Vue sur la littérature d'ici ou d'ailleurs, à la recherche de petites pépites à partager, pour ré-enchanter nos imaginaires d'avenir... Mon site web de prospective: pan-or-amiques.com
10 novembre 2019
La mémoire des couleurs
Mauve a quinze ans. Il se réveille un jour dans une brocante. Il ne se souvient de rien. Il se demande ce qu'il fait là. Il comprend très vite qu'il peut lire dans le pensées des gens qu'ils croisent. Il se rend compte aussi qu'il n'est pas le premier jeune portant un nom de couleur à avoir atterri dans cette brocante.
Il rencontre un beau personnage, André, un homme agé qui va essayer de lui donner des clés pour grandir et se construire...
Il retrouve pas à pas d'autres couleurs, et mène une enquête sur son passé pour mieux tracer son avenir...
Stéphane Michaka nous entraîne dans ce roman à la croisée des chemins entre deux univers, celui de Circé, une planète lointaine dont viennent toutes les couleurs et la terre où les humains subissent la pollution et le changement climatique. Sur la terre, les couleurs découvrent le "Je", qui n'existe pas sur Circé, mais aussi une vie sans "l'oracle", algorithme qui rythme tout sur Circé.
C'est intéressant comme La mémoire des couleurs prend tous les sujets du moment: les migrants, l'IA, la fin de la biodiversité, pour en faire un roman jeunesse intrigant et émouvant, qui pose des questions politiques et philosophiques sur les choix que font nos sociétés actuellement.
J'ai aimé le goût des vieux objets plein de sens, l'attention au rôle que joue la lecture de romans pour sauver les humains, la question de la communauté de vie pour être plus fort ou pas ensemble face aux disruptions, pour résister.
Je trouve intéressant que le roman mette en mot ce que c'est qu'aimer quelqu'un, ce que c'est de croire ou pas en une idée, en une personne, en une réalité.
Toutefois la société que crée Stéphane Michaka ressemble trop par de nombreux aspects à ce qui est toujours mis en scène dans les romans de science fiction, à mon goût. On rentre bien dans l'histoire mais je suis restée sur ma fin quand même... Je m'attendais à mieux!
11 octobre 2019
La gouvernante suédoise
Un roman fort autour des amours secrets et des non-dits, dans une famille qui vit entre la Suède et la France au dix-neuvième et vingtième siècles! La gouvernante suédoise se lit avec fascination tant il décortique justement les silences et les mensonges du quotidien.
Hulda vient de se marier et d'avoir des enfants, lorsqu'elle et son mari quittent Stockholm et partent vivre à l'étranger. Pour les aider, Livia, jeune gouvernante francophone, se joint à eux... et un trio bien étrange s'installe. Je ne vous en dis pas plus!
Marie Sizun raconte dans cette fiction l'histoire de sa propre famille sur la base des photos et des journaux intimes ou autres lettres retrouvées. Les personnages sont touchants et complexes. Les scènes d'intérieur étouffantes sont très bien rendues. On se sent vraiment embarqué aux côtés des personnages, de leurs tourments, jour après jour, Noël après Noël. Le ton est juste, nuancé, fin et sensible. On sent le remarquable travail d'enquête qu'elle a mené pour mettre en mot son récit personnel et celui de ses parents et grand-parents.
Un roman à lire si vous aimez les vieux albums de famille, les récits d'amour secrets au coin du feu! Marie Sizun excelle dans l'intensité des descriptions de sentiments, les mains qui se frôlent, les regards plein de sous-entendus, et les gestes du quotidien qui trahissent les désirs les plus enfouis des uns ou des autres.
Un livre qui plaira aux amateurs de Downton Abbey, car on retrouve la vie d'un foyer avec des domestiques, la gouvernante, les bonnes et les ragots!
Ce livre a reçu le prix Bretagne en 2017.
Un grand merci Marie-Louise pour le conseil!
03 octobre 2019
La quête d'Ewilan
Petit découverte de la rentrée qui m'a permis de voyager au loin malgré la reprise du travail: La quête d'Ewilan de Pierre Bottero! Je viens de dévorer les deux premiers tomes, et le troisième est sur ma table de nuit!
Ewilan est une jeune ado, qui a été adoptée et dont la famille d'accueil est loin d'être chaleureuse. Un jour, elle fait "un pas de côté" et se retrouve projetée dans un monde fantastique, où des monstres horribles font la lois, les Ts'liches. Elle va peu à peu comprendre qu'elle a des pouvoirs très spéciaux, dont celui de faire apparaître pour de vrai tout ce qu'elle imagine. Elle est "dessinatrice". Grâce à Duom Nil'Erg, analyste célèbre pour sa connaissance du dessin, elle va faire la rencontre d'amis et partir en quête... pour délivrer le royaume du verrou Ts'liches et permettre à tous les habitants de reconquérir les spires de l'imagination!
J'aime beaucoup le pouvoir de conteur de Bottero, les personnages attachants qu'il glisse de page en page, l'humour des dialogues. L'univers qu'il crée est un peu à la Harry Potter, plein d'animaux et d'être étranges et touchants. Il y a les Fael, redoutables tireurs à l'arc, qui n'arrêtent pas de se moquer des humains. Il y a les chuchoteurs, à peine plus gros qu'une souris, et qui servent aux dessinateurs à communiquer. Les gommeurs, les goules, les rêveurs, et j'en passe et des meilleurs.
J'apprécie aussi que derrière ce monde fantastique, Bottero nous offre une réflexion sur ce qu'est être écrivain et avoir le pouvoir de l'imagination!
Enfin qu'il est beau de voir qu'il met en scène de belles filles et femmes fortes et solides. De vraies modèles d'intelligence, d'humanité, d'ouverture aux autres.
Un grand merci à Julia Cado pour l'excellent conseil de littérature jeunesse!
Vivement la suite des aventures!
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22 septembre 2019
La petite fille sur la banquise
C'est un livre difficile à lire, car il parle d'une petite fille de neuf ans, violée dans une cage d'escalier.
Avec cette auto-fiction, Adélaïde Bon raconte surtout comment cela va marquer toute sa vie d'adolescente et de jeune femme, son jeu d'actrice, ses liens aux autres, son rapport au corps et à la sexualité.
Pour incarner le mal être, les méduses se déploient sous sa plume et dans son quotidien. Elles peuvent tout gâcher, lui donner envie de mourir ou de se faire du mal.
Et pourtant comme elle dit, ses parents ont compris, elle a vu un médecin, la police, et elle a ensuite multiplié les démarches pour prendre soin d'elle. Mais ça n'arrêtait pas la douleur, l'angoisse, la culpabilité.
Le livre se termine par le procès du violeur, et montre aussi les rouages judiciaires, au-delà des effets psychologiques et physiques.
Le roman a une forme intéressante car elle écrit à la troisième personne, puis à la première peu à peu.
Très touchée par cette lecture, témoignage, au féminin. Merci Marion pour le cadeau!
Le livre a reçu le prix des lecteurs sélection 2019.
Un texte qui montre bien la place du travail sur soi pour avancer, l'importance de l'écoute, de la solidarité, de la famille.
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11 septembre 2019
A la ligne
Il y a des livres salvateurs. C'est ce que fut pour moi A la ligne de Joseph Ponthus la semaine dernière, entre deux stations de métro dans une ligne blindée, inhumaine.
Dans ce premier roman, un ancien khâgneux passionné de littérature y décortique les non-sens du travail, depuis son expérience d'intérimaire dans l'agro-alimentaire à faire cuire des tonnes de bulots à celle du nettoyage et autres missions hard core dans un abattoir.
Il décrit le travail, les gestes, les ambiances, les silences et les bruits, les pauses, les douleurs du corps et de l'âme, les jeux de rapport de forces. C'est à la fois sociologique, poétique, et auto-fictif! C'est bourré d'anecdotes qu'on n'oublie pas. C'est touchant, révoltant, intrigant. Tout à la fois.
Il décrit très bien "le merdique", comme l'appelle le philosophe Pascal Chabot. C'est à dire les choses usantes qui ne produisent rien mais perdurent pour le plus grand malheur de certains. Et avouons le, on n'y passe tous! Qu'il est bon de voir des humains qui ont su inventer des postures pour tenir face à lui...
C'est un livre qui permet de prendre du recul sur nos univers professionnels. Un texte qui montre comment la littérature peut permettre de survivre, de Dumas à Apollinaire, en passant par la chanson française...
