26 novembre 2018

1994



Un roman sur l'Algérie, comme un palimpseste où l'on retrouve en couches successives les traces des années qui passent et qui se superposent: 1962, 1994, 2004.

Adlène Meddi nous plonge dans la vie de deux jeunes, Amin et Sidali, qui portent sur leurs épaules la vie de leurs pères et de leur pays. Amin est interné dans un hôpital psychiatrique, après avoir craqué et pris une arme d'un coup, tandis que Sidali, exilé en France, a tué pour se venger puis fuit à nouveau. Comment vivre avec son histoire et avec la guerre, c'est tout le sujet de ce livre, où raisonnent les coups et les violences des années 1990, années noires Algériennes.

J'ai aimé découvrir comme les coulisses d'un pays en crise, les coulisses d'un monde qui tente de ne pas dérailler mais frôle toujours le non sens.

On y retrouve bien les maux et les mots de là-bas ("tonton", "tangos", etc), l'esprit du lieu dans les anecdotes (la condamnation à mort à chaque passage par un taxi dans le trafic chaotique!) mais aussi de magnifiques passages sur l'exil, le retour, le lien:

"Sidali avait trouvé des moitiés de tout: des moitiés de sa famille, des moitiés de son pays dont il ne comprenait pas une partie, une partie des lieux, des gens qui avaient changé de gueule avec l'âge ou l'effet déformant de la mémoire visuelle, des moitiés de lui-même éparses dans ce qu'il reste des lieux de mémoire, des moitiés d'Amin qu'il savait interné chez les fous. Des lambeaux de toute une vie laissée ici. Comme s'il faisait face à un corps déchiqueté, après une violente explosion.
- Dis-moi André, les choses arrivent-elles réellement?
- Heu... Elles arrivent, oui, puis font semblant de repartir."

J'ai vraiment apprécié aussi les passages où Sidali découvre une proximité avec les Corses, les liens invisibles des luttes. J'ai été touché par Houda, la femme qui tente de soigner et de comprendre sans se faire prendre à son tour...

Un roman sensible et fort sur l'anomie, la révolte, la vengeance, la peur, et les non-dits.

Un livre qui n'est pas facile à lire, pour les non-initiés au contexte et aux enjeux. Un texte touffu. Mais une construction de la narration qui marche, par ses échos du temps et les répétitions sourdes. Des passages ciselés et beaux, comme des étincelles. La volonté de ne pas tomber dans le tout blanc tout noir, mais bien d'illustrer la complexité des êtres et des choix.

Un grand merci à Caroline pour le diner inoubliable à Alger avec Adlène. Je n'oublierai pas nos rires et le tragique derrière.

Un autre grand merci à Adlène pour le décryptage sociologique et la force de la plume et de la fiction pour transmettre sans concession.




07 novembre 2018

Le goût amer de l'abîme



Caden a 15 ans. Il nous emmène dans ses pensées, avec un pirate, un perroquet, et tout un équipage sur un navire au milieu des flots agités et des monstres... Il partage avec nous ses peurs. L'impression d'être persécuté par certains camarades. L'impression de se retrouver dans une cuisine étrange... Tout se mélange, ses images mentales obsédantes, ses voix, et la vie du quotidien de lycéen.

On finit par comprendre que Caden est à la dérive, que Caden rentre en hôpital psychiatrique. Et tout se mélange, les vrais personnes qu'il côtoie à l’hôpital et tous ces êtres fictifs qui lui parlent, le hantent, l'obsèdent, l'inquiètent ou le rassurent.

Tiré d'une histoire vraie, ce roman jeunesse explore la maladie mentale du point de vue du jeune qui en souffre.

Neal Shusterman nous déroute, nous bouscule, en nous faisant découvrir des territoires différents du mental, de la perception et de la psyché.

Un roman qui est sans jugement, riche de la singularité d'un voyage mentale.

Neal Shusterman a ajouté à son texte les dessins de son fils, faits alors qu'il était lui même en pleine épisode de maladie mentale.

Je trouve que ce texte a le mérite de mettre en mot et en image le flux mental, d'aider à comprendre la folie et d'en montrer aussi toute la richesse infinie!

J'aime aussi que le roman fasse la place aux personnes qui entourent Caden, les camarades, sa sœur, ses parents, son psy, etc. Je trouve le lien entre Caden et sa sœur très beau, dans la difficulté de la maladie.

Un roman qui plaira à ceux qui aiment les aventures Out of the box, la différence mise en mot.





04 novembre 2018

L'architecte du sultan



Nous voilà au XVIe siècle, en plein Empire Ottoman. Jahan débarque avec son éléphant blanc à la cour du sultan Soliman le Magnifique. Il découvre des intrigues, la jolie fille du sultan, les gitans, les dompteurs d'animaux, mais surtout l'architecte royal ! Celui-ci va le prendre sous son aile et en faire un apprenti de talent.

Elif Shafak nous emmène dans un roman d'initiation et de cour qui marque par les personnages truculents qu'il abrite, par l'exotisme des coutumes, et par l'intrigue et le mystère des jeux de pouvoir. D'étranges accidents arrivent sur les chantiers, et on est pris dans l'enquête de Jahan pour comprendre qui tire les ficelles du drame.

C'est une sorte de conte magique, qui n'est pas sans rappeler Les Enfants de Minuit de S. Rushdie.

Un roman qui souligne combien l'arbitraire du pouvoir peut être violent, et comment différentes castes ou groupes sociaux peuvent jouer des codes et des coutumes pour tenir.

Un roman qui est une mise en fiction dans la fiction, car Jahan qui n'est ni dompteur d'éléphant ni architecte devient chacun de ses rôles tour à tour à force de le prétendre.

Une histoire fleuve qui nous fait découvrir l'histoire d'Istambul et qui nous fait réfléchir aux formes de pouvoirs justes et injustes.

Merci Anouck pour la découverte!








14 octobre 2018

Les autodafeurs - Mon frère est un gardien




Et encore un petit bonheur au rayon jeunesse!

Auguste a 14 ans quand son père décède d'un mystérieux "accident". Il va très vite découvrir qu'il n'en est rien, et que son père a bien été assassiné par des personnes qui cherchent à l'empêcher de sauvegarder et archiver des manuscrits anciens. Il va alors être initié à un autre regard sur le monde, derrière celui qu'il connait, où des autodafeurs tentent de détruire les livres et où les gardiens s'opposent à eux.

Le récit est vraiment plein de petites phrases qui font sourire. On alterne entre le point de vue d'Auguste et celui de sa sœur autiste, Césarine.

J'ai eu un gros coup de cœur pour les pages du journal de Césarine. Du haut de ses 7 ans et de son syndrome d'Asperger, elle nous offre une vision bien à elle de la vie:

"Dans mon groupe, il y a douze enfants et six éducateurs. Je n'ai pas levé la tête, mais je le sais parce que j'ai compté les différents pieds et qu'il y en avait vingt-quatre petits et douze grands. Bien sûr, il est possible qu'un des adultes soit nain. Dans ce cas, ça ferait onze enfants et sept éducateurs. Ou alors un enfant peut avoir de très grands pieds, ce qui ferait treize enfants et cinq éducateurs. Ou alors il y a peut être des unijambistes.. mas ça m'étonnerait parce que, dans ce cas là, j'aurais vu deux chaussures très différentes que ne faisaient pas la paire et ce n'est pas le cas. Demain, si j'ai moins peur, je compterai les têtes, comme ça je serai sûre."

Marine  Carteron a le don de mélanger un polar, avec un ton sincère et touchant, et une réflexion sur ce qu'on transmet, ce qu'on apprend, ce que veut dire écrire, lire, et ce qu'est la solidarité, le collectif, le vivre ensemble.

Un tome 1 qui donne envie de lire la suite!

Merci Anouck pour la belle découverte!

09 octobre 2018

Un avion sans elle



Un petit roman qui ne mange pas de pain: Un avion sans elle.

Ce n'est pas de la grande littérature, mais on est pris dans le suspense dès le début et jusqu'au bout.

Un 23 décembre, un avion s'écrase au sol dans le Jura. On retrouve un bébé qui miraculeusement a survécu à la catastrophe et deux familles se déchirent en disant que la petite est à eux.

Elle a 18 ans quand on la retrouve avec des questions sur ses origines et un mystérieux détective privé qui lui aussi essaie de trouver la solution à cet énigme. Nous sommes avant l'arrivée des tests génétiques en 1980 quand son enquête a commencé et nous voyons comment pas à pas il cherche à trouver des clés sur l'enfant miraculée.

Un livre qui se lit tout seul...

Pour ceux qui aiment les enquêtes, les rebondissements, les drames familiaux!

