Vue sur la littérature d'ici ou d'ailleurs, à la recherche de petites pépites à partager, pour ré-enchanter nos imaginaires d'avenir... Mon site web de prospective: pan-or-amiques.com
15 juillet 2020
L"esquisse d'un rêve
Un peu de littérature Islandaise!
Et un livre résolument "Au féminin"!
Un vrai régal de début d'été que cette découverte!
Nous sommes donc en 1910 quand tout commence. Une veuve élève six enfants avec en tête le projet qu'ils puissent tous aller à l'école, avoir une vraie éducation et puisse s'épanouir dans la vie. Pourtant il n'y a pas d'argent, à peine de quoi manger. Mais avec beaucoup d'ingéniosité et d'énergie, chacun des enfants va s'y mettre. Et surtout Karitas, une jeune fille très débrouillarde, qui va réussir à nourrir la smala tout en trouvant de quoi avoir une machine à coudre, et un vrai logement! Elle va aussi découvrir pas à pas que son talent à elle, c'est le dessin. Elle va tracer sa vie de femme et d'artiste.
Kristin Maria Baldursdottir va nous montrer par ce roman comment être maître de son destin à tout moment et même dans l'adversité.... C'est un récit plein d'espoir, de force, de nature, d'embrun, de neige, de froid, de hareng... avec aussi des pointes d'humour!
Sur 500 pages, on va s'attacher à cette famille, aux histoires de cœur des unes, aux espoirs de pêche des autres. Et surtout on va voir une artiste en herbe creuser le chaos au fond d'elle même pour produire des œuvres pas toujours alignées avec l'époque et les goûts du village! Elle va oser l'abstrait, les collages,... Tout ce qui peut jaillir et donner sens à ses ressentis. Elle va affronter ses angoisses, ses visions d'elfes ou de revenants... sa solitude... ses doutes.
Un roman qui montre la dure vie des femmes, de grossesse en grossesse, dans les fonds de campagne, et entre les campagnes de pêches. Ca m'a rappelé Quand rentrent les marins... de A. Huth.
Un livre qui raconte aussi la libération des femmes, pas à pas...
Au passage une belle histoire d'amour...
Un très grand merci à Dominique pour ce beau cadeau!
05 juillet 2020
La voix des vagues
Un roman qu'on n'oublie pas: La voix des vagues de Jackie Copleton. Très belle lecture de déconfinement!
Un peu comme dans une pièce de Wajdi Mouawad, Jackie Copleton mélange la grande Histoire (celle de la bombe nucléaire sur Nagasaki) avec la petite histoire d'une famille japonaise, qui a ses secrets, ses tensions, ses poids.
Amaterasu Takahashi est la mère de Yuko, une jeune fille douce qui aime dessiner et rêve d'être un jour infirmière. Nous sommes juste avant la seconde guerre mondiale. Yuko va s’éprendre de Sato, un ami de son père, marié, et coureur de jupon. Elle va l'aimer en secret jusqu'à ce que ses parents le découvrent et lui interdisent tout contact avec cet homme. En plein chagrin amoureux, en pleine tentative de tout de même construire sa vie de femme, va survenir la bombe... Une explosion dans la vie du Japon et dans cette famille qui va laisser des doutes, des interrogations, et des questions qu'Amaterasu, depuis sa nouvelle vie aux Etats-Unis, et du haut de ses 80 ans, va tenter de démêler, en se replongeant dans son passé... car un jeune homme se présente à elle qui dit être son petit fils! Je ne vous en dis pas plus.
J'ai été emportée par l'histoire avec un petit et grand H. Ce livre m'a rappelé un autre de mes coups de coeur sur le même sujet: Le poids des secrets. J'aime quand les romans parviennent avec autant de finesse et de justesse à décrire les histoires de famille, les non-dits, et les coïncidences étranges de la vie, les jeux d'échos entre événements, petits ou grands.
Par ailleurs, je trouve formidable de découvrir une autre culture par le roman. Et ici Jackie Copleton arrive à merveille à nous apprendre la culture japonaise de chapitre en chapitre. A chaque fois il y a un en tête qui explique un concept japonais, via un mot, qui n'existe pas dans d'autres langues et qui représente un des éléments de la tradition ou des us japonais qu'elle veut nous faire toucher du doigt.
