Vue sur la littérature d'ici ou d'ailleurs, à la recherche de petites pépites à partager, pour ré-enchanter nos imaginaires d'avenir... Mon site web de prospective: pan-or-amiques.com
23 avril 2019
L'odyssée d'Hakim
Une BD en ce mois d'Avril!
On suit l'histoire vraie d'un réfugié Syrien, Hakim.
Fabien Toulmé s'interroge sur le fait que suite à deux accidents, le crash d'un avion et la disparition en mer d'un bateau plein de migrants, la presse et le ressenti aillent avant tout vers le sort des passagers aériens. Il se rend compte que c'est surement par manque de connaissances de la vie et de l'histoire des migrants.
Pour y remédier, il demande à apprendre à comprendre leur sort et rencontre ainsi Hakim.
Hakim est touchant car il avait une vie normale, à tenir une pépinière dans la banlieue de Damas. Rien ne présageait que tout allait se chambouler dans son existence au point de devoir fuir de pays en pays. C'est la banalité de l'effondrement que décortique bien le récit et aussi la quête que cela entraîne, de villes en villes...
Le trait est simple et doux. Les personnages attachants. Les situations révoltantes et kafkaïennes.
Je trouve que la BD montre bien la précarité, le fait de devoir vivre chez des autres, dépendre d'eux pour tout. La culpabilité de ne pas pouvoir travailler. La peur de ne jamais pouvoir rentrer au pays. Et l'espoir qui aide à tenir.
Une belle découverte à partager sans modération!
Un sujet social et politique traité avec justesse!
14 avril 2019
Le monde dans la main
Un roman jeunesse de Mikael Ollivier: Le monde dans la main!
Pierre est un brillant lycéen qui fait aussi le conservatoire en piano. Un jour, sur le parking d'Ikéa, sa mère disparaît... et sa vie bascule. Tout glisse vers la découverte de secrets de famille, la révélation de personnalités fortes ou faibles, le début d'une remise en cause des évidences du quotidien.
Construit sous la forme de chapitres de quelques pages, qui portent chacun un titre, le roman se lit tout seul.
Un livre sur la vie dans toutes ses dimensions, bonnes et heureuses surprises, et comment on peut grandir à travers elles.
Un roman centré sur la famille et le rôle qu'elle joue dans la construction de soi.
Un texte sur la disparition, l'absence et le deuil.
Un roman d'émancipation à sa façon.
Un livre qui a reçu le prix des collégiens de l'Hérault en 2012.
Merci à la librairie L'attrappe-coeurs dans le 15e pour ce conseil de lecture!
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Roman d'émancipation
31 mars 2019
La tresse
Pas un grand livre, mais un petit roman bien construit autour de trois figures de femmes.
Tout commence en Inde, où Smita est une intouchable qui décide que sa fille n'aura pas le même destin qu'elle...
Et tout continue avec Giulia en Sicile qui travaille comme ouvrière dans l'usine de son père, qui fait des perruques à la base de vrais cheveux... mais sa vie tourne au cauchemar quand elle découvre que l'entreprise familiale traditionnelle est au bord du gouffre économiquement.
Et tout enchaîne avec Sarah, partner d'un grand cabinet d'avocat canadien, et qui découvre qu'elle a un cancer.
Et les chapitres s’enchaînent en passant d'une héroïne à l'autre, d'une épreuve à l'autre.
Pas à pas on voit apparaître des liens, entre les trois histoires.
Trois âges de la vie, trois situations, trois continents, et derrière le combat de femmes pour leur vie, leur liberté, leur rêve.
Ça se lit tout seule.
A conseiller pour un petit trajet de train!
23 mars 2019
La papeterie Tsubaki
Un roman japonais, La papeterie Tusbaki de OGAWA Ito.
C'est d'abord la lenteur des mots et du rythme des journées. Nous suivons une jeune femme qui tient une papeterie, dans le détail régulier de la vie de la boutique. On prend plaisir aux gestes simples, au nettoyage du matin, au thé avec certains clients, etc.
Mais plus que de tenir une papeterie, l'héroïne du roman est écrivain publique. Elle aide les personnes à écrire des lettres, lettres de rupture, lettres d'amour, lettres de condoléance, ce sont tous les moments clé de l'existence qui y passent.
J'aime que tout soit dans le choix des mots, du type de papier, de calligraphie, d'encre, de timbres. Tout ce que nous ne prenons plus vraiment le temps de faire en fait, et qui rend la vie si belle! Aligner la pensée avec la fabrication d'un petit objet quotidien, qui doit en tout refléter ce qu'on est et qu'on pense: la lettre!
