09 mars 2018

Euphoria



Une plongée dans la Nouvelle Guinée des tribus, sur les berges du fleuve Sepik en 1933, c'est ce que nous propose Euphoria de Lily King. On y retrouve trois jeunes et brillants anthropologues qui sont en train de faire naître la discipline, de publier les premières analyses sur les rites, le rapport au corps, etc.

C'est un roman sur Margaret Mead, qui a osé publier sur la vie sexuelle des indigènes à un moment où la société occidentale était pleine de tabous. On y retrouve ses passions, ses désirs, ses amours. Alors oui c'est une fiction, les noms sont différents mais c'est vraiment très bien documenté et on ne s'y trompe pas, ça parle bien de ces vies là qui ont changé la façon de concevoir l'observation des cultures.

Un roman envoûtant, tellement humain, qui souligne les liens ténus entre les chercheurs et leurs sujets de recherche.

Un livre où se mêlent deux voix: celle de Bankson, qui admire son couple d'amis Fen et Nell, tout en tombant amoureux de Nell... et celle de Nell à travers des extraits de son journal intime.

C'est un roman sur la liberté et ses limites, une grande histoire d'amour, une exploration du vivre ensemble.




04 mars 2018

Six degrés de liberté



Un roman à l'accent québécois très original : Six degrés de liberté de Nicolas Dickner.

C'est l'histoire de deux ado, Lisa et Eric, qui vivent dans un coin plutôt perdu du Canada et désirent repousser les limites de leur vie, en faisant des expériences, comme celle de lancer un ballon dans la stratosphère! C'est aussi l'histoire d'une fille issue de la mafia qu'on appellera Jay et à qui on a proposé plutôt que de la prison de travailler comme employée de la gendarmerie! C'est aussi l'histoire d'un conteneur fantôme qui passe de pays en pays, de port en port, hors des écrans radars... et que Jay traque.

Et on se doute bien dès le début que tout ça est connecté dans un monde globalisé... mais je ne vous en dis pas plus!

Un roman sur le cyberespace, sur la frontière et les passagers clandestins! Un roman qui nous fait entrer dans les coulisses de notre économie, avec tous les conteneurs qui nous livrent des meubles, des pommes, etc. Et des milliers circulent en permanence dans nos océans! 

Un roman qui nous montre aussi l'importance des poubelles, des vieilleries et des traces qu'on laisse, à côté même de la civilisation Ikéa du remplacement permanent. 

Un roman qui s'amuse de nos acronymes, et de la place qu'ils tiennent ou pas dans nos interactions sociales.

Un roman sur la liberté! Ce qu'on peut faire pour garder du sens et de la poésie dans son existence.

Jay ou Lisa  ne sont pas sans rappeler Lisbeth Salander dans Millenium. On trouve vraiment un côté polar dans le récit, qui est très subtilement synchronisé entre les différentes vies des personnages. 

Ce roman a remporté le prestigieux prix Canadien du gouverneur général en 2015.

Un livre à conseiller à tous ceux qui aiment le lien entre objet technique et scientifique et rêverie poétique!

Un roman pour ceux qui aiment des personnages attachants, un peu perdus et pourtant plein d'imaginations!

Merci Anouck pour la découverte!










18 février 2018

Le musée des merveilles



Ben, un ado réservé, se retrouve orphelin au décès de sa mère.N'ayant jamais connu son père, il est confié à la famille de cette dernière, auprès de laquelle il se sent assez seul. Une nuit d'orage, il retourne en douce dans sa maison, pour tenter de recueillir des informations sur sa mère, et de retrouver des traces de son bonheur perdu. C'est alors que tout bascule... La foudre tombe sur la maison et fait perdre en partie l'audition à Ben... au moment où il avait enfin trouvé une piste qui le conduisait jusqu'à New York pour retrouver son père...