Le roman se déroule sur plus de 50 ans, et je trouve fort de voir comment le récit dans sa construction mêle l'avant guerre au japon et la vie aux Etats-Unis d'émigrés japonais, via des lettres que les personnages retrouvent, ou encore des journaux intimes. Cela tisse l'intrigue entre les époques, mais aussi entre les points de vue. On est alors tour à tour avec Amaterasu qui retrouve des lettres de Sato ou le journal intime de sa fille, comme on est dans la tête de Sato et Yuko quand ils les écrivent.
Enfin, c'est un roman sur la différence, l'acceptation de soi et des autres.
Un livre qui pose la question de ce qu'est être une famille, ce qu'est l'héritage, porté et voulu.
Donc vraiment je vous conseille ce premier roman, qui est un subtil mélange de douceur et de mélancolie. Beaucoup d'émotions vous attendent...
Merci à la Librairie idéale, rue clerc dans le 7e arrondissement de Paris!
28 juin 2020
Le roi de la bibliothèque
Un coup de cœur au rayon jeunesse: Le roi de la bibliothèque de Michelle Knudsen et Kevin Hawkes. Très beaux et doux dessins à l'aquarelle. Et une histoire touchante et amusante.
Un lion vient d'entrer dans la bibliothèque. Que faire? Rien s'il respecte le règlement, marche tranquillement et ne fait pas de bruit!
Et voici notre lion à l'heure du conte!
Mais tout se complique quand la bibliothécaire fait une mauvaise chute!
Je ne vous en dis pas plus!
J'aime beaucoup le fait qu'un lion devienne la mascotte de la bibliothèque.
Je trouve que la leçon de l'histoire est chouette aussi, sur les règlements, quand veiller à les respecter et quand les enfreindre pour la bonne cause!
Un livre jeunesse qui parle d'ouverture à l'autre, d'acceptation de la différence malgré la peur, du respect des lieux et des autres, de l'aide que l'on peut apporter autour de soi.
C'est plein d'humour, c'est tendre. Une histoire qu'on prend plaisir à raconter!
Belle découverte vendredi soir avec Mara et Simon!
19 avril 2020
Suite des lectures de confinement...
Et oui, il a bien fallu continuer nos semaines confinées... et avec elles, les lectures.
Vacances de pâques dans le salon. Pour accompagner les dernières saisons de Homeland et du Bureau des Légendes: je me suis replongée dans les Cherub! Un régal! Une vraie thématique "agent secret" pour du dépaysement garanti, entre Damas, Kaboul, Paris et Washington, en passant par Moscou ou Londres. Pour ceux qui ne connaissent pas encore les enfants agents secrets du MI5, un petit rappel ici.
Et puis j'ai enchaîné avec la deuxième trilogie de Pierre Bottero: Après La quête d'Ewilan, j'ai lu grâce à ma voisine du dessous: Les Mondes d'Ewilan.
Ewilan est une adolescente qui peut faire des pas de côté pour passer de notre monde à un autre, Gwendalavir. Elle peut aussi se plonger dans l'imagination et en faire ressortir des objets ou sensations qui s'incarnent pourtant pour de vrai. Ca vous fait envie ? Avouez!
Joie de retrouver par ses lectures en série, les mêmes personnages, comme un groupe solidaire et uni. Joie de s'évader dans un cadre naturel et surnaturel luxuriant: avec lac, montagne, et autres fleurs...
Je ne reste pas plus longtemps devant l'écran et file dans les spires de l'imagination rejoindre Ewilan et ses amis... et mon balcon ensoleillé!
Confinez-vous bien!
Merci à Marine pour les trois tomes... et les coucous du balcon du dessous!
Libellés :
Littérature française,
Pour Ado,
Science Fiction
29 mars 2020
Rester groupés
Bonjour à vous tous les confinés...
J'ai lu La supplication de Svetlana Alexievitch, et je me suis dit que ce n'était pas possible de vous parler de Tchernobyl pendant le COVID 19...
J'ai entamé le Feu d'Henri Barbusse... et je me suis dit que ce n'était pas possible de vous conduire dans les tranchés... non plus!
Du coup, je m'en viens vous parler de Rester groupés de Sophie Henaff. La suite de Poulets grillés!
