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09 mars 2026

La petite bonne

 

Un roman coup de coeur!

Domestique au service des bourgeois, l'héroïne de ce roman est une petite bonne travailleuse, courageuse, dévouée, fiable et résiliente. 

Au service des Daniel pour le ménage, elle accepte la demande de Madame de s'occuper de Monsieur, gueule cassée de la guerre de 1914. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir, lorsque Madame s'absentera pour une soirée ou un week-end.

Le texte alterne entre des pages en vers libres et des pages de prose. On navigue alors d'un personnage à un autre, avec parfois des pages mystérieuses dont on ne sait pas encore au début de qui il s'agit. Tout est à la troisième personne, mais avec tellement de justesse et de finesse qu'on entre vraiment dans le ressenti et l'intime des personnages.

Nous sommes dans un Huit-Clos du début à la fin, sans trop savoir ce qui va se passer entre les personnages... Le suspense monte et on ne peut plus lâcher le livre, tant on veut savoir comment tout cela finira.

Un texte bouleversant et qu'on n'oublie pas.

A lire si on s'intéresse aux conséquences des guerres sur les populations.

Un roman qui plaira à tous ceux qui s'attachent à l'empathie, au vivre ensemble, au handicap, à l'entre-aide mais aussi à la musique et son pouvoir sur les êtres et leurs existences.

Enfin, un texte à dévorer quand on apprécie les écritures ciselées, aux phrases courtes et simples, intenses! Une écriture viscérale et juste. 

 

05 septembre 2024

Toute la lumière que nous ne pouvons voir

 

Marie-Laure, jeune aveugle, vit seule à Paris avec son père. Ce dernier lui a confectionné le quartier en miniature pour qu'elle puisse bien apprendre à s'y repérer. Il travaille au jardin des plantes et l'emmène souvent au muséum.

Werner, lui, est orphelin. Et il vit comme il peut dans un foyer avec d'autres enfants dans la même situation, en Allemagne. Pour s'occuper, il démonte une radio et finit par devenir un pro de la réparation de poste TSF. Le soir pour se dépayser et se réconforter, il capte de façon cachée des radios clandestines.

Nous sommes dans les années 30. 

Et puis, la seconde guerre mondiale éclate. Marie-Laure va devoir fuir Paris et Werner va être enrôlé dans l'armée, pour s'occuper justement de la radio.

Vous vous en doutez, la vie va finir par les rapprocher.

Mais je ne vous en dis pas plus.

C'est une histoire très romanesque, avec plein de belles coïncidences!

Les personnages sont attachants, chacun avec leur exutoire: la lecture de Jules Vernes pour elle, la réparation et le bricolage de poste radio pour lui. Beau personnage aussi que celui du père de Marie-Laure.

Un roman historique qui plaira à ceux qui s'interrogent sur la vie des civiles pendant la guerre. 

Un roman d'apprentissage, qui montre comment les épreuves peuvent faire grandir et devenir soi-même.

Une lecture facile, car les chapitres sont courts et on alterne aisément d'un personnage à l'autre.

Bref, avis aux amateurs de fresque sous l'occupation! 

Il paraît qu'ils en ont fait une série TV mais je ne l'ai pas vue.

 




01 septembre 2024

Pour que chantent les montagnes

 

 

Un livre qui nous plonge dans la Guerre du Vietnam, mais à travers le point de vue des femmes, des civils, des gens qui tentent de continuer de vivre malgré les bombardements.

Depuis leur petit refuge au fin fond des montagnes, Huong et sa grand-mère Dieu Lan regardent Hanoi sous les bombes. Elles comprennent très vite qu'à leur retour, elles ne trouveront que des ruines et qu'il faudra survivre.... coûte que coûte! C'est ce qu'elles vont faire toutes les deux, chacune à leur manière. Issues d'une famille aisée, elles vont repartir de rien pour tenir.

Un roman sur la résilience des populations en temps de crise.

Un très beau texte qui nous permet de comprendre toute la lignée des femmes de la famille et de leurs douleurs et espoirs face aux enchainements de conflits, d'occupation du territoire, etc.

Très beau personnage de Grand-mère, sage, pleine de bonté, et qui sait toujours rebondir pour elle et les siens.

Un roman que je conseille à tous ceux qui veulent découvrir le Vietnam.

Merci à la Griffe Noire à St Maur des Fosses pour ce très beau conseil de lecture!