Parallèlement, on suite Rose, qui vit cinquante ans plus tôt, en 1927, à New York et qui est une enfant sourde, dont les parents ont décidé qu'il était trop dangereux qu'elle sorte en ville seule. Celle-ci fugue pour aller au cinéma, ou pour retrouver son frère qui travaille dans un musée...

Les deux histoires se suivent en parallèle, celle de Ben écrite et celle de Rose dessinée en noir et blanc, ce qui rend le livre vraiment unique. La surdité des personnages se prêtent bien à la lecture de dessins silencieux je trouve.

Et comme vous vous en doutez, peu à peu des liens vont apparaître entre les deux histoires.... pour n'en faire qu'une!

C'est un magnifique roman d'apprentissage, qui est une ode à l'autonomie, au musée, à la collection, à New York et à la créativité.

A la fin du livre, Brian Selznick nous raconte tout ce qui lui a permis de l'écrire, toutes les rencontres, découvertes, lieux, et on réalise que tout est très documenté. Ça rend encore le livre plus beau de pouvoir se rendre compte du voyage qu'a fait l'auteur pour le réaliser.

Un livre à offrir pour sa forme et pour la beauté de l'histoire. Les personnages sont émouvants, attachants et le livre se lit tout seul.

Un roman sur la culture des personnes mal entendantes, sur l'histoire de l'éducation des enfants sourds à travers les générations.

Un roman sur les origines, les filiations, les héritages, la transmission.

Apparemment, le livre était sorti une première fois en français sous le titre Black Out, puis il est ressorti sous le nom Le musée des merveilles, au moment où le film qui en est tiré est sorti en France.

17 février 2018

Aucun de nous ne reviendra



Une comète que ce livre: Tome 1 Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo.

Une écriture sublime pour raconter le pire: Auschwitz.

L'écriture ou la vie m'avait marqué à jamais. Aucun de nous ne reviendra aussi.

Autour de scènes du quotidien qui n'en est pas un, Charlotte Delbo nous replonge dans l'horreur du nazisme et des camps, par flash qui se succèdent tous aussi insoutenables les uns que les autres. Elle y montre la déshumanisation totale de ces femmes de partout en Europe. Elle fait très bien ressentir comme il en devient difficile de rester dans la vie, l'espoir, quand tout est décharnement, non sens, épuisement, petites et grandes humiliations.

Ces instantanés du souvenir s'encrent à jamais en nous, comme le parallèle qu'elle fait entre des mannequins de boutique et le transport des corps humains défaits et désarticulés à l'extrême. Ou encore la description de la soif... mise en mot avec une telle force. Les solidarités aussi: une femme qui en cache une autre pour qu'elle puisse pleurer.

Une des écritures les plus fortes qu'il est donné de lire...

Presque impossible à chroniquer ici, tant c'est une écriture de l'absolu!

A lire tout simplement.

Merci Marie pour le conseil de lecture!


16 février 2018

Songe à la douceur



Un roman dont rien que le titre fait du bien! J'ai dévoré d'une traite, et j'en suis sortie avec une certaine nostalgie!

Magnifique histoire d'amour entre Tatjana et Eugène. Lorsqu'ils se rencontrent, c'est l'été, elle a quatorze ans et lui dix-sept... Lorsqu'ils se re-rencontrent par hasard, dans le métro, c'est dix ans plus tard, à la station BNF... Que c'est doux, que c'est bon....

Tout le récit est inspiré d'Eugène Ounéguine de Pouchkine, tout est en vers.  J'aime beaucoup le flot et le rythme des mots, le dessin des pages, le lyrisme. Ça se lit presque trop vite!

J'ai trouvé intéressant la figure de la narratrice omnisciente. L'humour ou l'ironie que cela permet. C'est bien vu.

Clémentine Beauvais ancre très bien son roman dans notre époque, avec le rôle du net, de skype, de Google ou Facebook. On s'y retrouve! On s'en amuse.

J'aime beaucoup la B.O. du roman (liste de musiques qui figure au tout début).

Bref un roman pour oser avoir le cœur battant, en cette semaine de Saint Valentin!

