26 mai 2010

Mémoire et parfum




Quelle délicatesse dans les mots de Yoko Ogawa. J'avais beaucoup aimé La formule préférée du professeur, et c'est donc avec la douceur d'une complicité retrouvée que j'ai lu Parfum de glace.


Dans ce roman, on suit une jeune femme, Ryoko, dont le compagnon, nez de talent, Hiroyuki, vient de se suicider dans son laboratoire, au milieu de senteurs entubées. Elle court après sa mémoire, et les traces de la vie passé de son amoureux défunt. Elle comprend alors qu'elle ne connaissait rien de lui. On est emporté très vite dans son enquête minutieuse pour tenter de percer le mystère de la mort. C'est une quête intérieure, dans la mémoire des instants partagés évaporés, et c'est une quête extérieure, dans le voyage et la rencontre. En effet, l'héroïne tente de retourner partout où son compagnon a vécu, dans sa chambre d'enfant, dans la serre de son père, à Prague où il a fait un voyage. Elle essaie de parler avec ceux qui l'ont connu. Elle tente de recomposer le puzzle d'une vie, guidée par l'unique parfum qu'il lui a donné en cadeau avant de ne se tuer... et guider par les quelques descriptions d'odeurs qu'il a retranscrites sur une vieille disquette à son bureau. Que peut-on chercher dans le souvenir d'un être aimé? C'est le coeur de ce roman fascinant et envoutant.


C'est le mystère de l'altérité que Yoko Ogawa explore avec talent. L'autre n'est jamais saisissable, il est toujours au-delà. On peut l'observer attentivement, on peut mémoriser son parfum, sa voix, il est toujours ailleurs. On voudrait le saisir, on voudrait le connaître, souvent on croit le faire, mais ce n'est que fiction. Une fois disparu, il reste des images, des odeurs, des sons, si fragiles en nous, qu'il nous semble parfois les perdre à tout jamais. On tente de se les remémorer, on revit en nous encore et encore les instants partagés. On essaie de les percer à jour. Mais en vain. Nous n'aurons que notre version de la vie. Qu'avons-nous été pour l'autre? Quelle place tenons-nous dans sa mémoire? Nous sommes condamnés au silence quand ces questions voient le jour.


Dans Parfum de glace, fiction et réalité semblent se croiser. Les personnages réinventent tour à tour le passé de Hiroyuki le défunt. Certaines scènes semblent même tout droit sorties de l'imaginaire de Ryoko, tant elle cherche à retrouver partout son amour perdu. Le texte bascule alors dans le conte, et brille de mille feux. Nous suivons le gardien des paon, et de leurs coeurs porteurs de mémoire.


Quelle justesse dans le choix des mots pour décrire la douleur de la perte de l'être aimé! Quelle force dans la présentation du décalage des vécus entre deux âmes, qui pourtant se croyait soeur!


"Assise au bord du lit, à la lumière de la petite lampe de la table de nuit, j'avais déplié la feuille de notes. Je les avais lues et relues tant de fois que je les savais par coeur.

'Gouttes d'eau qui tombent d'une fissure entre les rochers. Air froid et humide d'une grotte. Réserve de livre hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. Frasil sur un lac à l'aube. Mèche de cheveux d'un défunt formant une légère boucle. Vieux velours passé qui a gardé sa douceur'

Les pierres du pavement du pont etéient toutes noircies et usées. Certainement que Hiroyuki en avait foulé quelques unes. Depuis mon arrivée à Prague, je n'avais pas pu échapper à cette pensée. Il avait peut-être touché cette poignée de porte. Tout en buvant un café à cette terrasse, il avait peut-être regardé les pigeons sur la place. (...) Moi qui l'avait perdu, je traversais le pont qu'à seize ans il avait emprunté alors que je ne le connaissais pas. Comment ce pont pouvait-il être toujours là, inchangé, alors que lui n'était plus de ce monde?"


Il y a beaucoup de point commun entre La formule préférée du professeur et Parfum de glace. Tout d'abord, l'amour de la beauté des mathématiques. Ensuite, les enjeux liés à la perte de mémoire. Yoko Ogawa semble creuser par son écriture les sujets qui lui sont chers, comme pour nous aider nous aussi à en percer les secrets.


Beaucoup de pages restent graver dans l'esprit, quand on referme le livre, notamment les échanges entre Ryoko et le gardien des paons:


"-Dans cette grotte... commença le gardien après avoir attendu que disparaissent les derniers accents de ma voix se répercutant contre le rocher, il n'est jamais trop tard.

C'était rare de l'entendre dire des choses aussi définitives.

Commes si ces paroles étaient un signe, les paons se rassemblèrent sous les étagères où les pots étaient alignés et après avoir becqueté l'eau qui se trouvait là dans un creux, s'en allèrent serrer les uns contre les autres, disparaissant dans les ténèbres. (...)

- Tout est décidé à l'avance. Quoi que vous fassiez ou que vous ne fassiez pas, vous ne pouvez renverser la décision.

-La décision?

-Oui.

-Qu'est ce que je peux faire alors?

-Uniquement vous souvenir."


Ce roman présente plusieurs façons de vivre la finitude, le deuil, et la fin d'un amour. Il y a Ryoko, qui cherche à reconstituer pas à pas la vie de l'être absent. Il y a sa mère qui a arrêté de vivre tant elle ne peut supporter le départ de son fils ainé. Elle ne fait que dépoussiérer régulièrement les traces de sa présence passée pour les conserver intact. Il y a le frère du défunt qui sait que rien ne changera la situation de toutes les façons. Il y a l'ex copine du défunt qui a tout fait pour tourner la page au plus vite quand elle l'a perdu de vue. Mais à travers tous les personnages, l'auteur nous offre des points de vue comme un questionnement, mais pas de solution, si ce n'est l'écriture comme quête du mystère de ce qui s'évanouit.


Yogo Ogawa construit pour nous un univers où les mots tombent juste, où les agencements du récit en allé-retour entre passé et présent forment des figures inattendues, où les fantômes du réel et les objets de notre imagination semblent vouloir nous sussurer tout ce qu'on ne voit pas de l'existence. Elle nous invite presque à une expérience philosophique où seul l'absent a du relief, tandis que le présent n'est qu'un collage plat.


Un roman à conseiller à ceux qui aiment se poser la question du mystère de nos vies poétiquement.

Un roman a recommandé à ceux qui s'interrogent sur la perte et sur la mémoire.

Un roman qui se lit comme un polar tout en soulevant de nombreuses questions presque métaphysiques sans avoir l'air d'y toucher.

14 mai 2010

Petits coins de paradis...