30 septembre 2018

Meurtres à Pékin



Un bon petit polar en cette rentrée: Meurtres à Pékin de Peter May, un excellent conseil d'Amélie (merci!).

Margaret Campbell, américaine, médecin légiste, vit des moments si difficiles dans sa vie personnelle, qu'elle accepte de partir en Chine donner des conférences, juste pour s'éloigner un peu de sa douleur. Alors qu'elle est en plein choc des cultures à son arrivée en Chine, un cadavre carbonisé est retrouvé dans un parc. Elle va alors être amenée à travailler avec Li Yan, jeune chinois fraîchement promu commissaire.

Comme vous vous en doutez, ils se détestent mais vont finir par s'aimer!

Un roman qui donne à voir la Chine d'aujourd'hui, avec un regard acéré sur les choix technologiques et politiques du pays. Le développement mais à quel prix?

Un livre qui donne envie de découvrir Pékin, sa bonne cuisine et ses bonnes adresses!

C'est le premier tome d'une série!

Avis aux amateurs!

 Les personnages sont très attachants, leur dialogue mordant et l'intrigue pleine de suspense!


16 septembre 2018

Cartes postales de Grèce



Un livre léger qu'on peut glisser facilement dans sa valise quand on part en Grèce: Cartes Postales de Grèce de Victoria Hislop. Pas de la grande littérature, juste une petite lecture d'été!

Ellie qui vit une existence plutôt morne à Londres trouve tous les jours son quotidien égayé par des cartes, qui atterrissent dans sa boîte bien qu' adressées à l'ancienne locataire. Toutes les cartes postales viennent de Grèce. Alors qu'elle n'en peut plus au travail, elle décide de partir là-bas. Et le jour de son départ, elle reçoit un carnet qui est en fait le récit de voyage de l'homme aux cartes postales. Elle part alors sur ses traces.

On oscille donc entre la vie d'Ellie, le récit de voyage de l'homme aux cartes postales (Anthony, qui tente de se remettre d'une histoire d'amour qui a mal fini) mais aussi les comptes ou courtes nouvelles qu'il écrit au fur et à mesure de ses rencontres avec des Grecs. Certaines histoires qu'ils narrent font rire, d'autres sont dignes d'un film d'horreur!

On sent que Victoria Hislop vit une partie de sa vie en Grèce, pays qu'elle a envie de faire aimer, tout simplement.

J'ai beaucoup apprécié toutes les anecdotes grecques qui servent de base aux histoires courtes d'Anthony, et qui sont toujours liées dans le livre à une photo.

Un roman qui parle de pauvreté, de traditions, de légendes, de solitude, d'amour.

Un regard polyphonique sur la Grèce d'hier et d'aujourd'hui.

C'était particulièrement amusant de le lire sur place, en Grèce.

Merci à Anouck pour la découverte!


04 septembre 2018

Nous les menteurs!



Nous sommes dans le monde parfait de la famille Sinclair. Ils sont beaux, riches, intelligents. Tout semble formidable sur l’île privée au large du cap Cod où vit la joyeuse troupe.

Cadence, l’aînée des petits enfants, y raconte sa vie avec son groupe de cousins. Ils se sont nommés eux-même: les menteurs! Ils font un peu les quatre cent coups. Ils ont leurs codes, leurs habitudes, leurs clins d’œil.

Tout commence par un accident. Elle a quinze ans... et tout finit là aussi.

Mais je ne vous en dis pas plus.

Roman bien écrit, très bien construit.

De temps en temps la narratrice nous livre un conte pour enfant qui en dit long sur sa famille. De temps en temps, elle nous parle de son amour pour Gat, qui semble la fuir. De temps en temps, ça parle d'argent, d'héritage, et de succession. De temps en temps de rêves.

On collecte page après page de maigres indices. On sent poindre le flottement. Et on continue à tâtons.

Une histoire qui fonctionne, les emporte.

Un livre qui plaira à ceux qui aiment les histoires de famille, la psychanalyse, les secrets et les tabous.

Un livre qui interroge le drame familiale.

Fin magistrale!

Merci à la librairie l'Attrappe-coeur dans le 15e pour ce conseil de lecture!

08 juillet 2018

L'aube sera grandiose



C'est une histoire de mère et de fille, de secret de famille, et de liberté.

Nine s'apprête à aller à la fête de son lycée, quand sa mère l'embarque contre son gré, pour aller dans une cabane au bord d'un lac, dont Nine n'a jamais entendu parler.

Elles vont y passer la nuit à discuter, pour finir par détricoter et retricoter toute l'histoire de la famille.

Le roman est construit autour de flash-backs d'un côté, des années 1970 à ce jour, autour de l'histoire de la mère.... Et de l'autre, avec l'heure qui avance dans la nuit du samedi au dimanche, pour marquer la progression du récit de la mère à sa fille, dans ce huit clos de l'isolement des bois.

Par ailleurs des dessins se greffent aussi au détour des pages mais je ne vous dis pas pourquoi!

C'est vraiment de l'humain, des relations familiales, des fuites et des retrouvailles.

Le livre interroge ce qu'on transmet, ce qu'on répète, ce qu'on ose inventer.

Le texte nous renvoie aux objets du temps passé (minitel, etc) et présent (smartphone, etc).

Pas mal de suspense aussi...

Merci à la librairie l’attrape-coeur pour le conseil!






02 juillet 2018

La daronne



Un coup de cœur polar pour commencer juillet: La Daronne, d'Hannelore Cayre.

C'est l'histoire de Patience Hortefeux, qui est une femme de 53 ans vivant seule, et qui a pour principal passe-temps de prendre soin de sa vieille maman en EPAD. Elle est une traductrice d'un genre un peu particulier: elle s'occupe des conversations des dealers d'arabe en français pour la police. Elle sort d'ailleurs avec un flic de temps à autre.

Elle est une vraie observatrice de la justice, des échanges entre les dealers et leurs mamans, des voisins chinois de son immeuble, des assistantes soignantes de la maison de retraite....

Elle a aussi de l'humour, une vision décalée de la vie qui lui vient d'une enfance assez hors norme, avec un père un peu bandit...

Elle a envie de pouvoir mettre ses deux filles à l'abri du besoin alors même qu'elle ne roule pas sur l'or.

Et c'est là que tout bascule, quand elle découvre qu'un des dealers qui est sur le point de se faire attraper par la police, n'est autre que le fils de l'aide soignante préférée de sa mère. Que va-t-elle faire?

Je ne vous en dis pas plus!

Le ton est un régal, le personnage aussi.

Des scènes incroyables qu'on garde en tête après avoir refermé le livre.

On s'amuse, on tremble et on sort réjoui.

On sent le sens de l'anecdote, du quotidien qui nous joue des tours à chaque page.

Un vrai regard sur les questions d'aujourd'hui: comment prendre soin de ses enfants et de ses parents âgés? Comment lutter contre les trafics de drogue? Que veut dire écouter des terroristes? entre autres.

Merci à Anouck pour cet excellent conseil de lecture!

De l'humain, du suspense, de l'humour, du tragique, tout y est!








26 juin 2018

Sirius



Beaucoup de romans racontent des situations post apocalyptiques, où la terre a été détruite et des gens tentent de survivre.

Celui-ci est touchant, car il est un hymne à la cohabitation entre hommes et animaux.Une sorte de fable sur notre rapport à la nature à réinventer.

Avril, une jeune fille et son frère Kid sont réfugiés dans une forêt et tiennent loin de tout, loin de la ville détruite et des étoiles noires, sorte de milices.

Ils vont de temps en temps se ravitailler à un lieu précis et en profite pour voir une vieille dame qui survit isolée. Elle a pu garder des livres qu'Avril lit à voix haute sur un magnéto à pile pour elle.

Jusqu'au jour où tout bascule et où Avril et Kid doivent fuir vers la Montagne.

On découvre alors que Kid peut parler avec les animaux, ou du moins les comprendre étrangement....

Stéphane Servant nous sert ici une critique de la société de consommation, carnivore à outrance et qui va à sa perte.

Les chapitres s'égrainent dans le sens inverse. 69, 68, 67...

On croise de la poésie, un conteur, un âne, un ours. De la philosophie et de la sagesse...

Un livre qui pose la question de la confiance, du rapport au vivant et aux morts.




03 juin 2018

Sauveur et fils



Coup de cœur au rayon jeunesse: Sauveur et Fils de Marie-Aude Murail. Une saga très sympathique dont quatre saisons sont déjà sorties chez vos libraires!

Sauveur Saint-Yves est psy pour ado.  Et son fils Lazare qui a 8 ans aime écouter à la porte les jeunes patients que son père suit. Selon les jours, c'est Margaux, 14 ans, et qui se taillade les bras, ou Ella 12 ans qui se sent plus garçon que fille,...