Vous aurez le plaisir de retrouver toute la petite brigade des bras cassés, sous la direction de Capestan! C'est bon de retrouver de vieux amis par les temps qui courent!
Cette fois-ci, des meurtres mystérieux s’enchaînent: avec humour, le meurtrier annonce toujours par avance la date du meurtre soit par une plaque de rue soit par l'apparition du nom de la victime sur un monument au mort... et cette fois-ci l'intrigue est un rien personnel pour Anne Capestan, car la première des victimes est son beau père!
Dialogues amusants, scènes cocasses. De quoi vous changer les idées.
Le suspense du polar, l'esprit de Noël (ça se passe en décembre!)
Bref, un bon conseil pour les temps actuels!
De quoi s'endormir en douceur!
Bonne lecture!
23 février 2020
Miss Islande
Un petit roman de Audur Ava Olafsdottir, dont j'avais beaucoup aimé Rosa Candida, à sa sortie.
Miss Islande se passe dans les année 1960, et nous raconte la place des femmes et des gays dans une société très conservatrice.
Nous suivons Hekla, une femme au nom de volcan, qui se rêve écrivain, mais qui subit les mains aux fesses des clients qu'elle sert, et leur rêve de la voir devenir Miss Islande! On la sent plutôt en quête, mais peu aidée.
Son meilleur ami métis est lui aussi en marge de la société. Son homosexualité est sans arrêt moquée au bord du bateau de pêche où il travaille. Il se sent obligé de se marier pour avoir une existence sociale reconnue.
Quant à la meilleure amie d'Hekla, Isey, elle tente de s’épanouir comme elle peut, mais elle est pour beaucoup coincée à la maison à s'occuper des enfants.
Enfin, le petit ami d'Hekla, le poète raté, ne relève pas le tableau grisonnant.
En somme, le roman est sombre, mélancolique, lent. On comprend vite que les chances sont fines pour les personnages de se sortir de leur situation. On les sent sur un fil, précaire, exclus. Un peu comme la voisine d'en face d'Isey, qui tourne et retourne dans son appartement et qui finit par disparaitre...
Et pourtant chacun à sa façon essaie de se sortir de sa condition par l'écriture.
Tout est dit au début du roman dans la citation de Nietzsche: "Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile qui danse;"
Un livre qui parle de l'énergie créatrice et de ce que l'on peut en faire.
Miss Islande est un texte féministe, sur le désir, sur la liberté, sur les choix que l'on assume ou pas. Un roman militant en quelque sorte.
Un livre à conseiller à ceux qui veulent découvrir l'ambiance Islandaise.
Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau.
Le roman a reçu le prix Médicis Etranger en 2019.
16 février 2020
L'art de perdre
Cela faisait un moment que je voulais lire L'art de perdre d'Alice Zeniter. J'ai donc décidé de le mettre dans mes lectures de début d'année, et j'ai bien fait!
Ce roman nous raconte une histoire de l'Algérie, à travers une famille. Il y a le grand père Ali, le montagnard de Kabylie. Celui qui a connu la guerre, celui qui essaie de comprendre comment se positionner au village vis à vis des français au moment où tout bascule dans les années 1960. Et puis il y a le père, Hamid, celui qui va arriver en France en 1962, et va grandir dans un camp de transit, en s'interrogeant sur sa double identité Algérienne/Kabyle et Française. Et puis il y a la fille, Naïma, celle qui tente de comprendre sa famille et l'Histoire avec un grand H aujourd'hui, à une époque d'attentats terroristes sur le sol français.
C'est magnifiquement écrit. Tout commence comme un comte de fées, avec Ali qui cherche son bonheur dans son petit royaume. Il est le roi qui n'a pas de fils et il va se marier à Yema. On trouve alors des pages somptueuses sur l'Algérie traditionnelle, sur la Kabylie, un peu comme celle-là:
"Une ancienne tradition Kabyle veut que l'on ne compte jamais la générosité de Dieu. On ne compte pas les hommes présents à une assemblée. On ne compte pas les œufs de la couvée. On ne compte pas les grains que l'on abrite dans la grande jarre de terre. Dans certains replis de la montagne, on interdit tout à fait de prononcer les nombres."