A Bruxelles, j'ai Filigranes, pour les dimanches de grisaille, pour les thé-tarte entre copines... ma petite librairie ouverte tous les jours de l'année. Avec son piano à tout vent. Et toujours de bons conseils de libraires, des rayons et des lignes pour se perdre ou se trouver.


A Vienne, j'ai découvert Phil. C'était un dimanche. Et il y faisait si bon. Des petits carnets, des livres d'artistes, des livres de photo et des guides touristiques qui font qu'on s'évade l'espace d'un petit rien. Des livres pour sauver toutes les âmes perdues. Avec un petit café ou juste un petit sourire. Sur de bons conseils, je suis repartie avec Das Leben kleben sous le bras, de Marina Lewycka (titre original: We are all made of glue).


Renseignement pris, c'est une auteur d'origine ukrainienne mais qui vit en Angleterre. Dans ce roman, on croise Georgie qui jette dans une benne à ordure la collection de Deutsch Grammophon de son compagnon avec qui plus rien ne va et Naomie, une vieille dame, qui les prend, un peu pour ne pas jeter, un peu parce qu'elle adore la musique. Et sous la pluie anglaise, ces deux-là vont s'apprivoiser pour se tenir chaud l'espace d'un hiver. C'est un peu à la Anna Gavalda, mais en moins retravaillé, en moins fini. D'ailleurs, on a l'impression que l'auteur joue avec ce côté livre non abouti, car dans le roman Georgie elle-même passe son temps à retravailler un manuscrit refusé, qui apparait en italique tout barré et raturé de ci de là.


Pas un grand roman, mais un petit chat sur les genoux qui tient douce compagnie en gardant son indépendance mystérieuse.
Une tentative de réfléchir à tout ce qui colle ou qui décolle, dans nos petites vies, dans notre Histoire. Des pages surprenantes sur le conflit Israelo-Palestinien. Des paragraphes déroutants sur les polymères et autres molécules composants les colles industrielles. Des envolées contre les services sociaux expéditifs des hopitaux britaniques, mais aussi sur les agents immobiliers aux dents longues. Au final, il y a plein de petites choses dans ce livre, qui font qu'on s'attache, même si parfois il n'y a plus rien à recoller.






24 avril 2010

Empreinte(s)




Quand la petite et la grande histoire joue à "je te tiens tu me tiens par la barbichette", ça donne l'Empreinte de l'ange de Nancy Huston...


Quand l'Allemagne, la France et l'Algérie se regardent en chien de faïence, ça donne l'Empreinte de l'ange de Nancy Huston...


Quand un flûtiste de renom et un luthier de génie s'éprennent de Saffie, l'Allemande mystérieuse aux yeux verts, ça donne l'Empreinte de l'ange de Nancy Huston...


... et pour nous lecteurs, ça donne des frissons, ça émeut, ça interpèle, ça sonne et ça marque, comme cette page 291:


"Faibles nous sommes, et craintifs, et surtout las, las.

Aveugles et muets nous sommes, les yeux bandés par nos propres mains, la gorge obstruée par nos cris.

Nous ne savons guérir notre douleur, seulement la transmettre, la donner en héritage. Tiens chéri.

Nous avançons grotesquement, à cloche cloche, écartelés: un pied dans nos petites histoires et l'autre dans l'histoire du siècle.

C'est tellement dur d'être lucide..."


Un roman à conseiller à tous ceux qui s'interrogent sur l'innocence, sur l'engagement, sur les cicatrices, et sur la mémoire.


Un roman à recommander à tous ceux qui aiment la musique, le souffle, les instruments et leur singularité.


Un roman à offrir à des germanistes, je pense.


18 avril 2010

Exceptionnel




Sur les conseils de Jean-Pierre et Alexandra (que je remercie très vivement), je me suis plongée dans A marche forcée, à pied du cercle polaire à l'Himalaya, 1941-1942 de Slavomir Rawicz. Et ce livre m'a marquée pour très longtemps je pense. J'ai envie de le conseiller à tout le monde!


Il s'agit du récit de la capture de Slavomir Rawicz, en Pologne, soupçonné par les Russes d'être espion, car il parle leur langue parfaitement, du fait de sa mère qui lui a transmis cet idiome. En fait, il n'est ni agent-double, ni soldat malveillant, mais il va connaître la torture, les interrogatoires sans fin, absurdes, les pires cellules, les jugements fantoches, avant de n'atterrir en Sibérie, dans un camp de travail forcé. Et là, au lieu de se laisser mourir, il va prendre en main son destin et décider de s'évader. Ayant trouvé des compagnons de cavale, il va fuir le camp et traverser des territoires dangereux pour gagner l'Inde. C'est alors un récit de vie inouï, où l'on suit pas à pas ce groupe d'hommes perdu dans l'imensité du monde, fuyant la barbarie des humains et s'affrontant à une nature pleine de surprises.


On a beau savoir qu'il a survécu, puisqu'il a écrit, on tremble avec Slavomir Rawicz page à page. On est admiratif de sa force d'âme, de son caractère, mais aussi de la solidarité qui se développe entre les évadés, et de l'accueil chaleureux qu'ils reçoivent dans leur long périple sous des climats hostiles. Ces scènes de rencontres sont d'ailleurs très émouvantes et belles, qu'elles se situent dans les cahutes en Mongolie ou dans les grottes des montagnes de l'Himalaya.


Tout d'abord, ce livre m'a plu car il exprime très bien la difficulté de la situation des Polonais envahis par les Allemands nazis et par les Russes staliniens en même temps. Ensuite, j'ai été impressionnée par les conditions de détention, les non-sens violents, et l'inhumanité des traitements. On n'image que très partiellement je trouve, ces hommes barbus, assaillis par les poux, et par la propagnande, contraints de signer des documents faux sous les coups répétés. Ce livre permet de mieux se rendre compte de l'ampleur de l'atrocité.


Je suis fascinée par le récit de l'évasion, par la précision des souvenirs de l'absurde mais aussi des immenses petites joies d'une bouchée de pain quand on n'a pas mangé depuis des jours. Des gouttes d'eau sur une langue sèche. Un oasis au loin.


Ce qui est fou, c'est que tous ces hommes du camp sont arrivés là prisonniers, comme ça, pour rien. Comme dans beaucoup de guerres ou de régimes totalitaires. L'un n'a pas réussi à réparer un tracteur qui de toutes les façons était foutu, alors hop accusé de sabotage. L'autre construisait le métro à Moscou, on l'a augmenté et hop on l'a arrêté un soir et saisi ses biens alors qu'on le déportait... Ainsi il a compris pourquoi on s'était débarrassé de lui du jour au lendemain, sans signes avant coureurs, et surtout pourquoi on l'avait augmenté!