Et pourtant ce n'est pas lourd, c'est juste la vie qui défile...

Quatre tomes après, je me suis attachée à tous ces personnages qui passent au 12 de la rue des Murlins à Orléans. J'aime autant la vie privée de Sauveur que son travail de clinicien. Lui aussi a des doutes sur son rôle de psy, sur ses amours, sur le choix d'adopter ou pas des hamsters... mais je ne vous en dis pas plus pour vous garder des surprises sur les habitants de cette maison aux portes grandes ouvertes. Vous ne serez pas dessus du voyage!

Marie-Aude Murail nous montre l'humain dans toute sa singularité et sa beauté. Elle nous raconte avec finesse tout ce que les jeunes d'aujourd'hui portent de notre société (terrorisme, tablettes et smartphones, etc) et de nos évolutions sociales (migration, familles recomposées, hyperactivité, etc); et toujours avec humour et bienveillance, et surtout sans tomber dans la caricature!

Un livre qui plaira au fan de la série In treatment, à ceux qui ne se prennent pas trop aux sérieux, à ceux qui ont le cœur sur la main...

Un roman qui pose la question: que veut dire aider l'autre? mais aussi que veut dire s'aimer soi-même pour ce qu'on est vraiment.










13 mai 2018

Le quatrième mur



Un coup de poing dans le ventre!

Le quatrième mur est avant tout une histoire de rencontre à Paris entre George, un étudiant militant très à gauche qui fait du théâtre engagé et Sam, un juif grec, metteur en scène qui a fui le régime des colonels. Ces deux-là vont faire un tandem qui va questionner ce que veut dire porter une parole de résistance.

Alors que Sam est frappé par la maladie, il va demander à George d'aller monter pour lui Antigone d'Anouilh à Beyrouth. Mais cela veut dire en plein début des années 1980 convaincre Phalangistes, Palestiniens, Druzes, etc de jouer ensemble.  Une utopie, un rêve, une folie, tout à la fois. George va relever le défi et nous allons embarquer avec lui pour le Liban en guerre.

C'est magistral. On est pris aux tripes. On ne peut plus quitter les pages des yeux.

Un roman qui questionne les luttes, la guerre, le pardon, la résistance.

Un livre sur le théâtre aussi, et ce qu'il peut porter de politique. Moi qui avait tant aimé Antigone d'Anouilh, j'ai eu le plaisir de redécouvrir la pièce par le roman.

Une façon d'apprendre à découvrir le Liban et son histoire.

Un livre qu'on n'oublie pas...


06 mai 2018

Le célèbre catalogue Walker & Dawn



Une belle épopée Jeunesse en ce mois de Mai! Captivante et joyeuse!

P'tit Trois, JoJu, Min et Eddie sont des enfants du bayou au cœur de la Louisiane au début du vingtième siècle. Inséparables, ils jouent en cachette de leurs parents près de leur cabane secrète. Un jour ils trouvent une vieille boite de conserve et dedans: trois dollars!

Ils décident d'acheter quelque chose dans le Célèbre catalogue de vente par correspondance Walker & Dawn.

Et c'est le début d'une grande aventure... qui va les emmener en voyage! Ils vont devoir faire preuve de débrouillardise et de courage pour aller au bout de leur rêve!

Davide Morosinotto nous fait découvrir les Etats-Unis au moment de la première voiture, du premier hotdog...

Le roman est en quatre parties, chacune avec une mise en forme intéressante et un narrateur différent.

Le rythme est maintenu du début à la fin. Les personnages sont très attachants.

Du bonheur!

Un livre pour tous les petits et grands curieux du monde, qui n'ont pas peur de tout oser pour se sortir de leur condition....

Un roman qui n'est pas sans rappeler Sally Jones, et autres épopées jeunesse haletantes si précieuses pour aimer les livres quand on est pré-ado.

Merci à l'Ecole des Loisirs!




01 mai 2018

Le Chardonneret



Theo Decker a treize ans et vit à New York avec sa mère. Alors qu'ils visitent ensemble le Metropolitan Museum, un attentat bouscule tout. Theo va fuir les lieux en volant un tableau: Le Chardonneret de Fabritius, peint au dix-septième siècle. Sa mère va périr sous l'effet de la bombe, et le roman va nous compter l'après, la vie d'un enfant qui cherche avec difficulté un sens à tout cela....

Les personnages sont très marquants. L'ambiance est plutôt noire. Surtout pour la partie à Vegas.

Le tableau va être un miroir pour Theo, un compagnon, et plus encore.

Un roman qui questionne ce que veut dire être survivant.

Un livre qui nous plonge chez les amateurs d'art, d'antiquité, et de pièces rares. Mais aussi chez les trafiquants en tout genre.

Je trouve que le rôle d'Hobbie est magnifique. Lui qui a perdu un des siens dans l'attentat va tenter d'aider Théo à sa façon en lui apprenant la menuiserie.

D'autres rôles sont plus tragiques ou fourbes, comme le père qui réapparaît dès qu'il s'agit d'argent ou Boris, qui apprendra tout de l'alcool et la drogue à Théo.

800 pages qui s’enchaînent en mettant en avant les faux semblants, les biens pensants, les doutes et les regrets.

Une grande fresque un peu comme dans la littérature du dix-neuvième siècle.

Merci à Anouck pour la découverte!


03 avril 2018

Certaines n'avaient jamais vu la mer....



Puissant roman polyphonique que Certaines d'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka!

Les voix sont celles de ces japonaises qui ont été mariées à distance avec des hommes vivants sur le sol américain au vingtième siècle, avant la seconde guerre mondiale... et qui ont traversé les océans pour se retrouver à travailler la terre, à être servantes quand ce n'est pas pire.

Nous sommes face à un chœur, à ces témoignages collectifs de l'exil. Toutes leurs histoires s'entremêlent: toutes leurs nuits de noce, toutes leurs grossesses, toutes leurs peurs,...

Qu'il est rare et précieux ce "nous", ce collectif de femmes.

Un roman pour mieux comprendre l'histoire du Japon, la migration, et ce sujet tabou que fut celui des émigrés japonais pendant la seconde guerre mondiale sur le sol américain.

Un livre résolument Au féminin, qui parle d'humiliation, d'oppression et de petites lueurs d'espoirs infimes.

Un roman qui se lit d'une traite, intense et resserré.

Merci à Céline pour la recommandation!






09 mars 2018

Euphoria



Une plongée dans la Nouvelle Guinée des tribus, sur les berges du fleuve Sepik en 1933, c'est ce que nous propose Euphoria de Lily King. On y retrouve trois jeunes et brillants anthropologues qui sont en train de faire naître la discipline, de publier les premières analyses sur les rites, le rapport au corps, etc.

C'est un roman sur Margaret Mead, qui a osé publier sur la vie sexuelle des indigènes à un moment où la société occidentale était pleine de tabous. On y retrouve ses passions, ses désirs, ses amours. Alors oui c'est une fiction, les noms sont différents mais c'est vraiment très bien documenté et on ne s'y trompe pas, ça parle bien de ces vies là qui ont changé la façon de concevoir l'observation des cultures.

Un roman envoûtant, tellement humain, qui souligne les liens ténus entre les chercheurs et leurs sujets de recherche.

Un livre où se mêlent deux voix: celle de Bankson, qui admire son couple d'amis Fen et Nell, tout en tombant amoureux de Nell... et celle de Nell à travers des extraits de son journal intime.

C'est un roman sur la liberté et ses limites, une grande histoire d'amour, une exploration du vivre ensemble.




04 mars 2018

Six degrés de liberté



Un roman à l'accent québécois très original : Six degrés de liberté de Nicolas Dickner.

C'est l'histoire de deux ado, Lisa et Eric, qui vivent dans un coin plutôt perdu du Canada et désirent repousser les limites de leur vie, en faisant des expériences, comme celle de lancer un ballon dans la stratosphère! C'est aussi l'histoire d'une fille issue de la mafia qu'on appellera Jay et à qui on a proposé plutôt que de la prison de travailler comme employée de la gendarmerie! C'est aussi l'histoire d'un conteneur fantôme qui passe de pays en pays, de port en port, hors des écrans radars... et que Jay traque.

Et on se doute bien dès le début que tout ça est connecté dans un monde globalisé... mais je ne vous en dis pas plus!

Un roman sur le cyberespace, sur la frontière et les passagers clandestins! Un roman qui nous fait entrer dans les coulisses de notre économie, avec tous les conteneurs qui nous livrent des meubles, des pommes, etc. Et des milliers circulent en permanence dans nos océans! 

Un roman qui nous montre aussi l'importance des poubelles, des vieilleries et des traces qu'on laisse, à côté même de la civilisation Ikéa du remplacement permanent. 