Bref, je me suis régalée.
On apprend aussi beaucoup sur le Japon, les rituels, les fêtes, les formes de politesse,...
Un roman pour ceux qui cherchent du calme et de la douceur.
Un roman qui parle d'attention à l'autre, d'amour du travail bien fait.
L'objet du livre est beau aussi, car il abrite les lettres en japonais à l'intérieur et que la couverture fait du bien rien qu'à regarder!
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02 mars 2019
L'enfant noir
De Camara Laye, guinéen, L'enfant noir semble un grand classique de la littérature francophone d'Afrique. Très autobiographique, on y suit l'enfance et l'adolescence d'un jeune africain.
Tout d'abord ses parents et le fameux génie de son père, un serpent noir qui apparaît un jour à l'enfant. Le travail des métaux à la forge paternelle, et surtout de l'or, qui demande tout un rituel avec griots.
Des nuits dans la case de sa mère.
Bref la douceur de la vie au village.
Puis le départ pour l'école puis pour l'aventure loin du pays. Les premiers amours.
C'est à la fois la description du quotidien dans un village dans les années 1930 et celui du merveilleux, de l'enchantement, de l'exotique. On sent que l'auteur fait renaître devant nos yeux chacun de ses souvenirs, des odeurs, des goûts, de sa tendre enfance. La nostalgie n'est pas loin.
C'est aussi l'histoire d'une émancipation, du devenir adulte, avec des rituels qui font peurs, par étape, dont celui de la circoncision.
Le style est simple, précis, vivant. Chaque chapitre aborde un moment clé, un épisode marquant.
Un petit roman poche, à glisser dans son sac avant de partir en Afrique...
Merci à Hélène D. pour le conseil!
23 février 2019
Libéria
Voilà un beau roman à lire en parcourant l'Afrique de l'Ouest: Liberia de Christophe Naigeon.
Nous sommes au début du 19e siècle aux Etats-Unis, dans le Massachusetts. Nous faisons la connaissance du héros, Julius Washington, un apprenti journaliste, qui fait ses armes en couvrant tout ce qui se passe au port. Il est fils d'une ancienne esclave, et il va pas à pas découvrir le monde des marins, de la traite des noirs, des abolitionnistes, des marchands, des aventuriers, et de la politique anglaise, française et américaine de l'époque.
On découvre le monde des quakers et des trafiquants en tout genre. La vie à bord, les débarquements, les déceptions, les rêves, au fil de ses traversées de l'Atlantique.
On apprend beaucoup sur les arguments en faveur et contre l'abolition de l'esclavage de l'époque. On voit aussi comment le retour des africains est tenté avec le Sierra Leone et le Libéria mais aussi avec des colonies ratées. On comprend aussi ceux qui ne veulent pas que les affranchis repartent pour qu'ils soient plus forts aux Etats-Unis.
On est plongé dans l'ambiance des vies que tout efface en une fièvre, des vies que tout détruit en un coup du sort.
Enorme travaille de documentation de l'auteur, dont on sent la plume de journaliste, qui va dans le détail, creuse, questionne.
Merci à Mme Lafon pour la très belle découverte!
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06 février 2019
Mathieu Hidalf, le génie de la bêtise
Gros coup de cœur pour Mathieu Hidalf, le génie de la bêtise, de Christophe Mauri. Quelle espièglerie, quelle facétie, quel regard piquant sur notre monde moderne plein des scoops de presse, de phénomène de cours et de contrats tordus!
Bon, je dois l'avouer, je suis conquise par ce petit jeune homme ingénieux et par le ton drôlissime de Christophe Mauri. Je ris toute seule de page en page, et j'en redemande! (J'enchaine les tomes...)
Nous sommes dans un royaume. Deux familles s'affrontent les Hidalf et les Pompou. Il faut plaire au roi... mais voilà, Mathieu Hidalf a offert au souverain pour son anniversaire un chapeau orgueilleux, qui ne veut plus quitter la tête couronnée tant il se sent vexé! Autant vous dire, que M. Hidalf regorge d'effort pour faire répéter l'hymne anti-Pompou à ses enfants et pour éviter que Mathieu, le génie de la bêtise, ne soit interviewé par le journal du royaume... Assez, c'est assez!
