18 avril 2021

L'année du lièvre


Une BD marquante: L'année du lièvre. J'ai dévoré les trois tomes!

Un livre qui nous fait faire un voyage dans le temps et l'espace. Nous sommes en 1975 à Phnom Penh. Les khmers rouges prennent le pouvoir et imposent leur ordre social nouveau fait de terreur. 

Nous suivons une famille qui est déportée à la campagne, mais aussi la vie de ceux avec qui elle se retrouve, leur choix, leur peurs, leur survie. 

Tian, l'auteur, nous donne à voir les stratégies des uns et des autres pour tenir, s'adapter, survivre... ou pas! Il nous parle de ses parents (Khim et Lina), qui vont connaitre son arrivée au monde en plein moment de basculement vers la tyrannie des khmers rouges. C'est une BD qui est très réaliste, et qui montre les khmers rouges par le quotidien. Le jour le jour. 

J'aime beaucoup les traits de dessin de Tian, c'est simple, touchant, juste. 

Une BD pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire du Cambodge et des cambodgiens!

Une belle découverte à la super médiathèque de La Tour du Pin. Bravo aux équipes pour les excellents choix de bandes dessinées sur place!





27 mars 2021

Casabianca


 


Une fois n'est pas coutume, je partage avec vous non pas un roman mais un témoignage. Le livre s'appelle Casabianca et est signé par le capitaine de vaisseau L'herminier.

Casabianca, c'est le nom d'un sous-marin. Et pas n'importe lequel.

En 1942, lorsque l'annexion de la zone libre par l'Allemagne commence à entraîner des sabordages de la flotte française, l'Herminier et des membres de son équipage fomentent un coup: Une évasion du port de Toulon!

Cap vers Alger, pour rejoindre les alliés. 

Le Casabianca va alors servir à des missions de renseignement et de ravitaillement en hommes et en armes vers la Corse et la Provence.

Un livre qu'on dévore. 

Dès les premières pages, il y a le suspense. Est-ce que l'équipage va réussir à quitter la France sans se faire tirer dessus par l'aviation allemande? Va-t-il réussir à atteindre Alger sans se faire torpiller par les alliés?

Et puis il y a le ton de l'Herminier, qui partage à la fois les émotions, mais aussi les rapports d'étape, un schéma explicatif. On se sent à bord avec eux. Avec la condensation qui fait qu'ils sentent des gouttes sur leur visage. La nuit par forte mer dans le doute. 

On découvre aussi l'envers de la Résistance. Jamais je n'avais pensé que des sous-marins avaient pu jouer des rôles clé dans la libération de la France.

L'histoire est faite d'imprévus. Ils se croient à telle distance des côtes corses et se retrouvent en fait à deux pas d'une falaise, pas du tout où ils le pensaient! Une autre fois, c'est un incendie qui se déclenche à bord.

Mais ce livre est avant tout l'histoire d'hommes, tout entier dédié à leur cause.

Très intéressant de voir l'importance des préparations, le rôle clé que joue le type de matériel. Les hasards aussi.

Merci à Rémi pour cette très belle découverte!

Un livre pour ceux qui s'intéressent à la Marine, aux sous-marins, à la seconde guerre mondiale, à la résistance.





25 mars 2021

Le marchand de bonheur




Après avoir lu La république du bonheur de Ito Ogawa (la suite de la Paperie tsubaki, et vraiment dans la même veine), j'ai enchainé avec le Marchand de bonheur de Davide Cali et Marco Soma. 

J'ai tout de suite craqué pour le coup de crayon qui me rappelle l'univers des machines de l'île de Nantes.

Et bien sûr, j'ai accroché à l'histoire! Notre héros est M. Pigeon. Et il vend du bonheur, en pot. Si! Je suis sûre que beaucoup d'entre vous sont preneurs par les temps qui courent!

En plus ce sont des offres personnalisées et personnalisables, du petit au gros pot, du pack de 6 à des modèles singuliers très joliment décorés. 

Monsieur Pigeon livre à domicile, bien sûr. Et il va voir pas mal des oiseaux des bois!

Mais comme vous vous en doutez, le bonheur de s'achète pas.

C'est ainsi que Monsieur Souris, dont personne ne se soucie vraiment, retrouve un pot vide… Je ne vous en dis pas plus!

Un petit bijou ce livre pour enfant je trouve.

Très réussi!

C'est un univers vraiment touchant avec de l'humour dans les éléments du dessin et dans les détails de l'histoire.

Bref, une fable qui fera le plaisir des petits et de grands.


20 mars 2021

Des mangas!


Petites découvertes de Mangas en ce mois de mars 2021.

Mon coup de cœur fut Chiisakobe. L'histoire d'un jeune charpentier qui suite au décès de ses parents dans un incendie se retrouve à gérer l'entreprise familiale et à retourner vivre dans sa maison natale. Dans des temps compliqués, il va s'accrocher à la devise de son père pour tenir: humanité et volonté. Deux mots peut-être clé aussi par les temps qui courent? Ce manga tourne autour de la relation qu'il noue avec une de ses amies d'enfance qui décide de s'occuper d'orphelins dans la maison où il vit. Je ne vous en dis pas plus. C'est très japonais dans les rapports sociaux, les traditions, le devoir, etc. Très dépaysant!

Autre manga: Après la pluie. Déjà plus un manga pour ado, j'ai trouvé. Akira est une jeune fille qui travaille dans un restaurant pour se faire un peu d'argent. Elle tombe secrètement folle amoureuse du gérant. Donc tout tourne autour de son amour pour son patron. Par ailleurs, on comprend qu'elle avait un grand avenir sportif devant elle, mais que suite à une blessure à la cheville, elle est bloquée dans l'avancée de ce projet de vie. Va-t-elle pouvoir retourner à l'athlétisme? quel lien va-t-elle nouer avec le tenancier du restaurant? A vous de lire!

Enfin un manga plus enfant: YotsubaKoiwai Yotsuba est une petite fille de six ans très énergique et enthousiaste. Elle vient d'emménager en ville, ce qui représente pour elle une grande découverte! Elle vit entourée de son père, qui ne cesse de lui faire des recommandations et de ses nouveaux voisins : la famille Ayase, avec trois filles plus âgées dénommées Ena, Fuuka et Asagi. Chaque volume raconte la vie quotidienne de Yotsuba : Son inexpérience et son jeune âge donnent lieu à de nombreux gags. Le manga joue sur le comique de situation, et s'adresse avant tout à un jeune public je pense. En tout cas, personnage très attachant!