Il y a aussi ces pages très émouvantes, comme les jours de Noël dans des conditions sordides.


Ce témoignage est à lire absolument. Ne passez pas à côté de cette humilité, de ce dépassement de soi.


Quelle créativité pour survivre, dans le froid sibérien, dans la sécheresse toride du désert de Gobi, dans les montagnes raides d'Himalaya. Quelle intensité de vie dans les moments les plus sourds et atroces. Quels rires quand l'humour reste le dernier espoir. D'ailleurs le personnage de Zaro, qui reste clown en toutes épreuves, nous donne à tous une grande leçon. Et c'est peu de le dire.


Ce livre est un concentré de liberté éblouissant, un texte extrêmement intense, où des hommes de 25 à 35 ans nous apprennent plus sur la vie en quelques silences, que de nombreux longs discours. C'est un récit de "voyage" hors pair, qui souligne ce que l'humain a de plus beau. Je crois qu'aucun homme ne peut rester insensible à ce témoignage poignant dans sa simplicité et son authenticité.


On referme ce livre en pensant très fort à ces hommes qu'on a accompagnés l'espace d'un instant. On se demande comment ils ont vécu après ces milliers de kilomètres de marche, après l'épreuve hors du commun, après l'inconcevable mais vrai. On aimerait avoir eu la chance de les connaître, car ce sont des êtres simples et grands, assurément.
Merci à Nicolas Bouvier d'avoir permis cette réédition.






08 avril 2010

Petits coeurs solitaires...




Et voilà un livre tout droit fait pour la rubrique "Au féminin" de ce blog, et qui se lit tout seul...


Il s'agit du Mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti, une auteure suédoise qui a connu un succès international avec ce roman.


Il raconte une rencontre amoureuse à deux voix: celle de Benny, paysan au milieu de ses vaches et de sa ferme et celle de Désirée, bibliothécaire et citadine, qui vit dans un appartement épuré et chic. Alors oui, on est un peu dans le stéréotype du choc culturel, mais ce qui sauve le roman sont toutes les loufoqueries que l'auteur sème au cours du récit, à l'image du titre d'ailleurs. Ainsi on a par exemple une collègue bibliothécaire qui fait des dossiers d'archives sur les employés dignes des pires services secrets... On a des petits Haikus en tête de chapitre tout aussi à l'ouest, comme par exemple:


"Jour après jour

Face à face

Avec des miroirs fêlés

Et des PV triomphants sur le pare-brise"


Il en ressort, une certaine tendresse pour les personnages, un brin de cynisme quand même aussi... Un petit roman de filles qui ne mange pas de pain et dégage une certaine fraicheure en ce début de printemps.


Et puis j'aime bien la couverture du livre, ce qui ne gâte rien.

En bref, un roman pour les coeurs solitaires qui veulent s'offrir quelques minutes d'espoir et d'ironie suedoise...

Merci à Hélène pour le conseil... qui date maintenant... car j'ai passé un bon moment!

10 mars 2010

Chapeau bas et balai-brosse haut!








On lit Sur le quai de Ouistreham, et on a envie de faire un texte mieux que bien pour conseiller sa lecture. Car elle s'en est donné du mal, Florence Aubenas, pour percer les silences et les tabous du monde de la précarité; Car elle sait frotter sa plume aux mots durs, aux visages épuisés et au brouillard du nord; Car elle nous touche et nous parle de juste à côté, et de si loin pourtant.




Florence Aubenas, célèbre journaliste, et ancienne otage en Irak, a donc tout quitté pour six mois. Elle a dit à son entourage professionnel qu'elle partait en congé sabbatique au Maroc, alors qu'elle se faisait passer pour une femme seule, sans diplôme, à la recherche d'un emploi dans la banlieue de Caen. De cette expérience elle a fait un récit du quotidien des exclus: les heures à Pôle Emploi, les entretiens d'embauche, la dureté des tâches de ménage à accomplir pour survivre, la fatigue, le cumul de petits boulots mal payés et souvent pour très peu de temps, et le pire: le ferry dont les toilettes à nettoyer sont présentés comme le summum de la brutalité contemporaine.




J'ai trouvé cette plongée dans le monde des chômeurs en quête d'heures de ménage bienvenue dans un monde où peu de gens savent vraiment ce qui se cache derrière les chiffres et les rapports administratifs. Je ressors de ma lecture pleine de questions: Est ce que Florence Aubenas a coupé avec ses proches pour connaitre l'isolement aussi? A-t-elle été bien accueillie quand elle a fait tomber le masque, en Robin des bois des temps moderne? Ou les gens se sont-il sentis trahis? Que retient-elle de ces six mois aujourd'hui? Pense-t-elle que cette forme de journalisme va avoir un impact social ou politique?




Il paraît que l'ouvrage devient difficile à trouver, rupture de stock en librairie... Serait-ce un signe prometteur d'une prise de conscience? Affaire à suivre donc...




J'entends aussi les critiques: "c'est facile de jouer au précaire quand on sait qu'on retrouve sa place au chaud après... " Oui, mais non! Je vous promets qu'à lire les douleurs physiques, le manque de soleil, et la détresse psychologique qu'a pu ressentir Florence Aubenas, on admire juste son courage.




Je conseille ce livre à ceux qui veulent savoir comment on vit avec 700 euros par mois, mais surtout comment on vit quand on devient transparent aux autres, et traîté comme une mois que rien...




Je recommande ce livre à ceux qui côtoient des milieux exclus du monde et de la société, pour leur donner envie de témoigner à leur tour ...










01 mars 2010

Pour les copines!






















J'ai découvert une B.D. qu'on a tout de suite envie d'offrir à ses copines: Aya de Yopougon écrite par Marguerite Abouet et illustrée par Clément Oubrerie. (Merci Alexandra pour ce judicieux conseil!)










Aya, l'héroîne qui prête son nom à la Bande Dessinée, a 19 ans et habite dans un quartier d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. Elle y vit avec sa famille, ses amies, ses voisins. Elle est studieuse, elle qui rêve de devenir médecin, tandis que ses copines sont plutôt délurées! Elles courent les hommes le soir, ce qui conduit Aya d'aventures en aventures: de comment s'occuper d'un bébé, à comment essayer de ne pas se faire imposer un mari! Aya parle de ses copines comme faisant le choix de la "série C ": Coiffure, Couture, Chasse au mari! Tout un programme et un régal pour nous lecteurs!








Le ton est couleur local, avec à la fin tout un petit glossaire fort sympathique pour s'imprégner du jargon du coin: un "genito" est ainsi un garçon qui a de l'argent à dépenser... avec qui on va "gazer" ( = s'éclater en boîte le soir). Quant au "galérien", c'est un garçon qui n'a pas trop de choses à faire... et j'en passe et des meilleurs.








