28 septembre 2011

La suite!









Et voilà le tome 2 de 1Q84 achevé! Toujours avec Aomame et Tengo, et les Little people, plus que jamais...






Etrange roman double, lent, et qui soulève beaucoup de questions: sur le mystère des origines, sur ce qui est réel ou fictif; sur ce qui est juste ou pas. Et les réponses ne sont jamais claires ou données. Tout est à deviner, au milieu d'une multitudes de faits insignifiants qui prennent sens ou pas. En résumé, je pense que Murakami tente de nous montrer comment la littérature peut changer le monde, par une démonstration mathématique tout en symétrie et asymétrie.






Ce roman touche au sacré, à la solitude, mais aussi à ce qui fait lien. C'est un roman vide et plein, qui raconte peu pour dire beaucoup sur la vie et nos choix.



Un extrait:

"Ah... je vois. Vous êtes encore jeune et en pleine santé, il vous est difficile de comprendre ce genre de problème. bon, tenez, des exemples. A partir d'un certain âge, la vie s'engage inévitablement dans un processus de perdition. L'une après l'autre, des choses qui vous sont précieuses s'échappent et vous glissent des mains. Comme un peigne qui perd ses dents. Et ce que vous vous procurez à la place, ce ne sont que des choses sans importance. Vos capacités physiques comme vos espoirs, vos rêves, vos idéaux comme vos convictions, ou ce qui a du sens pour vous, ou encore les personnes que vous aimez... tout s'en va."

Et un autre pour la route:

"- Je voulais vous dire que, encore maintenant, je me souvenais bien de ce garçon, dit Tamaru. Non pas que j'aurais envie de le revoir. Non, pas spécialement. A présent, si je le revoyais, je n'aurais rien à lui dire. Simplement, j'ai encore dans la tête, tout à fait vivante, l'image de cet enfant complètement absorbé à délivrer des souris d'un bloc de bois, et c'est devenu pour moi une image précieuse. Qui m'a enseigné quelque chose. Ou qui cherche à m'enseigner quelque chose. On en a besoin pour vivre. Une image qui a du sens même si on ne peut l'expliquer avec des mots. Je crois que le sens de notre vie, aux gens comme nous, c'est d'approfondir ce quelque chose."


Un livre pour ceux qui aiment Lilou dans Le cinquième élément.







Un roman pour ceux qui aiment des films comme L'armée des douze singes.







Un roman pour ceux qui s'intéressent à l'écriture et à la construction littéraire.







Vous ne regarderez plus la lune de la même façon!

02 septembre 2011

Mystère au village









Voici un roman qui se présente un peu comme le jeu Loup Garou, où chaque nuit un villageois est tué et il faut déterminer au village qui pourrait être le loup garou derrière ces mystérieuses disparitions. En effet, dans La Mala Hora, Garcia Marquez nous raconte l'histoire d'un village de Colombie, où chaque nuit quelqu'un place des affichettes dénonçant des faits compromettants sur les uns et les autres (des noms d'amants, la vérité sur des enfants non légitimes, etc.) Peu à peu l'ambiance au village se tend. Personne n'a trop la conscience traquille. On suit des rôles bien distincts: le maire, le curé, le médecin, le coiffeur, etc et toute une mécanique sociale de la terreur et de la compromission.






Un texte intéressant pour comprendre la société colombienne de l'époque: la corruption, le contrôle social pesant de l'église, etc.






Un livre court avec un talent particulier de l'auteur pour poser une scène en quelques mots.






Alors paix ou guerre civile au village des affichettes dénonciatrices? A vous de lire!






Merci à Amélie pour le cadeau qui me permet d'inaugurer une nouvelle catégorie: littérature colombienne!










30 août 2011

Roman de taiseux












Je viens de refermer le dernier E. de Luca. C'est un roman de taiseux, de montagnard, d'amoureux de la nature et des bêtes. Un roman d'odeurs, de bruissements, de silences.








C'est aussi et surtout l'histoire d'un chamois et d'un braconnier, tous les deux amoureux des Alpes et de leur territoire, mais dont l'affrontement semble inévitable.








Devant ce duel, on sent le tragique, la tension et l'approche furtive de la fin de vie.








Un texte court, compact, taillé dans le bois, la mousse et la pierre.








A mettre entre les mains d'amoureux des grands espaces, de la faune et de la flore, et du bon air.








