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18 mars 2026

Ecarlate

 

Un OVNI avec une écriture, un style, une ambiance vraiment hors norme.

Publié en 1974, Écarlate est un récit autobiographique. Une jeune fille raconte ses émotions vives et comment elle tient à les garder même si elle grandit et devient adulte. Christine veut vivre en amoureuse invétérée de l'amour, se courbant face à la souffrance, écrasée par la pluralité et la diversité de ses ressentis. Elle veut  ne rien regretter, tout dévorer jusqu'à l'indigestion. 

Un roman qui peut nous donner l'impression d'être mal à l'aise, face à ses paradoxes du désir et de la violence. Christine Pawlowska y crie son intériorité la plus intime, elle illumine ses douleurs, elle avoue ses tensions, ses joies, et ses parts sombres.

Un texte court qu'on lit d'une traite, comme un souffle suspendu, pour être et rester dans l'intensité quoiqu'il arrive.

Un livre qui plaira à ceux qui aiment les récits incarnés, les brulures, le complexe de l'âme humaine. 

23 avril 2025

Mon vrai nom est Elisabeth


 

 Un premier texte marquant que ce livre d'Adèle Yon: Mon vrai nom est Élisabeth.

Publiée aux Éditions du Sous-Sol, cette enquête est l’œuvre d'une chercheuse, on le sent à chaque page! Elle exhume tout ce qu'elle peut d'archives et de témoignages, de lettres et de photos pour comprendre qui était vraiment Élisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950 en France et accessoirement son arrière grand-mère.

Ce récit est à mi chemin entre le récit familial et l'autobiographie, car on suit aussi les questionnements d'Adèle Yon elle-même sur les risques qu'elle pourrait ou pas avoir de maladie mentale.

On est pris dans des doutes et des incertitudes: Est-ce que cette Betsy était vraiment malade ou bien son mari a-t-il tout simplement voulu se débarrasser d'elle, pour passer à d'autres femmes plus faciles à vivre?A-t-elle été lobotomisée de force par pression plutôt que vraiment par démarche souhaitée par le corps médical?

On sent le poids des secrets de famille, l'ambiance de la petite bourgeoisie dans la guerre et l'après guerre, mais aussi les pressions sociales, et une médecine psychiatrique encore beaucoup dans l'expérimentation. 

Un livre marquant, qui pose la question du sort des femmes, de la place de la maladie mentale dans la famille et la société.

Je conseille aussi d'écouter l’émission la 20e heure sur France inter : Adèle YON "Chacun a ses propres ressources pour se protéger". Elle revient sur les 17 ans d'enfermement de son arrière-grand-mère et sur le travail d'enquête qu'elle a conduit.

Merci Guylaine pour cette belle et émouvante découverte!

 

 

 

 

25 novembre 2024

In waves


AJ Dungo nous raconte sa relation avec Kristen. Passionnés de vague et de surf, ils vont tous les deux affrontés la maladie de Kristen puis son décès.

Dans cette bande dessinée, tout est en douceur, en subtilité, en émotions.

Et la métaphore de la vague marche très bien car on peut tantôt se sentir fort, tantôt se ressentir sous l'eau, pris à la gorge, en train de couler.

Une bande dessinée qui sait aborder le cancer et le deuil avec un ton juste et authentique.

Un témoignage autobiographique vraiment poignant.

A lire absolument!

 


29 juillet 2024

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent...

 


Tout commence en juin 1943.... Une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un petit garçon qu'elle confie aux Jésuites. Un peu plus tard, en Galice, une femme accouche d'une petite fille et la laisse aux sœurs d'un couvent. Elle revient la chercher dix ans plus tard. L'enfant est belle comme le diable, jamais elle ne l'aimera. Le garçon, c'est Julian. La fille, Victoria. Ces deux-là vont s'aimer et partir vivre à Paris au sein du théâtre de la Michodière (l'un sera gardien et l'autre femme de ménage). Ils auront une fille, Maria, la narratrice du roman...

 A 27 ans, Maria consulte une tarologue voyante qui lui dit qu'il y a un mystère sur sa naissance... Elle va alors se mettre à enquêter sur sa famille pour comprendre ce qui se cache vraiment derrière l'histoire de vie que lui ont racontée ses parents.

Maria Larrea reconstitue le puzzle de sa mémoire familiale et nous emporte dans le récit de son existence, aussi incroyable qu'un film d'Almodovar!

C'est un premier roman, fort, autobiographique, féministe.