La forme du livre m'a plu aussi, comme une sorte de grand poème, de petites phrases courtes, puis à la ligne, justement. On sent qu'il écrit tous les soirs après le travail, pour évacuer, pour coucher sur le papier ce qu'il a composé au fil des heures pour ne pas souffrir ou s'ennuyer. On sent le vécu, le témoignage, l'immersion, la plongée, les oscillations de l'état d'esprit, la joie d'une bonne blague, la douleur d'un petit retard dans la chaîne.
Un livre à mettre dans toutes les mains pour dénoncer les accidents du travail, la précarité, le parcours des chômeurs, la condition ouvrière. Ce n'est pas de la haine, c'est une forme de regard juste, drôle, qui s'attache à tout pour tenir, tenir à tout prix.
Un livre où l'on sent l'amour aussi à la mère, à l'épouse, aux lignes qu'on se répète comme des mantras précieux,
Alors merci Joseph Ponthus, et chapeau bas. Un livre qui donne envie d'écrire!
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08 septembre 2019
La végétarienne
Encore de la littérature coréenne, Han Kang avec La Végétarienne.
Un matin, elle se réveille après un rêve atroce, et décide de se débarrasser de toute la viande de la maison. Son mari la retrouve en train de vider le congélateur et le réfrigérateur.
Ce dernier ne comprend pas le changement qu'il observe chez sa femme et tente de la forcer à changer de comportement. Il s'allie avec se belle famille pour se faire.
C'est un livre où l'on sent une violence sourde poindre derrière chaque mot.
C'est très troublant à lire... Il y a des scènes où l'on malmène la végétarienne pour la gaver, la forcer à manger de la viande à tout prix.
Est-ce que l'auteur cherche à dénoncer la société coréenne qui force la femme mariée à subir les pressions familiales et maritales?
En tout cas, un roman qui marque par l'explication qu'il fait de la non-communication, de l'incompréhension mutuelle.
04 septembre 2019
Ma vie palpitante
Vacances en Corée du Sud oblige, je me suis penchée sur les romans coréens cet été, et tout a commencé par Ma vie palpitante de KIM Ae-ran (Merci Marie-Anaïs!)
Areum a seize ans, l'âge que ses parents avaient quand ils l'ont conçu. Pourtant il ne lui reste que peu de temps à vivre, car il est atteint d'une maladie qui le fait vieillir de dix ans en un an. Chaque jour est accompagné de la dégénérescence de sa vue, de ses muscles, et de tous les tissus qui composent son corps.
Alors il interroge son histoire et se met à écrire sur les adolescents que furent ses parents à sa naissance. Il tente de comprendre ce qu'il peut faire de sa vie, lui qui en a si peu.
Ses parents, eux, n'arrivent pas à gagner leur vie. Or les frais d’hôpitaux s'accumulent. C'est comme cela qu'ils finissent par décider de participer à une émission télé, afin que la population émue ne les aide à payer pour Areum toutes les factures médicales...
Je ne vous en dis pas plus.
Un roman sur les âges de la vie et le sens de l'existence.
Un livre qui interroge notre monde moderne, la télé réalité, les réseaux sociaux, les fausses identités, les jeux en ligne.
Un regard sur la Corée du Sud avec les tensions familiales, les attentes sociales, la pression pour la réussite scolaire et professionnelle.
Un texte à la première personne avec un héro attachant, un style qui s'attache aux détails avec singularité.
Une belle découverte !
27 août 2019
Deux femmes
Voyage en Corée du Sud oblige, je me suis penchée sur des livres du pays! Et tout d'abord la BD Deux femmes de Song Aram.
C'est l'histoire d'amitié entre deux copines, l'une qui fait le choix traditionnel de se marier et de devenir femme au foyer à s'occuper des enfants, à la coréenne. Et l'autre non.
On voit vraiment de planches en planches la condition féminine en Corée du Sud, le rôle des familles et belle-famille. Elles portent tout sur leurs épaules, le succès scolaire des petits, le ménage, etc.
Ce manhwaga respire le vécu et c'est ce qui le rend si touchant.
Un grand MERCI à BD NET Nation pour la belle découverte!
Libellés :
Au féminin,
B.D.,
Découvrir un pays,
Littérature coréenne
23 août 2019
Et soudain la liberté
Je ne connaissais pas du tout la vie d'Evelyne Pisier, mais j'ai découvert avec Et soudain la liberté, l'histoire d'une femme d'engagement, amoureuse de la vie, une femme belle et forte !
Evelyne Pisier a eu l'idée de faire un roman sur la base de sa propre expérience familiale et professionnelle. Un livre qui parlerait de sa mère, de l'amour, des amitiés, et des tournants de l'histoire.
Fille d'un pétainiste, née en Indochine, elle a suivi la révolution mentale de sa maman vers une libération de la femme, Mai 1968 et a su se construire son propre regard sur le monde et l'existence, par ses rencontres et ses lectures.
Malheureusement décédée avant d'avoir fini le texte, c'est son éditrice et amie, Caroline Laurent, qui va reprendre la plume et écrire un livre qui mélange le roman commencé d'Evelyne Pisier et son travail à elle pour faire naître un livre à paraître. Des jeux d'écho se tissent entre les vies d'Evelyne Piser et de Caroline Laurent, qui donnent sens à cette écriture à quatre mains, assez inédite.
On est tout de suite emporté par la force du témoignage. Les guerres de décolonisation s'incarnent dans le quotidien d'une famille, mais aussi la brutalité des camps de prisonniers où Evelyne Pisier et sa mère vont être enfermées.
Le vécu des femmes soumises ou libérées est présenté de pages en pages, avec des scènes très fortes de colères, de disputes et d'amour.
Le vingtième siècle se déroule sous nos yeux, à travers le regard d'une enfant, d'une adolescente déboussolée puis d'une femme.
J'ai aimé le passage par la fiction pour mieux dire la singularité du vécu, tout en ayant en parallèle le regard de l'éditrice pour décrypter ce que le roman dit de la vie "réelle" d'Evelyne Pisier.
J'ai aimé voir se succéder les combats: combat pour l'avortement, la pilule, les droits des homosexuels mais aussi le droit à mourir dans la dignité!
J'ai été fascinée par les histoires d'amour d'Evelyne et de sa mère, qui sont en plus amusantes à lire car leurs amants/amours sont des hommes célèbres, je ne vous en dit pas plus, pour ne pas vous gâcher la surprise !
C'est un livre sur le désir, les choix personnels, le poids familial, l'émancipation.
Un livre Au Féminin!
07 juillet 2019
Die Herrenausstatterin
Un petit roman en allemand (Merci Annet et Joachim!).
Mariana Leky est une auteur qui vit à Berlin et qui pour ce roman nous plonge dans la vie de Katja. Elle tombe amoureuse de son dentiste, se marie, et tout s'achève brutalement.. Tromperie, décès... bref, elle se retrouve seule chez elle et pas au mieux de sa forme.
C'est alors que deux hommes apparaissent dans sa vie. Un vieux monsieur et un jeune plombier.
On ne sait pas trop d'où ils sortent, pourquoi ils sont là... Mais ce trio va la sortir de là !
Le ton est très décalé et amusant.
L'histoire est bourré d'anecdotes joyeuses et étranges... De comment faire quand on reçoit un grand flamand rose en métal comme cadeau de mariage, à comment vivre avec un fantôme!
Je ne vous en dis pas plus.
Ça m'a un peu fait penser dans le ton et l'écriture à La journée de la vierge.
Le roman existe aussi en anglais pour ceux qui ne liraient pas l'allemand!
Un livre qui parle de deuil et de reconstruction.
Un roman sur la singularité comme beauté!
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Littérature allemande,
Out of the box,
Rapport à la mort
20 juin 2019
Unité 8200
Un petit roman d'espionnage pour changer!
L'unité 8200 est une entité de renseignement de l'armée Israélienne qui s'occupe de tout ce qui est décryptage/décodage. Un peu l'équivalent de la NSA aux Etats-Unis.
Dans ce roman, Dov Alfon nous entraîne sur 24 heures pleines de suspense, entre Paris et Tel Aviv et Macao! De mystérieux meurtres d’israéliens et de chinois se multiplient en France, tandis que les luttes inter-organisationnelles dans les services de sécurité Israéliens battent leur plein!
J'aime beaucoup l’héroïne principale, Oriana, une agent qui est très fine dans ses observations, dans l'analyse des jeux d'intimidation politiques. J'aime bien aussi le côté technologique du récit avec l'usage d'outils très spéciaux! Je trouve intéressant aussi le côté collaboration inter-service, entre les français, les américains et les israéliens.