Plus loin, dans une deuxième partie, la plume est fine pour décrire le regard sur la France hexagonale pour les nouveaux arrivés:
"L'été, ici, ne s'interrompt pas brutalement. Il se liquéfie en automne. Avant même que les températures ne baissent, commencent les uns après les autres - ou peut-être au contraire fondus en un seul sans début ni fin - les jours de pluie qui mènent irrémédiablement vers la saison froide. Ils ne tambourinent pas, ils ne martèlent pas, ils ne fouettent pas comme cela arrivait à Rivesaltes ou à Jouques, non ici ça tombe sans force mais avec l'assurance de ne pas s'arrêter avant la fin mars. Hamid suit la progression des flaques entre les barres de la cité."
La troisième partie est celle de la quête, par tous les moyens... où comment une jeune génération a besoin de la transmission pour pouvoir déployer son existence avec sens.
La fresque romanesque se déploie habilement et l'on glisse d'une époque à l'autre, d'une sélection d'enjeux historiques à d'autres, d'une perspective à une autre, dans un flot attachant.
C'est aussi un roman d'émancipation, où chaque personnage s'interroge sur son destin, ses besoins, ses envies. Qu'est-ce que c'est que de devenir soit même au fond?
A souligner enfin les belles scènes d'amour qui sont écrites au féminin, à une époque où l'on parle beaucoup du "male gaze" versus "female gaze".
Un livre qui plaira à tous ceux qui s'interrogent sur l'immigration, les doubles identités, la question de l'intégration, etc. Un regard posé aussi sur les migrants, les réfugiés, tous ceux qui se trouvent parqués dans des camps.
Un roman qui est à conseiller avant de partir en vacances à la découverte de l'Algérie, pour avoir une image de ce que peut être l'histoire de ce pays sur les trois dernières générations.
500 pages qui donnent également un regard sur la guerre vue des civils, sur l'après-guerre aussi: les traumatismes des enfants et des grands. Et puis toutes les questions qui suivent la fin officielle d'un conflit: à qui appartient la terre?
Ce roman a reçu le prix goncourt des lycéens.
Merci à Caroline et Dominique de me l'avoir conseillé!
26 janvier 2020
Poulets grillés
Coup de cœur de ce début d'année: Poulets grillés de Sophie Henaff. C'est à la fois un polar et un roman plein d'humour.
Anne Capestan, flic, est en mauvaise posture quand s'ouvre le roman. Elle a fauté... elle attend de savoir si elle va être radiée de la police. Buron, son mentor et directeur de la PJ, l'appelle pour un rendez-vous. Et à sa plus grande surprise, il lui annonce qu'il lui confie une nouvelle brigade... mais attention c'est une brigade d'un genre disons "nouveau": elle va rassembler tous les policiers qui ne sont plus les bienvenus ailleurs, les alcooliques, ceux qui portent la poisse, les addicts aux jeux, etc.
Et en plus, on va leur confier toutes les enquêtes qui bloquent, qui restent non résolues... Une idée pratique pour améliorer les statistiques des autres brigades!
C'est savoureux! On rit, on s'attache aux personnages... et on en redemande, ce qui tombe bien car il y a un tome deux: Rester groupés.
Merci à Cecile pour ce super conseil!
Un livre qui plaira à ceux qui aiment les polars bien rythmés, humains et désopilants.
Libellés :
humour,
Littérature française,
Out of the box,
Polars
12 janvier 2020
Transparence
Nous sommes en 2060, en Islande. Nous suivons la PDG d'une startup qui a réussi à vendre la vie éternelle par collecte massive de données et à racheter Google. La PDG elle-même a pu s'assassiner, car son double restera à vie, même s'il n'a plus besoin de manger, etc.
Un livre qui parle du monde post Big Data, avec changement climatique et fin de la biodiversité.
Toute l'actualité y est, poussée à l'extrême pour faire naître la dystopie.
Pas un grand roman, pas un style magistral, juste une mise en scène du monde actuel si on extrapole vers la pire, le noir, la fin du singulier déconnecté.
On trouve une forme de lucidité sur les choix technologiques, économiques et politiques en cours.
On peut lire une sorte de critique morale de la start up et de l'entrepreneuriat quand il oublie l'éthique pour le pouvoir et l'argent.