Un livre qui donne envie de vivre intensément et qui plaira aux romantiques, à ceux qui gardent de la douceur en eux.

Un roman sur l'adolescence, les premiers émois, la rencontre.

Un objet textuel à offrir à ses amies pour une lecture de printemps! Une petite merveille!

Merci à Croquelinottes, ça fait du bien de découvrir des livres qui vont au bout de leur projet!

Songe à la douceur a eu le prix Libraires en Seine et La voix des bloggeurs. C'est mérité!


03 février 2018

La journée de la vierge



Un premier roman chez l'Olivier, qui est un peu un Sex and the city mais à Paris, sous la plume d'une khâgneuse à la plume fine,  Julie Marx: La journée de la vierge.

Notre narratrice a décidé de rester à Paris en ce 15 Août, pour apprivoiser sa solitude. Enfin elle n'est pas vraiment seule: il y a Beethoven, sa plante verte qui ne se porte pas au mieux; il y a aussi sa voisine suicidaire... et il y a surtout toute une galerie de personnages qui font sourire!

Julie a le sens de l'anecdote et du détail, le sens de l'ironie aussi. Certaines scènes sont très cinématographiques!

J'aime tout particulièrement comment elle matérialise les gestes de la célibataire: se gratter le dos contre un mur, car personne à qui demander... Entre autres!

J'ai été intéressée aussi par le fait que chacun des personnages trouve une clé, une posture, face à la solitude, un peu comme dans La condition humaine de Malraux, chacun des personnages trouve un sens à sa vie à sa façon.

Evidemment il y a aussi un jeune homme sur le chemin, et ce qu'il faut de suspense!

Il y a enfin une réflexion sur les auto-entrepreneurs ou free lancers, les solitaires abandonnés du capitalisme?

Un roman à offrir à ses copines ou sœurs célibataires!

Un livre qui peut se lire d'une traite ou par chapitre, le soir, un peu comme on regarderait un épisode d'une série girly!

Merci à Julie pour son sens de l'observation tragique et drôle, pour son analyse de ce que le vide affectif en métropole surpeuplée de touristes peu donner et pour cette chouette signature à Libralire jeudi soir dernier.


27 janvier 2018

Jusqu'ici tout va bien



Un roman coup de cœur en ce début d'année! On sourit et on s'attache de page en page !

On est en 1968 dans l'Etat de New York. Un jeune ado y emménage avec toute sa famille, dans une maison crasseuse, dans un bled paumé. Son frère est odieux avec lui. Son père est maltraitant...  Il n'y a rien dans le coin. La ville est minuscule. Rien, non, il y a une bibliothèque et avec elle la découverte d'un monde!

J'ai adoré! C'est un roman jeunesse dur mais plein d'espoir. Une ode à l'émancipation et à la solidarité. On va de surprise en surprise. Les non-dits sont puissants et le chemin suivi pas aussi linéaire qu'on pourrait le croire au début...

On suit le rythme de l'année scolaire, avec des statistiques régulières partagées par le jeune narrateur, qui ne manque pas d'humour. A chaque chapitre son nom d'oiseaux, mais ça je vous laisse découvrir pourquoi!

Notre jeune Doug est entouré de personnages attachants ou drôles, à commencer par les prof, le proviseur, le bibliothécaire, le grand frère qui rentre très amoché du Vietnam, la veille dame écrivain à qui il livre les courses le samedi, les enfants qu'il babysitte, le patron de l'usine de papier de son père, etc.

Tout sonne juste.

Un livre qui donne envie d'aimer la vie, de goûter les détails comme un coca bien frais bu d'une traite, de dessiner, de faire son jardin.

Un roman pour ceux qui aiment observer les tableaux, les oiseaux, ou les gens.

A lire toute l'année et sans modération.

Gary D. Schmidt a eu le prix du meilleur livre jeunesse du magazine LiRE pour ce roman.

Merci à Croquelinottes, librairie à St Etienne pour la découverte!




14 janvier 2018

Au revoir là-haut..