Les couleurs sont vives comme les boubous. Les planches nous plongent dans l'Afrique, ses marchés, ses petites cours intérieures où l'on cuisine, étend le linge, papote...








J'aime tout particulièrement les notes de fin, où les personnages nous apprennent leurs plats favoris, ou encore comment porter un bébé sur le dos...








Un régal de cocasserie à mettre entre toutes les mains avides de connaitre un peu mieux le quotidien des filles Africaines de là-bas! On sent que l'auteur s'inspire de son vécu avec beaucoup de sincérité. On assiste à des moments amusants comme l'arrivée de la télévision, avec ses publicités pour la bière que tout le monde regarde ensemble le soir... ou comme la préparation à l'élection de Miss Yopougon!








Entre petites et grandes embrouiles, querelles d'époux et surveillance des enfants qui font le mur pour sortir le soir, vous trouverez de quoi vous distraire dans une contrée ensoleillée et animée, en attendant le printemps...








Pour ceux qui aiment cet univers, je conseille aussi Mma Ramotswe détective d'Alexander McCall Smith. Vous ne serez pas déçus du voyage!










23 février 2010

Un grand maître!




Je viens de lire Alfred Hitchcock présente: Les histoires à faire peur, dont le titre anglais est magnifique: Stories my mother never told me.


Quelle jubilation noire et grinçante! Quelles histoires côcasses ou fantastiques!!! Un régal!


Mes préférées, assûrement:


- "Un simple rêveur" ou comment votre vie peut tourner au cauchemard lorsque vos rêves nocturnes deviennent réalité...


- "En plein jus" ou comment parier peut s'avérer dangereux pour la santé...


-"L'homme qui était partout" ou comment organiser le meurtre parfait en planifiant une ubiquité simulée... (très technique dans les détails de la réalisation!!!)


-"Echanges de bons procédés" ou de l'importance d'avoir des voisins sympas quand on veut éliminer sa femme...


Tout ça pour vous mettre en appétit!


Les auteurs sont tous différents. J'ai un faible pour le style brillant de celle écrite par F. Scott Fitzgerald... quant à celle écrite par George Hitchcock, elle est tout simplement sordide!


On ne peut qu'être tenté de voir ou revoir les courts métrages "Hitchcock présente..." après avoir refermé le livre (c'est par exemple ici pour ceux qui sont intéressés)


Je ne résiste pas à vous livrer l'introduction d'Hitchcock au recueil, du moins sa fin:


"En ce qui concerne ce livre, je n'aurai pas la présomption de prévoir quelle réaction il suscitera de votre part, ami lecteur. Pas plus que, en dépit de mon immense désir, je n'essairai d'attirer votre attention sur une histoire en particulier. Ces histoires doivent être abordées sans avertissement, sans idée préconçue. C'est de cette façon seulement qu'elles produiront tout leur effet sur les systèmes nerveux sensibles.

La seule chose que je puisse vous promettre, c'est que vous allez éprouver toute la gamme des réactions émotionnelles (excepté bien sûr les sentiments tendres, avec lesquels je n'ai rien à faire). J'ai été jusqu'à inclure dans ce recueil un ou deux contes, à seule fin de vous distraire. Mais ne prenez pas cela pour un signe de faiblesse. Même dans ces contes, il y a des frissons sous-jacents qui donneront une curieuse saveur de dégustation. Et il y a d'autres histoires que je considère comme quasi diabolique.

En outre...

Mais quelqu'un m'a dit que les meilleures introductions sont les plus courtes. Donc, en avant!"


Je pense que ce livre est encore plus délicieux en anglais...


Avis aux amateurs!

05 février 2010

Délicieusement british!




Que faire quand à la veille de vous marier, on lit dans votre main que vous allez commettre un meurtre? Comment vivre avec un fantôme dépressif? Autant de questions amusantes qui donnent lieu à de courtes nouvelles rédigées avec talent par Oscar Wilde dans un recueil à lire absoluement: Le crime de Lord Arthur Savile.


Le style d'Oscar Wilde est jubilatoire. Il est piquant, ironique, décalé. J'avais beaucoup aimé Le portrait de Dorian Gray, et De l'importance d'être constant. Je suis contente d'avoir lu ses courtes histoires dans mes allé-retour de métro quotidien!


Un petit extrait pour vous mettre en appétit:


"Le lendemain, le fantôme était très faible et très las. Il commençait à ressentir l'effet de la terrible agitation des quatre dernières semaines. Ses nerfs étaient brisés. Il tressaillait au moindre bruit. Il garda la chambre pendant cinq jours et décida enfin de renoncer à la tâche de sang sur le parquet de la bibliothèque."
La suite dans la nouvelle: Le fantôme de Canterville, la deuxième du recueil!

Je conseille ce livre aux amateurs de contes!

Je recommande ces petits textes à ceux qui ont besoin de pointes d'humour au milieu de l'hiver (tongue-in-cheek garantie)

Ca se lit vite et ça balaye toutes les idées noires!


27 janvier 2010

688 pages après...




Suivant ma bonne résolution de revisiter les classiques, je me suis lancée dans L'idiot de Dostoievsky. Et mes impressions sont assez mélangées.


Bien sûr, on connait l'histoire de base: un "idiot" qui revient d'une cure en Suisse pour cause d'épilepsie regagne la société russe de St Petersbourg, où il se noue d'amitié avec des personnages complexes, comme leurs noms russes (Gabriel Ardalionytch, Yvan Fedorovitch Yepantchine, et j'en passe et des meilleurs)! Comme il est un peu naïf, on le prend soit pour un dangereux imposteur qui cache son jeu sous ses airs niais, soit comme un imbécile dont on se moque ardemment! Mais très vite, le procédé littéraire est utilisé pour que les personnages se prennent en pleine figure et avec toute sincérité leurs travers les plus odieux.


Derrière cette histoire s'en cache une autre, qui fait balancer notre héro idiot entre deux femmes: Nastasie Philipovna et Aglae Yepantchine. La première est une femme présentée comme une courtisane de peu de vertu, et qui balance entre tous les hommes de cette société russe que forment les personnages du livre. La seconde est la dernière des trois filles d'un général qui a des idéaux nobles et romantiques de vie, et espère faire un beau mariage loin de tous les noms de prétendants que lui soufflent ses parents.


Et il y a derrière tout ça une trame sans queue ni tête, des tas de digressions, d'excès, de scènes d'ivresse, de scènes de suicide ou de meurtre ratés dont tout le monde rit, de scènes de jeux dangereux en société où chacun révèle ses pires affaires et ses plus gros mensonges, etc.