Merci à Sophie pour le cadeau très "prosepctif"!
07 janvier 2020
A ce soir...
Un livre trouvé à la cantine, dans le bac des livres à donner que j'étais moi-même en train de remplir: A ce soir, de Laure Adler.
Je l'ai pris un peu par hasard, derrière sa couverture NRF blanche. Et je suis tombée sur une mère qui a perdu son enfant.
Un texte très subjectif, dans le flot d'une âme à fleur de peau. Dans le mystère des réminiscences, en période de deuil.
Tantôt elle est enceinte et se délecte de l'arrivée prochaine du bébé. Tantôt elle est à l’hôpital, dans une sorte de flou médical, suspendu à des fils branchés aux petits, et aux mots de l'adjoint du professeur, ou de l'interne.
Un texte qu'on lit d'une traite. Tout est confus, tout est par bribes et par petits paragraphes.
C'est poignant.sans être mélo dramatique.
On voit bien comment la mémoire prend des détours, les souvenirs se superposent les uns aux autres.
Laure Adler aura attendu dix-sept ans pour écrire sur la mort de son bébé de quelques mois.
Un roman sur le milieu hospitalier vu du côté des proches du patient qui ne comprennent pas.
Un texte sur le deuil et les souvenirs. Ou comment les mots peuvent venir ou nous quitter au coeur des douleurs;
A lire si on s'interroge sur la maternité, la vie et la mort.
A lire si on aime les témoignages, les récits de vie, l'humain trop humain.
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Au féminin,
Deuil,
Littérature française,
Rapport à la mort,
Témoignages
04 janvier 2020
Algues vertes
Une BD qui m'a plu pendant les fêtes: Algues vertes.
Récit engagé sur la pollution environnementale et l'impact sur la santé.
Nous sommes en Bretagne, et suite à l'élevage intensif des porcs, des algues vertes recouvrent certaines plages. Leurs émanations sont très dangereuses, mais malgré les décès de bêtes et d'humains, le préfet et les agences sanitaires font la sourde oreille.
Tout y est: les doutes des locaux médecins ou vétérinaires, les annonces des communicants, les intimidations, la bureaucratie qui morcelle les décisions, les lettres alarmantes sans réponse des autorités en charge...
Des bulles qui peuvent mettre en colère, face au poids des lobbys!
Même si on a tous entendu parler des algues vertes un jour ou l'autre, c'est très choquant de voir le récit des décès qu'on tente de cacher, ou de ne pas autopsier... Attention il ne faudrait pas faire fuir les touristes ou dire du mal des grandes entreprises agro-alimentaires du coin!
Une BD qui est bien structurée, avec une enquête qui tient en haleine de pages en pages.
A lire pour soutenir ceux qui ont été et seront demain lanceurs d'alertes, au péril de leur carrière ou de leur santé....
Merci Papa Noël des parents...
01 janvier 2020
Je reste roi de mes chagrins
Un livre écrit avec une plume ciselée: Je reste roi de mes chagrins de Philippe Forest.
C'est moins qu'on ait emporté par l'histoire, que par les phrases et les bons mots.
Sur la forme, c'est un roman qui nous plonge dans une pièce de théâtre. Sur scène un peintre et un grand homme. On finit par comprendre que c'est Churchill et qu'à ses côtés se trouve le peintre Sutherland, mais cela a t il de l'importance?
C'est plus une réflexion sur les histoires elles-mêmes:
"Les histoires sont plus vieilles que les hommes qui les vivent, plus vieilles que ceux qui les racontent; Elles les précédent. Elles les attendent. Elles leur survivent; Une fois qu'ils ont disparu, elles continuent sans eux. Jusqu'à ce que d'autres s'en viennent, qui prennent leur relève et qui, à leur tour, remplissent les rôles que les premiers avaient d'abord crus à eux."
C'est aussi un livre sur le deuil, le décès d'enfants et l'impact que cela peut avoir.
C'est un roman où l'on croise Shakespeare, la série The crown, etc. C'est un livre érudit qui est bourré de références.
J'ai aussi appris beaucoup de choses sur Churchill, notamment qu'il peignait lui aussi.
Merci à Christine pour la découverte de cet auteur, à l'écriture riche et puissante!