27 mai 2024

Code rose

 

 

Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, au Royaume-Unis. Des chercheurs viennent de casser les codes des allemands grâce à la machine Enigme et aux travaux de Türing. Trois femmes sont recrutées dans un lieu tenu secret : Bletchley Park. Aux questions qu'on leur pose, elles répondent faire du travail de secrétariat ennuyeux à mourir. Mais en fait, elles vont changer la donne, en travaillant par astreintes de jours comme de nuits. Kate Quinn rend un bel hommage à ses femmes de l'ombre. 

Nous suivons Osla, enjouée et charmante, qui vient de la haute société et côtoie le prince Philip, à l'époque où il n'est pas encore marié à Elisabeth II. Mab, une autodidacte, qui fait tout pour s'en sortir après une jeunesse marquée par des moments de vie très douloureux. Et enfin Beth, la fille du village, très soumise à ses parents, et qui va s'émanciper par son travail. On s'attache aux trois personnages, à leurs histoires de vie, d'amour, de rencontres, à leurs liens.

C'est donc avant tout un roman historique, un roman d'émancipation, mais c'est au-delà du roman de guerre, une forme d'enquête, un peu comme dans un polar. Car très vite on comprend qu'il y aurait eu des fuites... vers les russes. Qui pourrait avoir été impliqué? L'architecture du roman avec des retours dans le passé et des avancées dans l'enquête actuelle fait qu'on est vraiment tenu en haleine.

Enfin, c'est aussi un texte très bien documenté. Je trouve intéressant que Kate Quinn nous montre à la fin une photo des lieux et nous explique comment elle a construit les trois personnages fictifs en s'inspirant de bouts de figures réelles. On sent qu'il y a eu un vrai travail de documentation historique derrière le roman, et ça rend encore plus intense la lecture du texte, je trouve.

Pas toujours une belle plume, mais c'est une traduction... Quelques longueurs, mais on est quand même pris par l'histoire.

Avis donc à tous ceux qui ont envie d'en savoir plus sur ce pan de la seconde guerre mondiale. On y voit bien les différentes phases de la guerre, on y retrouve aussi l'ambiance du secret à garder, des bombardements, etc.

Un livre qui plaira aussi à ceux qui aiment les histoires d'amitiés, comment elles se nouent, se dénouent, se renouent. Comment par ce lien, on peut avancer dans sa vie, rebondir, se ré-inventer, être plus fort ensemble.

Enfin, ceux qui ont aimé The crown retrouverons le personnage de Philip.

Merci au club de littérature de Sciences Po Paris pour le conseil de lecture!





13 février 2023

La guerre d'Alan


Voilà de la bande dessinée comme je l'aime: qui fait voyager dans le temps et l'espace, qui nous montre la complexité de l'humain, et nous donne à voir la richesse des parcours de vie dans l'épreuve!

Alan a 18 ans lorsqu'il est mobilisé ! Il quitte les US pour l'Europe et découvre ce qu'est être soldat en même temps qu'il apprend la guerre. Mais ce n'est pas tout. Alan va aussi découvrir l'Europe, la musique, l'amour, l'amitié, la violence. 

Bref, une BD qu'on dévore et on en redemande tant le personnage d'Alan est riche. Le récit est bourré d'anecdotes très attachantes et émouvantes!

Tout s'appuie sur une histoire vraie! Emmanuel Guibert a vraiment fait la connaissance d'Alan qui lui a raconté sa vie et qui lui a inspiré ce travail remarquable de mise en bulles!

Ce livre plaira à tous ceux qui tentent de comprendre les conflits à hauteur d'hommes, avec humilité et simplicité.

Cet ouvrage séduira ceux qui se demandent comment on se sort des années de guerre, à quel point elles marquent les hommes et leur famille.

Bref, un grand merci à Francis pour cette belle découverte!


05 juillet 2020

La voix des vagues



Un roman qu'on n'oublie pas: La voix des vagues de Jackie Copleton. Très belle lecture de déconfinement!

Un peu comme dans une pièce de Wajdi Mouawad, Jackie Copleton mélange la grande Histoire (celle de la bombe nucléaire sur Nagasaki) avec la petite histoire d'une famille japonaise, qui a ses secrets, ses tensions, ses poids.

Amaterasu Takahashi est la mère de Yuko, une jeune fille douce qui aime dessiner et rêve d'être un jour infirmière. Nous sommes juste avant la seconde guerre mondiale. Yuko va s’éprendre de Sato, un ami de son père, marié, et coureur de jupon. Elle va l'aimer en secret jusqu'à ce que ses parents le découvrent et lui interdisent tout contact avec cet homme. En plein chagrin amoureux, en pleine tentative de tout de même construire sa vie de femme, va survenir la bombe... Une explosion dans la vie du Japon et dans cette famille qui va laisser des doutes, des interrogations, et des questions qu'Amaterasu, depuis sa nouvelle vie aux Etats-Unis, et du haut de ses 80 ans, va tenter de démêler, en se replongeant dans son passé...  car un jeune homme se présente à elle qui dit être son petit fils! Je ne vous en dis pas plus.