Je trouve que le ton reste toujours un peu ironique et drôle au milieu pourtant d'épisodes dramatiques.
J'admire le côté trépidant de la construction du récit.
On se retrouve vraiment dans certains lieux de Paris, avec un sens du cadre à chaque scène.
On est tenu en haleine, on veut savoir la fin!
Merci à Christine pour la belle découverte.
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Littérature israëlienne,
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15 juin 2019
Soufi, mon amour
Il y a des hasards dans la vie... Comme partir avec Soufi, mon amour à une semaine Yoga Ayurvéda et se retrouver à faire du yoga derviche, comme le derviche tourneur héros du roman!
Un magnifique livre écrit par Elif Shafak!
Après quarante ans de mariage, Ella est un peu seule, un peu dans le vide, un peu trompée par son mari, un peu mal respectée de ses enfants... Un peu tout, comme ça, l'air de rien. Elle est engagée pour relire le manuscrit d'un auteur nouveau, qui parle d'un derviche et de son lien avec le poète Rumi, au XIIe siècle. Ce livre va la transformer, et lui faire découvrir ce que veut dire vivre intensément!
Un très beau texte sur la vie, son sens, son intensité, sur le pouvoir d'être et de devenir soi-même.
Un livre sur l'amour, la spiritualité, la rencontre sous toutes ses formes.
Le roman est structuré autour des éléments: terre, eau, feu, etc.
Il alterne la vie d'un derviche errant dans les années 1240 avec celle d'Ella et de son écrivain Aziz en 2008, mais ça passe tout seul. C'est comme si tout résonnait!
Merci Anouck pour cette très belle découverte!
09 juin 2019
Le commis
Tout se passe à Brooklyn, dans une petite épicerie de quartier. Morris, juif ayant fui la Russie pour les Etats-Unis, y vit tant bien que mal, en tâchant difficilement de nourrir sa femme et sa fille. Un soir, il se fait braquer. Au comble de la malchance, le vent semble tourner quand un jeune italien se présente pour l'aider.
Bernard Malamud nous emporte dans ce quotidien de tranche de jambons à découper et de comptes à boucler... et surtout dans une sorte de pièce de théâtre qui pose la question du lien entre les deux personnages principaux, le tenancier de la boutique, Morris, et son mystérieux commis italien .
Un roman qui interroge sur le bien et le mal, sur la pardon et la rédemption. Un texte qui parle du poids des actes, des silences et des promesses.
Un livre qui pose aussi la question du sens des origines et de la foi. Qu'est-ce qu'être juif ? italien? américain?
Un récit qui marque, avec son allure de fable puissante et sensible.
Merci à Christine pour la découverte!
Un grand roman de la littérature juive américaine!
26 mai 2019
Patria
Bittori est veuve. Son mari est décédé dans un attentat de l'ETA... Au moment où les nationalistes basques décident de ne plus tuer, elle retourne vivre dans son village, celui où vit toujours Miren, son amie d'autrefois, dont le fils est devenu activiste, et surement terroriste. Elle vit alors avec les regards des villageois, les commérages, les colères. Elle vit avec les visites au cimetière, les passages de ses enfants, les appels téléphoniques.
Fernando Aramburu nous plonge en 600 pages dans l'intimité de deux familles: celle endeuillée et celle qui vit avec la prison et la culpabilité. Il montre combien la violence marque des générations après.
Ce roman interroge l'histoire de l'Espagne, la place du pardon, la place de l'oubli, la place des doutes.
J'ai beaucoup aimé le style de l'auteur, qui montre comment le quotidien est rempli de souvenirs. Souvent les personnages vivent un moment présent et en superposition des couches d'histoires, d'anecdotes, qui leur reviennent.
J'aime aussi les restes de bienveillances au milieu des douleurs.
Patria a reçu le prix national de la littérature et le prix de la critique à sa sortie.
Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau!
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Littérature espagnole,
Rapport à la mort
05 mai 2019
Kobane Calling
Les longs weekends de Mai sont propices à la lecture de B.D.
Découverte le 1er mai de Kobane Calling de Zero Calcare.
Nous suivons ses péripéties vers la frontière entre la Turquie et la Syrie. Il y part pour mieux comprendre le rôle des armées de femmes kurdes dans la lutte contre Daech.
Avec humour, le livre retrace tout ce que Zero Calcare a pu ressentir, depuis l'annonce de son départ à sa mère, jusqu'au fond du fond des montagnes syriennes, les tirs, et la peur.
Il se remet toujours en cause, ainsi que ses motivations à aller là-bas. Il rit de lui-même. Il met en scène ses doutes avec un ton décalé d'adolescent qui a bien du mal à devenir adulte.
Il montre le décalage aussi entre la couverture médiatique et le quotidien sur place.
Il illustre aussi l'arbitraire, la débrouille, les morts.
Un livre qui plaira à ceux qui aiment tenter de comprendre notre monde moderne et ses absurdités.
Une BD aussi pour ceux qui s'interrogent sur la guerre, les conflits asymétriques, le rôle ambigu des Etats comme la Turquie dans la lutte contre Daech.
Merci Etienne pour la découverte!
23 avril 2019
L'odyssée d'Hakim
Une BD en ce mois d'Avril!
On suit l'histoire vraie d'un réfugié Syrien, Hakim.
Fabien Toulmé s'interroge sur le fait que suite à deux accidents, le crash d'un avion et la disparition en mer d'un bateau plein de migrants, la presse et le ressenti aillent avant tout vers le sort des passagers aériens. Il se rend compte que c'est surement par manque de connaissances de la vie et de l'histoire des migrants.
Pour y remédier, il demande à apprendre à comprendre leur sort et rencontre ainsi Hakim.
Hakim est touchant car il avait une vie normale, à tenir une pépinière dans la banlieue de Damas. Rien ne présageait que tout allait se chambouler dans son existence au point de devoir fuir de pays en pays. C'est la banalité de l'effondrement que décortique bien le récit et aussi la quête que cela entraîne, de villes en villes...
Le trait est simple et doux. Les personnages attachants. Les situations révoltantes et kafkaïennes.
Je trouve que la BD montre bien la précarité, le fait de devoir vivre chez des autres, dépendre d'eux pour tout. La culpabilité de ne pas pouvoir travailler. La peur de ne jamais pouvoir rentrer au pays. Et l'espoir qui aide à tenir.
Une belle découverte à partager sans modération!
Un sujet social et politique traité avec justesse!
14 avril 2019
Le monde dans la main
Un roman jeunesse de Mikael Ollivier: Le monde dans la main!
Pierre est un brillant lycéen qui fait aussi le conservatoire en piano. Un jour, sur le parking d'Ikéa, sa mère disparaît... et sa vie bascule. Tout glisse vers la découverte de secrets de famille, la révélation de personnalités fortes ou faibles, le début d'une remise en cause des évidences du quotidien.
Construit sous la forme de chapitres de quelques pages, qui portent chacun un titre, le roman se lit tout seul.
Un livre sur la vie dans toutes ses dimensions, bonnes et heureuses surprises, et comment on peut grandir à travers elles.
Un roman centré sur la famille et le rôle qu'elle joue dans la construction de soi.
Un texte sur la disparition, l'absence et le deuil.
Un roman d'émancipation à sa façon.
Un livre qui a reçu le prix des collégiens de l'Hérault en 2012.
Merci à la librairie L'attrappe-coeurs dans le 15e pour ce conseil de lecture!
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Roman d'émancipation
31 mars 2019
La tresse
Pas un grand livre, mais un petit roman bien construit autour de trois figures de femmes.
Tout commence en Inde, où Smita est une intouchable qui décide que sa fille n'aura pas le même destin qu'elle...
Et tout continue avec Giulia en Sicile qui travaille comme ouvrière dans l'usine de son père, qui fait des perruques à la base de vrais cheveux... mais sa vie tourne au cauchemar quand elle découvre que l'entreprise familiale traditionnelle est au bord du gouffre économiquement.
Et tout enchaîne avec Sarah, partner d'un grand cabinet d'avocat canadien, et qui découvre qu'elle a un cancer.
Et les chapitres s’enchaînent en passant d'une héroïne à l'autre, d'une épreuve à l'autre.
Pas à pas on voit apparaître des liens, entre les trois histoires.
Trois âges de la vie, trois situations, trois continents, et derrière le combat de femmes pour leur vie, leur liberté, leur rêve.
