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29 juillet 2024

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent...

 


Tout commence en juin 1943.... Une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un petit garçon qu'elle confie aux Jésuites. Un peu plus tard, en Galice, une femme accouche d'une petite fille et la laisse aux sœurs d'un couvent. Elle revient la chercher dix ans plus tard. L'enfant est belle comme le diable, jamais elle ne l'aimera. Le garçon, c'est Julian. La fille, Victoria. Ces deux-là vont s'aimer et partir vivre à Paris au sein du théâtre de la Michodière (l'un sera gardien et l'autre femme de ménage). Ils auront une fille, Maria, la narratrice du roman...

 A 27 ans, Maria consulte une tarologue voyante qui lui dit qu'il y a un mystère sur sa naissance... Elle va alors se mettre à enquêter sur sa famille pour comprendre ce qui se cache vraiment derrière l'histoire de vie que lui ont racontée ses parents.

Maria Larrea reconstitue le puzzle de sa mémoire familiale et nous emporte dans le récit de son existence, aussi incroyable qu'un film d'Almodovar!

C'est un premier roman, fort, autobiographique, féministe.

C'est aussi un récit d'émancipation, car Maria s'extirpe pas à pas de la misère pour rejoindre la FEMIS et devenir réalisatrice.

Un livre pour ceux qui aiment les parcours de vie rocambolesque, les secrets de famille, et les quêtes d'identité et de sens.

Un texte qui plaira à ceux qui aiment l'idée que l'on peut toujours dépasser les préjugés et les moqueries pour devenir qui on est au fond de soi!

Le style est percutant, ciselé, dynamique, plein d'émotions et de couleurs.

 




21 novembre 2022

Reine rouge


Voici un polar avec une héroïne spéciale, très spéciale! Antonia Scott a un cerveau qui fonctionne différemment qu'un cerveau classique: "L'esprit d'Antonia s'apparenterait plutôt à une jungle, une jungle grouillant de singes, qui bondissent à toute allure de liane en liane en transportant des choses. Enormément de singes portant énormément de choses, qui se croisent dans les airs en montrant les crocs".

Avec l'aide de l'inspecteur Gutierrez, elle va tenter de mettre fin à une série de crimes/disparitions inexpliquées. Lui qui est un inspecteur sur la touche va devoir relever le défi de travailler à ses côtés pour ne pas tout perdre et devoir quitter totalement la police!

Ce roman policier connait apparemment un si vif succès en Espagne qu'il a été traduit dans de nombreuses langues! On peut déjà imaginer une série télé ou un film tiré de ce récit!

Pour ma part, l'originalité du mode de pensée de l'enquêtrice a piqué ma curiosité immédiatement. Je suis tombée dans ce thriller très facilement, avec un suspense qui m'a poussée à tourner les pages et à vouloir connaitre la suite de ce tome 1. 

Un roman qui plaira à tous ceux qui aiment les enquêtes rondement menées, avec leurs rebondissements, leurs mystères, leurs scènes de crimes.

Un livre qui pourtant touche un peu à la limite du genre je trouve; Par exemple, l'auteur imagine une société secrété, un peu à la théorie du complot, qui je trouve n'est pas nécessaire pour ce genre d'ouvrage.

Il reste pourtant un curieux tandem d'enquêteurs à qui on s'attache et dont on veut connaitre la suite des péripéties!




10 mars 2022

La face nord du coeur


 Un très bon polar!

Notre héroïne s'appelle Amaïa. Elle est détachée de la police de Navarre pour suivre une formation avec le FBI. Très intuitive et fine dans ses analyses, elle est vite repéré par l'agent Dupree pour qu'elle intègre ses équipes. Il s'agit d'attraper un tueur en série d'un genre très particulier: il opère lors de catastrophes naturelles. Avec l'approche de Katrina, voici le FBI parti pour la Nouvelle Orléans en pleine tempête!

Un roman qui m'a séduite par son personnage principal. Une très belle enquêtrice, avec une vraie profondeur de champ, une immense perspicacité et aux plus proches de ses émotions. 