C'est étrange comme ce grand style, cette finesse psychologique, ce théâtre détonnant, peut se retrouver comme noyé dans une masse de textes qui parle tout autant de nihilisme, du christ (d'ailleurs certain voit en le personnage de l'idiot une vision de Jésus), du destin, etc.


Et en plus, Dostoievsky nous confie sa vision de la littérature, de ses personnages, de son écriture, comme par exemple au début de la partie IV:


"Il y a des gens qu'il est malaisé de définir d'un seul trait, qui les aurait peints sous leur aspect particulier et caractéristique. Ce sont eux qu'on a l'habitude d'appeler 'des gens ordinaires', 'la majorité' et qui constituent effectivement l'immense majorité de la société. Les auteurs des romans et des nouvelles s'efforcent la plupart du temps de peindre des 'types'. Ces personnages ne se rencontrent presque jamais à l'état pure, bien qu'ils soient plus réels que la réalité même."



Il y a dans ce roman le bouillonnement de l'âme russe, qu'on le retrouve aussi chez Boulgakov mais d'une toute autre façon bien sûr, encore plus surréaliste qu'ici.


Les dialogues de L'Idiot sont fous, emprunts de sarcasme, de beuverie, d'espièglerie, et de force.


"-L'étranger me tuait. Je me rappelle être sorti de cette obscurité un soir à Bâle à la frontière suisse, et c'est un cri d'âne au marché de la ville qui ma réveillé. L'âne me fit une impression extrême et je ne sais trop pourquoi, un plaisir immense; et alors tout est devenu clair dans ma tête.

-Un âne? C'est bizarre! fit la générale. Après tout, il n'y a rien de bizarre à cela, il se peut que l'un de nous s'éprenne tout d'un coup d'un âne, ajouta-t-elle."


Que dire après tout ça? Que comme dans tous les chefs d'œuvre, on en ressort la tête pleine de sensations qu'il faut digérer lentement. Essayer de raconter L'idiot, ce serait comme essayer de raconter La recherche de Proust. Je crois que dans l'un comme dans l'autre chacun peut y trouver des choses très différentes.


J'ajouterai que ce n'est pas une lecture facile, avec une intrigue directrice qui porte le lecteur d'un bout à l'autre.


Je conseille donc ce livre aux amateurs de culture Russe qui sont prêts à s'immerger dans des centaines de pages tortueuses!


Je recommande ce roman à ceux qui veulent revoir leurs classiques et qui ont le temps et l'énergie de se lancer dans un pavé.


Je pense que ce livre est aussi pour ceux qui en ont marre des constructions habituelles de livres ou de films. Où l'on sent dès le début les choses qui vont se passer. Où l'on sait dès le début les lignes qui vont rester graver et celles qui vont s'effacer. En lisant l'Idiot, ils pourront lâcher prise, et se noyer dans un style qu'on ne trouve plus de nos jours.

16 janvier 2010

Tome 2: Attendre et espérer


Je viens de refermer le tome 2 (et dernier tome) du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas. Quel bonheur! C'est tout aussi palpitant, d'autant plus qu'on s'approche du dénouement. C'est tout aussi riche de rebondissements, de coups de théâtre, et de scènes à couper le souffle!

Alexandre Dumas rivalise d'ingéniosité dans le choix des titres de chapitre. Mon préféré est: "Le moyen de délivrer un jardinier des loirs qui mangent ses pêches", et ce, sans hésitation!

Il multiplie aussi les clins d'œil aux lecteurs pour notre plus grand plaisir:

"Un col de satin noir sortant des mains du fabricant, une barbe fraîche, des moustaches grises, l'œil assuré, un habit de major orné de trois plaques et de cinq croix en somme, une tenue irréprochable de vieux soldat, tel apparut le major, ce tendre père que nous connaissons."

Ce personnage bien sûr n'est ni père ni major comme il le prétend, et Dumas nous rappelle habilement qu'il nous a mis dans la confidence et que nous pouvons savourer ce moment où tous les personnages se font berner par le faux noble soldat, sauf nous bien sûr, et son héros.

Et en prime, le ton se complexifie. On sent l'amertume, le doute, et l'ironie pointés leur nez. Les lumières et les couleurs sont moins tranchés. Chaque personnage interroge ses choix, sa destiné, ses luttes. Les faits et les actes prennent des sens différents, moins nets, plus gris.

"Allons donc, homme régénéré; allons, riche extravagant; allons, dormeur éveillé; allons, visionnaire tout-puissant; allons, millionnaire invincible, reprends pour un instant cette funeste perspective de la vie misérable et affamée; repasse par les chemins où la fatalité t'a poussé, où le malheur t'a conduit, où le désespoir t'a reçu; (...) Cache ces diamants, souille cet or, efface ces rayons; riche, retrouve le pauvre; libre retrouve le prisonnier; ressuscité, retrouve le cadavre."

Ce qui reste cependant c'est la satire de la société de cour, où l'on est tour à tour porté aux nues ou à l'échafaud, et ce en fonction d'un rien. Tout n'est que "rentes", "titres" et "faux semblants". Pour le meilleur et pour le pire. La célébrité se crée comme elle s'efface. Les coups sont donnés, puis oubliés. Dumas nous offre une lecture du monde toujours d'actualité.

Si Dumas nous transmet une leçon, c'est peut-être celle-là:

"Voici tout le secret de ma conduite: Il n'y a ni bonheur ni malheur en ce monde, il y a la comparaison d'un état à un autre, voilà tout. Celui-là seul qui a éprouvé l'extrême infortune est apte à ressentir l'extrême félicité. Il faut avoir voulu mourir pour savoir combien il est bon de vivre.
Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon cœur, et n'oubliez jamais que, jusqu'au jour où Dieu daignera dévoiler l'avenir à l'homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots:
Attendre et espérer!"

Je vous recommande donc très vivement ce roman. Je me porte garante: vous ne serez pas déçu. Vous ne verrez point passer les heures. Et vous ressortirez fort de cette lecture délicieuse, avec l'envie d'autres mots et d'autres voyages...


Un grand merci à Jean-Pierre de m'avoir prêté ce roman, et à Nassira de me l'avoir recommandé si vivement.

10 janvier 2010

Tome 1 au coin du feu















Lors de mon réveillon, de joyeuses âmes m'ont conseillé de lire Le comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas... Et quel ne fut pas mon bonheur de passer le 1er de l'an devant le feu à lire le tome 1!








Etant donné que le roman a été publié sous la forme d'un feuilleton, on se régale de chapitre en chapitre, car le suspense est dense! C'est un peu la série télé d'un autre siècle, avec ses mystères, ses rebondissements...