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Deuil,
Littérature française,
Rapport à la mort
31 décembre 2019
Le dimanche des mères
Un roman pour les amateurs de Downtown Abbey: Le dimanche des mères de Graham Swift.
Nous sommes en Angleterre dans les années 1920. Jane, femme de chambre chez les Niven, a une relation avec un aristocrate qui va se marier, Paul Sheringham. C'est le dimanche des mères, le jour où les domestiques peuvent rentrer voir leur maman dans leur famille. Elle est orpheline. Que va-t-elle faire? Va-t-elle le retrouver alors qu'il est sur le point de changer de vie?
Quelle est cette relation qu'ils entretiennent depuis des années? Qui sont-ils l'un pour l'autre ?
Un roman qui interroge la fin d'un monde, le rôle de la sensualité et des liens sociaux, quand ceux-ci ne sont pas alignés avec les schémas classiques.
Ça se lit tout seul, c'est court, bien écrit.
Tout est dans les détails, les non-dits, les silences.
J'aime le format: raconter une journée, avec tous les flash-backs et autres éléments qui se greffent dans le récit.
J'apprécie aussi le personnage de Jane, avec toute sa lucidité et sa sensibilité.
Merci à Janny et à son club de lecture pour la découverte!
Libellés :
Au féminin,
D'un autre siècle,
Littérature anglo-saxonne
26 décembre 2019
Le mari de mon frère
Un chouette manga à lire pendant l'hiver: Le mari de mon frère.
Yaichi élève seul sa petite fille, quand soudain un canadien débarque chez eux, et se présente comme le mari de son frère jumeaux récemment décédé. Il arrive tout droit du Canada pour découvrir un peu comment son mari a vécu son enfance au Japon.
Yaichi est très mal à l'aise d'accueillir chez lui ce beau frère homosexuel, alors qu'au contraire sa petite fille s'en fait une joie. Elle découvre avec amour qu'elle a un oncle, elle est très curieuse de découvrir comment on vit au Canada.
Kana, avec ses questions d'enfants, est très touchante et attachante.
Un manga qui prône la tolérance, l'ouverture aux autres, la découverte, la générosité.
Parfait pour les fêtes! Ca se lit tout seul.
En plus il y a des encadrés pédagogiques sur l'histoire des gays, etc.
Merci Mara pour le bon conseil!
A lire dès 7 ans...
10 novembre 2019
La mémoire des couleurs
Mauve a quinze ans. Il se réveille un jour dans une brocante. Il ne se souvient de rien. Il se demande ce qu'il fait là. Il comprend très vite qu'il peut lire dans le pensées des gens qu'ils croisent. Il se rend compte aussi qu'il n'est pas le premier jeune portant un nom de couleur à avoir atterri dans cette brocante.
Il rencontre un beau personnage, André, un homme agé qui va essayer de lui donner des clés pour grandir et se construire...
Il retrouve pas à pas d'autres couleurs, et mène une enquête sur son passé pour mieux tracer son avenir...
Stéphane Michaka nous entraîne dans ce roman à la croisée des chemins entre deux univers, celui de Circé, une planète lointaine dont viennent toutes les couleurs et la terre où les humains subissent la pollution et le changement climatique. Sur la terre, les couleurs découvrent le "Je", qui n'existe pas sur Circé, mais aussi une vie sans "l'oracle", algorithme qui rythme tout sur Circé.
C'est intéressant comme La mémoire des couleurs prend tous les sujets du moment: les migrants, l'IA, la fin de la biodiversité, pour en faire un roman jeunesse intrigant et émouvant, qui pose des questions politiques et philosophiques sur les choix que font nos sociétés actuellement.
J'ai aimé le goût des vieux objets plein de sens, l'attention au rôle que joue la lecture de romans pour sauver les humains, la question de la communauté de vie pour être plus fort ou pas ensemble face aux disruptions, pour résister.
Je trouve intéressant que le roman mette en mot ce que c'est qu'aimer quelqu'un, ce que c'est de croire ou pas en une idée, en une personne, en une réalité.
Toutefois la société que crée Stéphane Michaka ressemble trop par de nombreux aspects à ce qui est toujours mis en scène dans les romans de science fiction, à mon goût. On rentre bien dans l'histoire mais je suis restée sur ma fin quand même... Je m'attendais à mieux!