Voilà. Comment voyager depuis son salon! Il ne vous reste plus qu'à commander japonais!

Bons mangas à tous!




07 mars 2021

Une joie féroce




Désolée pour l'absence, mais difficile de se remettre sur un écran après des heures de télé-travail!

Un petit Sorj Chalandon, en ce dimanche soir: Une joie féroce.

Le thème du livre peut dérouter puisqu'il s'agit du cancer. Nous suivons quatre femmes qui font des aller-retour à l'hôpital pour des séances de chimiothérapie. Chacune d'elles face à la maladie va se redécouvrir, et comprendre ce qui donne sens pour elle à la vie.

Par ailleurs, elles vont se réparer mutuellement à travers l'entraide, la solidarité, et aller jusqu'à des extravagances inattendues! Je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher le suspens!

C'est un roman qui est assez émouvant, entre les moments de détresse, les joies, les rires, les surprises bonnes et mauvaises.

Le style est vivant, vivace presque. 

C'est comme si Sorj Chalandon nous racontait une chimio comme un road trip entre copine.

Un livre à conseiller à toutes les femmes en soin, en traitement, et en chemin de guérison.

Un roman qui fait plutôt du bien et donne envie de liberté!



29 janvier 2021

Non Non Ba

 



Un petit bijou que ce manga: Non Non Ba de Shigeri Mizuki.

C'est l'histoire d'une grand mère japonaise et de son petit fils. Elle l'accompagne dans la vie et lui transmet tout ce qui compte, à commencer par l'existence de Yokaïs et de leurs légendes. Ce sont des petits personnages, comme des fantômes, qui vivent dans certains bois, ou certaines mers, et qui ont des pouvoirs sur leur environnement et sur les gens, dans la tradition japonaise. 

Dans cette chronique très touchante, on retrouve toute la vie du Japon rurale, mais aussi toute une philosophie du monde, qui montre combien l'invisible joue un rôle dans notre univers.

J'ai été émue par les liens qui unissent la grand mère et sa descendance, mais aussi par les liens entre enfants, la place des parents, leurs rêves (tenir un cinéma), et les pressions de réussite. 

Qu'il est beau de voir comment l'auteur trouve le trait juste pour nous raconter son enfance, et l'ouverture sur l'art et le dessin qu'elle lui a donné. On voit comment il fait de ses crayons la clé de son épanouissement et de son devenir.

Bref, vous l'aurez compris, Grand Coup de Coeur!

Merci à David, pour ce très beau cadeau...




16 janvier 2021

A cinq ans, je suis devenue terre à terre




On connaissait Jeanne Cherhal chanteuse, voici Jeanne Cherhal autrice! Sur 150 pages, elle nous présente les mots qu'elle aime. De "sorcière" à "cercle", en passant par "ramasse-bourrier"! 

Forcément, j'accroche! Car j'aime le goût des mots, de leur sonorités, de leur connotations. J'apprécie le choix des mots et ce qu'ils révèlent de nous et de nos existences.

Ainsi, j'ai été émue de retrouver des mots de patois vendéen! J'ai été touchée de sentir dans le choix des mots des bouts de portraits, des tranches de vie.

Ca se lit tout seul, deux pages par mots, ou trois au plus. 

Chaque mot est un petit moment de vie. Pour certains, ce sont des clins d'œil, aux proches, à la fratrie, au parcours de Jeanne Cherhal.

Bref, un petit trajet et puis s'en va.

Reste la trace poétique de l'instant.

Un livre qui donne envie d'écrire sur ses mots à soi, pour les garder tendrement!

Merci au Père Noël pour le cadeau!

Un livre au féminin!



05 janvier 2021

Personne ne sort les fusils



Sandra Lucbert, normallienne et agrégée de lettres, interroge la langue et le langage des dirigeants de France Télécom, lors du procès qui s'est tenu en 2019. Sept personnes sont sur le banc des accusés, pour maltraitance de salariés, et ce jusqu'aux suicides de certains d'entre eux.

Elle s'appuie sur les travaux des linguistes qui ont étudié les procès du nazisme, pour montrer comment par des glissements de mots, des terminologies managériales, on peut gommer le mal, bien qu'il existe.

Sandra Lucbert questionne la logique sociale, la logique économique, la logique psychologique et ce dans le choix des mots, la construction sociale du langage lors d'un plan de transformation en entreprise.

Parmi la cause des maux, il y a les mots. Ceux qui sont dits, ceux qui sont tus. Il y a les petites phrases et les grands discours et ce qu'ils révèlent de fonctionnement ou de dysfonctionnement organisationnel. 

C'est un coup de poing dans le ventre. Une piqure de rappel aussi, ce texte.

Comment nous faisons ou pas société passe par le language, les concepts, anciens et nouveaux. La langue nous construit, nous façonne, pour le meilleur et pour le pire.

Alors choisissons bien nos mots, ceux de la responsabilité, de l'éthique, de la critique.

Je trouve remarquable toutes les références que l'on sent en lisant Sandra Lucbert, notamment à Bauman et la liquidité de la modernité ravageuse. A Kafka, à Rabelais, Artaud et tant d'autres.

Un livre qui montre combien il est important de ne pas nous adapter à tout, qu'il est fondamental de décortiquer voire de déconstruire les concepts, les slogans, les titres, les indicateurs, et j'en passe. 

Merci à Marie pour ce précieux conseil.

Gardons les yeux ouverts.


09 décembre 2020

Suzuran




Retrouvailles avec Aki Shimazaki que j'apprécie tant!

Son dernier roman s'appelle Suzuran, qui veut dire muguet en japonais.

Et c'est comme toujours tout en délicatesse, tout en finesse, avec au cœur du récit des histoires de famille.

Anzu élève seule son garçon. Au centre de son existence, elle a mis sa passion pour la poterie. Sa sœur est celle qui réussit à attirer les hommes, celle qui semble avancée forte et autonome. Un jour, elle arrive en annonçant qu'elle va se marier! Tout de suite Anzu sent une connexion spéciale avec son futur beau-frère. Mais que faire?