Tout m'a plu. Le fait que Mathieu ait trois sœurs, qui s'appellent toutes les trois Juliette pour éviter à M. Hidalf de se tromper, au chien à quatre têtes Bougetou... (dont certaines ronflent la nuit ou gobent des nymphettes, petites fées qui font la lumière dans les manoirs du royaume!).
J'aime beaucoup aussi le personnage de l'expert juridique, Maitre Magimel, qui vit avec la famille et contractualise à tout va les punitions du père, et les autres lubies du moment!
A mettre dans toutes les mains de 7 à 77 ans, pour un peu de légèreté!
Dans le tome suivant, on découvre une école pour l'élite du royaume qui pourrait être une parodie d'ENA ou un clin d’œil à Harry Potter...
Je ne vous en dis pas plus!
On sent que Christophe Mauri aime autant les contes pour enfants que les clins d’œil aux adultes.
C'est un peu comme si le prince des mots tordus et la sorcière de la rue mouffetard avaient fait des petits... On retombe en enfance avec plaisir et malice en lisant les aventures de Mathieu Hidalf!
Un petit extrait pour vous mettre en appétit:
"à la minute même où il était devenu célèbre, Mathieu avait reçu la punition la plus terrible jamais infligée à un enfant. C’est du moins ce qu’imaginait son père, M. Rigor Hidalf, qui n’avait aucune imagination.
Par exemple, allez savoir pourquoi, M. Hidalf décidait de priver Mathieu de tarte au citron, sans se souvenir qu’il détestait ça. Une autre fois, il lui faisait servir une double ration de crème de marrons, persuadé que Mathieu en avait horreur; mais c’était justement son dessert préféré!
Alors Mathieu engloutissait ses deux portions de crème de marrons. Avec un peu de chance, se disait- il, M. Hidalf le forcerait à en manger une coupe supplémentaire. Hélas ! Mme Hidalf veillait sur lui.
– Trois coupes de crème de marrons? disait-elle en posant sur Mathieu un regard pénétrant.
– Je l’ai bien mérité, maman ! Après tout, j’ai fait une grosse bêtise...
– SI J’ENTENDS ENCORE UNE FOIS CE MOT, rugit M. Hidalf, TU MANGERAS DE LA CRÈME DE MARRONS À TOUS LES DESSERTS !
– Il me semble qu’il en a mangé suffisamment pour aujourd’hui, répliqua Mme Hidalf avec un grand calme. Mathieu, les Juliette, montez vous coucher. Il est déjà tard."
30 janvier 2019
Génération K
Et voilà les trois tomes engloutis de Génération K de Marine Carteron!
Je vous avais déjà parlé d'elle en lisant Les autodafeurs.
Cette fois-ci nous suivons Kassandre, Goerges et Mina. Trois jeunes.
Kassandre est la fille d'un patron d'une grosse entreprise pharmaceutique. Elle aime le métal, s'habille en gothique et hait ses parents. Elle est en pleine crise d'adolescence.
Mina est sa meilleure amie et la fille de la femme à tout faire de la maison de ses parents. Elle est plutôt réservée. Elles sont dans la même classe.
Georges, lui, est en prison. Il est d'un milieu social défavorisé, passe son temps à faire des mauvais coups. Il se veut un gros dur qui terrorise tout le monde.
Ils vont découvrir qu'ils sont tous les trois porteurs dans leur ADN d'un gène K qui fait l'objet de convoitise... Ils vont devoir s'allier pour lutter...
Un roman jeunesse qui mêle de nombreuses tendances prospectives: le transhumanisme, l'antibiorésistance, les fake news et la théorie du complot, le changement climatique, etc.
C'est à la fois un roman de science fiction, un thriller, un roman d'émancipation.
En effet, Kassandre, Mina et Georges ont des super-pouvoirs qui se développent en grandissant ! Mais je ne vous en dis pas plus!
Ainsi Marine Carteron interroge le lien à la nature, à la vérité, à la filiation; à la maladie et à la mémoire.
Chacun des héros nous parle à la première personne, avec différents prismes qui nous donnent à voir l'évolution de l'histoire en train de se faire.
Les passages les plus intéressants sont ceux sur l'individu fasce à ses choix et à la solidarité.
Les passages les plus émouvants sont ceux où les personnages se découvrent, dans leur force et leur faiblesse, dans la lumière et la noirceur.
Un roman jeunesse assez noir, violent et sombre et pourtant plein d'espoir.
De nombreuses références à Dracula, et d'autres mythes, mais aussi à la culture pop des super héros, avec un côté décalé et ironique quand même.