11 octobre 2019
La gouvernante suédoise
Un roman fort autour des amours secrets et des non-dits, dans une famille qui vit entre la Suède et la France au dix-neuvième et vingtième siècles! La gouvernante suédoise se lit avec fascination tant il décortique justement les silences et les mensonges du quotidien.
Hulda vient de se marier et d'avoir des enfants, lorsqu'elle et son mari quittent Stockholm et partent vivre à l'étranger. Pour les aider, Livia, jeune gouvernante francophone, se joint à eux... et un trio bien étrange s'installe. Je ne vous en dis pas plus!
Marie Sizun raconte dans cette fiction l'histoire de sa propre famille sur la base des photos et des journaux intimes ou autres lettres retrouvées. Les personnages sont touchants et complexes. Les scènes d'intérieur étouffantes sont très bien rendues. On se sent vraiment embarqué aux côtés des personnages, de leurs tourments, jour après jour, Noël après Noël. Le ton est juste, nuancé, fin et sensible. On sent le remarquable travail d'enquête qu'elle a mené pour mettre en mot son récit personnel et celui de ses parents et grand-parents.
Un roman à lire si vous aimez les vieux albums de famille, les récits d'amour secrets au coin du feu! Marie Sizun excelle dans l'intensité des descriptions de sentiments, les mains qui se frôlent, les regards plein de sous-entendus, et les gestes du quotidien qui trahissent les désirs les plus enfouis des uns ou des autres.
Un livre qui plaira aux amateurs de Downton Abbey, car on retrouve la vie d'un foyer avec des domestiques, la gouvernante, les bonnes et les ragots!
Ce livre a reçu le prix Bretagne en 2017.
Un grand merci Marie-Louise pour le conseil!
03 octobre 2019
La quête d'Ewilan
Petit découverte de la rentrée qui m'a permis de voyager au loin malgré la reprise du travail: La quête d'Ewilan de Pierre Bottero! Je viens de dévorer les deux premiers tomes, et le troisième est sur ma table de nuit!
Ewilan est une jeune ado, qui a été adoptée et dont la famille d'accueil est loin d'être chaleureuse. Un jour, elle fait "un pas de côté" et se retrouve projetée dans un monde fantastique, où des monstres horribles font la lois, les Ts'liches. Elle va peu à peu comprendre qu'elle a des pouvoirs très spéciaux, dont celui de faire apparaître pour de vrai tout ce qu'elle imagine. Elle est "dessinatrice". Grâce à Duom Nil'Erg, analyste célèbre pour sa connaissance du dessin, elle va faire la rencontre d'amis et partir en quête... pour délivrer le royaume du verrou Ts'liches et permettre à tous les habitants de reconquérir les spires de l'imagination!
J'aime beaucoup le pouvoir de conteur de Bottero, les personnages attachants qu'il glisse de page en page, l'humour des dialogues. L'univers qu'il crée est un peu à la Harry Potter, plein d'animaux et d'être étranges et touchants. Il y a les Fael, redoutables tireurs à l'arc, qui n'arrêtent pas de se moquer des humains. Il y a les chuchoteurs, à peine plus gros qu'une souris, et qui servent aux dessinateurs à communiquer. Les gommeurs, les goules, les rêveurs, et j'en passe et des meilleurs.
J'apprécie aussi que derrière ce monde fantastique, Bottero nous offre une réflexion sur ce qu'est être écrivain et avoir le pouvoir de l'imagination!
Enfin qu'il est beau de voir qu'il met en scène de belles filles et femmes fortes et solides. De vraies modèles d'intelligence, d'humanité, d'ouverture aux autres.
Un grand merci à Julia Cado pour l'excellent conseil de littérature jeunesse!
Vivement la suite des aventures!
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Pour Ado,
Roman d'émancipation,
Science Fiction
22 septembre 2019
La petite fille sur la banquise
C'est un livre difficile à lire, car il parle d'une petite fille de neuf ans, violée dans une cage d'escalier.
Avec cette auto-fiction, Adélaïde Bon raconte surtout comment cela va marquer toute sa vie d'adolescente et de jeune femme, son jeu d'actrice, ses liens aux autres, son rapport au corps et à la sexualité.