Je trouve d'ailleurs que l'écriture est très théâtrale, presque même cinématographique. Les gros plans sur les visages des personnages qui découvrent des pans cachés avec surprise, ou essaient de cacher leur jeu, sont nombreux et amusants. On tremble, on frémit.








L'histoire: Edmond Dantès, un jeune homme sur le point de se marier et de devenir capitaine, est accusé de bonapartisme et enfermé en prison sans jugement pendant de longues années... Jusqu'au jour où il parvient à sortir de sa situation, et décide de se venger. Il met alors au point des stratagèmes très fins et méticuleux...








J'aime l'éloge de l'intelligence, du savoir, et du bon mot que fait Dumas:








"Au reste, mon véritable trésor, voyez-vous, mon ami, n'est pas celui qui m'attendait sous les sombres roches de Monte-Cristo, c'est votre présence, c'est notre cohabitation de cinq à six heures par jour, malgré nos geôliers. Ce sont ces rayons d'intelligence que vous avez versés dans mon cerveau, ces langues que vous avez implantées dans ma mémoire et qui y poussent avec toutes leurs ramifications philologiques. Ces sciences diverses que vous m'avez rendues si faciles par la profondeur de la connaissance que vous en avez et la netteté des principes où vous les avez réduites, voilà mon trésor, ami, voilà en quoi vous m'avez fait riche et heureux."








J'ai apprécié aussi toutes les interrogations sur la justice, et le sens du bien et du mal:








"Je me battrais en duel pour une misère, pour une insulte, pour un démenti, pour un soufflet, et cela avec d'autant plus d'insouciance que, grâce à l'adresse que j'ai acquise à tous les exercices du corps et à la lente habitude que j'ai prise du danger, je serais à peu près sûre de tuer mon homme. Mais pour une douleur lente, profonde, infinie, éternelle, je rendrais s'il était possible une douleur pareile à celle que l'on m'aurait faite: oeil pour oeil, dent pour dent, comme disent les Orientaux."








Ce qui est aussi remarquable c'est le sens de la manigance. On observe un homme tiré les ficelles. On sourit de voir des êtres mués par des fils invisibles, se faire avoir... après avoir menti, trahi, et infligé la souffrance.








"Les arbres, voyez-vous, monsieur Bertuccio, ne plaisent que parce qu'ils font de l'ombre, et l'ombre elle-même ne plait que parce qu'elle est pleine de rêverie et de visions."








Enfin, quelle langue! J'aime ce style désuet et maniéré, où changer un "Comte" en "Monsieur" peut être le summum de l'infamie!








Quelle douceur aussi de retrouver l'Italie (Lucques, Florence, Rome) et de voir combien les hommes du 19e siècle étaient des Européens bien avant l'heure.








Je conseille ce roman à ceux qui veulent replonger dans les méandres mélodramatiques des histoires d'enfants, où les méchants sont punis, et les bons triomphent! Dumas critique l'arrivisme, culte de l'argent et des apparences.








Je pense que ce roman plaira aux amateurs de romans historiques, avec les conflits entre Royalistes et Bonapartistes! On n'imagine pas à quel point ces partis pris pouvaient avoir de conséquences pour les concitoyens de l'époque. On ne réalise pas je trouve l'impact de l'instabilité politique du début du 19e sur les Français de l'époque. Toutes les corruptions par derrière, les arrestations arbitraires. Un jour vous êtes du bon côté, le lendemain du mauvais.








Bref, un roman qui peut vous donner une folle envie de revoir vos classiques en 2010!
















31 décembre 2009

Bonne Année 2010!




En ce 31 décembre, je m'en viens vous souhaiter des mots doux pour 2010.

Des mots qui éclairent.

Des mots qui surprennent.

Des mots qui changent.

Des mots qui transportent.

Des mots qui touchent.

Des mots qui marquent.


Et pour Pan-or-amiques, je souhaite que vous passiez le mot, pour qu'encore plus de personnes puissent y puiser des idées de lecture pour l'année à venir!


Bon réveillon!


19 décembre 2009

Pour se faire du bien...




Pour vous faire du bien pendant les fêtes, je vous ai trouvé un album B.D. assez unique en son genre: La veille dame qui n'avait jamais joué au tennis de ZIDROU.


Cet album est une mise en B.D. de petites nouvelles. J'aime les nouvelles pour ce qui est si accrocheur quand on les lit: leur chute! Et là on est servi!


En plus, le trait varie à chaque histoire, car ZIDROU a travaillé avec différents dessinateurs!


Alors de quoi parlent ces nouvelles en image? Tout d'abord, de ce qu'on est prêt à faire par amour. Ensuite de l'intimité. Enfin des surpises de la vie.


Je ne veux rien vous révéler de plus, pour que vous puissiez vous aussi vous faire bercer par la magie de ces petits bouts d'histoire.
Cette bande dessinée plaira à tous ceux qui sont en quête de tendresse, d'humour et de sensibilité.
Elle est aussi faite pour ceux qui aiment les histoires courtes, juste quelques pages avant de s'endormir...


09 décembre 2009

Essayer




Suite à mon commentaire sur Quitter le monde, j'ai reçu comme avis de lecteurs que ce n'était pas le meilleur Douglas Kennedy... Qu'il fallait que je lise La poursuite du bonheur. C'est chose faite!


J'y ai retrouvé ce qui fait Le Douglas Kennedy: du romanesque, et encore du romanesque. Mais surtout des femmes fortes, trinqueballées par le destin. Des avocats gentils, attentionés et honnêtes. Des moments de réussite avec bel appartement et argent à la clé, comme des moments de déprime totale au bord du suicide... et des pages qu'on tourne à une vitesse folle, sans se retourner.


Ce qui m'a plu, c'est que ça marche! Comme dans Quitter le monde, la force des émotions est là, l'intruigue est bien menée, les personnages complexes et bien trempés.


Avec en plus, ici, le McCartysme. Ca fait frémir mais on peut presentir Guantanamo.
Cette fois-ci, nous sommes dans le milieu du journalisme et des artistes, plutôt à gauche, et donc en danger en cette période de guerre froide.


Et puis enfin, j'aime la morale de l'histoire: "Vivre, c'est essayer"


A méditer!


04 décembre 2009

Au 36...



Un petit polar français. Ça faisait longtemps. Mais pas une intrigue policière fumeuse à la série télé. Plutôt un reportage documentaire précis et synthétique sur comment la police mène des enquêtes criminelles à Paris. D'ailleurs, le roman a presque la forme d'un rapport.