Un livre pour tous les avides de poésie contemplatrice.








Un roman où on ne sait si le chamois ou l'homme n'est le héros.

24 août 2011

Le fantomatique absent









C'est une histoire banale. Elle rentre du travail, il a oublié de ramener le pain, elle lui demande si il peut aller en chercher... Sauf, qu'il ne revient pas.


Commence alors une longue et mystérieuse absence, qui va être passée au peigne fin, mise sous l'oeil du microscope de l'écrivain, décortiquée et reconstruite. Peu de choses, en fait, mais une tentative de dire le manque et le vide en mot, mais aussi et surtout l'incompréhensible sortie de l'ordinaire. Parfois on se demande si c'est l'angoisse, la folie, la peur qui guettent la narratrice, ou si tout d'un coup tout va rentrer dans l'ordre.




Etrangement, les lieux vont alors prendre de la place, le cadre de la ville. Certains personnages aussi, dont la mère. Mais le vide prédomine.




C'est donc un livre qui n'emporte pas avec lui, mais qui laisse des creux, des non-sens, des abstractions s'imprimer doucement en nous.






Un livre à conseiller à ceux qui voudraient lire une fois un roman de Darrieussecq pour découvrir son style.






Un livre à conseiller à ceux qui aiment penser que tout peut toujours changer, basculer, palir.






Un livre à déconseiller à ceux qui aiment avoir une intrigue rondement menée.

22 août 2011

Etre patiente












Voici un livre à mettre entre toutes les mains des femmes. Dans Le choeur des femmes, M. Winckler raconte la vie d'un service de gynécologie dans une petite ville. On suit le médecin et son interne, leur relation, son évolution dans le temps. On approche peu à peu l'univers passionant du cabinet. Le dialogue entre soignant et soignée, les incompréhensions, les questions de pouvoir, les douleurs, les peurs.








J'ai préféré la première partie à la deuxième, de ce livre que j'ai pour ainsi dire dévoré en deux jours, alors même que j'étais pleine d'appréhensions au début, vis à vis de ce type de roman.








Je trouve fort qu'un roman arrive à parler en toute simplicité des doutes des femmes, de la sexualité, des désirs, des non-dits, etc. On sent vraiment les angoissées, les désespérées, les craintives, souvent à juste titre. On se prend à rêver à un lien patient médecin différent. Soit même on peut réfléchir au patient qu'on a été. Au patient qu'on pourrait être.








Oui, on peut parler de règles, de pillules, de sterilet, oui, on peut parler d'avortement, et tout ça avec un ton juste et sensible, dans un roman bien mené et construit.








On réalise très vite d'ailleurs que ce livre est le concentré d'années et d'années de pratique de la médecine. On sent le vécu, à travers les témoignages fictifs. Je trouve que le titre est bien trouvé car on entend les voix de toutes ces femmes, qui se mêlent et s'entremêlent, qui font écho, résonnent. On finit par les écouter avec nos trippes.






Un livre à conseiller à toutes.




Un livre vraiment au féminin, écrit par un homme qui écoute les femmes.

















13 août 2011

Histoire et Roman









Un roman à mettre dans votre valise s'il est encore temps: HHhH de Laurent Binet.






Il s'agit du récit de l'opération Anthropoïde, qui avait pour but en 1942 d'assassiner Heydrich, le cerveau et bras droit de Himmler.






Tout y est: suspens, tension pour savoir si les deux parachutistes vont réussir leur coup, mais aussi parcours détaillé d'un chef de la Gestapo, un rien de rien devenu tout puissant et maitre du "protectorat tchèque".






Ce qui est très fort, c'est qu'en plus d'un roman, Laurent Binet nous offre une réflexion sur ce que c'est que d'écrire une fiction qui s'appuie sur des faits, des archives, des recherches. Il s'interroge sur ce que cela veut dire de mettre des mots dans la bouche d'hommes qui ont existé, et dont on ne connaitra jamais les pensées les plus intimes dans les moments les plus forts.






En plus, il y a plein de détails passionnants, intrigants, fous. Je ne vous en dis pas plus.






Enfin, le roman donne à voir une perspective tchèque d'un conflit que l'on connait d'avantage sous l'angle français. Je trouve que cela permet d'aborder la seconde guerre mondiale autrement, et d'une façon très enrichissante.