Ça se lit tout seule.
A conseiller pour un petit trajet de train!
23 mars 2019
La papeterie Tsubaki
Un roman japonais, La papeterie Tusbaki de OGAWA Ito.
C'est d'abord la lenteur des mots et du rythme des journées. Nous suivons une jeune femme qui tient une papeterie, dans le détail régulier de la vie de la boutique. On prend plaisir aux gestes simples, au nettoyage du matin, au thé avec certains clients, etc.
Mais plus que de tenir une papeterie, l'héroïne du roman est écrivain publique. Elle aide les personnes à écrire des lettres, lettres de rupture, lettres d'amour, lettres de condoléance, ce sont tous les moments clé de l'existence qui y passent.
J'aime que tout soit dans le choix des mots, du type de papier, de calligraphie, d'encre, de timbres. Tout ce que nous ne prenons plus vraiment le temps de faire en fait, et qui rend la vie si belle! Aligner la pensée avec la fabrication d'un petit objet quotidien, qui doit en tout refléter ce qu'on est et qu'on pense: la lettre!
Bref, je me suis régalée.
On apprend aussi beaucoup sur le Japon, les rituels, les fêtes, les formes de politesse,...
Un roman pour ceux qui cherchent du calme et de la douceur.
Un roman qui parle d'attention à l'autre, d'amour du travail bien fait.
L'objet du livre est beau aussi, car il abrite les lettres en japonais à l'intérieur et que la couverture fait du bien rien qu'à regarder!
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02 mars 2019
L'enfant noir
De Camara Laye, guinéen, L'enfant noir semble un grand classique de la littérature francophone d'Afrique. Très autobiographique, on y suit l'enfance et l'adolescence d'un jeune africain.
Tout d'abord ses parents et le fameux génie de son père, un serpent noir qui apparaît un jour à l'enfant. Le travail des métaux à la forge paternelle, et surtout de l'or, qui demande tout un rituel avec griots.
Des nuits dans la case de sa mère.
Bref la douceur de la vie au village.
Puis le départ pour l'école puis pour l'aventure loin du pays. Les premiers amours.
C'est à la fois la description du quotidien dans un village dans les années 1930 et celui du merveilleux, de l'enchantement, de l'exotique. On sent que l'auteur fait renaître devant nos yeux chacun de ses souvenirs, des odeurs, des goûts, de sa tendre enfance. La nostalgie n'est pas loin.
C'est aussi l'histoire d'une émancipation, du devenir adulte, avec des rituels qui font peurs, par étape, dont celui de la circoncision.
Le style est simple, précis, vivant. Chaque chapitre aborde un moment clé, un épisode marquant.
Un petit roman poche, à glisser dans son sac avant de partir en Afrique...
Merci à Hélène D. pour le conseil!
23 février 2019
Libéria
Voilà un beau roman à lire en parcourant l'Afrique de l'Ouest: Liberia de Christophe Naigeon.
Nous sommes au début du 19e siècle aux Etats-Unis, dans le Massachusetts. Nous faisons la connaissance du héros, Julius Washington, un apprenti journaliste, qui fait ses armes en couvrant tout ce qui se passe au port. Il est fils d'une ancienne esclave, et il va pas à pas découvrir le monde des marins, de la traite des noirs, des abolitionnistes, des marchands, des aventuriers, et de la politique anglaise, française et américaine de l'époque.
On découvre le monde des quakers et des trafiquants en tout genre. La vie à bord, les débarquements, les déceptions, les rêves, au fil de ses traversées de l'Atlantique.
On apprend beaucoup sur les arguments en faveur et contre l'abolition de l'esclavage de l'époque. On voit aussi comment le retour des africains est tenté avec le Sierra Leone et le Libéria mais aussi avec des colonies ratées. On comprend aussi ceux qui ne veulent pas que les affranchis repartent pour qu'ils soient plus forts aux Etats-Unis.
On est plongé dans l'ambiance des vies que tout efface en une fièvre, des vies que tout détruit en un coup du sort.
Enorme travaille de documentation de l'auteur, dont on sent la plume de journaliste, qui va dans le détail, creuse, questionne.
Merci à Mme Lafon pour la très belle découverte!
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Roman historique
06 février 2019
Mathieu Hidalf, le génie de la bêtise
Gros coup de cœur pour Mathieu Hidalf, le génie de la bêtise, de Christophe Mauri. Quelle espièglerie, quelle facétie, quel regard piquant sur notre monde moderne plein des scoops de presse, de phénomène de cours et de contrats tordus!
Bon, je dois l'avouer, je suis conquise par ce petit jeune homme ingénieux et par le ton drôlissime de Christophe Mauri. Je ris toute seule de page en page, et j'en redemande! (J'enchaine les tomes...)
Nous sommes dans un royaume. Deux familles s'affrontent les Hidalf et les Pompou. Il faut plaire au roi... mais voilà, Mathieu Hidalf a offert au souverain pour son anniversaire un chapeau orgueilleux, qui ne veut plus quitter la tête couronnée tant il se sent vexé! Autant vous dire, que M. Hidalf regorge d'effort pour faire répéter l'hymne anti-Pompou à ses enfants et pour éviter que Mathieu, le génie de la bêtise, ne soit interviewé par le journal du royaume... Assez, c'est assez!
Tout m'a plu. Le fait que Mathieu ait trois sœurs, qui s'appellent toutes les trois Juliette pour éviter à M. Hidalf de se tromper, au chien à quatre têtes Bougetou... (dont certaines ronflent la nuit ou gobent des nymphettes, petites fées qui font la lumière dans les manoirs du royaume!).
J'aime beaucoup aussi le personnage de l'expert juridique, Maitre Magimel, qui vit avec la famille et contractualise à tout va les punitions du père, et les autres lubies du moment!
A mettre dans toutes les mains de 7 à 77 ans, pour un peu de légèreté!
Dans le tome suivant, on découvre une école pour l'élite du royaume qui pourrait être une parodie d'ENA ou un clin d’œil à Harry Potter...
Je ne vous en dis pas plus!
On sent que Christophe Mauri aime autant les contes pour enfants que les clins d’œil aux adultes.
C'est un peu comme si le prince des mots tordus et la sorcière de la rue mouffetard avaient fait des petits... On retombe en enfance avec plaisir et malice en lisant les aventures de Mathieu Hidalf!
Un petit extrait pour vous mettre en appétit:
"à la minute même où il était devenu célèbre, Mathieu avait reçu la punition la plus terrible jamais infligée à un enfant. C’est du moins ce qu’imaginait son père, M. Rigor Hidalf, qui n’avait aucune imagination.
Par exemple, allez savoir pourquoi, M. Hidalf décidait de priver Mathieu de tarte au citron, sans se souvenir qu’il détestait ça. Une autre fois, il lui faisait servir une double ration de crème de marrons, persuadé que Mathieu en avait horreur; mais c’était justement son dessert préféré!
Alors Mathieu engloutissait ses deux portions de crème de marrons. Avec un peu de chance, se disait- il, M. Hidalf le forcerait à en manger une coupe supplémentaire. Hélas ! Mme Hidalf veillait sur lui.
– Trois coupes de crème de marrons? disait-elle en posant sur Mathieu un regard pénétrant.
– Je l’ai bien mérité, maman ! Après tout, j’ai fait une grosse bêtise...
– SI J’ENTENDS ENCORE UNE FOIS CE MOT, rugit M. Hidalf, TU MANGERAS DE LA CRÈME DE MARRONS À TOUS LES DESSERTS !
– Il me semble qu’il en a mangé suffisamment pour aujourd’hui, répliqua Mme Hidalf avec un grand calme. Mathieu, les Juliette, montez vous coucher. Il est déjà tard."
30 janvier 2019
Génération K
Et voilà les trois tomes engloutis de Génération K de Marine Carteron!
Je vous avais déjà parlé d'elle en lisant Les autodafeurs.
Cette fois-ci nous suivons Kassandre, Goerges et Mina. Trois jeunes.
Kassandre est la fille d'un patron d'une grosse entreprise pharmaceutique. Elle aime le métal, s'habille en gothique et hait ses parents. Elle est en pleine crise d'adolescence.
Mina est sa meilleure amie et la fille de la femme à tout faire de la maison de ses parents. Elle est plutôt réservée. Elles sont dans la même classe.
Georges, lui, est en prison. Il est d'un milieu social défavorisé, passe son temps à faire des mauvais coups. Il se veut un gros dur qui terrorise tout le monde.