Je trouve intéressant de voir le type de super pouvoir que Marine Carteron a donné à ses personnages: le pouvoir de révéler en l'autre ses peurs enfouis, le pouvoir de prendre le contrôle sur la volonté des animaux.
Merci à la librairie du Lieu Unique à Nantes pour le conseil!
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26 janvier 2019
Une histoire de sorcière
Découverte de La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet pendant les fêtes! Elle y décrit la figure de la sorcière, à travers différentes facettes: celle de la femme indépendante, celle de la stérilité, de la vieille peau, bref à travers des angles souvent rejetés socialement du féminin: l'autonomie, la vieillesse, la femme qui n'enfante pas. Elle déconstruit aussi nos croyances sur la figure de la sorcière: ce n'était pas seulement l'église qui les pourchassait, ce n'était pas que des femmes qui étaient condamnées, etc.
Et du coup, Mona Chollet m'a donné une folle envie de me replonger dans des histoires de sorcières. Je connais par cœur les contes de Pierre Gripari (sorcière de la rue Mouffetard, Sorcière du placard aux balais) , alors je me suis plongée pour la première fois dans Maria Gripe, une auteur suédoise.
Je m'en viens donc vous conseiller Le château des enfants volés de Maria Gripe (à partir de 8 ans), oeuvre citée par Mona Chollet dans l'introduction de son livre.
Sophie et Albert vive dans une petite maison toute simple. Albert est souffleur de verre et Sophie s'occupe de leurs deux enfants, Clara et Crystal. Non loin de là, sous un pommier vit la sorcière Floppy Le Redoux.
Un jour, les deux enfants disparaissent à la foire, et Floppy va aider les deux parents désemparés à les retrouver.
J'aime beaucoup la figure de Floppy. Elle vit seule recluse à tisser des tapis, qui dans les motifs anticipent les changements du monde. Elle a un corbeau qui sort des phrases sages à la limite du compréhensibles. Elle est juste et puissante.
Je trouve le récit très proche du conte, très psychanalytique, sur ce qu'est le désir, la vie, la transmission, la parole, l'image, le poids des mots et des rêves.
Un roman qui plaira aux femmes qui veulent transmettre de la force à leurs filles!
Un conte qui se lit à voix haute aux petits et aux grands, un chapitre par soir!
Merci Emilie pour le beau cadeau que fut le livre de Mona Chollet!
Un petit extrait pour la route::
"Les gens l'avaient surnommée Floppy, car elle sortait toujours enveloppée dans une ample cape bleu, foncé, dont le large col, claquant au vent, faisait flop flop autour de sa tête. Ses bords souples étaient parsemés de fleurs retombant d'une haute calotte violette, garnie de papillons. Quant au nom de Le Redoux, il provenait simplement du fait que l'apparition de Floppy coïncidait avec le dégel. En effet, jamais elle ne sortait l'hiver. (...) Floppy était un personnage très bizarre. Elle savait prédire l'avenir. Dédaignant les cartes, elle lisait dans les lignes de la main ou scrutait le marc de café."
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06 janvier 2019
François, portrait d'un absent
Au décès de sa mère, Roland Barthes avait cherché le neutre, sous toutes ses formes, jusqu'à en faire un cours au Collège de France, que j'ai eu un immense plaisir à écouter il y a des années en MP3. Michael Ferrier, à la mort de François, a cherché le blanc, celui du deuil, des paysages de neige, des trous de mémoire qui se comblent. Un blanc très multiple, très profond, et très fuyant.
François meurt avec sa fille, Bahia, en mer, un tout début janvier. Et c'est la douleur et les mots pour tenir qui ont suivi pour Michael Ferrier que ces 235 pages.
François, portrait d'un absent est un livre plein de souvenirs à deux, un livre riche de fulgurances, comme autant de bons mots qui percent dans la nuit, quand on n'arrive plus à dormir. C'est un livre qui donne envie de faire attention aux détails, qui donne envie d'érudition, de bons alcools et de joies partagées.
C'est un portrait précis, comme semblait l'être François, qui connaissait si bien les différentes particularités d'interprétations de certains artistes comme ceux de jazz ou de musique classique. J'ai aimé apprendre le petit geste de la main de Leonhardt en fin de morceau au clavecin comme pour faire durer le silence magique qui clôt l'interprétation. Je trouve qu'on sent de ce silence-là dans les mots de Michael Ferrier.