Un autre prix Goncourt! Celui de 2013!

Un roman un peu à la Fée Carabine de Pennac. Des personnages hauts en couleur! Un humour bien à lui! Pierre Lemaitre nous fait vivre la fin de la seconde guerre mondiale en France et la mise en place par des poilus rescapés mais estropiés, d'une immense escroquerie au monument aux morts et d'une autre pour l'exhumation des corps des soldats. A chaque arnaqueur ses outils et ses manipulations!

J'ai accroché au ton décalé, au suspense sur l'avenir des meurtris du conflit. J'ai trouvé les personnages inoubliables dans leur genre, dès les premières pages. Je ressentais un vrai attachement pour eux, dans la détresse mais aussi la solidarité. L'arnaque est partout et à toutes les pages avec une ironie qui dénonce les banques, les administrateurs, les fonctionnaires, les fous de pouvoir et de séduction.

Le roman aborde aussi le sujet des rapports père-fils, la question de l'homosexualité d'un enfant refusée par les parents, la douleur du retour de soldats à la vie civile, la question des mutilés de guerre.

J'aime la place que tient l'art dans le récit, avec les fameux carnets de croquis, les masques fabriqués chaque semaine, la volonté de garder vivant la créativité dans la douleur.

Les chapitres forment à chaque fois des séquences autour d'un des personnages. Et les liens se tissent pas à pas entre eux. Très pratique pour une lecture d'une chapitre par soir, ou par trajet!

Il y a un coté Conte de Monte Cristo aussi, dans la vengeance et le secret.

Je referme ce roman au moment où sort la suite!

Un livre à conseiller à tous ceux qui s'intéressent à la Première Guerre Mondiale! Aussi intéressant qu'A l'ouest rien de nouveau, Les croix de bois, etc.

Un roman qui plaira par son burlesque aux amateurs de textes humoristique et décalé!

Un livre qui plonge dans une époque, souvent injuste, qui dénonce au passage les inégalités et leurs conséquences!









07 janvier 2018

l'ordre du jour



L'ordre du jour raconte l'histoire au niveau micro, l'histoire des tâches de café sur la table, des hésitations dans les réunions, des sourcils qui se froncent ou pas.

C'est un roman qui éclaire les liens entre l'Allemagne et l'Autriche au début du nazisme et au commencement de la seconde guerre mondiale. On y a voit les deux chanceliers se faire face dans des moments incroyables de l’histoire et ses tournants.

C'est aussi un livre qui éclaire les liens entre grandes entreprises et gouvernement sous le nazisme. Opel, Siemens, etc. Qu'ont vraiment fait les industriels allemands ? En quoi croyaient-ils?

Ça se lit vite, c'est court. On a l'impression d'être dans les coulisses du pouvoir nazi. Mais ça fait bizarre aussi de ne pas avoir le making-off. On aimerait comprendre qu'est ce qui est repris d'une autobiographie d'un des participants de la réunion, qu'est ce qui est inventé de toute pièce. On sent qu'Eric Vuillard s'est documenté, et on aimerait savoir où et quoi est influencé par quelle source ou archive.

Evidemment c'est un roman qui pose la question de qui est responsable, qui a laissé faire, qui a soutenu, et pourquoi.

Un livre qui plaira au féru d'histoires.

Un roman pour ceux qui aiment les séries comme A la maison blanche.

A lire d'une traite je trouve, pour un voyage en train, puis à débattre en croisant avec des regards d'historiens!

Merci à Jonathan pour le prêt!

Ainsi j'ai lu le Goncourt 2017!





05 janvier 2018

Faillir être flingué



C'est un roman à ouvrir prudemment, ça tire dans tous les coins, on risque de s'y faire voler son cheval ou ses bottes! Et oui, on est en plein Far-West, au milieu des indiens, et des conquérants de terres arides!