Bref, à lire si vous avez aimé Alias Caracalla. vous retrouverez la formation des parachutistes à Londres, les pseudonymes à manier avec attention sur le lieu de l'attentat, etc.






A lire si vous aimez les polars ou les romans d'espionnages.






A lire si vous cherchez à comprendre la seconde guerre mondiale et le nazisme.






Ce livre a eu le prix goncourt du premier roman. Il le mérite. C'est frais, décapant, touchant. On suit pas à pas le travail d'un historien en herbe, le travail d'un écrivain en devenir, le développement du nazisme, et la mise en place de la résistance, tout ça dans une langue simple, limpide, et bien huilée.










28 juillet 2011

La suite de l'histoire...















Je viens de refermer le premier tome de La force des choses, de Simone de Beauvoir... C'est la suite de son autobiographie (voir messages précédents sur Mémoires d'une jeune fille rangée et sur La force de l'âge).










On retrouve Simone et Jean-Paul dans leur vie de tous les jours, leurs voyages (en Afrique, en Grèce, aux Etats-Unis), leurs discussions avec Cocteau, Camus, Merleau-Ponty et j'en passe...










C'est l'après guerre avec tout le flou politique qui existe en France, et les guerres fratricides, entre communistes, neutralistes, pro ou anti américains.










On les sent plus loin l'un de l'autre, chacun dans leurs amours parallèles.










On peut voir en direct comment Le deuxième sexe est reçu en France et à l'étranger.










Un texte un peu au fil de l'eau, moins marquant que les deux premiers volets, car beaucoup plus dans une routine d'adultes installés, dans une société qui reprend son souffle.










"Nous buvions dur à l'époque; d'abord parce qu'il y avait de l'alcool; et puis nous avions besoin de nous défouler, c'était fête; une drôle de fête; proche, affreux, le passé nous hantait; devant l'avenir, l'espoir et le doute nous divisaient; la sérénité ne pouvait pas être notre lot; le monde contrariati nos passions. Il fallait oublier, et oublier même que nous oubliions. " (page 57)










Un texte à lire pour ceux qui aiment pouvoir imaginer comment les cafés parisiens s'animaient à l'époque de Camus, Sartre et des autres...


Un témoignage à lire pour comprendre le cheminement de Simone de Beauvoir par rapport aux femmes et aux féministes...

25 juillet 2011

Femme d'écrivain















Voici un roman qui vous plonge dans la vie de Hadley, la première femme d'Hemingway. Une femme qui va vivre pour son écriture, pour son mari et pour son couple, jusqu'à la dérive et la séparation.









Etrange livre que The Paris wife, car c'est un roman, une fiction, mais qui s'appuie sur des personnages bien réels, leurs correspondances, des photos. Périlleux exercice je trouve de reconstituer un univers tout en y mettant des mots d'ailleurs, et curieuse lecture qui donne l'impression d'une autobiographie fausse.





On y retrouve le Paris des cafés et des intellectuel(le)s comme dans les livres de Simone de Beauvoir.... à se perdre entre décors de vie ou de roman.






Pourtant on passe un bon moment, on a l'impression de cotoyer le couple et leurs amis, de saisir le travail d'écrivain en train de s'accomplir, les doutes, les angoisses, les échecs, et le désir toujours renouvelé de produire un roman fort et riche.










Un livre qui plaira à ceux qui ont aimé Midnight in Paris de W. Alen, au cinéma récemment.










Un roman pour ceux qui s'intéressent à ce qui fait tenir ou pas deux personnes ensemble.










Un texte qui se lit tout seul...

12 juillet 2011

Pérou noir







C'est cru, c'est violent, c'est grossier, et pourtant la fin de l'histoire et l'écriture sont beaucoup plus subtils qu'on pourrait le penser à première vue.





Dans Qui a tué Palomino Molero, le prix nobel de littérature Mario Vargas Llosa nous emmène en compagnie du sergent Lituma et du lieutenant Silva au fin fond de la campagne péruvienne, où le corps d'un jeune soldat a été retrouvé, mort et mutilé.





Vous vous en doutez, il s'agit du jeune Palomino Molero et nos deux gendarmes vont devoir trouver qui a pu commettre une telle atrocité. Très vite leur enquête va se tourner vers les militaires d'une base voisine, où règne la loi du silence et les rapports hierarchiques.