Un roman sur ce à quoi on croit, les jeux du destin, le sens de l'existence, l'amour.

Un texte court qu'on peut lire d'une traite un soir, pour un petit voyage au Japon qui dépayse. Un voyage lent et méditatif, qui fait du bien.

Alors à quand la suite? Début d'une nouvelle pentalogie? Hâte de savoir!




23 novembre 2020

Comme un empire dans un empire




Une lecture en boitant... Un roman pour lequel deux héros alternent à tour de rôle de chapitre en chapitre, et je n'ai marché qu'avec l'un deux!

Nous suivons Antoine, tout frais sorti de sciences po. Il est assistant parlementaire d'un député PS, qui lui demande de mieux comprendre les gilets jaunes... et lui jeune homme plein d'ambition qu'il est, il rêve de publier un ouvrage sur la guerre d'Espagne. Il tend vers de la grandeur dans l'engagement politique, et ne le trouve pas vraiment là où il est.

Et an parallèle nous sommes aussi auprès de L, une hackeuse engagée, qui vit avec Elias, hackeur tout comme elle. Tous les deus vivent leur engagement par des attaques ciblées sur des boites qu'ils n' estiment pas à la hauteur.

Même si Alice Zeniter s'est clairement beaucoup documentée, le roman ne prend pas complètement, je trouve. Si L garde une certaine richesse, Antoine tourne très vite en rond et à plat.

Quel dommage, car j'aimais le thème du roman, qui n'est pas sans rappeler celui de La condition humaine de Malraux, où chaque personnage s'engage d'une façon ou d'une autre.

Et puis, j'aimais l'idée qu'une écrivain questionne notre époque, le monde du dedans de l'internet comme elle le dit, le monde du dehors des engagés sous différentes formes.

Alors, voilà, je vous en parle quand même, car je trouve riche de mettre les enjeux de cyber sécurité en roman. Je suis convaincue que le sujet de l'engagement est un bon angle pour écrire en ce moment... Mais ne vous attendez pas à aussi bien que L'art de perdre, son roman précédent, qui était selon moi bien plus abouti que ce dernier.

18 novembre 2020

Avant que j'oublie...


 


Je viens de lire le Prix du Livre Inter de l'année: Avant que j'oublie de Anne Pauly.

Anne Pauly raconte à travers ce roman le décès de son père, et les jours qui suivent: tout y passe du choix du cercueil au tri des affaires dans la maison à vider... et surtout ce moment où il faut tenir bon, continuer à vivre, malgré le deuil, malgré la souffrance, alors que tout est plus lourd et vide. Le livre montre aussi les liens de fratrie face au départ d'un parent, et là aussi les décalages, les doutes, les colères, la tendresse.

J'ai beaucoup aimé son style, son sens du détail qui fait sourire ou rend mélancolique! J'aime les listes d'objets de son défunt père, j'aime la liste des questions qu'elle aimerait qu'on lui pose quand on l'appelle au téléphone. Bref, j'aime son sens de tous ces petits grains des jours auxquels on se rattache ou tente de se rattacher en vain. J'aime la singularité du regard qu'elle pose sur son monde.

Le livre est riche car son rapport au père est complexe. On sent qu'il a pu être alcoolique, violent, décevant et pourtant elle est attachée à sa figure, à son être au monde, d'une certaine manière. C'est donc tout autant le deuil qu'elle analyse que son rapport au père qu'elle passe au crible.

Ce roman est réussi aussi car au-delà des larmes, elle parvient à faire rire, à garder la pointe d'ironie toujours sous-jacente! C'est ce ton décalé et mordant qui fait qu'on ne tombe pas dans le doucereux, le pathétique, mais qu'on reste dans la perspicacité d'un vécu qui vaut d'être mis en mots et partagé.

Vous aurez compris c'est donc un premier roman que je conseille pour les amateurs d'autofiction, pour ceux qui s'interrogent sur leur rapport à la mort, au deuil, au père.


15 novembre 2020

Présumée disparue


Et encore un petit polar. Avec un côté roman sentimental par petite touche. Pas du tout un grand livre, mais plus comme une sorte de série TV avec des personnages un peu typiques du genre.

Cette fois-ci on traverse la manche. Nous voici à Cambridge. Edith Hind, étudiante brillante, a disparue mystérieusement. Edith est du genre engagée, à manger bio, à militer pour un monde meilleur. Elle est la fille de Lady et Sir Hind, le chirurgien de la famille royale, proche de certains ministres. 

Un roman policier à la construction somme toute assez traditionnelle: avec suspens, rebondissements, découvertes de pans cachés de la vie d'Edith. Bref, le classique du genre. Un rythme plutôt lent, où les preuves manquent, où les équipes de police se blaguent gentiment, et attendent des jours de rebondissements.

Mais c'est avant tout le caractère de l'enquêtrice qui fait la singularité du livre. L'inspectrice Bradshaw est une quadra, qui n'a pas la langue dans sa poche. Célibataire, elle a du mal à s'endormir et écoute pour cela la radio de la police en direct pour se laisser bercer par les commentaires des flics sur le terrain. Ses amis lui conseillent les sites de rencontres, et elle enchaine les rendez-vous sans conviction. Elle a un côté caustique et forte, et en même temps fragile et seule. Un peu perdue.

Vous l'aurez compris, pas un grand coup de cœur, mais un gentil petit polar! Comme ça, en passant, par hasard! 



08 novembre 2020

La dame de Reykjavik


 


Un petit polar islandais de Ragnar Jonasson: La dame de Reykjavik.

Avis à tous les amateurs de la série The killing sur Arte. Ce roman est pour vous!

L'héroïne s'appelle Hulda, et elle est presque sur le point de prendre sa retraite d'inspectrice de police. Très fine et intuitive, elle va tomber sur une affaire non résolue au sujet de la mort mystérieuse d'une jeune femme Russe. Hulda n'a que quelques jours avant de vider son bureau. Elle va tout donner pour résoudre l'énigme.

Un roman qui touche au sujet des migrants, des trafics de femmes, des violences familiales, des enjeux politiques et hiérarchiques dans la police. Un roman qui parle aussi des abus sur mineurs. Un texte qui questionne la justice. Un livre sur la colère.

Merci à Dominique pour le conseil!