Un roman très dynamique, où on saute sans arrêt d'un personnage à un autre, mais où tout finit par s'entrecroiser habilement... Il y a ses frères qui trimbalent leur mère mourante dans un chariot, il y a les indiens de différentes tribus qui s'affrontent, il y a le saloon et Saly, il y a le barbier, et j'en passe !

La nature est très présente. Comment trouver de l'eau? Comment trouver une bête, une plante? Sacrée existence que celle des pionniers.

Le jeu et l'humour n'est jamais loin...

Un roman pour ceux qui veulent se laisser prendre par la fresque, du plus petit détail burlesque au panorama des grands espaces!

Un roman à lire concentré pour ne pas se perdre entre les personnages! J'aime particulièrement l'indienne chamane, où la violoncelliste à qui on a piqué son archet!

Merci à Marie-Louise pour cette belle découverte!







31 décembre 2017

La porte



En voici un livre hors norme par son propos: La Porte raconte le lien très étrange entre une femme, qui ressemble fortement à l'auteur Magda Szabo, intellectuelle à Budapest et sa femme de ménage, Emerence. Tous les oppose: La première est très cérébrale, invitée dans des conférences; la seconde vit loin des livres, enfermée dans une maison où personne ne peut rentrer.

Ce qui rend le roman riche est la complexité du lien qui les unit, entre haine et amour, entre proximité et incompréhension. Tout se joue dans les détails, de ce que l'une ose ou pas dire à l'autre; ce que l'une ou l'autre fait ou ne fait pas; les liens qu'elles ont au chien, etc.

Tout commence sur le ton de la confession: la narratrice dit avoir tué Emerence... Commence alors le récit de leurs liens d'année en année. Un lien mystérieux et surprenant.

A demi mot, on lit l'autobiographie de l'auteur, sa dissidence, ses journées d'écriture. Mais le thème du roman est vraiment les enjeux de pouvoir et de dépendance. Qui s'appuie sur qui, qui domine qui dans le lien qui unit une femme de maison à sa femme de ménage? Quand l'une croit avoir le dessus tout bascule sur un rien.

Ce n'est pas un roman reposant à lire. Tout est tendu, compliqué entre ces deux-là. On est enfermé dans ce tandem, dans ce quotidien des plats préparés, des ménages, des non-dits.

Qui est cette vieille servante? L'humble, la gentille? La brutale, la voleuse? Toute l'intrigue tient là.

Un roman qui plaira à ceux qui aiment les personnages complexes psychologiquement et les mystères des vies simples.

Un livre à l'écriture fine.

"Quand nous nous sommes parlées pour la première fois, j'aurais aimé voir son visage, et j'ai été gênée qu'elle ne m'en laisse pas la possibilité. Elle se tenait devant moi telle une statue, immobile, non pas sur ses gardes, même assez détendue, je voyais à peine son front, à ce moment là je ne savais pas que je ne la verrais sans foulard que sur son lit de mort, elle était toujours voilée, comme une catholique fervente ou une juive le jour du shabbat à qui leur foi interdit de se présenter tête nue devant le Seigneur."










25 décembre 2017

Une jolie fille comme ça



Il s'ennuie à cette fête hollywoodienne, il sort, il hume l'air de la plage. Soudain il voit une jeune femme au loin marcher vers l'océan, un cocktail à la main. Elle avance, lentement mais sûrement, elle se jette à l'eau, elle coule. Il court, la sauve, elle est belle. Et s'en suit une romance douce amère.

Qui est la victime et qui est le héros? Que veut dire aimer, plaire, séduire? Qu'est ce que réussir à Hollywood?

Voici un court texte bien vu, juste et affolant. On les sent glisser tous les deux vers du vide et du sens, en vain. Chaque mot à elle est plein de souffrances passées et présentes. Chaque mot à lui est coloré de doutes. Elle n'est pas son style, il n'a pas vraiment d'élan pour elle et pourtant.

Il y a du suspense dans ce texte, de l'émotions, des non-dits, du mal... et de la complexité singulière.

Un auteur à découvrir. Scénariste, auteur d'une balade pour Joan Baez.