J'ai été emportée par l'histoire avec un petit et grand H. Ce livre m'a rappelé un autre de mes coups de coeur sur le même sujet: Le poids des secrets. J'aime quand les romans parviennent avec autant de finesse et de justesse à décrire les histoires de famille, les non-dits, et les coïncidences étranges de la vie, les jeux d'échos entre événements, petits ou grands.

Par ailleurs, je trouve formidable de découvrir une autre culture par le roman. Et ici Jackie Copleton arrive à merveille à nous apprendre la culture japonaise de chapitre en chapitre. A chaque fois il y a un en tête qui explique un concept japonais, via un mot, qui n'existe pas dans d'autres langues et qui représente un des éléments de la tradition ou des us japonais qu'elle veut nous faire toucher du doigt.

Le roman se déroule sur plus de 50 ans, et je trouve fort de voir comment le récit dans sa construction mêle l'avant guerre au japon et la vie aux Etats-Unis d'émigrés japonais, via des lettres que les personnages retrouvent, ou encore des journaux intimes. Cela tisse l'intrigue entre les époques, mais aussi entre les points de vue. On est alors tour à tour avec Amaterasu qui retrouve des lettres de Sato ou le journal intime de sa fille, comme on est dans la tête de Sato et Yuko quand ils les écrivent.

Enfin, c'est un roman sur la différence, l'acceptation de soi et des autres.

Un livre qui pose la question de ce qu'est être une famille, ce qu'est l'héritage, porté et voulu.

Donc vraiment je vous conseille ce premier roman, qui est un subtil mélange de douceur et de mélancolie. Beaucoup d'émotions vous attendent...

Merci à la Librairie idéale, rue clerc dans le 7e arrondissement de Paris!




16 février 2020

L'art de perdre



Cela faisait un moment que je voulais lire L'art de perdre d'Alice Zeniter. J'ai donc décidé de le mettre dans mes lectures de début d'année, et j'ai bien fait!

Ce roman nous raconte une histoire de l'Algérie, à travers une famille. Il y a le grand père Ali, le montagnard de Kabylie. Celui qui a connu la guerre, celui qui essaie de comprendre comment se positionner au village vis à vis des français au moment où tout bascule dans les années 1960. Et puis il y a le père, Hamid, celui qui va arriver en France en 1962, et va grandir dans un camp de transit, en s'interrogeant sur sa double identité Algérienne/Kabyle et Française. Et puis il y a la fille, Naïma, celle qui tente de comprendre sa famille et l'Histoire avec un grand H aujourd'hui, à une époque d'attentats terroristes sur le sol français.

C'est magnifiquement écrit. Tout commence comme un comte de fées, avec Ali qui cherche son bonheur dans son petit royaume. Il est le roi qui n'a pas de fils et il va se marier à Yema. On trouve alors des pages somptueuses sur l'Algérie traditionnelle, sur la Kabylie, un peu comme celle-là:

"Une ancienne tradition Kabyle veut que l'on ne compte jamais la générosité de Dieu. On ne compte pas les hommes présents à une assemblée. On ne compte pas les œufs de la couvée. On ne compte pas les grains que l'on abrite dans la grande jarre de terre. Dans certains replis de la montagne, on interdit tout à fait de prononcer les nombres."

Plus loin, dans une deuxième partie, la plume est fine pour décrire le regard sur la France hexagonale pour les nouveaux arrivés:

"L'été, ici, ne s'interrompt pas brutalement. Il se liquéfie en automne. Avant même que les températures ne baissent, commencent les uns après les autres - ou peut-être au contraire fondus en un seul sans début ni fin - les jours de pluie qui mènent irrémédiablement vers la saison froide. Ils ne tambourinent pas, ils ne martèlent pas, ils ne fouettent pas comme cela arrivait à Rivesaltes ou à Jouques, non ici ça tombe sans force mais avec l'assurance de ne pas s'arrêter avant la fin mars. Hamid suit la progression des flaques entre les barres de la cité."

La troisième partie est celle de la quête, par tous les moyens... où comment une jeune génération a besoin de la transmission pour pouvoir déployer son existence avec sens.