Un roman qui s'amuse de nos acronymes, et de la place qu'ils tiennent ou pas dans nos interactions sociales.

Un roman sur la liberté! Ce qu'on peut faire pour garder du sens et de la poésie dans son existence.

Jay ou Lisa  ne sont pas sans rappeler Lisbeth Salander dans Millenium. On trouve vraiment un côté polar dans le récit, qui est très subtilement synchronisé entre les différentes vies des personnages. 

Ce roman a remporté le prestigieux prix Canadien du gouverneur général en 2015.

Un livre à conseiller à tous ceux qui aiment le lien entre objet technique et scientifique et rêverie poétique!

Un roman pour ceux qui aiment des personnages attachants, un peu perdus et pourtant plein d'imaginations!

Merci Anouck pour la découverte!










18 février 2018

Le musée des merveilles



Ben, un ado réservé, se retrouve orphelin au décès de sa mère.N'ayant jamais connu son père, il est confié à la famille de cette dernière, auprès de laquelle il se sent assez seul. Une nuit d'orage, il retourne en douce dans sa maison, pour tenter de recueillir des informations sur sa mère, et de retrouver des traces de son bonheur perdu. C'est alors que tout bascule... La foudre tombe sur la maison et fait perdre en partie l'audition à Ben... au moment où il avait enfin trouvé une piste qui le conduisait jusqu'à New York pour retrouver son père...

Parallèlement, on suite Rose, qui vit cinquante ans plus tôt, en 1927, à New York et qui est une enfant sourde, dont les parents ont décidé qu'il était trop dangereux qu'elle sorte en ville seule. Celle-ci fugue pour aller au cinéma, ou pour retrouver son frère qui travaille dans un musée...

Les deux histoires se suivent en parallèle, celle de Ben écrite et celle de Rose dessinée en noir et blanc, ce qui rend le livre vraiment unique. La surdité des personnages se prêtent bien à la lecture de dessins silencieux je trouve.

Et comme vous vous en doutez, peu à peu des liens vont apparaître entre les deux histoires.... pour n'en faire qu'une!

C'est un magnifique roman d'apprentissage, qui est une ode à l'autonomie, au musée, à la collection, à New York et à la créativité.

A la fin du livre, Brian Selznick nous raconte tout ce qui lui a permis de l'écrire, toutes les rencontres, découvertes, lieux, et on réalise que tout est très documenté. Ça rend encore le livre plus beau de pouvoir se rendre compte du voyage qu'a fait l'auteur pour le réaliser.

Un livre à offrir pour sa forme et pour la beauté de l'histoire. Les personnages sont émouvants, attachants et le livre se lit tout seul.

Un roman sur la culture des personnes mal entendantes, sur l'histoire de l'éducation des enfants sourds à travers les générations.

Un roman sur les origines, les filiations, les héritages, la transmission.

Apparemment, le livre était sorti une première fois en français sous le titre Black Out, puis il est ressorti sous le nom Le musée des merveilles, au moment où le film qui en est tiré est sorti en France.

17 février 2018

Aucun de nous ne reviendra



Une comète que ce livre: Tome 1 Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo.

Une écriture sublime pour raconter le pire: Auschwitz.

L'écriture ou la vie m'avait marqué à jamais. Aucun de nous ne reviendra aussi.

Autour de scènes du quotidien qui n'en est pas un, Charlotte Delbo nous replonge dans l'horreur du nazisme et des camps, par flash qui se succèdent tous aussi insoutenables les uns que les autres. Elle y montre la déshumanisation totale de ces femmes de partout en Europe. Elle fait très bien ressentir comme il en devient difficile de rester dans la vie, l'espoir, quand tout est décharnement, non sens, épuisement, petites et grandes humiliations.

Ces instantanés du souvenir s'encrent à jamais en nous, comme le parallèle qu'elle fait entre des mannequins de boutique et le transport des corps humains défaits et désarticulés à l'extrême. Ou encore la description de la soif... mise en mot avec une telle force. Les solidarités aussi: une femme qui en cache une autre pour qu'elle puisse pleurer.

Une des écritures les plus fortes qu'il est donné de lire...

Presque impossible à chroniquer ici, tant c'est une écriture de l'absolu!

A lire tout simplement.

Merci Marie pour le conseil de lecture!


16 février 2018

Songe à la douceur



Un roman dont rien que le titre fait du bien! J'ai dévoré d'une traite, et j'en suis sortie avec une certaine nostalgie!

Magnifique histoire d'amour entre Tatjana et Eugène. Lorsqu'ils se rencontrent, c'est l'été, elle a quatorze ans et lui dix-sept... Lorsqu'ils se re-rencontrent par hasard, dans le métro, c'est dix ans plus tard, à la station BNF... Que c'est doux, que c'est bon....

Tout le récit est inspiré d'Eugène Ounéguine de Pouchkine, tout est en vers.  J'aime beaucoup le flot et le rythme des mots, le dessin des pages, le lyrisme. Ça se lit presque trop vite!

J'ai trouvé intéressant la figure de la narratrice omnisciente. L'humour ou l'ironie que cela permet. C'est bien vu.

Clémentine Beauvais ancre très bien son roman dans notre époque, avec le rôle du net, de skype, de Google ou Facebook. On s'y retrouve! On s'en amuse.

J'aime beaucoup la B.O. du roman (liste de musiques qui figure au tout début).

Bref un roman pour oser avoir le cœur battant, en cette semaine de Saint Valentin!

Un livre qui donne envie de vivre intensément et qui plaira aux romantiques, à ceux qui gardent de la douceur en eux.

Un roman sur l'adolescence, les premiers émois, la rencontre.

Un objet textuel à offrir à ses amies pour une lecture de printemps! Une petite merveille!

Merci à Croquelinottes, ça fait du bien de découvrir des livres qui vont au bout de leur projet!

Songe à la douceur a eu le prix Libraires en Seine et La voix des bloggeurs. C'est mérité!


03 février 2018

La journée de la vierge



Un premier roman chez l'Olivier, qui est un peu un Sex and the city mais à Paris, sous la plume d'une khâgneuse à la plume fine,  Julie Marx: La journée de la vierge.

Notre narratrice a décidé de rester à Paris en ce 15 Août, pour apprivoiser sa solitude. Enfin elle n'est pas vraiment seule: il y a Beethoven, sa plante verte qui ne se porte pas au mieux; il y a aussi sa voisine suicidaire... et il y a surtout toute une galerie de personnages qui font sourire!

Julie a le sens de l'anecdote et du détail, le sens de l'ironie aussi. Certaines scènes sont très cinématographiques!

J'aime tout particulièrement comment elle matérialise les gestes de la célibataire: se gratter le dos contre un mur, car personne à qui demander... Entre autres!

J'ai été intéressée aussi par le fait que chacun des personnages trouve une clé, une posture, face à la solitude, un peu comme dans La condition humaine de Malraux, chacun des personnages trouve un sens à sa vie à sa façon.

Evidemment il y a aussi un jeune homme sur le chemin, et ce qu'il faut de suspense!

Il y a enfin une réflexion sur les auto-entrepreneurs ou free lancers, les solitaires abandonnés du capitalisme?

Un roman à offrir à ses copines ou sœurs célibataires!

Un livre qui peut se lire d'une traite ou par chapitre, le soir, un peu comme on regarderait un épisode d'une série girly!

Merci à Julie pour son sens de l'observation tragique et drôle, pour son analyse de ce que le vide affectif en métropole surpeuplée de touristes peu donner et pour cette chouette signature à Libralire jeudi soir dernier.


27 janvier 2018

Jusqu'ici tout va bien



Un roman coup de cœur en ce début d'année! On sourit et on s'attache de page en page !

On est en 1968 dans l'Etat de New York. Un jeune ado y emménage avec toute sa famille, dans une maison crasseuse, dans un bled paumé. Son frère est odieux avec lui. Son père est maltraitant...  Il n'y a rien dans le coin. La ville est minuscule. Rien, non, il y a une bibliothèque et avec elle la découverte d'un monde!

J'ai adoré! C'est un roman jeunesse dur mais plein d'espoir. Une ode à l'émancipation et à la solidarité. On va de surprise en surprise. Les non-dits sont puissants et le chemin suivi pas aussi linéaire qu'on pourrait le croire au début...

On suit le rythme de l'année scolaire, avec des statistiques régulières partagées par le jeune narrateur, qui ne manque pas d'humour. A chaque chapitre son nom d'oiseaux, mais ça je vous laisse découvrir pourquoi!