Merci Anouck pour la découverte...






24 décembre 2017

La nuit des Béguines...



Un roman de la rentrée qui nous émerge en plein Paris de l'an 1310! Nous sommes au béguinage royal, auprès de femmes qui ont choisi de vivre et étudier en communauté.

Le personnage principal est très attachant: Ysabel, est la guérisseuse, celle qui s'occupe du jardin et connait toutes les plantes et leurs propriétés. Un jour, elle voit arriver une jeune inconnue dont on ne sait rien. Elle est enfermée dans son mutisme et semble avoir été violentée. Un double mystère structure alors le roman. Qui est cette inconnue? et parallèlement que va-t-il arriver aux béguines de Paris, dont la liberté est de plus en plus remis en cause...

C'est un roman historique qui nous fait plonger dans une autre ambiance, celle des rues parisiennes grouillantes de vie, de la place de grève, etc. On apprend beaucoup sur les templiers, sur Philippe Le Bel. Le livre est très documenté et riche.

J'aime qu'Alice Kiner nous montre ces femmes puissantes, savantes, solidaires. Finalement on ne connait que trop mal les béguines et leurs histoires.

Un roman parfait pour la catégorie Héroïnes rousses et Au Féminin de ce blog!

Un livre qui plaira aux amateurs de romans historiques, sur le Moyen-Ages, le Paris des templiers, les franciscains, les dominicains, les rois et leurs impacts.

Un livre qui plaira à celles qui se demandent comment les femmes vivaient dans les béguinages, comment se passaient leur vie commune, quelle liberté elles avaient, que voulait dire pour elle l'entrée dans cette existence, etc.

Un roman qui est aussi dans les sens, le ressenti, les odeurs, les lumières et les silences.

18 décembre 2017

Les demoiselles des Hauts Vents



Elles sont trois: Charlotte, la sœur raisonnable, l’aînée protectrice; Anne, la plus sensible, la plus intuitive; Et Emilie, la plus vive, impétueuse et débrouillarde. Leur mère a disparu, du jour au lendemain. Quant au père, il doit partir en mission. Voilà de quoi se retrouver chez les parents de la maman absente, au sein d'un manoir en Normandie.

Face à un grand-père muet et une grand-mère rigide et coincée, elles ne peuvent que découvrir pas à pas les secrets de famille par leurs propres moyens: fouiller le grenier, parler aux gens du coin, etc.

Un roman qui joue sur les références à Emilie Bronte.

On entre dans le quotidien de ces jeunes filles, dans leurs émotions, leurs doutes d'adolescentes.

Yael Hassan gagne son pari, dès 11 à 12 ans.

Un roman sur la fratrie, l'intuition, et les mystères de la filiation.

Un texte qui plaira aux fan de Downton Abbey, aux amoureux des maisons de famille à la campagne.

Un livre pour la catégorie Au féminin!



19 novembre 2017

U4 - Koridwen



Une série de quatre livres un peu hors norme: Quatre romans à lire dans l'ordre qu'on veut et qui racontent toujours sous l'angle d'un adolescent différent l'histoire de survivants d'une épidémie qui a tué tous les adules et enfants au monde.

Koridwen, Jules, Stéphane et Yannis ont entre 15 et 18 ans, et ils ont eux survécu au virus U4. Ils ne se connaissent pas mais ils vont tous se croiser pour survivre.

Je viens de finir le tome Koridwen, avec bonheur. Cette jeune bretonne a hérité de sa grand mère des dons de sorcières qui lui permettent de survivre avec plein de remèdes et de rejoindre la capitale pour tenter de sauver le monde!

Koridwen est forte, débrouillarde, un vrai esprit de leader, avec le recul qu'il faut pour tenir. Elle a une intuition hors pair.

Bref, un personnage de femme très forte et engagée, qui donne envie d'aller en Bretagne! Elle va trouver les raisons de vivre...