Ils vont découvrir qu'ils sont tous les trois porteurs dans leur ADN d'un gène K qui fait l'objet de convoitise... Ils vont devoir s'allier pour lutter...
Un roman jeunesse qui mêle de nombreuses tendances prospectives: le transhumanisme, l'antibiorésistance, les fake news et la théorie du complot, le changement climatique, etc.
C'est à la fois un roman de science fiction, un thriller, un roman d'émancipation.
En effet, Kassandre, Mina et Georges ont des super-pouvoirs qui se développent en grandissant ! Mais je ne vous en dis pas plus!
Ainsi Marine Carteron interroge le lien à la nature, à la vérité, à la filiation; à la maladie et à la mémoire.
Chacun des héros nous parle à la première personne, avec différents prismes qui nous donnent à voir l'évolution de l'histoire en train de se faire.
Les passages les plus intéressants sont ceux sur l'individu fasce à ses choix et à la solidarité.
Les passages les plus émouvants sont ceux où les personnages se découvrent, dans leur force et leur faiblesse, dans la lumière et la noirceur.
Un roman jeunesse assez noir, violent et sombre et pourtant plein d'espoir.
De nombreuses références à Dracula, et d'autres mythes, mais aussi à la culture pop des super héros, avec un côté décalé et ironique quand même.
Je trouve intéressant de voir le type de super pouvoir que Marine Carteron a donné à ses personnages: le pouvoir de révéler en l'autre ses peurs enfouis, le pouvoir de prendre le contrôle sur la volonté des animaux.
Merci à la librairie du Lieu Unique à Nantes pour le conseil!
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Héroïnes rousses,
Littérature française,
Pour Ado,
Science Fiction
26 janvier 2019
Une histoire de sorcière
Découverte de La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet pendant les fêtes! Elle y décrit la figure de la sorcière, à travers différentes facettes: celle de la femme indépendante, celle de la stérilité, de la vieille peau, bref à travers des angles souvent rejetés socialement du féminin: l'autonomie, la vieillesse, la femme qui n'enfante pas. Elle déconstruit aussi nos croyances sur la figure de la sorcière: ce n'était pas seulement l'église qui les pourchassait, ce n'était pas que des femmes qui étaient condamnées, etc.
Et du coup, Mona Chollet m'a donné une folle envie de me replonger dans des histoires de sorcières. Je connais par cœur les contes de Pierre Gripari (sorcière de la rue Mouffetard, Sorcière du placard aux balais) , alors je me suis plongée pour la première fois dans Maria Gripe, une auteur suédoise.
Je m'en viens donc vous conseiller Le château des enfants volés de Maria Gripe (à partir de 8 ans), oeuvre citée par Mona Chollet dans l'introduction de son livre.
Sophie et Albert vive dans une petite maison toute simple. Albert est souffleur de verre et Sophie s'occupe de leurs deux enfants, Clara et Crystal. Non loin de là, sous un pommier vit la sorcière Floppy Le Redoux.
Un jour, les deux enfants disparaissent à la foire, et Floppy va aider les deux parents désemparés à les retrouver.
J'aime beaucoup la figure de Floppy. Elle vit seule recluse à tisser des tapis, qui dans les motifs anticipent les changements du monde. Elle a un corbeau qui sort des phrases sages à la limite du compréhensibles. Elle est juste et puissante.
Je trouve le récit très proche du conte, très psychanalytique, sur ce qu'est le désir, la vie, la transmission, la parole, l'image, le poids des mots et des rêves.
Un roman qui plaira aux femmes qui veulent transmettre de la force à leurs filles!
Un conte qui se lit à voix haute aux petits et aux grands, un chapitre par soir!
Merci Emilie pour le beau cadeau que fut le livre de Mona Chollet!
Un petit extrait pour la route::
"Les gens l'avaient surnommée Floppy, car elle sortait toujours enveloppée dans une ample cape bleu, foncé, dont le large col, claquant au vent, faisait flop flop autour de sa tête. Ses bords souples étaient parsemés de fleurs retombant d'une haute calotte violette, garnie de papillons. Quant au nom de Le Redoux, il provenait simplement du fait que l'apparition de Floppy coïncidait avec le dégel. En effet, jamais elle ne sortait l'hiver. (...) Floppy était un personnage très bizarre. Elle savait prédire l'avenir. Dédaignant les cartes, elle lisait dans les lignes de la main ou scrutait le marc de café."
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Littérature suédoise,
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Sorcières
06 janvier 2019
François, portrait d'un absent
Au décès de sa mère, Roland Barthes avait cherché le neutre, sous toutes ses formes, jusqu'à en faire un cours au Collège de France, que j'ai eu un immense plaisir à écouter il y a des années en MP3. Michael Ferrier, à la mort de François, a cherché le blanc, celui du deuil, des paysages de neige, des trous de mémoire qui se comblent. Un blanc très multiple, très profond, et très fuyant.
François meurt avec sa fille, Bahia, en mer, un tout début janvier. Et c'est la douleur et les mots pour tenir qui ont suivi pour Michael Ferrier que ces 235 pages.
François, portrait d'un absent est un livre plein de souvenirs à deux, un livre riche de fulgurances, comme autant de bons mots qui percent dans la nuit, quand on n'arrive plus à dormir. C'est un livre qui donne envie de faire attention aux détails, qui donne envie d'érudition, de bons alcools et de joies partagées.
C'est un portrait précis, comme semblait l'être François, qui connaissait si bien les différentes particularités d'interprétations de certains artistes comme ceux de jazz ou de musique classique. J'ai aimé apprendre le petit geste de la main de Leonhardt en fin de morceau au clavecin comme pour faire durer le silence magique qui clôt l'interprétation. Je trouve qu'on sent de ce silence-là dans les mots de Michael Ferrier.
C'est un livre qui donne envie de se replonger dans Montaigne ou de revoir les grands classiques au cinéma. C'est un texte qui donne aussi une forte envie de découvrir les documentaires de François, et pour ma part, j'espère trouver bien vite ceux sur le Sénégal.
Moi qui est fait mon hypokhâgne et ma khâgne à Lakanal, j'y ai été si surprise d'y retrouver des images de là-bas - Michael et François y ont fait leur prépa littéraire eux aussi. Mais à l'inverse d'eux, je n'avais jamais fait attention aux types d'arbres qui étaient dans le parc. Cela me donne envie d'y retourner que pour ça. J'aimerais aussi voir un Liquidambar un jour pour de vrai, arbre qui a été plantée en souvenir de Bahia...
Il y a de nombreuses pages qu'on n’oublie pas, dont la 144 qui reprend des principes d'errance en ville que j'aimerais bien un jour tester.
"Straight, no chaser", c'est aussi ce qui caractérise la plume de Michael Ferrier ici. La vie à l'état pur.
J'aurais aimé trouver à la fin la filmographie de François ou encore une liste des meilleurs ouvrages/films que François et Michaël ont vu ensemble, un peu comme à la fin de la BD Les Ignorants avec la liste des BD et vins partagés. A ajouter pour une prochaine édition!
Un grand merci à Christine pour le conseil de lecture!
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Deuil,
Littérature française,
Rapport à la mort,
Témoignages
01 janvier 2019
Le lambeau
Un roman qui m'a fait penser à l'Ecriture ou la Vie de J. Semprum. Le même geste d'écrire pour survivre, la même place de la littérature et des vers pour tenir au milieu de l'horreur. Le même goût des tisanes froides, tant on oublie de les boire à temps à la lecture!
Le lambeau de Philippe Lançon raconte comment sa vie bascule à Charlie Hebdo lors de l'attentat. Comment il y survit et comment il finit par vivre.
C'est un texte magistral, une plume acérée, un regard sur lui sans complaisance ou presque.
Beaucoup de tableaux ou de scénettes qu'il abrite sont inoubliables. Comme la réponse aux mots fléchés, qu'il trouve pour aider les infirmières en salle de réveil... Comme le yaourt qu'il va pouvoir manger, après des mois sans alimentation par la bouche...
Les liens avec le corps médical sont aussi très habillement décrits, ainsi qu'avec son frère, ses parents, ses amis, son amoureuse.
Un livre qui rappelle les moments à l’hôpital, les moments de douleurs, les cauchemars.... et qui brille de sa singularité dans l'universel de la souffrance.
Un texte qu'on ne quitte pas, qui habite, qu'on lit d'une traite ou presque, parfois les larmes aux yeux... et pourtant sans voyeurisme.