Notre jeune Doug est entouré de personnages attachants ou drôles, à commencer par les prof, le proviseur, le bibliothécaire, le grand frère qui rentre très amoché du Vietnam, la veille dame écrivain à qui il livre les courses le samedi, les enfants qu'il babysitte, le patron de l'usine de papier de son père, etc.

Tout sonne juste.

Un livre qui donne envie d'aimer la vie, de goûter les détails comme un coca bien frais bu d'une traite, de dessiner, de faire son jardin.

Un roman pour ceux qui aiment observer les tableaux, les oiseaux, ou les gens.

A lire toute l'année et sans modération.

Gary D. Schmidt a eu le prix du meilleur livre jeunesse du magazine LiRE pour ce roman.

Merci à Croquelinottes, librairie à St Etienne pour la découverte!




14 janvier 2018

Au revoir là-haut..


Un autre prix Goncourt! Celui de 2013!

Un roman un peu à la Fée Carabine de Pennac. Des personnages hauts en couleur! Un humour bien à lui! Pierre Lemaitre nous fait vivre la fin de la seconde guerre mondiale en France et la mise en place par des poilus rescapés mais estropiés, d'une immense escroquerie au monument aux morts et d'une autre pour l'exhumation des corps des soldats. A chaque arnaqueur ses outils et ses manipulations!

J'ai accroché au ton décalé, au suspense sur l'avenir des meurtris du conflit. J'ai trouvé les personnages inoubliables dans leur genre, dès les premières pages. Je ressentais un vrai attachement pour eux, dans la détresse mais aussi la solidarité. L'arnaque est partout et à toutes les pages avec une ironie qui dénonce les banques, les administrateurs, les fonctionnaires, les fous de pouvoir et de séduction.

Le roman aborde aussi le sujet des rapports père-fils, la question de l'homosexualité d'un enfant refusée par les parents, la douleur du retour de soldats à la vie civile, la question des mutilés de guerre.

J'aime la place que tient l'art dans le récit, avec les fameux carnets de croquis, les masques fabriqués chaque semaine, la volonté de garder vivant la créativité dans la douleur.

Les chapitres forment à chaque fois des séquences autour d'un des personnages. Et les liens se tissent pas à pas entre eux. Très pratique pour une lecture d'une chapitre par soir, ou par trajet!

Il y a un coté Conte de Monte Cristo aussi, dans la vengeance et le secret.

Je referme ce roman au moment où sort la suite!

Un livre à conseiller à tous ceux qui s'intéressent à la Première Guerre Mondiale! Aussi intéressant qu'A l'ouest rien de nouveau, Les croix de bois, etc.

Un roman qui plaira par son burlesque aux amateurs de textes humoristique et décalé!

Un livre qui plonge dans une époque, souvent injuste, qui dénonce au passage les inégalités et leurs conséquences!









07 janvier 2018

l'ordre du jour



L'ordre du jour raconte l'histoire au niveau micro, l'histoire des tâches de café sur la table, des hésitations dans les réunions, des sourcils qui se froncent ou pas.

C'est un roman qui éclaire les liens entre l'Allemagne et l'Autriche au début du nazisme et au commencement de la seconde guerre mondiale. On y a voit les deux chanceliers se faire face dans des moments incroyables de l’histoire et ses tournants.

C'est aussi un livre qui éclaire les liens entre grandes entreprises et gouvernement sous le nazisme. Opel, Siemens, etc. Qu'ont vraiment fait les industriels allemands ? En quoi croyaient-ils?

Ça se lit vite, c'est court. On a l'impression d'être dans les coulisses du pouvoir nazi. Mais ça fait bizarre aussi de ne pas avoir le making-off. On aimerait comprendre qu'est ce qui est repris d'une autobiographie d'un des participants de la réunion, qu'est ce qui est inventé de toute pièce. On sent qu'Eric Vuillard s'est documenté, et on aimerait savoir où et quoi est influencé par quelle source ou archive.

Evidemment c'est un roman qui pose la question de qui est responsable, qui a laissé faire, qui a soutenu, et pourquoi.

Un livre qui plaira au féru d'histoires.

Un roman pour ceux qui aiment les séries comme A la maison blanche.

A lire d'une traite je trouve, pour un voyage en train, puis à débattre en croisant avec des regards d'historiens!

Merci à Jonathan pour le prêt!

Ainsi j'ai lu le Goncourt 2017!





05 janvier 2018

Faillir être flingué



C'est un roman à ouvrir prudemment, ça tire dans tous les coins, on risque de s'y faire voler son cheval ou ses bottes! Et oui, on est en plein Far-West, au milieu des indiens, et des conquérants de terres arides!

Un roman très dynamique, où on saute sans arrêt d'un personnage à un autre, mais où tout finit par s'entrecroiser habilement... Il y a ses frères qui trimbalent leur mère mourante dans un chariot, il y a les indiens de différentes tribus qui s'affrontent, il y a le saloon et Saly, il y a le barbier, et j'en passe !

La nature est très présente. Comment trouver de l'eau? Comment trouver une bête, une plante? Sacrée existence que celle des pionniers.

Le jeu et l'humour n'est jamais loin...

Un roman pour ceux qui veulent se laisser prendre par la fresque, du plus petit détail burlesque au panorama des grands espaces!

Un roman à lire concentré pour ne pas se perdre entre les personnages! J'aime particulièrement l'indienne chamane, où la violoncelliste à qui on a piqué son archet!

Merci à Marie-Louise pour cette belle découverte!







31 décembre 2017

La porte



En voici un livre hors norme par son propos: La Porte raconte le lien très étrange entre une femme, qui ressemble fortement à l'auteur Magda Szabo, intellectuelle à Budapest et sa femme de ménage, Emerence. Tous les oppose: La première est très cérébrale, invitée dans des conférences; la seconde vit loin des livres, enfermée dans une maison où personne ne peut rentrer.

Ce qui rend le roman riche est la complexité du lien qui les unit, entre haine et amour, entre proximité et incompréhension. Tout se joue dans les détails, de ce que l'une ose ou pas dire à l'autre; ce que l'une ou l'autre fait ou ne fait pas; les liens qu'elles ont au chien, etc.

Tout commence sur le ton de la confession: la narratrice dit avoir tué Emerence... Commence alors le récit de leurs liens d'année en année. Un lien mystérieux et surprenant.

A demi mot, on lit l'autobiographie de l'auteur, sa dissidence, ses journées d'écriture. Mais le thème du roman est vraiment les enjeux de pouvoir et de dépendance. Qui s'appuie sur qui, qui domine qui dans le lien qui unit une femme de maison à sa femme de ménage? Quand l'une croit avoir le dessus tout bascule sur un rien.

Ce n'est pas un roman reposant à lire. Tout est tendu, compliqué entre ces deux-là. On est enfermé dans ce tandem, dans ce quotidien des plats préparés, des ménages, des non-dits.

Qui est cette vieille servante? L'humble, la gentille? La brutale, la voleuse? Toute l'intrigue tient là.

Un roman qui plaira à ceux qui aiment les personnages complexes psychologiquement et les mystères des vies simples.

Un livre à l'écriture fine.

"Quand nous nous sommes parlées pour la première fois, j'aurais aimé voir son visage, et j'ai été gênée qu'elle ne m'en laisse pas la possibilité. Elle se tenait devant moi telle une statue, immobile, non pas sur ses gardes, même assez détendue, je voyais à peine son front, à ce moment là je ne savais pas que je ne la verrais sans foulard que sur son lit de mort, elle était toujours voilée, comme une catholique fervente ou une juive le jour du shabbat à qui leur foi interdit de se présenter tête nue devant le Seigneur."










25 décembre 2017

Une jolie fille comme ça



Il s'ennuie à cette fête hollywoodienne, il sort, il hume l'air de la plage. Soudain il voit une jeune femme au loin marcher vers l'océan, un cocktail à la main. Elle avance, lentement mais sûrement, elle se jette à l'eau, elle coule. Il court, la sauve, elle est belle. Et s'en suit une romance douce amère.

Qui est la victime et qui est le héros? Que veut dire aimer, plaire, séduire? Qu'est ce que réussir à Hollywood?

Voici un court texte bien vu, juste et affolant. On les sent glisser tous les deux vers du vide et du sens, en vain. Chaque mot à elle est plein de souffrances passées et présentes. Chaque mot à lui est coloré de doutes. Elle n'est pas son style, il n'a pas vraiment d'élan pour elle et pourtant.

Il y a du suspense dans ce texte, de l'émotions, des non-dits, du mal... et de la complexité singulière.

Un auteur à découvrir. Scénariste, auteur d'une balade pour Joan Baez.

Merci Anouck pour la découverte...






24 décembre 2017

La nuit des Béguines...



Un roman de la rentrée qui nous émerge en plein Paris de l'an 1310! Nous sommes au béguinage royal, auprès de femmes qui ont choisi de vivre et étudier en communauté.

