés modernes, pleines de consommateurs de médicaments et de vidéosurveillance?

Comme il n'a plus toute sa mémoire, il devient enquêteur! A chaque fois qu'un homme ou une femme passent la porte, il essaie d'en savoir plus. Et étrangement, les noms des personnages qui entrent et sortent me rappelle les personnages de la trilogie New Yorkaise, un des premier succès de Paul Auster. Est ce qu'il fait donc entrer d'autres êtres de papier dans ce roman mystificateur, êtres qui voyagent depuis leurs pages à eux, sur ces pages blanches nouvelles? Est ce un clin d'oeil à ses fidèles lecteurs, pour nous connecter d'une lecture à une autre, nous replonger dans son univers?

Mais peu à peu, on se rend compte que la principale occupation de Mister Blank est la lecture d'un manuscrit qu'il a trouvé sur la table de sa chambre: un texte qui parle de la guerre, et de comment on conduit des hommes à être convaincus qu'il faut faire une guerre contre des "Aliens", Ah! Donc ce serait bien une critique des Etats-Unis, et de la guere en Irak, à mots couverts?

Puis on retrouve l'infirmière qui vient laver Mister Blank: S'agirait-il donc de parler de la vieillesse, des maladies dégénératives?

Plus on avance, plus c'est vertigineux, plus on se trouve pris dans une mise en abîme: entre les ennemis inventés, les médicaments, le jeux sur les identités et les mots...
On n'en finit plus de se questionner, mais où nous emmène Paul Auster avec ce roman?

Mais ça je ne vous le dirais pas, bien sûr, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte de cet auteur de grand style! Et pour ne pas vous gâcher la chute! Sûrement les deux pages les plus intéressantes après ce voyage troublant dans le scriptorium...

06 janvier 2007

Palympsestes parisiens




Après la Petite Bijou, je lis maintenant Dora Bruder, mon deuxième Patrick Modiano. Ses romans sont comme des Palympsestes, une couche d'écriture de parchemin peut en cacher une autre!

Ainsi, on marche souvent dans les rues d'un Paris, qui est tout à la fois le Paris de la guerre, de l'après-guerre, des années 1960 et de maintenant. On poursuit des visages, sans savoir s'il s'agit d'une personne, ou d'un souvenir faussé par les couches de la mémoire.

On se sent proche de lui, de son vécu. Mais on se sent aussi porté par ses quêtes, par les coincidences de ses introspections.

Il vit avec le passé vivant. Chaque porte, chaque façade, évoque pour lui d'autres temps, d'autres réalités, et s'animent ainsi d'une vie oubliée, voire effacée.

On retrouve les questions liées à l'enfance et à ce qu'on en garde, mais aussi aux rencontres, aux hasards de la vie.

Je pense qu'il a raison quand il écrit que l'écrivain est en quelque sorte voyant. Il sait lire sous la couche écrite les couches perdues...

Enfin, un petit PS: Dora Bruder m'a été offert avec un autre livre qui n'a rien à voir, mais que je ne peux que trop vous recommander, si vous vous êtes plongés dans les Haikus ou dans la lecture de Soie (Cf. Messages précédents): Neige de Maxence Fermine. Une courte pause, et Maxence Fermince vous transporte ailleurs, à travers une fable asiatique qui donne envie d'être funambule dans sa vie et ses lectures.

Funambulez bien en 2007!

19 décembre 2006

Le chant du Blues...

Si la recette des oeufs á la coque parfaits vous intéresse, ou si vous vous interrogez sur le fait de savoir s'il existe des filles qui n'ont pas de nombril, ou si vous vous demandez ce que peut bien donner un roman oú les personnages s'appellent Laitier, Pilate, Empire state, Guitare, etc... Alors Le Chant de Salomon de Toni Morrison est pour vous!

Toni Morrison est née en 1931, et a passé la plus grande partie de son existence á écrire sur les noirs américains, leurs problemes d'identité, leur insertion dans la société américaine, etc. Elle a gagné le prix nobel de littérature en 1993 pour son oeuvre.






Ce qui est fascinant, c'est qu'elle nous plonge dans l'intime plus que dans le social. Elle nous raconte ainsi la vie d'un quartier, d'une famille, avec tant de détails touchants, choquants, troublants, qu'elle en fait tout un univers á explorer.

Je ne saurais trop vous recommander de lire sa récente interview dans Telerama pour comprendre son monde et son écriture, puis vous immerger dans ses romans. Et pour les férrues de sociologie et de Bourdieu, il existe aussi un dialogue entre Toni Morrison et Pierre Bourdieu qui vaut le détour!

Et je conclurai ici par un MERCI tout spécial á Etienne et Marie-Louise qui m'ont offert les romans de Toni Morrison les plus célebres, et á Pauline, pour m'avoir donné envie de les lire...

02 décembre 2006

Quelques cocons pour l'hiver!


Lui, il dit que ce n'est pas un roman... mais une histoire. Une histoire qui commence par un homme qui traverse le monde et qui arrive ailleurs, un jour de grand vent, au milieu d'un petit village. L'homme s'appelle Hervé Joncour; mais le village, on ne sait pas.

Lui, il dit qu'on pourrait dire que c'est une histoire d'amour. Mais il dit aussi que si c'était juste cela, alors ça ne vaudrait pas la peine de la raconter.

Lui, il dit que toutes les histoires ont leur musique. Et que celle-ci a une musique blanche et qu'il est important de le dire car la musique blanche est une musique étrange et parfois déconcertante.

Lui, il dit qu'il n'y a rien d'autre à ajouter... sauf peut-être de préciser que l'histoire n'a pas lieu au vingtième siècle. Donc ne vous attendez ni à des avions, ni à des machines à laver, ni à des psy.

Moi, je dis que de ce livre se dégage une odeur d'encre de chine et de riz blanc.

Moi, je dis que de ce livre sort le bruit de milles oiseaux exotiques, sort le bruit du vent, mais aussi le silence.

Moi, je dis que de ce livre on garde un mystère.

Moi, je dis que de ce livre il ne faut pas trop parler, mais juste sussurrer à l'oreille du prochain de l'ouvrir un soir d'hiver...


Lui c'est Alessandro Baricco...

Et moi une simple lectrice de Soie, un de ses plus beaux livres avec Novecento Pianiste et Océan Mer.