Il a eu le Prix Femina, le prix spécial du Jury Renaudot.
Un livre pour lequel écrire une critique fait qu'on se sent tout pataud et tout bête.
Un texte qui plaira aux amoureux de littérature, d'art et de cinéma.
Un livre pour apprivoiser la mal, la douleur, la fin et les débuts.
Une belle façon de passer le 1er de l'an...
Avec tous mes vœux pour 2019, et surtout celui que vous gouttiez à des pages inoubliables, que vous sautiez d'un livre fort à un autre livre intense, que vous retombiez sur des mots oubliés, que vous en inventiez d'autres!
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Littérature française,
Résilience,
Témoignages
25 décembre 2018
Terrienne
Tout commence non loin de St Etienne et des Monts du Forez. Sur une petite route de campagne. Un écrivain prend en stop une jeune fille, Anne, qui cherche sa sœur disparue juste après son mariage. Leurs échanges sont beaux et intenses et l'écrivain s'attache à ce mystère. Il dépose la jeune femme à un carrefour qu'il ne retrouve plus... et puis tout d'un coup oui.
Il faut dire que la sœur d'Anne se trouve dans un monde parallèle... Un monde sans saveur, sans odeur, sans respiration. Un monde sans vomi, sans douleur, sans friction.
Jean-Claude Mourlevat nous emporte par le suspense. Anne pourra-t-elle retrouver sa sœur? Il nous fait réfléchir à ce que nous aimons sur notre terre, même de difficile et de pénible.
Jamais on ne se sent si heureux de savoir ce que c'est qu'une tartine qui tombe du mauvais côté, ce que c'est qu'un petit air frais sur le visage, ce que c'est que l'odeur d'un gâteau tout juste sorti du four.
Un roman pour ceux qui aiment les quêtes et les univers différents.
Un livre qui abrite une belle héroïne et de beaux passages sur l'existence dans toutes ces dimensions incarnées.
Un roman ado très facile à lire pendant les fêtes!
J'aime que le roman soit ancré dans un territoire, même s'il en dévie pour mieux le faire vivre.
J'aime les passages où les soldats du monde parallèle doivent apprendre la terre, car on voit bien à quel point notre planète n'est pas réductible à un savoir livresque, qu'elle doit s'éprouver.
Merci à Mariana pour la belle découverte!
Libellés :
Littérature française,
Pour Ado,
Science Fiction
26 novembre 2018
1994
Un roman sur l'Algérie, comme un palimpseste où l'on retrouve en couches successives les traces des années qui passent et qui se superposent: 1962, 1994, 2004.
Adlène Meddi nous plonge dans la vie de deux jeunes, Amin et Sidali, qui portent sur leurs épaules la vie de leurs pères et de leur pays. Amin est interné dans un hôpital psychiatrique, après avoir craqué et pris une arme d'un coup, tandis que Sidali, exilé en France, a tué pour se venger puis fuit à nouveau. Comment vivre avec son histoire et avec la guerre, c'est tout le sujet de ce livre, où raisonnent les coups et les violences des années 1990, années noires Algériennes.
J'ai aimé découvrir comme les coulisses d'un pays en crise, les coulisses d'un monde qui tente de ne pas dérailler mais frôle toujours le non sens.
On y retrouve bien les maux et les mots de là-bas ("tonton", "tangos", etc), l'esprit du lieu dans les anecdotes (la condamnation à mort à chaque passage par un taxi dans le trafic chaotique!) mais aussi de magnifiques passages sur l'exil, le retour, le lien:
"Sidali avait trouvé des moitiés de tout: des moitiés de sa famille, des moitiés de son pays dont il ne comprenait pas une partie, une partie des lieux, des gens qui avaient changé de gueule avec l'âge ou l'effet déformant de la mémoire visuelle, des moitiés de lui-même éparses dans ce qu'il reste des lieux de mémoire, des moitiés d'Amin qu'il savait interné chez les fous. Des lambeaux de toute une vie laissée ici. Comme s'il faisait face à un corps déchiqueté, après une violente explosion.
- Dis-moi André, les choses arrivent-elles réellement?
- Heu... Elles arrivent, oui, puis font semblant de repartir."
J'ai vraiment apprécié aussi les passages où Sidali découvre une proximité avec les Corses, les liens invisibles des luttes. J'ai été touché par Houda, la femme qui tente de soigner et de comprendre sans se faire prendre à son tour...
Un roman sensible et fort sur l'anomie, la révolte, la vengeance, la peur, et les non-dits.
Un livre qui n'est pas facile à lire, pour les non-initiés au contexte et aux enjeux. Un texte touffu. Mais une construction de la narration qui marche, par ses échos du temps et les répétitions sourdes. Des passages ciselés et beaux, comme des étincelles. La volonté de ne pas tomber dans le tout blanc tout noir, mais bien d'illustrer la complexité des êtres et des choix.
Un grand merci à Caroline pour le diner inoubliable à Alger avec Adlène. Je n'oublierai pas nos rires et le tragique derrière.
Un autre grand merci à Adlène pour le décryptage sociologique et la force de la plume et de la fiction pour transmettre sans concession.
07 novembre 2018
Le goût amer de l'abîme
Caden a 15 ans. Il nous emmène dans ses pensées, avec un pirate, un perroquet, et tout un équipage sur un navire au milieu des flots agités et des monstres... Il partage avec nous ses peurs. L'impression d'être persécuté par certains camarades. L'impression de se retrouver dans une cuisine étrange... Tout se mélange, ses images mentales obsédantes, ses voix, et la vie du quotidien de lycéen.
On finit par comprendre que Caden est à la dérive, que Caden rentre en hôpital psychiatrique. Et tout se mélange, les vrais personnes qu'il côtoie à l’hôpital et tous ces êtres fictifs qui lui parlent, le hantent, l'obsèdent, l'inquiètent ou le rassurent.
Tiré d'une histoire vraie, ce roman jeunesse explore la maladie mentale du point de vue du jeune qui en souffre.
Neal Shusterman nous déroute, nous bouscule, en nous faisant découvrir des territoires différents du mental, de la perception et de la psyché.
Un roman qui est sans jugement, riche de la singularité d'un voyage mentale.
Neal Shusterman a ajouté à son texte les dessins de son fils, faits alors qu'il était lui même en pleine épisode de maladie mentale.
Je trouve que ce texte a le mérite de mettre en mot et en image le flux mental, d'aider à comprendre la folie et d'en montrer aussi toute la richesse infinie!
J'aime aussi que le roman fasse la place aux personnes qui entourent Caden, les camarades, sa sœur, ses parents, son psy, etc. Je trouve le lien entre Caden et sa sœur très beau, dans la difficulté de la maladie.
Un roman qui plaira à ceux qui aiment les aventures Out of the box, la différence mise en mot.
Libellés :
Littérature anglo-saxonne,
Out of the box,
Pour Ado
04 novembre 2018
L'architecte du sultan
Nous voilà au XVIe siècle, en plein Empire Ottoman. Jahan débarque avec son éléphant blanc à la cour du sultan Soliman le Magnifique. Il découvre des intrigues, la jolie fille du sultan, les gitans, les dompteurs d'animaux, mais surtout l'architecte royal ! Celui-ci va le prendre sous son aile et en faire un apprenti de talent.
Elif Shafak nous emmène dans un roman d'initiation et de cour qui marque par les personnages truculents qu'il abrite, par l'exotisme des coutumes, et par l'intrigue et le mystère des jeux de pouvoir. D'étranges accidents arrivent sur les chantiers, et on est pris dans l'enquête de Jahan pour comprendre qui tire les ficelles du drame.
C'est une sorte de conte magique, qui n'est pas sans rappeler Les Enfants de Minuit de S. Rushdie.
Un roman qui souligne combien l'arbitraire du pouvoir peut être violent, et comment différentes castes ou groupes sociaux peuvent jouer des codes et des coutumes pour tenir.
Un roman qui est une mise en fiction dans la fiction, car Jahan qui n'est ni dompteur d'éléphant ni architecte devient chacun de ses rôles tour à tour à force de le prétendre.
Une histoire fleuve qui nous fait découvrir l'histoire d'Istambul et qui nous fait réfléchir aux formes de pouvoirs justes et injustes.
Merci Anouck pour la découverte!
Libellés :
Exotique,
Littérature turque,
Roman historique
14 octobre 2018
Les autodafeurs - Mon frère est un gardien
Et encore un petit bonheur au rayon jeunesse!