Le personnage principal est très attachant: Ysabel, est la guérisseuse, celle qui s'occupe du jardin et connait toutes les plantes et leurs propriétés. Un jour, elle voit arriver une jeune inconnue dont on ne sait rien. Elle est enfermée dans son mutisme et semble avoir été violentée. Un double mystère structure alors le roman. Qui est cette inconnue? et parallèlement que va-t-il arriver aux béguines de Paris, dont la liberté est de plus en plus remis en cause...

C'est un roman historique qui nous fait plonger dans une autre ambiance, celle des rues parisiennes grouillantes de vie, de la place de grève, etc. On apprend beaucoup sur les templiers, sur Philippe Le Bel. Le livre est très documenté et riche.

J'aime qu'Alice Kiner nous montre ces femmes puissantes, savantes, solidaires. Finalement on ne connait que trop mal les béguines et leurs histoires.

Un roman parfait pour la catégorie Héroïnes rousses et Au Féminin de ce blog!

Un livre qui plaira aux amateurs de romans historiques, sur le Moyen-Ages, le Paris des templiers, les franciscains, les dominicains, les rois et leurs impacts.

Un livre qui plaira à celles qui se demandent comment les femmes vivaient dans les béguinages, comment se passaient leur vie commune, quelle liberté elles avaient, que voulait dire pour elle l'entrée dans cette existence, etc.

Un roman qui est aussi dans les sens, le ressenti, les odeurs, les lumières et les silences.

18 décembre 2017

Les demoiselles des Hauts Vents



Elles sont trois: Charlotte, la sœur raisonnable, l’aînée protectrice; Anne, la plus sensible, la plus intuitive; Et Emilie, la plus vive, impétueuse et débrouillarde. Leur mère a disparu, du jour au lendemain. Quant au père, il doit partir en mission. Voilà de quoi se retrouver chez les parents de la maman absente, au sein d'un manoir en Normandie.

Face à un grand-père muet et une grand-mère rigide et coincée, elles ne peuvent que découvrir pas à pas les secrets de famille par leurs propres moyens: fouiller le grenier, parler aux gens du coin, etc.

Un roman qui joue sur les références à Emilie Bronte.

On entre dans le quotidien de ces jeunes filles, dans leurs émotions, leurs doutes d'adolescentes.

Yael Hassan gagne son pari, dès 11 à 12 ans.

Un roman sur la fratrie, l'intuition, et les mystères de la filiation.

Un texte qui plaira aux fan de Downton Abbey, aux amoureux des maisons de famille à la campagne.

Un livre pour la catégorie Au féminin!



19 novembre 2017

U4 - Koridwen



Une série de quatre livres un peu hors norme: Quatre romans à lire dans l'ordre qu'on veut et qui racontent toujours sous l'angle d'un adolescent différent l'histoire de survivants d'une épidémie qui a tué tous les adules et enfants au monde.

Koridwen, Jules, Stéphane et Yannis ont entre 15 et 18 ans, et ils ont eux survécu au virus U4. Ils ne se connaissent pas mais ils vont tous se croiser pour survivre.

Je viens de finir le tome Koridwen, avec bonheur. Cette jeune bretonne a hérité de sa grand mère des dons de sorcières qui lui permettent de survivre avec plein de remèdes et de rejoindre la capitale pour tenter de sauver le monde!

Koridwen est forte, débrouillarde, un vrai esprit de leader, avec le recul qu'il faut pour tenir. Elle a une intuition hors pair.

Bref, un personnage de femme très forte et engagée, qui donne envie d'aller en Bretagne! Elle va trouver les raisons de vivre...

"Comme tous les autres jours, je me suis levée tôt pour nourrir les bêtes. Ce matin, c'était au prix d'un très gros effort. Je n'ai pratiquement pas fermé l'oeil de la nuit. A mesure que le temps s'écoulait, mes pensées devenaient de plus en plus sombres et désespérées. Vers 4 ou 5 heures j'ai débouché le flacon de poison et je l'ai porté à mes lèvres. Avant d'avaler la première gorgée, je me suis fixée un ultimatum..."






15 octobre 2017

Nos richesses



Encore une belle surprise de la rentrée littéraire! Nos Richesses de Kaouther Adimi.

Nous sommes au côté d'Edmond Charlot, qui a vingt ans et rêve de créer une librairie à Alger, qui serait comme celles qu'il a aimé découvrir à Paris. Charlot va devenir même éditeur et va jouer un rôle clé pour des auteurs comme Camus, Vercors et d'autres. On commence dans les années 30 et on suit pas à pas toute sa vie pleine de rebondissements.

Nous suivons aussi Ryad, qui en 2007 a pour mission de stage ouvrier de vider la librairie de Charlot pour permettre à un vendeur de beignet de s'y installer. Nous sommes dans le monde actuel, avec des jeunes qui ont du mal à trouver même un stage et à s'insérer socialement quelque part.

Et au milieu, Kaouther Adimi nous fait vivre l'histoire du vingtième siècle en Algérie...

C'est un roman qui est polymorphe, avec des passages qui sont des extraits de journal de bord de Charlot, d'autres qui sont des récits et des dialogues qui retracent la seconde guerre mondiale, les "événements" d'Algérie. On y retrouve la torture, l'espionnage, la censure. On voit que Kaouther Adimi s'est beaucoup documentée pour écrire.

Un roman qui fait découvrir Alger, ses populations, son histoire.

Une ode aux libraires et éditeurs qui donne envie de lire, et encore lire!

Ce qui est touchant dans ce récit, c'est qu'il pointe du doigt l'absence de transmission entre les plus âgés et les plus jeunes en France et en Algérie. En effet, Ryad ne comprend même pas ce qu'il est en train de faire... il vide sans comprendre le sens du lieu, lui qui ne lit pas.

J'aime le fait que Kaouther Adimi est plutôt toujours en deça qu'en delà. Il y a de la pudeur, de la retenue dans ses pages.

Un petit extrait pour la route:

"Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux. (…) Mais vous, vous emprunterez les ruelles qui font face au soleil, n’est-ce pas ? Vous parviendrez enfin rue Hamani, l’ex-rue Charras. Vous chercherez le 2 bis que vous aurez du mal à trouver car certains numéros n’existent plus. Vous serez face à une inscription sur une vitrine : Un homme qui lit en vaut deux. Face à l’Histoire, la grande, celle qui a bouleversé ce monde mais aussi la petite, celle d’un homme, Edmond Charlot, qui, en 1936, âgé de vingt et un ans, ouvrit la librairie de prêt Les vraies richesses."

13 octobre 2017

L'invention des corps



Un roman de la rentrée littéraire, qui nous parle du monde d'aujourd'hui et de demain, des transhumanistes et de la Silicon Valley.

Alvaro est un jeune codeur mexicain, un peu hacker, qui gagne sa vie en enseignant l'informatique à des jeunes. Un jour en 2014 tout bascule pour lui quand il est très violemment maltraité avec d'autres étudiants par la Police Mexicaine. Il assiste à un massacre, à des assassinats perpétués par les forces de l'ordre. Tout devient insupportable, tout devient irrespirable, il part.

Il migre et va alors devenir sans papier. C'est donc un regard sur l'injustice, la migration, mais aussi sur le monde des transhumanistes de San Francisco, car c'est là qu'il espère être recruté par un riche PDG de start up de l'high tech qui veut mettre fin à la mort au sein de son entreprise Le Cube.

Je ne vous en dis pas plus.

Ça se lit tout seul dans un style très particulier, haché, qui entremêle l'histoire d'Alvaro avec celle de la création de l'internet et du mythe de la singularité. Je préfère pour ma part les passages au côté d'Alvaro que les parties sur l'histoire du web.

Un livre sur le rapport aux corps, aux sensations physiques, à une époque où tous les corps ne se valent pas, au moment où l'intervention sur les cellules souches remet en cause l'écriture du génome même. Une écriture qui prend aux tripes.

Un roman qui marque une époque, ses mythes, ses croyances, ses oppressions et ses risques. Je trouve que l'auteur pose les bonnes questions à travers les choix ou les non-choix des personnages. Que veut dire mettre la recherche au profit d'une vision qui n'est pas partagée? Quel sens donner au code dans un monde révoltant?

Merci Anouck pour ce beau conseil!


08 octobre 2017

le prodigieux destin de Peter



Peter Peton, tout simple et fragile, est né dans une famille pauvre, qui vit dans un bidonville en France. Un jour alors qu'il gribouille sur un vieux journal, son père y lit une annonce pour un poste de concierge dans une usine de chanson pas loin. Avec un tel nom de famille, le voici parti pour une nouvelle vie.