"Comme tous les autres jours, je me suis levée tôt pour nourrir les bêtes. Ce matin, c'était au prix d'un très gros effort. Je n'ai pratiquement pas fermé l'oeil de la nuit. A mesure que le temps s'écoulait, mes pensées devenaient de plus en plus sombres et désespérées. Vers 4 ou 5 heures j'ai débouché le flacon de poison et je l'ai porté à mes lèvres. Avant d'avaler la première gorgée, je me suis fixée un ultimatum..."






15 octobre 2017

Nos richesses



Encore une belle surprise de la rentrée littéraire! Nos Richesses de Kaouther Adimi.

Nous sommes au côté d'Edmond Charlot, qui a vingt ans et rêve de créer une librairie à Alger, qui serait comme celles qu'il a aimé découvrir à Paris. Charlot va devenir même éditeur et va jouer un rôle clé pour des auteurs comme Camus, Vercors et d'autres. On commence dans les années 30 et on suit pas à pas toute sa vie pleine de rebondissements.

Nous suivons aussi Ryad, qui en 2007 a pour mission de stage ouvrier de vider la librairie de Charlot pour permettre à un vendeur de beignet de s'y installer. Nous sommes dans le monde actuel, avec des jeunes qui ont du mal à trouver même un stage et à s'insérer socialement quelque part.

Et au milieu, Kaouther Adimi nous fait vivre l'histoire du vingtième siècle en Algérie...

C'est un roman qui est polymorphe, avec des passages qui sont des extraits de journal de bord de Charlot, d'autres qui sont des récits et des dialogues qui retracent la seconde guerre mondiale, les "événements" d'Algérie. On y retrouve la torture, l'espionnage, la censure. On voit que Kaouther Adimi s'est beaucoup documentée pour écrire.

Un roman qui fait découvrir Alger, ses populations, son histoire.

Une ode aux libraires et éditeurs qui donne envie de lire, et encore lire!

Ce qui est touchant dans ce récit, c'est qu'il pointe du doigt l'absence de transmission entre les plus âgés et les plus jeunes en France et en Algérie. En effet, Ryad ne comprend même pas ce qu'il est en train de faire... il vide sans comprendre le sens du lieu, lui qui ne lit pas.

J'aime le fait que Kaouther Adimi est plutôt toujours en deça qu'en delà. Il y a de la pudeur, de la retenue dans ses pages.

Un petit extrait pour la route:

"Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux. (…) Mais vous, vous emprunterez les ruelles qui font face au soleil, n’est-ce pas ? Vous parviendrez enfin rue Hamani, l’ex-rue Charras. Vous chercherez le 2 bis que vous aurez du mal à trouver car certains numéros n’existent plus. Vous serez face à une inscription sur une vitrine : Un homme qui lit en vaut deux. Face à l’Histoire, la grande, celle qui a bouleversé ce monde mais aussi la petite, celle d’un homme, Edmond Charlot, qui, en 1936, âgé de vingt et un ans, ouvrit la librairie de prêt Les vraies richesses."

13 octobre 2017

L'invention des corps



Un roman de la rentrée littéraire, qui nous parle du monde d'aujourd'hui et de demain, des transhumanistes et de la Silicon Valley.

Alvaro est un jeune codeur mexicain, un peu hacker, qui gagne sa vie en enseignant l'informatique à des jeunes. Un jour en 2014 tout bascule pour lui quand il est très violemment maltraité avec d'autres étudiants par la Police Mexicaine. Il assiste à un massacre, à des assassinats perpétués par les forces de l'ordre. Tout devient insupportable, tout devient irrespirable, il part.

Il migre et va alors devenir sans papier. C'est donc un regard sur l'injustice, la migration, mais aussi sur le monde des transhumanistes de San Francisco, car c'est là qu'il espère être recruté par un riche PDG de start up de l'high tech qui veut mettre fin à la mort au sein de son entreprise Le Cube.

Je ne vous en dis pas plus.