Ensuite, j'ai été très intéressée par l'idée de faire jouer les scènes clé de l'enquête en pleine inondation et de montrer le chaos qu'a connu les Etats-Unis à ce moment précis. 

Enfin, cela m'a permis de découvrir un univers qui m'était méconnu: la vaudou! 

En plus, clin d'œil intéressant: les assureurs y tiennent un rôle, ainsi que les violons. Mais je ne vous en dis pas plus!

Un grand merci à Emilie pour la découverte!

Un livre qui plaira à ceux qui aiment les polars à la Fred Vargas.

Un policier qui vous conduira loin des sentiers battus de l'énigme classique!

On en redemande!


26 mai 2019

Patria



Bittori est veuve. Son mari est décédé dans un attentat de l'ETA... Au moment où les nationalistes basques décident de ne plus tuer, elle retourne vivre dans son village, celui où vit toujours Miren, son amie d'autrefois, dont le fils est devenu activiste, et surement terroriste. Elle vit alors avec les regards des villageois, les commérages, les colères. Elle vit avec les visites au cimetière, les passages de ses enfants, les appels téléphoniques.

Fernando Aramburu nous plonge en 600 pages dans l'intimité de deux familles: celle endeuillée et celle qui vit avec la prison et la culpabilité. Il montre combien la violence marque des générations après.

Ce roman interroge l'histoire de l'Espagne, la place du pardon, la place de l'oubli, la place des doutes.

J'ai beaucoup aimé le style de l'auteur, qui montre comment le quotidien est rempli de souvenirs. Souvent les personnages vivent un moment présent et en superposition des couches d'histoires, d'anecdotes, qui leur reviennent.

J'aime aussi les restes de bienveillances au milieu des douleurs.

Patria a reçu le prix national de la littérature et le prix de la critique à sa sortie.

Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau!

11 septembre 2007

L'ombre de nos lectures

Que faisons-nous des livres que nous lisons? Nous hantent-ils? Changent-ils notre regard sur le monde? Nous font-ils juste passer un bon moment avant de s'évanouir dans l'air, ni vus, ni connus? Je pencherais plutôt vers l'idée d'une ombre, qui nous suit, que l'on ne remarque même plus, et qui pourtant est un reflet de nous toujours changeant. Quant à Carlos Louis Zafon, il répond à la question dans une saga ibérique, mi polar, mi roman historique sur les années de l'après-guerre à Barcelone: L'ombre du vent.








Un jour, un petit garçon est emmené par son père au cimetière des livres. C'est un lieu mystérieux, où l'on peut prendre un livre de son choix afin de le garder en vie. Mais cela doit rester un secret. C'est alors que ce livre sorti de l'oubli va changer la vie du jeune homme qui l'a choisi et le conduire sur un parcours initiatique, où il croisera l'amour, la peur, la mort, l'envie, le doute, l'amitié, etc. Quelle place donnera-t-il au livre? Sera-t-il en faire quelque chose de grand, de beau? Ou se trompe-t-il en se plongeant dans le fantastique du roman?

Derrière une saga, toute une réflexion sur la littérature...

Ce livre est à conseiller à tout ceux qui veulent découvrir des romans espagnols mais aussi aux amateurs d'histoires à suspense construites en poupées russes.

Et puis si vous ne le lisez pas, gardez tout de même cette idée en tête: Les livres ne sont rien sans nous. Ils dorment ou meurent sur des étagère. Mais si on les ouvre, qu'on leur donne une chance, ils peuvent tout.

25 janvier 2007

Enigmes...

Il existe pas mal de romans basés sur une enigme concrète à résoudre, qui s'appuie soit sur un tableau, soit sur un poème. Cela donne lieu à une quête jointe du narrateur et du lecteur, qui lui aussi à en quelques sortes les clés pour avancer puisqu'il affronte la même image ou le même texte à décoder!

Par exemple, dans le Tableau du Maître Flamand de Perez-Reverte, on est face à un tableau qui représente une partie d'échec, et tout au long du roman, il s'agit de percer le mystère du tableau et de la partie, pour comprendre un meurtre. Le damier est d'ailleurs reproduit sur les pages, et on se retrouve donc lecteur face à des pions, à chercher ce que cela peut bien cacher. Fascinant comme ce mécanisme d'implication fonctionne. On cherche à devancer le narrateur.