La famille Peton vit sous le toit de l'usine, là où se trouve la chaudière à caoutchouc pour les semelles des pantoufles. Mais un jour, voici que tout explose, et Peter entre dans le coma...

Il en sortira avec des grosseurs qui poussent dans le dos...

Des ailes vont émerger de sa colonne vertébrale, qui l’emmèneront loin... sous le chapiteau du cirque des merveilles!

Un très beau roman jeunesse sur la différence et la singularité.

Un roman qui montre combien le cirque, l'amitié et le rêve peuvent permettre de sortir de sa condition sociale.

Des pages vraiment merveilleuses, avec un style proche du conte qui fait sourire au détour des aventures...

05 octobre 2017

La milléclat dorée



Voici un livre pour enfant que j'ai eu beaucoup de plaisir à offrir cet été: La milléclat dorée!

Renard apprend qu'il existe une fleur magnifique et très rare, de la famille des Biencachées, que l'on peut trouver en haut des montagnes! Il se met donc en quête et rencontre lors de sa randonnée de nombreux animaux et de jolis paysages.

C'est un album pour les amoureux de botanique et de marches en montagne!  On apprend plein de choses sur la flore, les différentes parties d'un paysage de montagne, et ce avec de belles illustrations.

Un petit peu de grand air et de poésie, à l'arrivée de l'automne!

Avis aux petits et aux grands!





27 septembre 2017

Les vies de papier



Un roman très touchant, sur la vieillesse, le Liban, les femmes et la littérature!

Aaliya Saleh a 72 ans et les cheveux bleus, par mauvaise manipulation d'un shampoing! Elle a vécu libre et forte, à Beyrouth toute sa vie, par temps de pais comme par temps de guerre et de chaos. Dans son appartement: des livres mais aussi des pages et des pages de traduction d'ouvrages, des tas de souvenirs, des disques de Chopin.... Elle nous promène dans sa ville, elle nous fait entendre la bande son des lieux, les odeurs des quartiers.

J'aime vraiment ce personnage! Et j'aime le sens de l'anecdote de Rabih Alameddine. Il y a notamment une scène de fuite d'eau mémorable dans l'immeuble! Le texte grouille de citations littéraires et musicales. Le flux de la narration est envoûtant bien que passant du coq à l'âne, au gré de la mémoire.

Un livre pour tous ceux qui veulent découvrir le Liban, son histoire, son ambiance!

Un roman pour les amoureux des librairies et des mots.

Un roman sur la liberté, les choix et le destin.

Ce roman a eu le prix Fémina étranger en 2016 et c'est mérité!

Merci beaucoup Anouck pour ce très beau cadeau!

En plus ce livre bat tous les Libellés de ce blog: Littérature libanaise, Au féminin, Découvrir un pays, Roman d'immeubles et Livres dont les libraires sont les héros! Avis aux amateurs!


24 septembre 2017

Sally Jones




C'était la première fois que je lisais un roman dont l'héroïne et la narratrice était une gorille. Mais j'ai adoré et je m'en viens chaudement vous recommander de faire la connaissance de Sally Jones.

Sally Jones est très intelligente. Elle vit à bord d'un bateau où elle est aide mécanicienne. C'est celui d'Henri Koskela, un ami et capitaine que Sally Jones appelle Chef. Elle y a appris à lire et à écrire.

Mais un jour, alors qu'ils manquent de travail, Henri Koskela va accepter une mission peu recommandable et qui va mal tourner... Il se retrouve en prison, et Sally Jones ne va avoir qu'un objectif: prouver son innocence et le faire libérer.

Commence alors une longue histoire, à Lisbonne, puis en Inde... Une histoire au son du Fado et de l'accordéon.

C'est un roman captivant, plein de rebondissements, d'exotisme, d'amitiés.

En plus le roman est illustré, ce qui rend l'objet hors du commun.

Il y a des passages mémorables avec un Maharadja! Je ne vous en dis pas plus!

Ce livre a remporté le prix August en Suède, car son auteur en est natif.

Un livre pour ceux qui ont envie de prendre la mer!

Un roman qui fait du bien...

Un petit extrait pour la route:

"Il y a quelques jours, le Chef m’a fait cadeau d’une vieille machine à écrire. Une Underwood n° 5, modèle 1908. Il l’a achetée à un brocanteur ici, sur le port de Lisbonne. Le levier de retour manquait et plusieurs touches étaient cassées. Le Chef sait que j’aime bien bricoler les vieux objets.
Il m’a fallu quelques soirées pour réparer mon Underwood n° 5. Aujourd’hui je m’en sers pour la première fois. Certaines touches sont toujours difficiles à enfoncer mais je devrais pouvoir y remédier à l’aide d’une pince et d’un peu d’huile.
À travers mon hublot, je vois que la nuit est déjà tombée. La lumière des navires au mouillage étincelle dans l’eau noire du fleuve. J’ai installé mon hamac et je ne vais pas tarder à aller me coucher.
Cette nuit, j’espère échapper aux cauchemars.
C’est de nouveau le soir."

06 septembre 2017

L'étrange disparition d'Esme Lennox



C'est l'histoire de deux générations de femmes à travers deux d'entre elles, Iris et Esme. Comme ça rien ne les sépare. Elles sont toutes les deux un peu frondeuses, toutes les deux fortes. Mais pourtant elles sont de deux époques : Iris vit aujourd'hui dans un monde d'ouverture aux autres, de liberté et d'autonomie des femmes dans leur vie amoureuse, familiale et professionnelle; Esme, elle, a grandi dans les carcans, les non-dits, de l'Inde puis de l'Ecosse des années 30.

Tout commence à Édimbourg, quand Iris apprend qu'elle a une grande tante enfermée dans un asile qui va fermer, Esme. Alors qu'Iris essaie de comprendre comment avancer elle-même dans ses choix amoureux, elle va se retrouver en charge d'Esme, qui porte de lourds secrets de famille. Pourquoi Esme a-t-elle donc été internée tant d'années? Que s'est-il passé dans sa vie et dans celle de la famille?

Tout commence aussi en Inde, quand la jeune Esme apprend qu'elle va devoir regagner l'Ecosse où elle va maintenant vivre. Tout bascule quand elle doit se mouler dans des codes sociaux qui la dépassent, des habits trop serrés et une éducation trop rigide.

Par un mélange de souvenirs et de discussions, nous allons peu à peu découvrir la vie d'Esme, et une partie de l'histoire de l'Ecosse du début du vingtième siècle longtemps oubliée. Les liens entre Iris et Esme vont se resserrer tout en douceur.

C'est un roman qui donne à voir l'absurdité des normes de contrôle social.

C'est un livre qui questionne la solitude, les silences, les déchirures familiales.

Un roman sur la fratrie, les liens de filiation.

J'ai beaucoup aimé le mélange de ces monologues intérieurs familiaux. Un très beau style, sans un mot en trop.

C'est clairement un livre pour la catégorie AU FEMININ de ce blog. Merci Christine pour cette belle découverte.






01 septembre 2017

Le passage du diable



On reste dans la littérature jeunesse, avec Le passage du diable de A. Flinne.

Daniel, dès ses plus jeunes années, a toujours vécu reclus dans la maison de sa mère. Prétextant qu'il était malade, cette dernière l'a gardé complètement isolé du monde et de la société. Elle l'a fait vivre dans le mystère de ses origines, de sa famille. Etouffé par cette mère possessive, Daniel a vécu dans l'ignorance de tout.

Mais un jour le docteur Marlow qui est voisin de la maison découvre l'existence de Daniel et décide de le soutirer à sa mère. Il le loge avec sa petite famille tandis que Daniel perd sa maman, qui, internée a préféré se donner la mort.

Il ne reste à Daniel que sa maison de poupées. Il y a du sinistre, de l'étrange et du fantastique dans cette maison. Quand Daniel joue avec les poupées, il peut se sentir comme possédé. Pourtant cette maison est la seule piste pour le docteur Marlow qui s'est mis en quête de la famille de Daniel...  Je ne vous en dis pas plus!

Un roman un peu à la Hitchcock, un peu gothique, pour les ado qui aiment les histoires qui font peur!

Un roman d'ambiance de châteaux lugubres, de vieux manoirs anglais délabrés... mais aussi un roman sur la solidarité, l'altérité, le devenir adulte.

Merci à la librairie Chante livre pour la découverte!


22 août 2017

Mon coup de coeur



Aujourd'hui, mon coup de cœur de l'été: Christelle Dabos et les trois premiers tomes de son passe-miroir! Autant vous dire que j'ai enchaîné les trois tomes, cul sec!