Humour très masculin, un peu salace, description des bordels et autres débauches de pisse et de merde, des discussions en dessous de la ceinture... tout est là pour ravire les amateurs de récit cru et ironique.





Vous trouverez dans ce roman noir une vision intéressante des liens sociaux et des moeurs du fin fond du Pérou.





Et surtout une intrigue qui ne tombe pas dans l'évidence. On ne sait pas que croire, les faits ne sont qu'une question de perspective, entre folie et mensonge, vérité qui dérange et tabou...






Un roman pour ceux qui aiment les gros sabots virils et gras... les westerns... les jeux de pouvoir et de domination...






Un polar pour ceux qui aiment quand les intrigues sont menées par des grands écrivains... en mêlant les aspects sociaux au suspense.



Ames sensibles en quête de douceur s'abtenir!



06 juillet 2011

Guerre des gangs à Boston









Dernière découverte côté polars, les romans de Dennis Lehane. C'est très noir, très cru, très argotique, et pourtant humain quand même, quelque part.






Les héros sont deux détectives, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Et tout se passe à Boston. Une ville où les liens entre les noirs et les blancs sont tendues, la corruption politique organisée à tous les étages, et les affaires de moeurs légion!






Ils sont engagés pour retrouver une femme de ménage qui a disparu, mais bien sûr, l'intrigue ne s'arrête pas là, tout s'emballe, jusqu'à mettre la ville à feu et à sang. La femme de ménage en question est partie avec des documents que trois hommes politiques veulent à tout prix récupérer, à un moment où une loi est en cours d'adoption et bizarrement retardée...






Un extrait, histoire de vous mettre dans l'ambiance:






" 'Tell you what concern changes - nothing. I'am concerned that this city's going to rip itself apart this summer. Won't stop it from happening. I'm concerned too many kids are dying too young over sneakers and hats and five bucks worth of Grade Z cocaine. Guess what though? They're still dying. I'm concerned that shitheads like that - he jerked a thumb down the bar - are actually allowed to reproduce and raise new shitheads just as stupid as they are, but it doesn't stop them from mating like rabbits' He threw back the shot and I had the feeling I'd be driving him home."






Ce qui est intéressant, c'est que le contrat des deux détectives n'est pas le seul objet du roman. Il y a aussi la vie de ces deux personnages, chacun à leur façon malmené par la vie. Angie est une femme battue, Patrick est le fils d'un pompier, soit disant modèle et célèbre. Tout cela ne fait qu'interroger ce qu'ils sont l'un et l'autre dans ce monde de brut, où les médias sont rois pour faire et défaire les vies des uns et des autres, et la violence insinueuse, pernitieuse et inévitable.

Un monde où les leaders de gangs sont tout simplement effrayants.

Un espace d'action où les armes sont à tous les coins de rue, et dans des mains d'individus sans scrupules.

Un univers intrépide, très masculin, et dure.


Une série de romans noirs pour ceux qui aiment les polars américains et les vieux films à la Sweet smell of success...



Un roman à éviter si vous aimez vous retrouver dans des univers civilisés et tendres, mais à lire absolumment pour se plonger dans les coulisses obscures de la société bostonienne.

21 juin 2011

Du nazisme en Suède












Le dernier Camilla Läckberg vaut le détour, qu'on se le dise. En plus de retrouver Erica et son enquêteur de mari et leur petite fille Maja, on découvre tout un pan de l'histoire suèdoise lors de la seconde guerre mondiale dans l'Enfant allemand.








Tout commence dans une vieille maison du coin, où vivent deux frères de plus de soixante dix ans. Les deux sont passionnés d'histoire, et collectionnent toutes les traces de la deuxième guerre mondiale qu'ils peuvent. Quand un jour, deux jeunes enfants tentent d'entrer pour aller voir les reliques tant réputées, ils tombent sur le cadavre d'un des frères, déjà bien décomposé, dans la bibliothèque. Commence alors une quête de vérité, qui oblige les policiers et nos héros à se replomger dans les années 40.








Une intrigue bien menée, des passages très amusants (qui mettent en scène le fameux chef du commissariat incompétent et macho d'une façon risible), et un suspense et des surprises jusqu'au bout.








Encore un polar à mettre dans vos valises si vous avez des longs trajets à faire cet été...








15 juin 2011

Thriller d'actualité









Après 7 ans de solitude du juge Alphen, je viens de lire un autre livre marquant écrit par un juge: Les Yeux de Lira de E. Joly et J. Perrignon.