Auguste a 14 ans quand son père décède d'un mystérieux "accident". Il va très vite découvrir qu'il n'en est rien, et que son père a bien été assassiné par des personnes qui cherchent à l'empêcher de sauvegarder et archiver des manuscrits anciens. Il va alors être initié à un autre regard sur le monde, derrière celui qu'il connait, où des autodafeurs tentent de détruire les livres et où les gardiens s'opposent à eux.
Le récit est vraiment plein de petites phrases qui font sourire. On alterne entre le point de vue d'Auguste et celui de sa sœur autiste, Césarine.
J'ai eu un gros coup de cœur pour les pages du journal de Césarine. Du haut de ses 7 ans et de son syndrome d'Asperger, elle nous offre une vision bien à elle de la vie:
"Dans mon groupe, il y a douze enfants et six éducateurs. Je n'ai pas levé la tête, mais je le sais parce que j'ai compté les différents pieds et qu'il y en avait vingt-quatre petits et douze grands. Bien sûr, il est possible qu'un des adultes soit nain. Dans ce cas, ça ferait onze enfants et sept éducateurs. Ou alors un enfant peut avoir de très grands pieds, ce qui ferait treize enfants et cinq éducateurs. Ou alors il y a peut être des unijambistes.. mas ça m'étonnerait parce que, dans ce cas là, j'aurais vu deux chaussures très différentes que ne faisaient pas la paire et ce n'est pas le cas. Demain, si j'ai moins peur, je compterai les têtes, comme ça je serai sûre."
Marine Carteron a le don de mélanger un polar, avec un ton sincère et touchant, et une réflexion sur ce qu'on transmet, ce qu'on apprend, ce que veut dire écrire, lire, et ce qu'est la solidarité, le collectif, le vivre ensemble.
Un tome 1 qui donne envie de lire la suite!
Merci Anouck pour la belle découverte!
09 octobre 2018
Un avion sans elle
Un petit roman qui ne mange pas de pain: Un avion sans elle.
Ce n'est pas de la grande littérature, mais on est pris dans le suspense dès le début et jusqu'au bout.
Un 23 décembre, un avion s'écrase au sol dans le Jura. On retrouve un bébé qui miraculeusement a survécu à la catastrophe et deux familles se déchirent en disant que la petite est à eux.
Elle a 18 ans quand on la retrouve avec des questions sur ses origines et un mystérieux détective privé qui lui aussi essaie de trouver la solution à cet énigme. Nous sommes avant l'arrivée des tests génétiques en 1980 quand son enquête a commencé et nous voyons comment pas à pas il cherche à trouver des clés sur l'enfant miraculée.
Un livre qui se lit tout seul...
Pour ceux qui aiment les enquêtes, les rebondissements, les drames familiaux!
30 septembre 2018
Meurtres à Pékin
Un bon petit polar en cette rentrée: Meurtres à Pékin de Peter May, un excellent conseil d'Amélie (merci!).
Margaret Campbell, américaine, médecin légiste, vit des moments si difficiles dans sa vie personnelle, qu'elle accepte de partir en Chine donner des conférences, juste pour s'éloigner un peu de sa douleur. Alors qu'elle est en plein choc des cultures à son arrivée en Chine, un cadavre carbonisé est retrouvé dans un parc. Elle va alors être amenée à travailler avec Li Yan, jeune chinois fraîchement promu commissaire.
Comme vous vous en doutez, ils se détestent mais vont finir par s'aimer!
Un roman qui donne à voir la Chine d'aujourd'hui, avec un regard acéré sur les choix technologiques et politiques du pays. Le développement mais à quel prix?
Un livre qui donne envie de découvrir Pékin, sa bonne cuisine et ses bonnes adresses!
C'est le premier tome d'une série!
Avis aux amateurs!
Les personnages sont très attachants, leur dialogue mordant et l'intrigue pleine de suspense!
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Découvrir un pays,
Littérature anglo-saxonne,
Polars
16 septembre 2018
Cartes postales de Grèce
Un livre léger qu'on peut glisser facilement dans sa valise quand on part en Grèce: Cartes Postales de Grèce de Victoria Hislop. Pas de la grande littérature, juste une petite lecture d'été!
Ellie qui vit une existence plutôt morne à Londres trouve tous les jours son quotidien égayé par des cartes, qui atterrissent dans sa boîte bien qu' adressées à l'ancienne locataire. Toutes les cartes postales viennent de Grèce. Alors qu'elle n'en peut plus au travail, elle décide de partir là-bas. Et le jour de son départ, elle reçoit un carnet qui est en fait le récit de voyage de l'homme aux cartes postales. Elle part alors sur ses traces.
On oscille donc entre la vie d'Ellie, le récit de voyage de l'homme aux cartes postales (Anthony, qui tente de se remettre d'une histoire d'amour qui a mal fini) mais aussi les comptes ou courtes nouvelles qu'il écrit au fur et à mesure de ses rencontres avec des Grecs. Certaines histoires qu'ils narrent font rire, d'autres sont dignes d'un film d'horreur!
On sent que Victoria Hislop vit une partie de sa vie en Grèce, pays qu'elle a envie de faire aimer, tout simplement.
J'ai beaucoup apprécié toutes les anecdotes grecques qui servent de base aux histoires courtes d'Anthony, et qui sont toujours liées dans le livre à une photo.
Un roman qui parle de pauvreté, de traditions, de légendes, de solitude, d'amour.
Un regard polyphonique sur la Grèce d'hier et d'aujourd'hui.
C'était particulièrement amusant de le lire sur place, en Grèce.
Merci à Anouck pour la découverte!
04 septembre 2018
Nous les menteurs!
Nous sommes dans le monde parfait de la famille Sinclair. Ils sont beaux, riches, intelligents. Tout semble formidable sur l’île privée au large du cap Cod où vit la joyeuse troupe.
Cadence, l’aînée des petits enfants, y raconte sa vie avec son groupe de cousins. Ils se sont nommés eux-même: les menteurs! Ils font un peu les quatre cent coups. Ils ont leurs codes, leurs habitudes, leurs clins d’œil.
Tout commence par un accident. Elle a quinze ans... et tout finit là aussi.
Mais je ne vous en dis pas plus.
Roman bien écrit, très bien construit.
De temps en temps la narratrice nous livre un conte pour enfant qui en dit long sur sa famille. De temps en temps, elle nous parle de son amour pour Gat, qui semble la fuir. De temps en temps, ça parle d'argent, d'héritage, et de succession. De temps en temps de rêves.
On collecte page après page de maigres indices. On sent poindre le flottement. Et on continue à tâtons.
Une histoire qui fonctionne, les emporte.
Un livre qui plaira à ceux qui aiment les histoires de famille, la psychanalyse, les secrets et les tabous.
Un livre qui interroge le drame familiale.
Fin magistrale!
Merci à la librairie l'Attrappe-coeur dans le 15e pour ce conseil de lecture!
08 juillet 2018
L'aube sera grandiose
C'est une histoire de mère et de fille, de secret de famille, et de liberté.
Nine s'apprête à aller à la fête de son lycée, quand sa mère l'embarque contre son gré, pour aller dans une cabane au bord d'un lac, dont Nine n'a jamais entendu parler.
Elles vont y passer la nuit à discuter, pour finir par détricoter et retricoter toute l'histoire de la famille.
Le roman est construit autour de flash-backs d'un côté, des années 1970 à ce jour, autour de l'histoire de la mère.... Et de l'autre, avec l'heure qui avance dans la nuit du samedi au dimanche, pour marquer la progression du récit de la mère à sa fille, dans ce huit clos de l'isolement des bois.
Par ailleurs des dessins se greffent aussi au détour des pages mais je ne vous dis pas pourquoi!
C'est vraiment de l'humain, des relations familiales, des fuites et des retrouvailles.
Le livre interroge ce qu'on transmet, ce qu'on répète, ce qu'on ose inventer.
Le texte nous renvoie aux objets du temps passé (minitel, etc) et présent (smartphone, etc).
Pas mal de suspense aussi...
Merci à la librairie l’attrape-coeur pour le conseil!
02 juillet 2018
La daronne
Un coup de cœur polar pour commencer juillet: La Daronne, d'Hannelore Cayre.
C'est l'histoire de Patience Hortefeux, qui est une femme de 53 ans vivant seule, et qui a pour principal passe-temps de prendre soin de sa vieille maman en EPAD. Elle est une traductrice d'un genre un peu particulier: elle s'occupe des conversations des dealers d'arabe en français pour la police. Elle sort d'ailleurs avec un flic de temps à autre.