C'est un livre qui donne envie de se replonger dans Montaigne ou de revoir les grands classiques au cinéma. C'est un texte qui donne aussi une forte envie de découvrir les documentaires de François, et pour ma part, j'espère trouver bien vite ceux sur le Sénégal.
Moi qui est fait mon hypokhâgne et ma khâgne à Lakanal, j'y ai été si surprise d'y retrouver des images de là-bas - Michael et François y ont fait leur prépa littéraire eux aussi. Mais à l'inverse d'eux, je n'avais jamais fait attention aux types d'arbres qui étaient dans le parc. Cela me donne envie d'y retourner que pour ça. J'aimerais aussi voir un Liquidambar un jour pour de vrai, arbre qui a été plantée en souvenir de Bahia...
Il y a de nombreuses pages qu'on n’oublie pas, dont la 144 qui reprend des principes d'errance en ville que j'aimerais bien un jour tester.
"Straight, no chaser", c'est aussi ce qui caractérise la plume de Michael Ferrier ici. La vie à l'état pur.
J'aurais aimé trouver à la fin la filmographie de François ou encore une liste des meilleurs ouvrages/films que François et Michaël ont vu ensemble, un peu comme à la fin de la BD Les Ignorants avec la liste des BD et vins partagés. A ajouter pour une prochaine édition!
Un grand merci à Christine pour le conseil de lecture!
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01 janvier 2019
Le lambeau
Un roman qui m'a fait penser à l'Ecriture ou la Vie de J. Semprum. Le même geste d'écrire pour survivre, la même place de la littérature et des vers pour tenir au milieu de l'horreur. Le même goût des tisanes froides, tant on oublie de les boire à temps à la lecture!
Le lambeau de Philippe Lançon raconte comment sa vie bascule à Charlie Hebdo lors de l'attentat. Comment il y survit et comment il finit par vivre.
C'est un texte magistral, une plume acérée, un regard sur lui sans complaisance ou presque.
Beaucoup de tableaux ou de scénettes qu'il abrite sont inoubliables. Comme la réponse aux mots fléchés, qu'il trouve pour aider les infirmières en salle de réveil... Comme le yaourt qu'il va pouvoir manger, après des mois sans alimentation par la bouche...
Les liens avec le corps médical sont aussi très habillement décrits, ainsi qu'avec son frère, ses parents, ses amis, son amoureuse.
Un livre qui rappelle les moments à l’hôpital, les moments de douleurs, les cauchemars.... et qui brille de sa singularité dans l'universel de la souffrance.
Un texte qu'on ne quitte pas, qui habite, qu'on lit d'une traite ou presque, parfois les larmes aux yeux... et pourtant sans voyeurisme.
Il a eu le Prix Femina, le prix spécial du Jury Renaudot.
Un livre pour lequel écrire une critique fait qu'on se sent tout pataud et tout bête.
Un texte qui plaira aux amoureux de littérature, d'art et de cinéma.
Un livre pour apprivoiser la mal, la douleur, la fin et les débuts.
Une belle façon de passer le 1er de l'an...
Avec tous mes vœux pour 2019, et surtout celui que vous gouttiez à des pages inoubliables, que vous sautiez d'un livre fort à un autre livre intense, que vous retombiez sur des mots oubliés, que vous en inventiez d'autres!
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25 décembre 2018
Terrienne
Tout commence non loin de St Etienne et des Monts du Forez. Sur une petite route de campagne. Un écrivain prend en stop une jeune fille, Anne, qui cherche sa sœur disparue juste après son mariage. Leurs échanges sont beaux et intenses et l'écrivain s'attache à ce mystère. Il dépose la jeune femme à un carrefour qu'il ne retrouve plus... et puis tout d'un coup oui.
Il faut dire que la sœur d'Anne se trouve dans un monde parallèle... Un monde sans saveur, sans odeur, sans respiration. Un monde sans vomi, sans douleur, sans friction.
Jean-Claude Mourlevat nous emporte par le suspense. Anne pourra-t-elle retrouver sa sœur? Il nous fait réfléchir à ce que nous aimons sur notre terre, même de difficile et de pénible.
Jamais on ne se sent si heureux de savoir ce que c'est qu'une tartine qui tombe du mauvais côté, ce que c'est qu'un petit air frais sur le visage, ce que c'est que l'odeur d'un gâteau tout juste sorti du four.
Un roman pour ceux qui aiment les quêtes et les univers différents.
Un livre qui abrite une belle héroïne et de beaux passages sur l'existence dans toutes ces dimensions incarnées.