Roman et pourtant! Le monde des rétro-commissions s'ouvre à vous, en passant par les comptes off-shore, les hommes politiques verreux, et le parquet aux ordres!






Tout y est.






De la Russie au Républiques africaines, en passant par les iles Feroe.






Un thriller décapant entre film d'action et reportage d'Envoyé spécial.






On lit le roman en deux jours.






Dommage pourtant que le style soit si peu travaillé au niveau de la langue, qui est très journalistique au final.






Mais pour le reste une cuillère d'huile de foi de morue qui est revigorante... et qui donne envie d'espérer, même si la fin ne fait pas l'unanimité, je pense, mais je ne veux rien dévoiler ici...






A lire absoluement pour mieux comprendre les coulisses du monde moderne!

08 juin 2011

Le Vargas nouveau est arrivé












On retrouve la marque de fabrique d'un bon Fred Vargas: la place de l'inconscient, des sensations et de la mémoire dans l'enquête, les jeux subtiles d'échos entre évènements qui prennent doucement sens, et surtout les personnages toujours aussi atypiques et attachants.








Bien sûr Adamsberg, mais aussi toute la troupe du commissariat...








Et des nouveaux venus dans le village normand où se passe l'intrigue, des personnages curieux, qui par exemple disent les phrases à l'envers, qui se prennent pour des descendants de familles napoléonniennes, etc.








Un joyeux mélange d'histoires, de légendes, de politiques, très sucré et endiablé (vous verrez ce que je veux dire!)








Ca se lit tout seul, d'un coup, on ne voit pas le temps passé. On retrouve en plus des liens avec les tomes précédents, tout en pouvant lire ce roman uniquement aussi, je pense.








Bref, on craque, comme toujours, et on ne le regrette pas, car un bon Vargas de début d'été, c'est toujours un trajet qui passe bien plus vite que d'habitude!








Un roman pour tous les fans d'Adamsberg, Danglard, Retancourt and co.








Un roman policier pour les amoureux de Normandie, de contes et légendes, et de petits villages.








03 juin 2011

Désir(s)









Qu'y a-t-il au Sud de la frontière? et à l'ouest du soleil?



Que se passe-t-il quand le quotidien et l'ordinaire s'effacent quelques temps?



Que faisons-nous de nos désirs?






Trois questions au coeur de ce roman fascinant de Murakami.






Son héros, Hajime (commencement en japonnais) n'est rien qu'un type ordinaire, sauf qu'il est fils unique. C'est le critère avec lequel il se définit lui-même. Il apprend la vie, l'amitier, l'amour, et la passion, comme ça, comme tout le monde.






Et pourtant l'entrecroisement de trois femmes dans sa vie va révéler peu à peu des petites failles et des creux à l'âme, un ailleurs, un tout autre, un flou.






Récit intense pour ceux qui aiment réfléchir au désir et à ce que l'on peut en faire.






Un roman pour ceux qui ont vu et aimé récemment le film La ballade de l'impossible.






Un texte qui donne envie d'écouter Night King Cole et d'aller boire un cocktail.






"Autrefois, j'avais des sortes de rêves, d'illusions. Tout ça a disparu je ne sais quand, je ne sais où, avant même de te rencontrer. Je l'ai tué en moi, je l'ai jeté, détruit, de ma propre volonté sans doute. Comme un organe physique devenu inutile. J'ignore si j'ai bien agi ou pas, mais en tout cas, à ce moment là, je n'avais pas le choix... Je fais ce rêve de temps à autre: quelqu'un vient me rapporter tout ce que j'ai jeté. Toujours le même rêve. Quelqu'un vient vers moi et me dit: 'madame vous avez perdu tout ça'."

23 mai 2011

A vif












J'ai refermé le livre avec le requiem de Fauré dans la tête, et aussi bizarrement la chanson de Brel qui fait "Je ne sais rien de tout cela, mais je sais que je t'aime encore." Et en fait, c'est logique car ce texte est un condensé d'amour pour une femme qui vient de mourir brutalement. C'est une ode à sa vie, à sa joie, et à tout ce qu'elle a donné.

J'ai refermé le livre avec une larme à l'oeil. Il est difficile de ne pas resentir le manque, la douleur, même si c'est bien autre chose que nous donne Christian Bobin dans La plus que vive.