Elle est une vraie observatrice de la justice, des échanges entre les dealers et leurs mamans, des voisins chinois de son immeuble, des assistantes soignantes de la maison de retraite....
Elle a aussi de l'humour, une vision décalée de la vie qui lui vient d'une enfance assez hors norme, avec un père un peu bandit...
Elle a envie de pouvoir mettre ses deux filles à l'abri du besoin alors même qu'elle ne roule pas sur l'or.
Et c'est là que tout bascule, quand elle découvre qu'un des dealers qui est sur le point de se faire attraper par la police, n'est autre que le fils de l'aide soignante préférée de sa mère. Que va-t-elle faire?
Je ne vous en dis pas plus!
Le ton est un régal, le personnage aussi.
Des scènes incroyables qu'on garde en tête après avoir refermé le livre.
On s'amuse, on tremble et on sort réjoui.
On sent le sens de l'anecdote, du quotidien qui nous joue des tours à chaque page.
Un vrai regard sur les questions d'aujourd'hui: comment prendre soin de ses enfants et de ses parents âgés? Comment lutter contre les trafics de drogue? Que veut dire écouter des terroristes? entre autres.
Merci à Anouck pour cet excellent conseil de lecture!
De l'humain, du suspense, de l'humour, du tragique, tout y est!
26 juin 2018
Sirius
Beaucoup de romans racontent des situations post apocalyptiques, où la terre a été détruite et des gens tentent de survivre.
Celui-ci est touchant, car il est un hymne à la cohabitation entre hommes et animaux.Une sorte de fable sur notre rapport à la nature à réinventer.
Avril, une jeune fille et son frère Kid sont réfugiés dans une forêt et tiennent loin de tout, loin de la ville détruite et des étoiles noires, sorte de milices.
Ils vont de temps en temps se ravitailler à un lieu précis et en profite pour voir une vieille dame qui survit isolée. Elle a pu garder des livres qu'Avril lit à voix haute sur un magnéto à pile pour elle.
Jusqu'au jour où tout bascule et où Avril et Kid doivent fuir vers la Montagne.
On découvre alors que Kid peut parler avec les animaux, ou du moins les comprendre étrangement....
Stéphane Servant nous sert ici une critique de la société de consommation, carnivore à outrance et qui va à sa perte.
Les chapitres s'égrainent dans le sens inverse. 69, 68, 67...
On croise de la poésie, un conteur, un âne, un ours. De la philosophie et de la sagesse...
Un livre qui pose la question de la confiance, du rapport au vivant et aux morts.
Libellés :
Amour de la nature,
Forêt,
Littérature française,
Pour Ado
03 juin 2018
Sauveur et fils
Coup de cœur au rayon jeunesse: Sauveur et Fils de Marie-Aude Murail. Une saga très sympathique dont quatre saisons sont déjà sorties chez vos libraires!
Sauveur Saint-Yves est psy pour ado. Et son fils Lazare qui a 8 ans aime écouter à la porte les jeunes patients que son père suit. Selon les jours, c'est Margaux, 14 ans, et qui se taillade les bras, ou Ella 12 ans qui se sent plus garçon que fille,...
Et pourtant ce n'est pas lourd, c'est juste la vie qui défile...
Quatre tomes après, je me suis attachée à tous ces personnages qui passent au 12 de la rue des Murlins à Orléans. J'aime autant la vie privée de Sauveur que son travail de clinicien. Lui aussi a des doutes sur son rôle de psy, sur ses amours, sur le choix d'adopter ou pas des hamsters... mais je ne vous en dis pas plus pour vous garder des surprises sur les habitants de cette maison aux portes grandes ouvertes. Vous ne serez pas dessus du voyage!
Marie-Aude Murail nous montre l'humain dans toute sa singularité et sa beauté. Elle nous raconte avec finesse tout ce que les jeunes d'aujourd'hui portent de notre société (terrorisme, tablettes et smartphones, etc) et de nos évolutions sociales (migration, familles recomposées, hyperactivité, etc); et toujours avec humour et bienveillance, et surtout sans tomber dans la caricature!
Un livre qui plaira au fan de la série In treatment, à ceux qui ne se prennent pas trop aux sérieux, à ceux qui ont le cœur sur la main...
Un roman qui pose la question: que veut dire aider l'autre? mais aussi que veut dire s'aimer soi-même pour ce qu'on est vraiment.
13 mai 2018
Le quatrième mur
Un coup de poing dans le ventre!
Le quatrième mur est avant tout une histoire de rencontre à Paris entre George, un étudiant militant très à gauche qui fait du théâtre engagé et Sam, un juif grec, metteur en scène qui a fui le régime des colonels. Ces deux-là vont faire un tandem qui va questionner ce que veut dire porter une parole de résistance.
Alors que Sam est frappé par la maladie, il va demander à George d'aller monter pour lui Antigone d'Anouilh à Beyrouth. Mais cela veut dire en plein début des années 1980 convaincre Phalangistes, Palestiniens, Druzes, etc de jouer ensemble. Une utopie, un rêve, une folie, tout à la fois. George va relever le défi et nous allons embarquer avec lui pour le Liban en guerre.
C'est magistral. On est pris aux tripes. On ne peut plus quitter les pages des yeux.
Un roman qui questionne les luttes, la guerre, le pardon, la résistance.
Un livre sur le théâtre aussi, et ce qu'il peut porter de politique. Moi qui avait tant aimé Antigone d'Anouilh, j'ai eu le plaisir de redécouvrir la pièce par le roman.
Une façon d'apprendre à découvrir le Liban et son histoire.
Un livre qu'on n'oublie pas...
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Roman de guerre
06 mai 2018
Le célèbre catalogue Walker & Dawn
Une belle épopée Jeunesse en ce mois de Mai! Captivante et joyeuse!
P'tit Trois, JoJu, Min et Eddie sont des enfants du bayou au cœur de la Louisiane au début du vingtième siècle. Inséparables, ils jouent en cachette de leurs parents près de leur cabane secrète. Un jour ils trouvent une vieille boite de conserve et dedans: trois dollars!
Ils décident d'acheter quelque chose dans le Célèbre catalogue de vente par correspondance Walker & Dawn.
Et c'est le début d'une grande aventure... qui va les emmener en voyage! Ils vont devoir faire preuve de débrouillardise et de courage pour aller au bout de leur rêve!
Davide Morosinotto nous fait découvrir les Etats-Unis au moment de la première voiture, du premier hotdog...
Le roman est en quatre parties, chacune avec une mise en forme intéressante et un narrateur différent.
Le rythme est maintenu du début à la fin. Les personnages sont très attachants.
Du bonheur!
Un livre pour tous les petits et grands curieux du monde, qui n'ont pas peur de tout oser pour se sortir de leur condition....
Un roman qui n'est pas sans rappeler Sally Jones, et autres épopées jeunesse haletantes si précieuses pour aimer les livres quand on est pré-ado.
Merci à l'Ecole des Loisirs!
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Roman d'émancipation
01 mai 2018
Le Chardonneret
Theo Decker a treize ans et vit à New York avec sa mère. Alors qu'ils visitent ensemble le Metropolitan Museum, un attentat bouscule tout. Theo va fuir les lieux en volant un tableau: Le Chardonneret de Fabritius, peint au dix-septième siècle. Sa mère va périr sous l'effet de la bombe, et le roman va nous compter l'après, la vie d'un enfant qui cherche avec difficulté un sens à tout cela....
Les personnages sont très marquants. L'ambiance est plutôt noire. Surtout pour la partie à Vegas.
Le tableau va être un miroir pour Theo, un compagnon, et plus encore.
Un roman qui questionne ce que veut dire être survivant.
Un livre qui nous plonge chez les amateurs d'art, d'antiquité, et de pièces rares. Mais aussi chez les trafiquants en tout genre.
Je trouve que le rôle d'Hobbie est magnifique. Lui qui a perdu un des siens dans l'attentat va tenter d'aider Théo à sa façon en lui apprenant la menuiserie.
D'autres rôles sont plus tragiques ou fourbes, comme le père qui réapparaît dès qu'il s'agit d'argent ou Boris, qui apprendra tout de l'alcool et la drogue à Théo.
800 pages qui s’enchaînent en mettant en avant les faux semblants, les biens pensants, les doutes et les regrets.
Une grande fresque un peu comme dans la littérature du dix-neuvième siècle.
Merci à Anouck pour la découverte!
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