28 octobre 2020

Changer l'eau des fleurs


 


Un roman qui fait du bien: Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin.

L'héroïne porte bien son nom par les temps qui courent puisqu'elle s'appelle Violette Toussaint! Elle est une jeune fille d'un milieu modeste. Elle rencontre ce qu'elle prend pour de l'amour. Maltraitée par la vie, elle va mener une existence tout en force, humilité et générosité. C'est un personnage très attachant, qui va être une présence discrète et intense pour tout un entourage, tout un univers, celui d'un petit cimetière. Car oui son métier est un peu particulier: elle est garde-cimetière!

Derrière le titre et la couverture, un roman plein d'émotions, des larmes à la joie. On est vraiment pris par un parcours de vie, celui de Violette, puis par toutes les existences qu'elle croise. Elle tient une sorte de journal de bord des enterrements et on sent toute la vie des gens à travers les cérémonies et les derniers adieux.

Certains personnages sont marquants comme l'ancien gardien du cimetière qui va l'initier au jardinage pour l'aider à vivre.

J'aime le fait que les chapitres commencent par une phrase qu'on sent sortie tout droit d'une cérémonie d'enterrement, j'aime que Valérie Perrin glisse aussi des chansons, des extraits de journaux intimes. 

La construction du roman est remarquable aussi entre passé et présent, avec du mystère lié à des décès et des histoires de famille. On est emporté.

Plein de petits détails attachants...

Bref, à conseiller pour les longues soirées de couvre-feu ou de confinements!

Vous ne le regretterez pas!

Merci à Marie-Louise!

04 octobre 2020

Dix-sept ans



Eric Fottorino nous raconte son histoire de vie, sa naissance, son enfance, et les secrets de sa famille. Sa mère, Lina, l'a eu à dix sept ans, à une époque où les filles mères étaient très mal vues. Elle a du lutter pour avoir le droit de le garder et de l'élever. Lui a fait face à une mère encore enfant, et à une souffrance rentrée mais présente. Il est parfois dure avec elle, et parfois si tendre. De lignes en lignes, on sent toute la complexité du rapport mère fils.

Derrière sa naissance, se cache aussi la question des origines. Il sait que son père génétique était un juif marocain. Par contre, il a été élevé par un tunisien musulman. Il s'interroge de pages à pages sur ce qui l'a fait ou défait dans la vie. Mais comme dirait René Char "notre héritage n'est précédé d'aucun testament"...

Ce roman est une quête personnelle, dans les rues de Nice. A l'histoire intime se croise l'histoire de la ville, l'attentat du 14 juillet.

Tout commence par un repas de famille, où Lina, la mère, révèle a ses trois fils qu'elle a eu une fille, qu'on lui a forcé à abandonner… Face à cette révélation, Eric Fottorino essaie de réaménager son récit et le récit familiale.

Un texte émouvant sur le sort des femmes, les grossesses cachées, l'honneur des famille.

Un livre qui est universel dans sa façon de questionner le rôle de la mère dans le développement et les croyances de ses enfants.

C'est très bien écrit. Presque psychanalytique par instant je trouve.

Merci à Marie-Louise pour le conseil de lecture!

A lire lorsqu'on s'interroge sur le poids des secrets de famille, sur les fratries, sur les non-dits.

Un roman qui plaira sûrement aux amoureux de Nice aussi.





28 septembre 2020

Mamie Luger



Un grand éclat de rire que ce roman de Benoit Philippon! Mais aussi une grande leçon de vie!

L'héroïne s'appelle Berthe et elle a 102 ans. Pour aider deux jeunes qu'elle trouve plutôt touchants à fuir la police, elle va sortir un vieux Luger piqué à un nazi, histoire de faire diversion! C'est là que tout commence pour le commissaire Ventura. Le voilà en train d'arrêter Berthe et de la conduire au poste pour une longue garde à vue. Et pour nous lecteur, c'est parti pour un grand dialogue bien trempé, avec ironie, loufoqueries et grincements de dents au menu!

Grand coup de cœur pour ce tête à tête entre un homme usé et une vielle dame que rien n'arrête! Vous ne serez pas au bout de vos surprises de page en page! Que de rebondissements!

La confession de Berthe va nous conduire vers la seconde guerre mondiale, vers la vie de village, vers le féminisme et j'en passe!

Tout ça avec beaucoup d'humour! Un brin de noir, un grain de folie, et beaucoup de lucidité sur le sort des femmes!

Je trouve intéressant de voir que derrière un ton léger, l'auteur nous fait toucher du doigt la violence des échanges entre voisins, l'injustice, la discrimination, le racisme, et j'en passe. 

Un roman sur la vie des femmes, dans ce qu'elle peut avoir de douloureux: la violence conjugale, le viol, le dédain, le machisme, les préjugés. 

Berthe est touchante et déchirante et bouleversante et grinçante, tour à tour. 

En résumé, jetez vous sur Mamie Luger. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant ri en lisant un roman!





21 septembre 2020

La variante chilienne




Tout commence par une grande frayeur. Le narrateur, un professeur de lettres, se fait arrêter par la police alors même qu'il cache une jeune femme dans sa voiture... Elle s'appelle Margaux et vient d'avoir son bac. Elle fuit des problèmes personnels au milieu de nul part... ou plutôt devrais-je dire dans un gite rural dans la vallée de Chantebrie.

Tous les deux s'installent au vert, et restent à l'écart de tout. Toutefois, ils font vite la connaissance de leur voisin, Florin. Un homme mystérieux, fumeur de pipe et ramasseur de cailloux, qui sort très peu et semble se faire tout aussi discret qu'eux!

Il finit par leur confier qu'il ne peut pas se souvenir de ses émotions sans les rattacher à une petite pierre, aide mémoire. Ce dernier va alors balayer toute sa collection de cailloux, et leur raconter pas à pas les moments marquants de son existence. De discussions en discussions, ils vont découvrir toute la vie du village... ou presque.

Et nous lecteurs, allons sauter de contes en contes, d'anecdotes en anecdotes! 

Nous voici dans La Variante Chilienne de Pierre Raufast! Un petit monde en soi! 

Je dois vous dire que certaines histoires sont justes incroyables, un peu à la Hitchcock! Dans cette catégorie, je mets celle de la piscine/potager!