On y trouve des pages sur les hommes et les femmes qui valent leur pesant d'or: "Les hommes sont des petits garçons obéissants. Ils vivent comme on leur a appris à vivre. Quand le temps est venu de quitter leur mère, ils disent: d'accord mais il me faut une femme, j'ai le droit à une certaine quantité de femmes rien qu'à moi, il me faut une femme dans mon lit, à ma table, une mère pour mes enfants et pour moi qui resterai inguérissable de mon enfance. Et parce qu'il leur semble que le meilleur moyen de tenir une femme, c'est de l'épouser, alors ils épousent et prennent le mariage comme un fléau de plus, une corvée inévitable comme celle du travail salarié et des courses le samedi. Quand ils ont leur femme, ils n'y pensent plus. Ils jouent avec un ordinateur, réparent une étagère, passent la tondeuse dans le fond du jardin." et ailleurs "Chrisitan, il faut que j'aille chercher la petite à l'école, que je corrige un paquet de copies, que j'achète de l'huile et des pâtes, que j'écrive une lettre, il faut que je sois ce qu'on nous demande d'être à toutes: parfaite et en plus légère dans cette perfection et non seulement légère mais disponible, et non seulement disponible, mais parfumée, élégante, tous les soirs jouer cendrillon et toute la journée se demander comment diable changer les citrouilles en carrosse, et cinq minutes de promenade en cinq siècles de bonheur, marche plus vite, Christian..."

On y pêche aussi des moments de grâce et d'étincelles, sur les mères, le Christ, la vie, la joie:

"Il y a quelque chose de terrible dans chaque vie. Il y a, dans le fond de chaque vie, une chose terriblement lourde, dure et âpre. Comme un dépôt, un plomb, une tâche. Un dépôt de tristesse, un plomb de tristesse, une tâche de tristesse. A part les saints et quelques chiens errants, nous sommes tous plus ou moins contaminés par la maladie de la tristesse. Plus ou moins. Même dans nos fêtes, elle peut se voir. La joie est la matière la plus rare dans ce monde. Elle n'a rien à voir avec l'euphorie, l'optimisme ou l'enthousiasme. Elle n'est pas un sentiment. Tous nos sentiments sont insoupçonnables. La joie ne vient pas du dedans, elle surgit du dehors - une chose de rien, circulante, aérienne et volante"

Mais pas de philo, de réligiosité. Juste une voix qui nous parle, un timbre posé. Et qui dit les choses des jours qui passent ou qui ne passent plus.

Un livre pour ceux qui aiment les mots et les autres.

14 mai 2011

Qu'est ce qu'être sociologue?









Des hommes ont rêvé qu'inventer la sociologie permettrait de mieux vivre ensemble en démocratie. Ils ont peu à peu fait émerger cette nouvelle discipline en Europe et en France, au CNRS puis à l'université. Et c'est cette histoire ainsi que la sienne que nous raconte Mendras dans Comment devenir sociologue, chez Acte sud.






Ce qui m'a le plus intéressée dans son témoignage, c'est les idéaux de cette génération d'après guerre qui se souhaite à la fois conseiller du prince, médecin de la société, tout en étant en position minoritaire, peu pris au sérieux par d'autres, comme les philosophes, les juristes, etc.


Ce sont ces bourgeois qui tentent de comprendre les ouvriers, ce sont ces individus interpellant leur place dans ce monde qui cherchent à comprendre comment s'articule celle de tout à chacun.


C'est aussi une histoire de vieux maîtres qui transmettent leur savoir, de copains qui découvrent leur vocation ensemble.



C'est enfin la description d'un milieu social et d'une époque, avec certains élèments qui restent d'actualité pour tous ceux qui aimeraient devenir sociologue.



Mendras questionne un mode d'être à la société qui est toujours en danger, celui du sociologue qui décortique les ficelles des pouvoirs en société, les causes de disparités, etc.



Ca se lit comme un témoignage, comme des conseils, et cela entre très facilement en écho avec la biographie de Simone de Beauvoir, tant on retrouve les mêmes personnes, les mêmes groupes, les mêmes revues dans ce petit microcosme parisien.






Alors avis aux chercheurs en socioloige, avis à ceux qui aimeraient mieux comprendre le développement de cette discipline...