Un roman ado très facile à lire pendant les fêtes!
J'aime que le roman soit ancré dans un territoire, même s'il en dévie pour mieux le faire vivre.
J'aime les passages où les soldats du monde parallèle doivent apprendre la terre, car on voit bien à quel point notre planète n'est pas réductible à un savoir livresque, qu'elle doit s'éprouver.
Merci à Mariana pour la belle découverte!
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Littérature française,
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26 novembre 2018
1994
Un roman sur l'Algérie, comme un palimpseste où l'on retrouve en couches successives les traces des années qui passent et qui se superposent: 1962, 1994, 2004.
Adlène Meddi nous plonge dans la vie de deux jeunes, Amin et Sidali, qui portent sur leurs épaules la vie de leurs pères et de leur pays. Amin est interné dans un hôpital psychiatrique, après avoir craqué et pris une arme d'un coup, tandis que Sidali, exilé en France, a tué pour se venger puis fuit à nouveau. Comment vivre avec son histoire et avec la guerre, c'est tout le sujet de ce livre, où raisonnent les coups et les violences des années 1990, années noires Algériennes.
J'ai aimé découvrir comme les coulisses d'un pays en crise, les coulisses d'un monde qui tente de ne pas dérailler mais frôle toujours le non sens.
On y retrouve bien les maux et les mots de là-bas ("tonton", "tangos", etc), l'esprit du lieu dans les anecdotes (la condamnation à mort à chaque passage par un taxi dans le trafic chaotique!) mais aussi de magnifiques passages sur l'exil, le retour, le lien:
"Sidali avait trouvé des moitiés de tout: des moitiés de sa famille, des moitiés de son pays dont il ne comprenait pas une partie, une partie des lieux, des gens qui avaient changé de gueule avec l'âge ou l'effet déformant de la mémoire visuelle, des moitiés de lui-même éparses dans ce qu'il reste des lieux de mémoire, des moitiés d'Amin qu'il savait interné chez les fous. Des lambeaux de toute une vie laissée ici. Comme s'il faisait face à un corps déchiqueté, après une violente explosion.
- Dis-moi André, les choses arrivent-elles réellement?
- Heu... Elles arrivent, oui, puis font semblant de repartir."
J'ai vraiment apprécié aussi les passages où Sidali découvre une proximité avec les Corses, les liens invisibles des luttes. J'ai été touché par Houda, la femme qui tente de soigner et de comprendre sans se faire prendre à son tour...
Un roman sensible et fort sur l'anomie, la révolte, la vengeance, la peur, et les non-dits.
Un livre qui n'est pas facile à lire, pour les non-initiés au contexte et aux enjeux. Un texte touffu. Mais une construction de la narration qui marche, par ses échos du temps et les répétitions sourdes. Des passages ciselés et beaux, comme des étincelles. La volonté de ne pas tomber dans le tout blanc tout noir, mais bien d'illustrer la complexité des êtres et des choix.
Un grand merci à Caroline pour le diner inoubliable à Alger avec Adlène. Je n'oublierai pas nos rires et le tragique derrière.
Un autre grand merci à Adlène pour le décryptage sociologique et la force de la plume et de la fiction pour transmettre sans concession.
07 novembre 2018
Le goût amer de l'abîme
Caden a 15 ans. Il nous emmène dans ses pensées, avec un pirate, un perroquet, et tout un équipage sur un navire au milieu des flots agités et des monstres... Il partage avec nous ses peurs. L'impression d'être persécuté par certains camarades. L'impression de se retrouver dans une cuisine étrange... Tout se mélange, ses images mentales obsédantes, ses voix, et la vie du quotidien de lycéen.
On finit par comprendre que Caden est à la dérive, que Caden rentre en hôpital psychiatrique. Et tout se mélange, les vrais personnes qu'il côtoie à l’hôpital et tous ces êtres fictifs qui lui parlent, le hantent, l'obsèdent, l'inquiètent ou le rassurent.
Tiré d'une histoire vraie, ce roman jeunesse explore la maladie mentale du point de vue du jeune qui en souffre.
Neal Shusterman nous déroute, nous bouscule, en nous faisant découvrir des territoires différents du mental, de la perception et de la psyché.
Un roman qui est sans jugement, riche de la singularité d'un voyage mentale.
Neal Shusterman a ajouté à son texte les dessins de son fils, faits alors qu'il était lui même en pleine épisode de maladie mentale.