C'est aussi un récit d'émancipation, car Maria s'extirpe pas à pas de la misère pour rejoindre la FEMIS et devenir réalisatrice.

Un livre pour ceux qui aiment les parcours de vie rocambolesque, les secrets de famille, et les quêtes d'identité et de sens.

Un texte qui plaira à ceux qui aiment l'idée que l'on peut toujours dépasser les préjugés et les moqueries pour devenir qui on est au fond de soi!

Le style est percutant, ciselé, dynamique, plein d'émotions et de couleurs.

 




18 décembre 2023

Ce que nous sommes

 


Lecture de Ce que nous sommes, de Caroline Bongrand....

Nous voici partis dans une exploration intime. Celle qu'une femme se met à faire au moment d'une rupture amoureuse pour comprendre qui elle est, d'où elle vient, et comment vivre.

Cette femme s'interroge sur l'histoire de sa famille, son héritage, les non-dits. Elle se rend compte qu'avec tous les manques dans le récit généalogique, il ne lui reste plus que l'écriture et l'imaginaire pour faire corps, faire famille, faire sens.

Quand on n'a pas de terre ou de racine, la littérature peut en devenir une. Elle peut être terreau, foyer, compagne.

Une splendide réflexion sur le pouvoir des mots et des histoires dans nos existences.

Un grand merci à Florence pour le conseil de lecture!

Un livre qui plaira à tous les passionnés d'autobiographie.

Un texte qui parlera à ceux qui interrogent leurs liens: à leur mère, leur grands-parents, leurs amoureux, etc.

Enfin un récit qui plaira aux passionnés de la Grèce, des îles, de Délos mais aussi de Proust, et j'en passe!

Je vous offre l'incipit pour vous mettre en appétit:

"Sur l'île de Délos, où naquirent Apollon et Artémis, le bois était si précieux, que lorsque quelqu'un quittait sa maison pour toujours, il partait avec sa porte. 

Dans ma famille, on n'est pas parti avec une porte. On est parti avec une chaise. Ou plus exactement il reste une chaise. Et quelques objets, des fragments, des résidus. Il ne reste rien de ma famille que la mémoire d'une certaine élégance- comme le sourire du chat dans Alice aux pays des merveilles. Certains héritent d'une terre, d'un nom. Dans ma famille, nous n'avons hérité que d'interrogations."





19 septembre 2022

Journal de nage

 


Un livre qui se lit tout seul, ou presque. Chantal Thomas nous emporte dans son quotidien, avec ses lectures, ses baignades. Elle a le sens de l'observation, de la scénette. 

Les dates s'enchainent, comme dans un journal de bord. Tout commence avec la pandémie, et continue quand on peut sortir un peu davantage. 

Il y a quelques illustrations aussi qui ponctuent le récit.

Un livre qui donne envie de tenir un journal, d'y glisser des citations et des images.

Un texte qui fait du bien par la simplicité du quotidien.

Ca donne envie de piquer une tête!

08 avril 2022

D'après une histoire vraie

 


Delphine de Vigan nous raconte une histoire qui est sidérante. Un jour, elle est dans une soirée, et elle sympathise avec une inconnue qui comme elle est de la fête. Pas à pas, cette personne va entrer dans sa vie jusqu'à la vampiriser totalement. Tout se fait lentement et insidieusement. Et ça va loin! Je ne vous en dis pas plus. C'est captivant ce phénomène psychologique d'emprise qu'elle décrit dans toute sa complexité.

Un roman qui nous interroge sur le réel et la fiction, qu'est ce qui est vrai et inventé, sommes-nous nous mêmes des personnages de fiction qui nous réinventons tous les jours au gré de nos lectures, est-ce que les romans sont du réel, du faux, qu'est ce que cet "effet de réel" de l'autofiction ?

Le texte se lit comme un thriller. On est de suite emporté par l'histoire. On se demande si vraiment Delphine de Vigan a vécu une telle aventure terrifiante. Et pourtant, il y a aussi comme un deuxième niveau de lecture qui est toujours présent à l'arrière plan : une réflexion sur la littérature, sur l'écriture, sur la position du lecteur. 

Ce livre comprend aussi des pages très intéressantes sur la vie d'un écrivain. Ses doutes. Sa peur de ne plus réussir à écrire quelque chose de bien après avoir connu un immense succès pour un roman. Les séances de dédicaces. Les salons du livre. C'est intéressant de voir comment Delphine de Vigan décortique en fait de nombreux éléments qui constituent la place du romancier dans la société, dans sa famille, dans sa vie. 