D'autres histoires sont juste très insolites, ou absolument décalées!

Un roman sur l'amitié, le jeu, la culpabilité... entre deux verres de vin!

Un roman au masculin, je trouve!

Ce qui est intéressant, c'est la construction du récit, qui mélange le journal de Margaux, les histoires incroyables de Florin, comme autant de légendes qui s'emmêlent et se nourrissent de mystères! 

De pages en pages, on croise des écrivains, des personnages haut en couleur, des odeurs, des ambiances. On se laisse porter!

L'atmosphère est à la confidence et à la découverte de chemins de vie tortueux!

Et vous que faites-vous de vos souvenirs? de vos rencontres insolites? Confiez-vous votre mémoire à un petit carnet, à des inconnus, ou à vos proches? 








11 septembre 2020

Le passeur




Un roman jeunesse et science fiction: Le passeur de Lois Lowry.

Jonas est un jeune qui vit dans une société où les émotions ont disparu. Tout y est pré-établi et neutralisé. A chaque âge ses rites de passage. Tout est tracé et formaté. 

Mais la vie de Jonas va connaitre un tournant lorsqu'il va être choisi pour être le dépositaire de la mémoire de la société où il vit. Il va être initié par un vieux passeur, qui pas à pas va lui permettre de visualiser des souvenirs joyeux ou douloureux.

Pour la toute première fois, il va voir les couleurs, la souffrance, la mort, la neige, et j'en passe.Et c'est le début des questionnements. Quel est le sens de tout cela? 

Je ne vous en dis pas plus!

Je me suis vite attachée à Jonas. J'ai trouvé que les questions soulevées par le roman reste d'actualité. Que faisons-nous des émotions aujourd'hui? Que veut dire vivre en faisant comme si la pauvreté ou la guerre n'existait pas? 

A la moitié du livre, je me suis souvenue que j'avais vu le film, mais les mots valent le détour même si vous avez déjà pris connaissance de l'histoire au cinéma!

Bonne lecture! Et un clin d'oeil à Lucie dont c'est un des films préférés!




02 septembre 2020

Croisières et caravanes




Découverte de l'été: Ella Maillart, chez Petite biblio Payot Voyageurs.

Ella Maillart est née en 1903 et est l'une des grandes aventurières du vingtième siècle. Dans Croisières et caravanes, elle raconte sa jeunesse: oser partir seule au bateau sur la Méditerranée avec une amie, puis être une des premières suissesses à se lancer dans les JO de Paris, puis partir carrément au loin vers l'est, la Russie, la Chine... 

Les 230 pages se lisent toutes seules. On est tour à tour à dos de chameau, à pied, en train.

On comprend que ses aventures sont avant tout une quête de sens et d'elle-même.

Quel courage! Quels exploits!

Son audace est remarquable. A cette époque, c'était bien autre chose qu'aujourd'hui d'oser partir seule au bout du monde.

Un seul petit regret: qu'elle n'ose pas confier plus d'anecdotes croustillantes ou amusantes. Cela reste très descriptif et vivant mais on sent comme une pudeur, une retenue, dans ce qu'elle confie de ses aventures. 

Un grand merci à Sophy pour la découverte!

Un livre pour les amateurs d'exotisme et d'autobiographie.

Un ouvrage qui dépayse et donne envie de voyager!




15 juillet 2020

L"esquisse d'un rêve



Un peu de littérature Islandaise!

Et un livre résolument "Au féminin"!

Un vrai régal de début d'été que cette découverte!

Nous sommes donc en 1910 quand tout commence. Une veuve élève six enfants avec en tête le projet qu'ils puissent tous aller à l'école, avoir une vraie éducation et puisse s'épanouir dans la vie. Pourtant il n'y a pas d'argent, à peine de quoi manger. Mais avec beaucoup d'ingéniosité et d'énergie, chacun des enfants va s'y mettre. Et surtout Karitas, une jeune fille très débrouillarde, qui va réussir à nourrir la smala tout en trouvant de quoi avoir une machine à coudre, et un vrai logement! Elle va aussi découvrir pas à pas que son talent à elle, c'est le dessin. Elle va tracer sa vie de femme et d'artiste.

Kristin Maria Baldursdottir va nous montrer par ce roman comment être maître de son destin à tout moment et même dans l'adversité.... C'est un récit plein d'espoir, de force, de nature, d'embrun, de neige, de froid, de hareng... avec aussi des pointes d'humour!

Sur 500 pages, on va s'attacher à cette famille, aux histoires de cœur des unes, aux espoirs de pêche des autres. Et surtout on va voir une artiste en herbe creuser le chaos au fond d'elle même pour produire des œuvres pas toujours alignées avec l'époque et les goûts du village! Elle va oser l'abstrait, les collages,... Tout ce qui peut jaillir et donner sens à ses ressentis. Elle va affronter ses angoisses, ses visions d'elfes ou de revenants... sa solitude... ses doutes.

Un roman qui montre la dure vie des femmes, de grossesse en grossesse, dans les fonds de campagne, et entre les campagnes de pêches. Ca m'a rappelé Quand rentrent les marins... de A. Huth.

Un livre qui raconte aussi la libération des femmes, pas à pas...

Au passage une belle histoire d'amour...

Un très grand merci à Dominique pour ce beau cadeau!





05 juillet 2020

La voix des vagues



Un roman qu'on n'oublie pas: La voix des vagues de Jackie Copleton. Très belle lecture de déconfinement!

Un peu comme dans une pièce de Wajdi Mouawad, Jackie Copleton mélange la grande Histoire (celle de la bombe nucléaire sur Nagasaki) avec la petite histoire d'une famille japonaise, qui a ses secrets, ses tensions, ses poids.

Amaterasu Takahashi est la mère de Yuko, une jeune fille douce qui aime dessiner et rêve d'être un jour infirmière. Nous sommes juste avant la seconde guerre mondiale. Yuko va s’éprendre de Sato, un ami de son père, marié, et coureur de jupon. Elle va l'aimer en secret jusqu'à ce que ses parents le découvrent et lui interdisent tout contact avec cet homme. En plein chagrin amoureux, en pleine tentative de tout de même construire sa vie de femme, va survenir la bombe... Une explosion dans la vie du Japon et dans cette famille qui va laisser des doutes, des interrogations, et des questions qu'Amaterasu, depuis sa nouvelle vie aux Etats-Unis, et du haut de ses 80 ans, va tenter de démêler, en se replongeant dans son passé...  car un jeune homme se présente à elle qui dit être son petit fils! Je ne vous en dis pas plus.