Je trouve que ce texte a le mérite de mettre en mot et en image le flux mental, d'aider à comprendre la folie et d'en montrer aussi toute la richesse infinie!
J'aime aussi que le roman fasse la place aux personnes qui entourent Caden, les camarades, sa sœur, ses parents, son psy, etc. Je trouve le lien entre Caden et sa sœur très beau, dans la difficulté de la maladie.
Un roman qui plaira à ceux qui aiment les aventures Out of the box, la différence mise en mot.
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Out of the box,
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04 novembre 2018
L'architecte du sultan
Nous voilà au XVIe siècle, en plein Empire Ottoman. Jahan débarque avec son éléphant blanc à la cour du sultan Soliman le Magnifique. Il découvre des intrigues, la jolie fille du sultan, les gitans, les dompteurs d'animaux, mais surtout l'architecte royal ! Celui-ci va le prendre sous son aile et en faire un apprenti de talent.
Elif Shafak nous emmène dans un roman d'initiation et de cour qui marque par les personnages truculents qu'il abrite, par l'exotisme des coutumes, et par l'intrigue et le mystère des jeux de pouvoir. D'étranges accidents arrivent sur les chantiers, et on est pris dans l'enquête de Jahan pour comprendre qui tire les ficelles du drame.
C'est une sorte de conte magique, qui n'est pas sans rappeler Les Enfants de Minuit de S. Rushdie.
Un roman qui souligne combien l'arbitraire du pouvoir peut être violent, et comment différentes castes ou groupes sociaux peuvent jouer des codes et des coutumes pour tenir.
Un roman qui est une mise en fiction dans la fiction, car Jahan qui n'est ni dompteur d'éléphant ni architecte devient chacun de ses rôles tour à tour à force de le prétendre.
Une histoire fleuve qui nous fait découvrir l'histoire d'Istambul et qui nous fait réfléchir aux formes de pouvoirs justes et injustes.
Merci Anouck pour la découverte!
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14 octobre 2018
Les autodafeurs - Mon frère est un gardien
Et encore un petit bonheur au rayon jeunesse!
Auguste a 14 ans quand son père décède d'un mystérieux "accident". Il va très vite découvrir qu'il n'en est rien, et que son père a bien été assassiné par des personnes qui cherchent à l'empêcher de sauvegarder et archiver des manuscrits anciens. Il va alors être initié à un autre regard sur le monde, derrière celui qu'il connait, où des autodafeurs tentent de détruire les livres et où les gardiens s'opposent à eux.
Le récit est vraiment plein de petites phrases qui font sourire. On alterne entre le point de vue d'Auguste et celui de sa sœur autiste, Césarine.
J'ai eu un gros coup de cœur pour les pages du journal de Césarine. Du haut de ses 7 ans et de son syndrome d'Asperger, elle nous offre une vision bien à elle de la vie:
"Dans mon groupe, il y a douze enfants et six éducateurs. Je n'ai pas levé la tête, mais je le sais parce que j'ai compté les différents pieds et qu'il y en avait vingt-quatre petits et douze grands. Bien sûr, il est possible qu'un des adultes soit nain. Dans ce cas, ça ferait onze enfants et sept éducateurs. Ou alors un enfant peut avoir de très grands pieds, ce qui ferait treize enfants et cinq éducateurs. Ou alors il y a peut être des unijambistes.. mas ça m'étonnerait parce que, dans ce cas là, j'aurais vu deux chaussures très différentes que ne faisaient pas la paire et ce n'est pas le cas. Demain, si j'ai moins peur, je compterai les têtes, comme ça je serai sûre."
Marine Carteron a le don de mélanger un polar, avec un ton sincère et touchant, et une réflexion sur ce qu'on transmet, ce qu'on apprend, ce que veut dire écrire, lire, et ce qu'est la solidarité, le collectif, le vivre ensemble.
Un tome 1 qui donne envie de lire la suite!
Merci Anouck pour la belle découverte!
09 octobre 2018
Un avion sans elle
Un petit roman qui ne mange pas de pain: Un avion sans elle.
Ce n'est pas de la grande littérature, mais on est pris dans le suspense dès le début et jusqu'au bout.
Un 23 décembre, un avion s'écrase au sol dans le Jura. On retrouve un bébé qui miraculeusement a survécu à la catastrophe et deux familles se déchirent en disant que la petite est à eux.
Elle a 18 ans quand on la retrouve avec des questions sur ses origines et un mystérieux détective privé qui lui aussi essaie de trouver la solution à cet énigme. Nous sommes avant l'arrivée des tests génétiques en 1980 quand son enquête a commencé et nous voyons comment pas à pas il cherche à trouver des clés sur l'enfant miraculée.