Et aussi à ceux qui aimeraient juste en savoir plus sur une génération, dont on ne sait pas vraiment si elle a totalement échoué ou un peu réussie.






27 avril 2011

La force de l'âge mais pas que...












Et oui, je sais, ça fait longtemps que je ne poste plus de messages... mais j'étais la tête dans un pavé de 700 pages, si riche et intense, que je ne voulais pas en perdre une miette!








La force de l'âge de Simone de Beauvoir est la suite du Journal d'une jeune fille rangée, que j'avais lu il y a peu. Et autant vous dire qu'on n'est pas déçu de lire la suite des aventures! Enfin, au début, si ...un peu. On se dit que ça couvre la période de 1929 à 1939, alors que ça va être intense en actualité, mais non. Simone et Jean-Paul sont la tête dans leur quotidien, dans les faits divers, alors même qu'Hitler monte au pouvoir. Mais très vite, avec l'arrivée de la guerre, une grande rupture se fait, et enfin voilà Simone de Beauvoir prise dans les évènements. Son livre devient alors des extraits de son journal intime de l'époque, et on est soudain au coeur de Paris sous l'occupation.








Mais ce qui fait la force du livre, je trouve, c'est aussi les discussions entre Sartre et elle. On peut découvrir un Sartre dépressif qui l'énerve, mais aussi des amitiés communes, des trios, des voyages qui donnent lieu à des pages superbes sur Venise, Naples, Rouen, Le havre, et j'en passe!








J'aime aussi découvrir les best sellers de l'époque, les pièces de théâtre, les films! C'est un peu un masque et la plume des années quarante parfois!








Je trouve que Simone de Beauvoir excelle dans sa descriptions de ses marches en harmonie avec la nature, tout comme dans celle des ambiances des cafés, avec leurs habitués. Notamment le Flore, et la Rhumerie.








Elle arrive à mettre en récit des anecdotes, des personnages. En quelques mots, Ponge, Camus ou Picasso sont là. Devant nous. A St Germain des Pres.








Les pages les plus marquantes restent celles de l'angoisse, du monde où tout bascule avec l'armistice, la faim. Et pourtant c'est bien le cheminement même, le décalage entre l'avant et l'après qui donne toute leur ampleur à ces passages là.








J'aime la fin du texte aussi. Une petite, voire une grande, reflexion sur ce qu'elle a appris, et sur la mort.


C'est fort aussi de la voir devenir écrivain.






Bref, un texte à la fois historique, intellectuel, philosophique, anecdotique,... Bien sûr, vous l'aurez deviné, je suis en train de lire la suite... A tout vite donc pour le tome III!

11 mars 2011

Un petit coin d'Italie




C'est un texte ancré dans un territoire, un dialect. Un style raboté pour ne garder que l'essentiel.

Ce sont deux enfants malmenés par la vie qui se retrouvent, un cordonnier exilé et bossu qui répare les vielles godasses du village, mais partout des ailes pour gagner sa liberté, comme une promesse qui s'elabore en secret.

Montedidio de E. de Luca est vraiment un roman entre ciel et terre. Les courtes sections qui s'enchainent tombent juste en peu de mots.

Un livre pour ceux qui aiment les villages, la mer, Naples et la sinplicité des choses.

Une écriture à découvrir et à faire partager...

03 mars 2011

Une grande femme




En l'approche de la journée de la femme, je m'en viens vous conseiller vivement ce grand classique que je viens de lire avec plaisir: Mémoires d'une jeune fille rangée, de S. de Beauvoir.


Il y a d'abord l'enfance, au milieu des tabous, de la bienséance. On y découvre à hauteur d'enfants un lente remise en cause des idées pré-conçues de son milieu social. Elle décortique avec talent son passage à l'âge adulte, ses revirements sur sa foi, le patriotisme, sa mère. Avec une introspection sincère, elle partage ses peurs, ses élans amicaux et amoureux, ses lectures, son émerveillement de la nature.


Puis il y a l'adolescence rebelle qui avance, avec une complexité croissante des rapports familiaux et sociaux. Une écriture du ressenti et des souvenirs qui se mêle aux extraits de lettres et de journaux intimes. Elle retrace les chemins de sa construction psychologique et intellectuelle. Qu'est ce qu'être femme? philosophe? engagée? rebelle? Autant de questions qu'elle aborde à la recherche de sa morale personnelle.