Pour incarner le mal être, les méduses se déploient sous sa plume et dans son quotidien. Elles peuvent tout gâcher, lui donner envie de mourir ou de se faire du mal.
Et pourtant comme elle dit, ses parents ont compris, elle a vu un médecin, la police, et elle a ensuite multiplié les démarches pour prendre soin d'elle. Mais ça n'arrêtait pas la douleur, l'angoisse, la culpabilité.
Le livre se termine par le procès du violeur, et montre aussi les rouages judiciaires, au-delà des effets psychologiques et physiques.
Le roman a une forme intéressante car elle écrit à la troisième personne, puis à la première peu à peu.
Très touchée par cette lecture, témoignage, au féminin. Merci Marion pour le cadeau!
Le livre a reçu le prix des lecteurs sélection 2019.
Un texte qui montre bien la place du travail sur soi pour avancer, l'importance de l'écoute, de la solidarité, de la famille.
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11 septembre 2019
A la ligne
Il y a des livres salvateurs. C'est ce que fut pour moi A la ligne de Joseph Ponthus la semaine dernière, entre deux stations de métro dans une ligne blindée, inhumaine.
Dans ce premier roman, un ancien khâgneux passionné de littérature y décortique les non-sens du travail, depuis son expérience d'intérimaire dans l'agro-alimentaire à faire cuire des tonnes de bulots à celle du nettoyage et autres missions hard core dans un abattoir.
Il décrit le travail, les gestes, les ambiances, les silences et les bruits, les pauses, les douleurs du corps et de l'âme, les jeux de rapport de forces. C'est à la fois sociologique, poétique, et auto-fictif! C'est bourré d'anecdotes qu'on n'oublie pas. C'est touchant, révoltant, intrigant. Tout à la fois.
Il décrit très bien "le merdique", comme l'appelle le philosophe Pascal Chabot. C'est à dire les choses usantes qui ne produisent rien mais perdurent pour le plus grand malheur de certains. Et avouons le, on n'y passe tous! Qu'il est bon de voir des humains qui ont su inventer des postures pour tenir face à lui...
C'est un livre qui permet de prendre du recul sur nos univers professionnels. Un texte qui montre comment la littérature peut permettre de survivre, de Dumas à Apollinaire, en passant par la chanson française...
La forme du livre m'a plu aussi, comme une sorte de grand poème, de petites phrases courtes, puis à la ligne, justement. On sent qu'il écrit tous les soirs après le travail, pour évacuer, pour coucher sur le papier ce qu'il a composé au fil des heures pour ne pas souffrir ou s'ennuyer. On sent le vécu, le témoignage, l'immersion, la plongée, les oscillations de l'état d'esprit, la joie d'une bonne blague, la douleur d'un petit retard dans la chaîne.
Un livre à mettre dans toutes les mains pour dénoncer les accidents du travail, la précarité, le parcours des chômeurs, la condition ouvrière. Ce n'est pas de la haine, c'est une forme de regard juste, drôle, qui s'attache à tout pour tenir, tenir à tout prix.
Un livre où l'on sent l'amour aussi à la mère, à l'épouse, aux lignes qu'on se répète comme des mantras précieux,
Alors merci Joseph Ponthus, et chapeau bas. Un livre qui donne envie d'écrire!
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08 septembre 2019
La végétarienne
Encore de la littérature coréenne, Han Kang avec La Végétarienne.
Un matin, elle se réveille après un rêve atroce, et décide de se débarrasser de toute la viande de la maison. Son mari la retrouve en train de vider le congélateur et le réfrigérateur.
Ce dernier ne comprend pas le changement qu'il observe chez sa femme et tente de la forcer à changer de comportement. Il s'allie avec se belle famille pour se faire.
C'est un livre où l'on sent une violence sourde poindre derrière chaque mot.
C'est très troublant à lire... Il y a des scènes où l'on malmène la végétarienne pour la gaver, la forcer à manger de la viande à tout prix.
Est-ce que l'auteur cherche à dénoncer la société coréenne qui force la femme mariée à subir les pressions familiales et maritales?
En tout cas, un roman qui marque par l'explication qu'il fait de la non-communication, de l'incompréhension mutuelle.
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