Tout démarre avec le meurtre d'un CPE d’un collège de banlieue : deux balles à bout portant, tirées par un mystérieux motard au casque noir. Une scène de crime sur un trottoir près d'une cité, et pour les policiers, le même scénario que d’habitude : « Identifier le cadavre, entendre les témoins, annoncer la mort aux proches, assister le médecin légiste lors de l’autopsie, tirer les ficelles, confronter les idées, monter le dossier, vérifier les alibis, travailler les pistes, mettre hors d’état de nuire, obtenir les aveux (…) Des jours de labeur, des nuits d’insomnies et de doutes. » Mais cette fois, ce qu’ils ne savent pas encore, c’est que ce mort est le premier d’une longue liste et qu’ils partent à la chasse d’un serial killer du vendredi…


Tout y est: le décor du
36 quai des orfèvres, les relations entre policiers et substituts du procureur, les liens ambivalents entre les policiers et les journalistes, les façons qu'ont les collègues de se donner des pseudo. Mais surtout, le vocabulaire du milieu est là pour nous plonger dans l'ambiance. On apprend par exemple qu'un "tapissage", c'est aligner un suspect parmi d'autres civils pour voir si le témoin peut le reconnaître ou pas. Mais vous apprendrez aussi ce que veut dire "crever" une affaire, et plein d'autres expressions que je vous laisse découvrir à la lecture du roman. Et pas de panique, l'auteur nous met les explications en bas de page, comme pour mieux nous faire entrer dans son quotidien!

Enquête faite sur l'auteur, Hervé Jourdain, on comprend mieux:
parisien de naissance, et vendéen de cœur, il est lui-même policier depuis l'âge de vingt ans. Il est également passionné de course à pied, ce qui se ressent à la lecture du livre. De fait, il nous fait naviguer entre les amateurs de marathons et les flics, entre La Rochelle, Les Sables d'Olonne, et Paris. On sent le vécu au-delà de l'effet de réel.

J'ai trouvé que les personnages étaient moins fouillés que chez d'autres auteurs qui ne sont pas policiers de formation, comme par exemple Fred Vargas. Par contre, on se rend mieux compte du côté
procédural du métier. Les P.V., les règles de perquisition, les attributions des enquêtes à un service plutôt qu'à l'autre, les archives, les interrogatoires. J'ai trouvé que la clé de l'enigme semblait trop simple au début; je sentais venir le dénouement; et puis en fait non! Pas complètement. Et c'est ça qui m'a fait dire que ce roman vallait le détour!

Ce livre plaira à ceux qui veulent savoir comment se passe une autopsie, comment on traque les personnes via l'internet, et toutes les autres techniques modernes utilisées courament par la P.J.

Ce roman fera le plaisir des amateurs de
Simenon.

Un roman qui piquera aussi l'intérêt de ceux qui côtoient
l'éducation nationale mais aussi le monde de l'édition.

Enfin, je dois dire que j'aime la mise en abyme proposée par l'auteur sur ce que veut dire écrire un polar... Je ne vous en dit pas plus...

Bonne lecture!

30 novembre 2009

Sourde Egypte




Misère, clientelisme, corruption, terrorisme,... Cet inventaire à la Prévert très noir donne un avant-goût de ce que vous pourrez trouver dans l'Immeuble Yacoubian de Alaa el Aswany. Cet auteur nous fait découvrir une Egypte sourde aux maux de ses hommes, une Egypte qui étouffe les ambitions les plus nobles au profit des bassesses les plus minables. Un livre qui fait mal. Et pourtant tout n'est pas si simple, si caricatural, si tranché.


Bien sûr, la condition des femmes est révoltante, bien sûr le népotisme fait frémir, mais l'Egypte de l'Immeuble Yacoubian reste plus que ça. C'est une Egypte qui chante, qui fume, qui boit, qui aime, qui cherche. Une Egypte qui n'est pas celle des pyramides et des touristes, mais bien une Egypte du quotidien de la rue, au passage.


Ce roman plaira à ceux qui aiment comprendre les sociétés de l'intérieur. El Aswany est un reconstructeur d'ambiance de talents. On sent les odeurs, on entend les bruits du Caire. Il sait aussi faire se croiser les différents personnages avec subtilité, si bien qu'on voit se tisser le lien social, on le voit aussi se défaire, de pages en pages, tout en étant dans ce brouhaha de personnages qui font la vie d'un immeuble.


Ce roman intéressera ceux qui se penchent sur le devenir des êtres, dans leur lutte quotidienne pour se faire une place dans ce monde, que ce soit en passant par les études, la religion, les magouilles, l'amour. Ils pourront suivre Taha qui plonge dans l'islamisme. Azzam qui coule dans l'affairisme. Entre autres.
Je vous offre l'incipit: "Cent mètres à peine séparent le passage Bahlar où habite Zaki Dessouki de son bureau de l'immeuble Yacoubian, mais il met, tous les matins, une heure à les franchir car il lui faut saluer ses amis de la rue: les marchands de chaussures, et leur commis des deux sexes, les garçons de café, le personnel du cinéma, les habitués du magasin de café brésilien. Zaki bey connaît par leur nom jusqu'aux concierges, cireurs de souliers, mendiants et agents de la circulation. Il échange avec eux salutations et nouvelles. C'est un des plus anciens habitants de la rue Soliman-Pacha."


Ce livre est aussi l'occasion pour moi de lancer deux nouvelles rubriques: celle intitulée "romans d'immeuble" et celle intitulée "découvrir un pays". La première vous plongera dans des histoires qui sont construites autour d'un immeuble, dans des lieux et époques différentes. La deuxième vous permettra de vous plonger dans la découverte d'un pays, par l'écriture. Encore plus d'entrées possibles pour vous fidèles lecteurs dans le monde des romans d'ici ou d'ailleurs, à la recherche de petites pépites à partager! Vue pan-or-amique garantie!

21 novembre 2009

Anti long fleuve tranquille...




C'est comme un conte de fées mais à l'envers. Un conte de fées du désespoir. Un univers où les tartines beurrées tombent toujours du mauvais côté, où l'on se prend les pieds dans le tapis. Une sorte de livre de Job contemporain. Vous savez ce passage de la bible où le diable dit à Dieu que Job a la foi parce qu'il a tout. C'est alors que Dieu le prive de chacun de ses petits bonheurs, pour prouver au diable qu'il continuera à croire même dans la pire situation... Mais ici point de Dieu, point de Job. Mais une femme, Jane. Une héroïne hors du commun. Pour ce roman Quitter le monde.


Jane va nous montrer sa vulnérabilité, mais surtout sa force. Sa volonté. Sa liberté. Jusqu'au bout. Jane va porter ce récit à elle seule. Un personnage qu'on n'oublie pas.