Bref, merci beaucoup Marion pour ce conseil de lecture!

Un roman pour ceux qui aiment les livres témoignages, récits de vie, avec un angle psychologique intense.

Un livre qui plaira aussi à ceux qui s'interrogent sur les écrivains, sur l'écriture, sur le roman, sur l'autofiction.

Enfin, une histoire qui plaira à ceux qui aiment la rubrique "au féminin". Avec des personnages de femmes fortes et intrigantes.


09 janvier 2022

Neverland



Un très beau texte sur l'enfance. Ce territoire magique, fait de grands-parents, d'émotions, de douceurs, de rire.

Un livre qui est très poétique, dans le style. Avec des phrases et des expressions émouvantes. Un livre très resserré et court, comme une bouffée de jeune âge d'un coup.

Timothée de Fombelle part explorer ses souvenirs, les flashs qui lui reviennent, ou les lieux encore existants qui ont marqué ses premières années. Ne pas s'attendre à un récit. Juste laisser venir des émotions en pointillées, comme des boutons d'or qu'on trouve par hasard au bord d'un chemin.

Un cadeau pour ceux qui aiment se rappeler les jardins, les jeux, et les peurs de l'enfance.

Un livre pour ceux qui voudraient découvrir d'autres aspects de l'œuvre de Timothée de Fombelle, qui d'habitude écrit des histoires fleuves au rayon jeunesse, et qu'on dévore avec la soif de connaitre la fin de l'histoire (voir la catégorie pour ado de ce blog).

Un texte pour les sentimentaux!

 




25 avril 2021

Ne m'oublie pas


 


Une BD dont la couverture fait du bien par les temps qui courent: Ne m'oublie pas!

C'est l'histoire de Clémentine et de sa grand-mère, qui souffre de la maladie d'Alzheimer. 

C'est une bande dessinée tout en délicatesse et tendresse. Un peu de douceur dans un monde de brutes. Le graphisme, les couleurs, les traits, vont bien avec ça aussi.

Et puis les BD sont peut-être plus abordables en ce moment, que les romans, pour ceux dont les journées sont lourdes...

Donc en bref, beaucoup de justesse, une jolie histoire, un brin de poésie!

J'aime bien la question du lien entre les générations et comment il se tisse.

Je trouve qu'Alix Garin nous propose un road movy intéressant ! Son héroïne ne supporte pas de laisser sa grand mère finir sa vie ainsi, enfermée. Elle lui offre comme un nouveau souffle, même si leur voyage est un peu fou!

Merci à Anne-Laure pour la découverte!



18 novembre 2020

Avant que j'oublie...


 


Je viens de lire le Prix du Livre Inter de l'année: Avant que j'oublie de Anne Pauly.

Anne Pauly raconte à travers ce roman le décès de son père, et les jours qui suivent: tout y passe du choix du cercueil au tri des affaires dans la maison à vider... et surtout ce moment où il faut tenir bon, continuer à vivre, malgré le deuil, malgré la souffrance, alors que tout est plus lourd et vide. Le livre montre aussi les liens de fratrie face au départ d'un parent, et là aussi les décalages, les doutes, les colères, la tendresse.

J'ai beaucoup aimé son style, son sens du détail qui fait sourire ou rend mélancolique! J'aime les listes d'objets de son défunt père, j'aime la liste des questions qu'elle aimerait qu'on lui pose quand on l'appelle au téléphone. Bref, j'aime son sens de tous ces petits grains des jours auxquels on se rattache ou tente de se rattacher en vain. J'aime la singularité du regard qu'elle pose sur son monde.

Le livre est riche car son rapport au père est complexe. On sent qu'il a pu être alcoolique, violent, décevant et pourtant elle est attachée à sa figure, à son être au monde, d'une certaine manière. C'est donc tout autant le deuil qu'elle analyse que son rapport au père qu'elle passe au crible.

Ce roman est réussi aussi car au-delà des larmes, elle parvient à faire rire, à garder la pointe d'ironie toujours sous-jacente! C'est ce ton décalé et mordant qui fait qu'on ne tombe pas dans le doucereux, le pathétique, mais qu'on reste dans la perspicacité d'un vécu qui vaut d'être mis en mots et partagé.

Vous aurez compris c'est donc un premier roman que je conseille pour les amateurs d'autofiction, pour ceux qui s'interrogent sur leur rapport à la mort, au deuil, au père.