Suite à un événement mystérieux appelé la déchirure, les gens vivent non plus sur terre mais dans des arches flottantes, qui ont chacune un esprit de famille, des codes, des règles et des pouvoirs magiques. C'est comme lorsque j'avais découvert Harry Potter à sa sortie. Tout un univers, avec son vocabulaire, ses rites, et ses illusions!

L’héroïne, Ophélie, est très chouette. Un peu maladroite, un peu jeune, un peu gauche, mais avec plus d'un tour dans son sac, comme de pouvoir lire le passé des objets, d'animer les choses autour d'elle en fonction de ses sautes d'humeur, traverser des miroirs, etc! Et elle doit quitter son arche pour un autre, dans le cadre d'un mariage arrangé et forcé. Elle va du coup devoir découvrir une autre société, son futur époux, et plein d'autres choses encore! Derrière son côté anodin et effacé, les lecteurs vont alors découvrir chez Ophélie une jeune femme forte, décidée et engagée!

On a peine à croire que c'est un premier roman! Tout est si bien pensé, si ingénieusement tourné! C'est merveilleux de détails réjouissants!

Un roman d'émancipation avec plein de rebonds!

Une jolie histoire d'amour!

Un roman sur les livres, la littérature, l'Histoire, les codes sociaux, la censure, Dieu, et plein de petites et grandes choses encore!

Certainement un livre pour les fous d'Harry Potter ou d'Alice au pays des merveilles.

Un roman pour jeunes et moins jeunes!

Un "page turner" comme on dit, pour ceux qui ont un long vol en perspective ou une longue attente, une convalescence. Ça se lit facilement, ça prête à sourire, ça grouille d’ingéniosité!






11 août 2017

En attendant Bojangles



C'est un premier roman très haletant, vivant, décalé! Un brin de féerie dans un monde de brutes, et des gouttes de pluie au milieu des soleils...

Voici un texte qui est marqué par le regard d'un enfant sur ses parents, fous amoureux. Louise et Georges dansent sur Nina Simone, reçoivent à toute heure du jour et de la nuit, enchaînent les cocktails, partent sur un coup de tête en Espagne. Tout est fantasque, foutraque et joyeux. Ce qui rend le petit tout aussi amusant, surréaliste et attendrissant!

Si l'école est ennuyeuse, on n'y va pas. Si le courrier s'accumule, on ne l'ouvre pas... Si un oiseau veut vivre dans l'appartement, on l'accueille à bras ouverts! Rien n'est dans la contrainte sociale, tout est dans le rêve, le désir, à l'état pur.

D'ailleurs à chaque jour son brin de folie! Le père affuble à chaque heure la mère d'un autre prénom. Tout va, vit, devient...

Rien n'est sérieux, ni la maladie, ni la mort, ou presque! Car derrière le pétillant et l'étrange, se cache bien sûr la réalité, beaucoup moins tendre!

Un roman pour ceux qui aiment mêler le rire aux larmes!

Un roman pour ceux qui s'intéressent au normal et au fou!

Un livre court pour juste quelques heures d'été, une petite coupe de champagne grisante et pourtant sérieuse...

Merci à Julia pour ce beau cadeau, qui plaira aux cœurs légers et aux cœurs lourds!

Et d'ici là, n'oubliez pas de réécouter Nina Simone!



08 août 2017

A boire et à manger



Guillaume Long a un bon coup de fourchette et un bon coup de crayon.

En B.D. il nous fait découvrir ses aventures culinaires, avec des planches qu'on n'oublie pas: comme celle avec tous les types de tomates qui invite à la dégustation!

Il passe d'un thème à un autre, avec à chaque fois l'humour qu'il faut pour faire sourire tout en faisant saliver.

Aujourd'hui il en est à trois tomes et ça fait plaisir de se dire qu'il continue l'aventure! Il a aussi un blog!

Merci à Etienne pour la découverte, et avis aux gastronomes!

Une BD pour tous les amateurs de bons petits plats!

A mettre dans les bibliothèques des bons vivants amateurs d'illustrations amusantes!

24 juillet 2017

Mères Filles...



Juliet Nicolson est la petite fille de Vita Sackville-West, une écrivain dont j'ai déjà dit combien j'aimais le style. Elle raconte dans Mères-Filles, sept générations, la vie de sa propre famille sur sept générations, en s'attardant sur les liens entre mères et filles, et ce qui peut se reproduire d'une génération sur l'autre. C'est un livre qui interroge la transmission, les héritages, les lignées, la féminité, la maternité, et j'en passe.

Chaque partie est consacrée depuis le dix neuvième jusqu'à nos jours à un lien mère-fille. On passe d'une danseuse en Espagne, à une ambiance toute britannique à la Downton Abbey, puis à Washington et la diplomatie, pour revenir en Angleterre. Des photos marquent le texte, qui donnent corps aux figures incroyables que l'on découvre pages après pages.

On s'attache aux personnages, aux décors, aux traces qu'ils ont laissées ou pas. On est pris dans l'intime, tout en gardant du coin de l’œil une portée universelle et forte. Chacune des femmes doit s'affranchir de sa condition sociale, économique, des préjugés, des tensions. Chacune doit faire face à ses démons, ses faiblesses, ses peurs.

C'est un texte franc, sans détour, et qui pose la question de la psychogénéalogie.

C'est un témoignage poignant et juste, sur ce que peut vouloir dire être femmes à travers l'histoire.

On revisite le présent autrement après avoir parcourue la vie des aïeules.

Un livre Au Féminin!

Merci à Anouck pour la belle découverte!







18 juillet 2017

Quand sort la recluse...



Ah un petit Fred Vargas, que c'est bon cette bouffée d'humanité intuitive, ce retour à Danglard, Adamsberg, au chat sur la photocopieuse, aux oisillons dans la cour du commissariat!

Cette fois-ci nous retrouvons le commandant face à des morts suspectes, qui pourraient laisser croire qu'une araignée empoisonne des petits vieux... Mais ce serait oublier la sagacité du flaire policier de nos héros bien aimés!

Un polar qui comme toujours mêle chez Fred Vargas Histoire avec un grand H et réalité caustique des faits divers. Un délice, avec ce qu'il faut de boules à neige, de nature, de suspense, et de bons petits plats du terroir... On est emporté!

Quelques nouveautés au programme, notamment des tensions nouvelles entre Danglard et Adamsberg... Mais je ne vous en dis pas plus!

Laissez vous emporter, en douceur et loin!




16 juillet 2017

Désorientale...



J'ai pris beaucoup de retard sur mon blog... Alors je me rattrape en ce début d'été!

Je m'en viens vous parler de Désorientale de Négar Djavadi.

Un très bon conseil de la librairie de Paimpol!

C'est un livre qui n'est pas sans rappeler Persépolis. On y retrouve l'histoire de l'Iran, avec un grand et un petit H. Tout commence comme un conte et tout continue avec beaucoup plus de détours que chez les fées.

L'héroïne Kimia est né à Téhéran, puis s'est exilée en France. Elle nous raconte sa famille, ses identités, ses luttes, ses espoirs.

Ce roman est un hymne à la liberté!

Il se lit d'une traite, il emporte loin et près de nous.

Quel premier roman!

J'aime la place qu'elles donnent aux femmes dans le récit.

On frémit avec son père, dont les engagements politiques le mettent en risque pour sa vie.

La construction du récit est forte aussi, car un pays et une famille se déploient dans une salle d'attente...  dans un hôpital! Le fil narratif part du passé et du futur pour ne faire qu'un pages après pages, et pour construire un avenir.

Je ne vous en dis pas plus!

Bon voyage à ceux qui iront tourner les pages!









15 juillet 2017

Une autre pentalogie délicate de Aki Shimazaki...



Après avoir vraiment beaucoup aimé la première pentalogie de Aki Shimazaki qui portait sur Nagasaki (avec les courts romans: Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru), je me suis régalée de: Mitsuba, Zakuro, Tonbo, Tsukushi et Yamabuki.

Cette fois ci, la pentalogie parle des codes sociaux japonais au travail, dans les grands groupes, et des mariages et histoires de famille qui y sont liés.

Takashi, qui travaille dans un grand groupe japonnais d'import export est tombé amoureux de Yuko, qui travaille à l'accueil. Ils se retrouvent au café Mitsuba avec délice. Mais le sort des familles et des carrières n'est pas dans les mains des personnes qui les construisent...

La pentalogie va nous conduire à mieux comprendre comment différents personnages de l'entreprise ont eux même été soumis à des pressions et des détours...

Alors, nos deux amoureux parviendront-ils à s'aimer au-delà des contraintes sociales?

Quelle joie de retrouver le style du court roman épuré, avec des jeux d'échos entre les tomes!

J'aime aussi beaucoup la délicatesse des couvertures.

Des petites perles d'eau...