C'était mon premier Douglas Kennedy après tant de recommandations de mes amies. J'avais comme une sorte de peur du bestseller. Et en fait, j'ai trouvé ça très bien mené. J'ai pensé également que ce roman transmettait une certaine énergie, contrairement à ce que l'on pourrait croire en lisant le résumé. (Je vous conseille d'ailleurs de ne pas lire la quatrième de couverture avant de commencer!)


Ce livre jette un regard intéressant sur l'Amérique:


"Nous sommes tous obnubilés par le désir d'arranger les choses, au point de nous persuader que nous sommes capables de rectifier le cours de la vie. 'Jeter des ponts', 'tendre la main', 'arrondir les angles': le lexique de l'Amérique moderne est hanté par le besoin de réconciliation, car nous sommes le pays 'où tout est possible', pas vrai? Nous nous faisons fort d'esquiver la tragédie, de combler l'abîme insurmontable qui se creuse si souvent entre les êtres humains, de comprendre l'incompréhension..."


Un roman pour ceux qui s'intéressent aux parcours de vie...


Un roman qui donne envie de lire Melville, Hemingway et d'écouter Brückner.


Merci Anne-Laure de me l'avoir prêté!!!!


Un dernier extrait pour la route:


"Le souvenir d'une nuit blanche en particulier, des mois auparavant, s'est dégagé je ne sais pourquoi du fouillis de ma mémoire. tourmentée par ma peine, environnée de ténèbres, je m'étais levée pour aller m'asseoir devant mon ordinateur et parcourir le cyberespace pendant des heures, sans but, jusqu'à ce que le jour revienne enfin. Brusquement, j'avais tapé sur Google le mot 'incertitude'. Sur une impulsion. Au milieu des dizaines de pages qui s'affichaient, à l'écran j'avais repéré un nom qui ne m'était pas inconnu: Werner Heisenberg. C'est le mathématicien et physicien allemand à qui revenait la parité du principe d'incertitude: en considérant une particule donnée, on ne peut jamais connaitre à la fois, sa position et sa vitesse. C'est l'une ou l'autre. Telle est l'indétermination de tout fragment de vie."

16 novembre 2009

Meurtre à Fjällbacka




Tout commence quand un pêcheur remonte le corps d'une petite fille noyée au lieu de son casier à homards. Et Camilla Läckberg nous embarque directe sur la piste d'un tueur très mystérieux, dans l'ambiance tendue et nuageuse d'un petit village suédois, Fjällbacka, que les habitués de l'auteur connaissent bien!

Ce sont à nouveau Erika et Patrick qui mènent l'enquête, enfin cette fois-ci, peut-être quand même plus Patrick, car Erika vient d'avoir une petite Maja, et qu'elle est très occupée à alaiter...

C'est donc dans la droite ligne de La princesse des glaces, et du Prédicateur. Et ça s'appelle le tailleur de pierre.

Ce sont les mêmes outils narratifs: Camilla Läckberg nous présente des personnages qui en savent plus que nous, et nous tient en haleine au maximum avant de nous révéler leur petits secrets. On suit le point de vue de différents acteurs du drame par petites séquences successives, sans trop savoir toujours quels liens il existe entre les différentes histoires. Et tout d'un coup tout prend forme. Et l'on comprend l'inavouable, le terrible, le cruel.

Un roman à conseiller à tous les amateurs de polars à la Millenium.

Un roman qu'on lit en deux jours, scotché à son fauteuil ou à son lit, jusqu'à pas d'heures!

Bref, avis à ceux qui ont de longs trajets en perspective, ou qui veulent tout simplement se faire un week-end cocooning palpitant!

13 novembre 2009

Intense Irlande




J'étais à un mariage à Naples, quand une Irlandaise à la retraite m'a conseillé de lire Le testament caché de Sebastian Barry. Elle m'a dit que je découvrirais une histoire bouleversante, et que je pourrais comprendre l'Irlande un peu mieux... Et quel cadeau elle m'a fait! Ce roman est un trésor!

Il est si bien écrit (et traduit) qu'on a envie de le lire tout doucement, intensément. De ne pas en manquer une miette.

Ce sont deux journaux intimes qui se répondent et se font écho. Celui d'une vieille dame centenaire dans un asile psychiatrique, et celui de son médecin.

Roseanne, la patiente, a un regard si aiguisé sur la vie qu'on a envie de continuer à l'écouter nous raconter son histoire: son enfance, ses parents, son mariage, sa déchéance, son exclusion, ses douleurs. Ses paroles sont si justes et son témoignage est si touchant, qu'on est emporté comme par une grande vague.

Tant de passages m'ont marquée comme celui-ci: "Certaines choses changent à l'allure des hommes devant nos yeux, mais d'autres changent selon des arcs si grands que c'en est invisible. Le bébé voit une étoile clignoter à la fenêtre dans la nuit noire et tend la main pour l'attraper. De la même manière, mon père s'efforçait de saisir des choses qui étaient en réalité hors de sa portée et qui, quand leur lumière lui parvenait, étaient déjà anciennes et terminées."

Ou celui-là: " Je dois avouer que certains souvenirs dans ma tête me semblent étranges à moi aussi. Je n'aimerais pas avoir à le dire au Docteur Grene. La mémoire, il me faut le croire, si elle est délaissée devient une sorte de pièce remplie de boîtes ou un débarras dans une vielle maison, son contenu est tout mélangé, peut-être pas seulement par négligence mais aussi à force d'y chercher au petit bonheur, et par-dessus le marché, d'y jeter des choses qui n'ont rien à y faire."

C'est beau cette femme qui écrit en cachette, qui cherche à fouiller les méandres de sa vie passée, avec modestie et pudeur.

Quant au Docteur, il est lui aussi plongé dans des eaux troubles car il a pas mal de soucis avec sa femme, et parce que son asile doit fermer car trop vétuste. Il doit donc évaluer les patients pour savoir où les dispatcher. Or il n'arrive pas à cerner Roseanne, la centenaire si discrète et belle dans sa vieillesse. Elle lui est un mystère qu'il va essayer de percer.

Sebastian Barry nous livre un roman magistral, prenant, riche. Il nous permet de découvrir son pays l'Irlande avec talent. Son roman est une fresque sensible qui donne à sentir un monde d'hier, pris dans les tourmentes, les guerres, les religions, les pressions sociales.

Je conseille ce roman à tous ceux qui s'interrogent sur la mémoire, le passé et ce qu'on en fait.

Je recommande le livre à ceux qui aiment les yeux scintillants des mamies qu'on n'oublie pas.

Pour moi, certainement, une de mes plus belles lectures des derniers mois, avec D'autres vies que la mienne.