J'ai été emportée par l'histoire avec un petit et grand H. Ce livre m'a rappelé un autre de mes coups de coeur sur le même sujet: Le poids des secrets. J'aime quand les romans parviennent avec autant de finesse et de justesse à décrire les histoires de famille, les non-dits, et les coïncidences étranges de la vie, les jeux d'échos entre événements, petits ou grands.

Par ailleurs, je trouve formidable de découvrir une autre culture par le roman. Et ici Jackie Copleton arrive à merveille à nous apprendre la culture japonaise de chapitre en chapitre. A chaque fois il y a un en tête qui explique un concept japonais, via un mot, qui n'existe pas dans d'autres langues et qui représente un des éléments de la tradition ou des us japonais qu'elle veut nous faire toucher du doigt.

Le roman se déroule sur plus de 50 ans, et je trouve fort de voir comment le récit dans sa construction mêle l'avant guerre au japon et la vie aux Etats-Unis d'émigrés japonais, via des lettres que les personnages retrouvent, ou encore des journaux intimes. Cela tisse l'intrigue entre les époques, mais aussi entre les points de vue. On est alors tour à tour avec Amaterasu qui retrouve des lettres de Sato ou le journal intime de sa fille, comme on est dans la tête de Sato et Yuko quand ils les écrivent.

Enfin, c'est un roman sur la différence, l'acceptation de soi et des autres.

Un livre qui pose la question de ce qu'est être une famille, ce qu'est l'héritage, porté et voulu.

Donc vraiment je vous conseille ce premier roman, qui est un subtil mélange de douceur et de mélancolie. Beaucoup d'émotions vous attendent...

Merci à la Librairie idéale, rue clerc dans le 7e arrondissement de Paris!




28 juin 2020

Le roi de la bibliothèque



Un coup de cœur au rayon jeunesse: Le roi de la bibliothèque de Michelle Knudsen et Kevin Hawkes. Très beaux et doux dessins à l'aquarelle. Et une histoire touchante et amusante.

Un lion vient d'entrer dans la bibliothèque. Que faire? Rien s'il respecte le règlement, marche tranquillement et ne fait pas de bruit!

Et voici notre lion à l'heure du conte!

Mais tout se complique quand la bibliothécaire fait une mauvaise chute!

Je ne vous en dis pas plus!

J'aime beaucoup le fait qu'un lion devienne la mascotte de la bibliothèque.

Je trouve que la leçon de l'histoire est chouette aussi, sur les règlements, quand veiller à les respecter et quand les enfreindre pour la bonne cause!

Un livre jeunesse qui parle d'ouverture à l'autre, d'acceptation de la différence malgré la peur, du respect des lieux et des autres, de l'aide que l'on peut apporter autour de soi.

C'est plein d'humour, c'est tendre. Une histoire qu'on prend plaisir à raconter!

Belle découverte vendredi soir avec Mara et Simon!




19 avril 2020

Suite des lectures de confinement...



Et oui, il a bien fallu continuer nos semaines confinées... et avec elles, les lectures.

Vacances de pâques dans le salon. Pour accompagner les dernières saisons de Homeland et du Bureau des Légendes: je me suis replongée dans les Cherub! Un régal! Une vraie thématique "agent secret" pour du dépaysement garanti, entre Damas, Kaboul, Paris et Washington, en passant par Moscou ou Londres. Pour ceux qui ne connaissent pas encore les enfants agents secrets du MI5, un petit rappel ici.

Et puis j'ai enchaîné avec la deuxième trilogie de Pierre Bottero: Après La quête d'Ewilan, j'ai lu grâce à ma voisine du dessous: Les Mondes d'Ewilan.

Ewilan est une adolescente qui peut faire des pas de côté pour passer de notre monde à un autre, Gwendalavir. Elle peut aussi se plonger dans l'imagination et en faire ressortir des objets ou sensations qui s'incarnent pourtant pour de vrai. Ca vous fait envie ? Avouez!

Joie de retrouver par ses lectures en série, les mêmes personnages, comme un groupe solidaire et uni. Joie de s'évader dans un cadre naturel et surnaturel luxuriant: avec lac, montagne, et autres fleurs...

Je ne reste pas plus longtemps devant l'écran et file dans les spires de l'imagination rejoindre Ewilan et ses amis... et mon balcon ensoleillé!

Confinez-vous bien!

Merci à Marine pour les trois tomes... et les coucous du balcon du dessous!


29 mars 2020

Rester groupés



Bonjour à vous tous les confinés...

J'ai lu La supplication de Svetlana Alexievitch, et je me suis dit que ce n'était pas possible de vous parler de Tchernobyl pendant le COVID 19...

J'ai entamé le Feu d'Henri Barbusse... et je me suis dit que ce n'était pas possible de vous conduire dans les tranchés... non plus!

Du coup, je m'en viens vous parler de Rester groupés de Sophie Henaff. La suite de Poulets grillés!

Vous aurez le plaisir de retrouver toute la petite brigade des bras cassés, sous la direction de Capestan! C'est bon de retrouver de vieux amis par les temps qui courent!

Cette fois-ci, des meurtres mystérieux s’enchaînent: avec humour, le meurtrier annonce toujours par avance la date du meurtre soit par une plaque de rue soit par l'apparition du nom de la victime sur un monument au mort... et cette fois-ci l'intrigue est un rien personnel pour Anne Capestan, car la première des victimes est son beau père!

Dialogues amusants, scènes cocasses. De quoi vous changer les idées.

Le suspense du polar, l'esprit de Noël (ça se passe en décembre!)

Bref, un bon conseil pour les temps actuels!

De quoi s'endormir en douceur!

Bonne lecture!




23 février 2020

Miss Islande



Un petit roman de Audur Ava Olafsdottir, dont j'avais beaucoup aimé Rosa Candida, à sa sortie.

Miss Islande se passe dans les année 1960, et nous raconte la place des femmes et des gays dans une société très conservatrice.