Dans le même genre, je viens de finir l'Incontro de Vincenzo Cerami. Cette fois-ci, c'est un poème qui cache le mystère d'une disparition, celle d'un professeur de philosophie passionné d'énigmes et de devinettes! Le poème est bourré d'anagrammes, d'acrostiches, de jeux de mots, qui, si mit dans le bon ordre, permettent d'avancer! Pour la petite histoire, Vincenzo Cerami est un grand homme de la littérature italienne, mais aussi du théâtre et du cinéma italien. Ami de Benini, il a participé avec lui à l'écriture de La vie est belle. Et comme il partage tous les deux une vraie passion pour les devinettes et énigmes, ils l'ont introduite dans le film à travers ce soldat nazi qui vit dans son monde de devinettes, sans aider le pauvre Benini dans sa lutte.

Enigmes et devinettes... rien de nouveau sous le soleil (depuis le Sphinx jusqu'à nos jours), mais des bons moments au coin du feu, certainement!

06 octobre 2006

La bienveillance

Non, je n'ai pas lu Les bienveillantes, ce pavé de 900 pages dépeints par tous comme le chef d'oeuvre du siècle. Pas envie d'être dans la tête d'un SS tueur, et cela malgré le fait que Jorge Semprun, un de mes auteurs préférés, en fasse un éloge superbe. En fait, je voudrais plutôt vous parler de Jorge Semprun et de ses livres, et puis aussi de la bienveillance et de Roland Barthes.

Jorge Semprun, pour moi, ce sont des tisanes froides, oubliées sur la table, tellement son écriture m'emportait loin, loin dans la vie. Jorge Semprun, c'était retrouver un univers de khâgne et de poésie après l'avoir quittée. Il m'en reste plein d'émotions et une envie d'apprendre des vers par coeur pour emmener des bruns de poèmes partout avec moi.

L'écriture ou la vie est indéniablement un livre à lire. Il raconte sa sortie du camp de Buchenwald et l'invention d'un mode de survie par l'écriture. Il parle aussi de la résistance, avec des scènes inoubliables.

- Il est avec un ami résistant, et ils sont en embuscade pour tuer un allemand, et là, ce jeune soldat se met à chanter La paloma, une chanson de l'enfance pour J. Semprun. Il est soudain paralysé, il ne sait plus que faire, il ne peut plus tirer, alors qu'il sait qu'il le faut...

- Il est debout devant les soldats américains qui viennent de découvrir le camp et de le libérer. Il comprend soudain dans leur regard son état, sa condition, son squelette. Il est soudain lucide, il ne sait plus que faire, mais il va avancer, et trouver les mots justes.





Dans Adieu Vive Clarté, il est un étudiant en première année de prépa. Un étudiant qui parle de son vécu sans parler de la suite, de la déportation, de la douleur... et pourtant indiciblement, on la sent poindre à chaque ligne.

Plus récemment, dans Vingt ans et un jour, il parle en espagnol de son rôle clandestin pour lutter contre le Franquisme. On découvre un autre visage, une autre voix.

Enfin, je voulais dire un mot de la bienveillance. Roland Barthes, dans son cours sur le Neutre, en donne une très belle définition. Il explique tout d'abord que ça vient du latin "bene volens" puis de l'italien "ti voglio bene": littéralement "je te veux du bien" J'aime cette idée, et j'apprécie la typologie qu'il en fait. Il distingue la bienveillance humide et la bienveillance sèche. La première consiste à manifester à l'autre notre attention, en lui demandant s'il a besoin de quelque chose, en l'entourant. La seconde est plus subtile. C'est une attention silencieuse et forte, qui me rappelle ce poème appris il y a longtemps déjà:

« Dans les rues de la ville il y a mon amour.

Peu importe où il va dans le temps divisé.

Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.

Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima

et l'éclaira de loin pour qu'il ne tombe pas »