La fresque romanesque se déploie habilement et l'on glisse d'une époque à l'autre, d'une sélection d'enjeux historiques à d'autres, d'une perspective à une autre, dans un flot attachant.

C'est aussi un roman d'émancipation, où chaque personnage s'interroge sur son destin, ses besoins, ses envies. Qu'est-ce que c'est que de devenir soit même au fond?

A souligner enfin les belles scènes d'amour qui sont écrites au féminin, à une époque où l'on parle beaucoup du "male gaze" versus "female gaze".

Un livre qui plaira à tous ceux qui s'interrogent sur l'immigration, les doubles identités, la question de l'intégration, etc. Un regard posé aussi sur les migrants, les réfugiés, tous ceux qui se trouvent parqués dans des camps.

Un roman qui est à conseiller avant de partir en vacances à la découverte de l'Algérie, pour avoir une image de ce que peut être l'histoire de ce pays sur les trois dernières générations.

500 pages qui donnent également un regard sur la guerre vue des civils, sur l'après-guerre aussi: les traumatismes des enfants et des grands. Et puis toutes les questions qui suivent la fin officielle d'un conflit: à qui appartient la terre?

Ce roman a reçu le prix goncourt des lycéens.

Merci à Caroline et Dominique de me l'avoir conseillé!




13 mai 2018

Le quatrième mur



Un coup de poing dans le ventre!

Le quatrième mur est avant tout une histoire de rencontre à Paris entre George, un étudiant militant très à gauche qui fait du théâtre engagé et Sam, un juif grec, metteur en scène qui a fui le régime des colonels. Ces deux-là vont faire un tandem qui va questionner ce que veut dire porter une parole de résistance.

Alors que Sam est frappé par la maladie, il va demander à George d'aller monter pour lui Antigone d'Anouilh à Beyrouth. Mais cela veut dire en plein début des années 1980 convaincre Phalangistes, Palestiniens, Druzes, etc de jouer ensemble.  Une utopie, un rêve, une folie, tout à la fois. George va relever le défi et nous allons embarquer avec lui pour le Liban en guerre.

C'est magistral. On est pris aux tripes. On ne peut plus quitter les pages des yeux.

Un roman qui questionne les luttes, la guerre, le pardon, la résistance.

Un livre sur le théâtre aussi, et ce qu'il peut porter de politique. Moi qui avait tant aimé Antigone d'Anouilh, j'ai eu le plaisir de redécouvrir la pièce par le roman.

Une façon d'apprendre à découvrir le Liban et son histoire.

Un livre qu'on n'oublie pas...


14 janvier 2018

Au revoir là-haut..


Un autre prix Goncourt! Celui de 2013!

Un roman un peu à la Fée Carabine de Pennac. Des personnages hauts en couleur! Un humour bien à lui! Pierre Lemaitre nous fait vivre la fin de la seconde guerre mondiale en France et la mise en place par des poilus rescapés mais estropiés, d'une immense escroquerie au monument aux morts et d'une autre pour l'exhumation des corps des soldats. A chaque arnaqueur ses outils et ses manipulations!

J'ai accroché au ton décalé, au suspense sur l'avenir des meurtris du conflit. J'ai trouvé les personnages inoubliables dans leur genre, dès les premières pages. Je ressentais un vrai attachement pour eux, dans la détresse mais aussi la solidarité. L'arnaque est partout et à toutes les pages avec une ironie qui dénonce les banques, les administrateurs, les fonctionnaires, les fous de pouvoir et de séduction.

Le roman aborde aussi le sujet des rapports père-fils, la question de l'homosexualité d'un enfant refusée par les parents, la douleur du retour de soldats à la vie civile, la question des mutilés de guerre.

J'aime la place que tient l'art dans le récit, avec les fameux carnets de croquis, les masques fabriqués chaque semaine, la volonté de garder vivant la créativité dans la douleur.

Les chapitres forment à chaque fois des séquences autour d'un des personnages. Et les liens se tissent pas à pas entre eux. Très pratique pour une lecture d'une chapitre par soir, ou par trajet!

Il y a un coté Conte de Monte Cristo aussi, dans la vengeance et le secret.

Je referme ce roman au moment où sort la suite!

Un livre à conseiller à tous ceux qui s'intéressent à la Première Guerre Mondiale! Aussi intéressant qu'A l'ouest rien de nouveau, Les croix de bois, etc.

Un roman qui plaira par son burlesque aux amateurs de textes humoristique et décalé!

Un livre qui plonge dans une époque, souvent injuste, qui dénonce au passage les inégalités et leurs conséquences!