Ça se lit tout seul dans un style très particulier, haché, qui entremêle l'histoire d'Alvaro avec celle de la création de l'internet et du mythe de la singularité. Je préfère pour ma part les passages au côté d'Alvaro que les parties sur l'histoire du web.

Un livre sur le rapport aux corps, aux sensations physiques, à une époque où tous les corps ne se valent pas, au moment où l'intervention sur les cellules souches remet en cause l'écriture du génome même. Une écriture qui prend aux tripes.

Un roman qui marque une époque, ses mythes, ses croyances, ses oppressions et ses risques. Je trouve que l'auteur pose les bonnes questions à travers les choix ou les non-choix des personnages. Que veut dire mettre la recherche au profit d'une vision qui n'est pas partagée? Quel sens donner au code dans un monde révoltant?

Merci Anouck pour ce beau conseil!


08 octobre 2017

le prodigieux destin de Peter



Peter Peton, tout simple et fragile, est né dans une famille pauvre, qui vit dans un bidonville en France. Un jour alors qu'il gribouille sur un vieux journal, son père y lit une annonce pour un poste de concierge dans une usine de chanson pas loin. Avec un tel nom de famille, le voici parti pour une nouvelle vie.

La famille Peton vit sous le toit de l'usine, là où se trouve la chaudière à caoutchouc pour les semelles des pantoufles. Mais un jour, voici que tout explose, et Peter entre dans le coma...

Il en sortira avec des grosseurs qui poussent dans le dos...

Des ailes vont émerger de sa colonne vertébrale, qui l’emmèneront loin... sous le chapiteau du cirque des merveilles!

Un très beau roman jeunesse sur la différence et la singularité.

Un roman qui montre combien le cirque, l'amitié et le rêve peuvent permettre de sortir de sa condition sociale.

Des pages vraiment merveilleuses, avec un style proche du conte qui fait sourire au détour des aventures...

05 octobre 2017

La milléclat dorée



Voici un livre pour enfant que j'ai eu beaucoup de plaisir à offrir cet été: La milléclat dorée!

Renard apprend qu'il existe une fleur magnifique et très rare, de la famille des Biencachées, que l'on peut trouver en haut des montagnes! Il se met donc en quête et rencontre lors de sa randonnée de nombreux animaux et de jolis paysages.

C'est un album pour les amoureux de botanique et de marches en montagne!  On apprend plein de choses sur la flore, les différentes parties d'un paysage de montagne, et ce avec de belles illustrations.

Un petit peu de grand air et de poésie, à l'arrivée de l'automne!

Avis aux petits et aux grands!





27 septembre 2017

Les vies de papier



Un roman très touchant, sur la vieillesse, le Liban, les femmes et la littérature!

Aaliya Saleh a 72 ans et les cheveux bleus, par mauvaise manipulation d'un shampoing! Elle a vécu libre et forte, à Beyrouth toute sa vie, par temps de pais comme par temps de guerre et de chaos. Dans son appartement: des livres mais aussi des pages et des pages de traduction d'ouvrages, des tas de souvenirs, des disques de Chopin.... Elle nous promène dans sa ville, elle nous fait entendre la bande son des lieux, les odeurs des quartiers.

J'aime vraiment ce personnage! Et j'aime le sens de l'anecdote de Rabih Alameddine. Il y a notamment une scène de fuite d'eau mémorable dans l'immeuble! Le texte grouille de citations littéraires et musicales. Le flux de la narration est envoûtant bien que passant du coq à l'âne, au gré de la mémoire.

Un livre pour tous ceux qui veulent découvrir le Liban, son histoire, son ambiance!

Un roman pour les amoureux des librairies et des mots.

Un roman sur la liberté, les choix et le destin.

Ce roman a eu le prix Fémina étranger en 2016 et c'est mérité!

Merci beaucoup Anouck pour ce très beau cadeau!

En plus ce livre bat tous les Libellés de ce blog: Littérature libanaise, Au féminin, Découvrir un pays, Roman d'immeubles et Livres dont les libraires sont les héros! Avis aux amateurs!