Dans les fluctuations de son âme, on peut se retrouver. Dans ses dérives, ses désillusions, des désirs.


Mais au-delà, c'est lire une époque, se plonger dans ce qu'on croyait, ce qu'on faisait, ce qu'on lisait alors. C'est être à la bibiothèque avec Merleau-Ponty, Nizan, ou Sartre. C'est partagé leur conversation du moment.


Si le parcours alterne des moments de grande lucidité et de total aveuglement, il est à la fois marquant, et questionnant. Pourquoi réussit-on à s'affranchir, à vivre, à croire? Pourquoi échoue-t-on à être, à se construire un futur?


Un texte à mettre entre toutes les mains de femmes et de filles, au bon moment.


Le témoignage d'une intellectuelle qui arrive à être comme tout le monde en étant comme personne.


Un extrait:


"Je ne me décourageais pas pourtant. L'avenir me semblait soudain plus difficile que ce que j'avais escompté mais il était aussi plus réel et plus sûr. Au lieu d'informes possibilités, je voyais s'ouvrir devant moi un champ clairement défini, avec ses problèmes, ses tâches, ses matériaux, ses instruments, ses resistances. Je ne me demandais plus: que faire? Il y avait tout à faire. Tout ce qu'autrefois j'avais souhaité faire: combattre l'erreur, retrouver la vérité, la dire, éclairer le monde, peut-être même aider à le changer. Il me faudrait du temps, des efforts pour tenir, ne fut-ce qu'une partie des promesses que je m'etais faites; mais cela ne m'effrayait pas.Rien n'était gagné: tout restait possible."


et un autre:


"J'étais à deux doigts de m'avouer la vérité: j'en avais assez d'être un pur esprit. Non que le désir me tourmentât comme à la veille de la puberté. Mais je devinais que la violence de la chaire, sa crudité, m'auraient sauvée de cette fadeur éthérée où je m'étiolais. Il n'était pas question que j'en fasse l'expérience; autant que mes sentiments pour jacques, mes préjugés me l'interdisaient. Je détestais de plus en plus franchement le catholicisme. Voyant Lisa et Zaza se débattrent contre cette religion martyrisante, je me réjouissais de lui avoir échappé. En fait, j'en restais barbouillée."


03 février 2011

Chanson de route à l'est et à l'ouest...




"Une vie d'homme ne se raconte ni ne s'écrit. Une vie d'homme qui a aimé la terre et l'a parcourue est encore moins susceptible de narration. Mais quand cet homme a été passionné, qu'il a connu tous les degrés du bonheur et de la misère en courant le monde, alors, essayer de donner une image vivante de ce qui fut sa vie, c'est presque impossible. Impossible, pour lui même d'abord; ensuite pour ceux qui doivent l'écouter.

Le charme, le pittoresque, l'intéressant de la vie d'un homme à l'âme puissante, tumultueuse et en même temps aventureuse, n'est pas toujours dans les faits saillants de sa vie. Dans le détail réside le plus souvent la beauté. Mais qui écouterait le détail? Qui le gouterait? Qui le comprendrait surtout?...

Voilà pourquoi je fus l'ennemi du 'racontez nous quelque chose de votre vie'. "


C'est un récit de détails, comme un conte des milles et une nuit, avec en plus le côté foutraque des Balkans, un peu à la Emir Kusturica. Ca s'appelle Kyra Kyralina et c'est écrit par Panaït Istrati à la demande de Romain Rolland. Panaït Istrati a connu la misère, le vagabondage jusqu'à être remarqué en France et à connaitre un grand succès alors qu'il était au bord du suicide.


C'est un livre étrange. Je n'ai pas trop accroché et pourtant il y a des fulgurances! Des passages qui marquent. Le style n'est pas grandiose, mais on sent tellement le vécu de l'auteur à travers ses personnages, qu'on ne peut pas rester indifférent face à ce jeune qui apprend la vie à la dure. Il est désarmant de naïveté, empêtré dans sa liberté.


Avis donc à ceux qui voudraient découvrir l'univers des forains roumains ou des harems turcs...


Avis à ceux qui aiment les histoires de voyages et d'aventures au coin des chemins...


Vous pouvez avec ce roman quitter votre village pour vous embarquer avec Adrien, Mikhail et Starvo pour aller à la foire... et goûter l'ailleurs avec tout ce qu'il a d'abject et d'attirant, bref d'insatiablement humain.