Nous suivons Hekla, une femme au nom de volcan, qui se rêve écrivain, mais qui subit les mains aux fesses des clients qu'elle sert, et leur rêve de la voir devenir Miss Islande! On la sent plutôt en quête, mais peu aidée.

Son meilleur ami métis est lui aussi en marge de la société. Son homosexualité est sans arrêt moquée au bord du bateau de pêche où il travaille. Il se sent obligé de se marier pour avoir une existence sociale reconnue.

Quant à la meilleure amie d'Hekla, Isey, elle tente de s’épanouir comme elle peut, mais elle est pour beaucoup coincée à la maison à s'occuper des enfants.

Enfin, le petit ami d'Hekla, le poète raté, ne relève pas le tableau grisonnant.

En somme, le roman est sombre, mélancolique, lent. On comprend vite que les chances sont fines pour les personnages de se sortir de leur situation. On les sent sur un fil, précaire, exclus. Un peu comme la voisine d'en face d'Isey, qui tourne et retourne dans son appartement et qui finit par disparaitre...

Et pourtant chacun à sa façon essaie de se sortir de sa condition par l'écriture.

Tout est dit au début du roman dans la citation de Nietzsche: "Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile qui danse;"

Un livre qui parle de l'énergie créatrice et de ce que l'on peut en faire.

Miss Islande est un texte féministe, sur le désir, sur la liberté, sur les choix que l'on assume ou pas. Un roman militant en quelque sorte.

Un livre à conseiller à ceux qui veulent découvrir l'ambiance Islandaise.

Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau.

Le roman a reçu le prix Médicis Etranger en 2019.



16 février 2020

L'art de perdre



Cela faisait un moment que je voulais lire L'art de perdre d'Alice Zeniter. J'ai donc décidé de le mettre dans mes lectures de début d'année, et j'ai bien fait!

Ce roman nous raconte une histoire de l'Algérie, à travers une famille. Il y a le grand père Ali, le montagnard de Kabylie. Celui qui a connu la guerre, celui qui essaie de comprendre comment se positionner au village vis à vis des français au moment où tout bascule dans les années 1960. Et puis il y a le père, Hamid, celui qui va arriver en France en 1962, et va grandir dans un camp de transit, en s'interrogeant sur sa double identité Algérienne/Kabyle et Française. Et puis il y a la fille, Naïma, celle qui tente de comprendre sa famille et l'Histoire avec un grand H aujourd'hui, à une époque d'attentats terroristes sur le sol français.

C'est magnifiquement écrit. Tout commence comme un comte de fées, avec Ali qui cherche son bonheur dans son petit royaume. Il est le roi qui n'a pas de fils et il va se marier à Yema. On trouve alors des pages somptueuses sur l'Algérie traditionnelle, sur la Kabylie, un peu comme celle-là:

"Une ancienne tradition Kabyle veut que l'on ne compte jamais la générosité de Dieu. On ne compte pas les hommes présents à une assemblée. On ne compte pas les œufs de la couvée. On ne compte pas les grains que l'on abrite dans la grande jarre de terre. Dans certains replis de la montagne, on interdit tout à fait de prononcer les nombres."

Plus loin, dans une deuxième partie, la plume est fine pour décrire le regard sur la France hexagonale pour les nouveaux arrivés:

"L'été, ici, ne s'interrompt pas brutalement. Il se liquéfie en automne. Avant même que les températures ne baissent, commencent les uns après les autres - ou peut-être au contraire fondus en un seul sans début ni fin - les jours de pluie qui mènent irrémédiablement vers la saison froide. Ils ne tambourinent pas, ils ne martèlent pas, ils ne fouettent pas comme cela arrivait à Rivesaltes ou à Jouques, non ici ça tombe sans force mais avec l'assurance de ne pas s'arrêter avant la fin mars. Hamid suit la progression des flaques entre les barres de la cité."

La troisième partie est celle de la quête, par tous les moyens... où comment une jeune génération a besoin de la transmission pour pouvoir déployer son existence avec sens.

La fresque romanesque se déploie habilement et l'on glisse d'une époque à l'autre, d'une sélection d'enjeux historiques à d'autres, d'une perspective à une autre, dans un flot attachant.

C'est aussi un roman d'émancipation, où chaque personnage s'interroge sur son destin, ses besoins, ses envies. Qu'est-ce que c'est que de devenir soit même au fond?

A souligner enfin les belles scènes d'amour qui sont écrites au féminin, à une époque où l'on parle beaucoup du "male gaze" versus "female gaze".

Un livre qui plaira à tous ceux qui s'interrogent sur l'immigration, les doubles identités, la question de l'intégration, etc. Un regard posé aussi sur les migrants, les réfugiés, tous ceux qui se trouvent parqués dans des camps.

Un roman qui est à conseiller avant de partir en vacances à la découverte de l'Algérie, pour avoir une image de ce que peut être l'histoire de ce pays sur les trois dernières générations.

500 pages qui donnent également un regard sur la guerre vue des civils, sur l'après-guerre aussi: les traumatismes des enfants et des grands. Et puis toutes les questions qui suivent la fin officielle d'un conflit: à qui appartient la terre?

Ce roman a reçu le prix goncourt des lycéens.

Merci à Caroline et Dominique de me l'avoir conseillé!




26 janvier 2020

Poulets grillés



Coup de cœur de ce début d'année: Poulets grillés de Sophie Henaff. C'est à la fois un polar et un roman plein d'humour.

Anne Capestan, flic,  est en mauvaise posture quand s'ouvre le roman. Elle a fauté... elle attend de savoir si elle va être radiée de la police. Buron, son mentor et directeur de la PJ, l'appelle pour un rendez-vous. Et à sa plus grande surprise, il lui annonce qu'il lui confie une nouvelle brigade... mais attention c'est une brigade d'un genre disons "nouveau": elle va rassembler tous les policiers qui ne sont plus les bienvenus ailleurs, les alcooliques, ceux qui portent la poisse, les addicts aux jeux, etc.

Et en plus, on va leur confier toutes les enquêtes qui bloquent, qui restent non résolues... Une idée pratique pour améliorer les statistiques des autres brigades!

C'est savoureux! On rit, on s'attache aux personnages... et on en redemande, ce qui tombe bien car il y a un tome deux: Rester groupés.

Merci à Cecile pour ce super conseil!

Un livre qui plaira à ceux qui aiment les polars bien rythmés, humains et désopilants.