Un livre qui se lit tout seul...
Pour ceux qui aiment les enquêtes, les rebondissements, les drames familiaux!
30 septembre 2018
Meurtres à Pékin
Un bon petit polar en cette rentrée: Meurtres à Pékin de Peter May, un excellent conseil d'Amélie (merci!).
Margaret Campbell, américaine, médecin légiste, vit des moments si difficiles dans sa vie personnelle, qu'elle accepte de partir en Chine donner des conférences, juste pour s'éloigner un peu de sa douleur. Alors qu'elle est en plein choc des cultures à son arrivée en Chine, un cadavre carbonisé est retrouvé dans un parc. Elle va alors être amenée à travailler avec Li Yan, jeune chinois fraîchement promu commissaire.
Comme vous vous en doutez, ils se détestent mais vont finir par s'aimer!
Un roman qui donne à voir la Chine d'aujourd'hui, avec un regard acéré sur les choix technologiques et politiques du pays. Le développement mais à quel prix?
Un livre qui donne envie de découvrir Pékin, sa bonne cuisine et ses bonnes adresses!
C'est le premier tome d'une série!
Avis aux amateurs!
Les personnages sont très attachants, leur dialogue mordant et l'intrigue pleine de suspense!
Libellés :
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Polars
16 septembre 2018
Cartes postales de Grèce
Un livre léger qu'on peut glisser facilement dans sa valise quand on part en Grèce: Cartes Postales de Grèce de Victoria Hislop. Pas de la grande littérature, juste une petite lecture d'été!
Ellie qui vit une existence plutôt morne à Londres trouve tous les jours son quotidien égayé par des cartes, qui atterrissent dans sa boîte bien qu' adressées à l'ancienne locataire. Toutes les cartes postales viennent de Grèce. Alors qu'elle n'en peut plus au travail, elle décide de partir là-bas. Et le jour de son départ, elle reçoit un carnet qui est en fait le récit de voyage de l'homme aux cartes postales. Elle part alors sur ses traces.
On oscille donc entre la vie d'Ellie, le récit de voyage de l'homme aux cartes postales (Anthony, qui tente de se remettre d'une histoire d'amour qui a mal fini) mais aussi les comptes ou courtes nouvelles qu'il écrit au fur et à mesure de ses rencontres avec des Grecs. Certaines histoires qu'ils narrent font rire, d'autres sont dignes d'un film d'horreur!
On sent que Victoria Hislop vit une partie de sa vie en Grèce, pays qu'elle a envie de faire aimer, tout simplement.
J'ai beaucoup apprécié toutes les anecdotes grecques qui servent de base aux histoires courtes d'Anthony, et qui sont toujours liées dans le livre à une photo.
Un roman qui parle de pauvreté, de traditions, de légendes, de solitude, d'amour.
Un regard polyphonique sur la Grèce d'hier et d'aujourd'hui.
C'était particulièrement amusant de le lire sur place, en Grèce.
Merci à Anouck pour la découverte!
04 septembre 2018
Nous les menteurs!
Nous sommes dans le monde parfait de la famille Sinclair. Ils sont beaux, riches, intelligents. Tout semble formidable sur l’île privée au large du cap Cod où vit la joyeuse troupe.
Cadence, l’aînée des petits enfants, y raconte sa vie avec son groupe de cousins. Ils se sont nommés eux-même: les menteurs! Ils font un peu les quatre cent coups. Ils ont leurs codes, leurs habitudes, leurs clins d’œil.
Tout commence par un accident. Elle a quinze ans... et tout finit là aussi.
Mais je ne vous en dis pas plus.
Roman bien écrit, très bien construit.
De temps en temps la narratrice nous livre un conte pour enfant qui en dit long sur sa famille. De temps en temps, elle nous parle de son amour pour Gat, qui semble la fuir. De temps en temps, ça parle d'argent, d'héritage, et de succession. De temps en temps de rêves.
On collecte page après page de maigres indices. On sent poindre le flottement. Et on continue à tâtons.
Une histoire qui fonctionne, les emporte.
Un livre qui plaira à ceux qui aiment les histoires de famille, la psychanalyse, les secrets et les tabous.
Un livre qui interroge le drame familiale.
Fin magistrale!
Merci à la librairie l'Attrappe-coeur dans le 15e pour ce conseil de lecture!
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