12 janvier 2020

Transparence



Nous sommes en 2060, en Islande. Nous suivons la PDG d'une startup qui a réussi à vendre la vie éternelle par collecte massive de données et à racheter Google. La PDG elle-même a pu s'assassiner, car son double restera à vie, même s'il n'a plus besoin de manger, etc.

Un livre qui parle du monde post Big Data, avec changement climatique et fin de la biodiversité.

Toute l'actualité y est, poussée à l'extrême pour faire naître la dystopie.

Pas un grand roman, pas un style magistral, juste une mise en scène du monde actuel si on extrapole vers la pire, le noir, la fin du singulier déconnecté.

On trouve une forme de lucidité sur les choix technologiques, économiques et politiques en cours.

On peut lire une sorte de critique morale de la start up et de l'entrepreneuriat quand il oublie l'éthique pour le pouvoir et l'argent.

Merci à Sophie pour le cadeau très "prosepctif"!




07 janvier 2020

A ce soir...



Un livre trouvé à la cantine, dans le bac des livres à donner que j'étais moi-même en train de remplir: A ce soir, de Laure Adler.

Je l'ai pris un peu par hasard, derrière sa couverture NRF blanche. Et je suis tombée sur une mère qui a perdu son enfant.

Un texte très subjectif, dans le flot d'une âme à fleur de peau. Dans le mystère des réminiscences, en période de deuil.

Tantôt elle est enceinte et se délecte de l'arrivée prochaine du bébé. Tantôt elle est à l’hôpital, dans une sorte de flou médical, suspendu à des fils branchés aux petits, et aux mots de l'adjoint du professeur, ou de l'interne.

Un texte qu'on lit d'une traite. Tout est confus, tout est par bribes et par petits paragraphes.

C'est poignant.sans être mélo dramatique.

On voit bien comment la mémoire prend des détours, les souvenirs se superposent les uns aux autres.

Laure Adler aura attendu dix-sept ans pour écrire sur la mort de son bébé de quelques mois.

Un roman sur le milieu hospitalier vu du côté des proches du patient qui ne comprennent pas.

Un texte sur le deuil et les souvenirs. Ou comment les mots peuvent venir ou nous quitter au coeur des douleurs;

A lire si on s'interroge sur la maternité, la vie et la mort.

A lire si on aime les témoignages, les récits de vie, l'humain trop humain.




04 janvier 2020

Algues vertes



Une BD qui m'a plu pendant les fêtes: Algues vertes.

Récit engagé sur la pollution environnementale et l'impact sur la santé.

Nous sommes en Bretagne, et suite à l'élevage intensif des porcs, des algues vertes recouvrent certaines plages. Leurs émanations sont très dangereuses, mais malgré les décès de bêtes et d'humains, le préfet et les agences sanitaires font la sourde oreille.

Tout y est: les doutes des locaux médecins ou vétérinaires, les annonces des communicants, les intimidations, la bureaucratie qui morcelle les décisions, les lettres alarmantes sans réponse des autorités en charge...
Des bulles qui peuvent mettre en colère, face au poids des lobbys!

Même si on a tous entendu parler des algues vertes un jour ou l'autre, c'est très choquant de voir le récit des décès qu'on tente de cacher, ou de ne pas autopsier... Attention il ne faudrait pas faire fuir les touristes ou dire du mal des grandes entreprises agro-alimentaires du coin!

Une BD qui est bien structurée, avec une enquête qui tient en haleine de pages en pages.

A lire pour soutenir ceux qui ont été et seront demain lanceurs d'alertes, au péril de leur carrière ou de leur santé....

Merci Papa Noël des parents...


01 janvier 2020

Je reste roi de mes chagrins



Un livre écrit avec une plume ciselée: Je reste roi de mes chagrins de Philippe Forest.

C'est moins qu'on ait emporté par l'histoire, que par les phrases et les bons mots.

Sur la forme, c'est un roman qui nous plonge dans une pièce de théâtre. Sur scène un peintre et un grand homme. On finit par comprendre que c'est Churchill et qu'à ses côtés se trouve le peintre Sutherland, mais cela a t il de l'importance?

C'est plus une réflexion sur les histoires elles-mêmes:

"Les histoires sont plus vieilles que les hommes qui les vivent, plus vieilles que ceux qui les racontent; Elles les précédent. Elles les attendent. Elles leur survivent; Une fois qu'ils ont disparu, elles continuent sans eux. Jusqu'à ce que d'autres s'en viennent, qui prennent leur relève et qui, à leur tour, remplissent les rôles que les premiers avaient d'abord crus à eux."

C'est aussi un livre sur le deuil, le décès d'enfants et l'impact que cela peut avoir.

C'est un roman où l'on croise Shakespeare, la série The crown, etc. C'est un livre érudit qui est bourré de références.

J'ai aussi appris beaucoup de choses sur Churchill, notamment qu'il peignait lui aussi.

Merci à Christine pour la découverte de cet auteur, à l'écriture riche et puissante!



31 décembre 2019

Le dimanche des mères



Un roman pour les amateurs de Downtown Abbey: Le dimanche des mères de Graham Swift.

Nous sommes en Angleterre dans les années 1920. Jane, femme de chambre chez les Niven, a une relation avec un aristocrate qui va se marier, Paul Sheringham. C'est le dimanche des mères, le jour où les domestiques peuvent rentrer voir leur maman dans leur famille. Elle est orpheline. Que va-t-elle faire? Va-t-elle le retrouver alors qu'il est sur le point de changer de vie?

Quelle est cette relation qu'ils entretiennent depuis des années? Qui sont-ils l'un pour l'autre ?

Un roman qui interroge la fin d'un monde, le rôle de la sensualité et des liens sociaux, quand ceux-ci ne sont pas alignés avec les schémas classiques.

Ça se lit tout seul, c'est court, bien écrit.

Tout est dans les détails, les non-dits, les silences.

J'aime le format: raconter une journée, avec tous les flash-backs et autres éléments qui se greffent dans le récit.

J'apprécie aussi le personnage de Jane, avec toute sa lucidité et sa sensibilité.

Merci à Janny et à son club de lecture pour la découverte!






26 décembre 2019

Le mari de mon frère



Un chouette manga à lire pendant l'hiver: Le mari de mon frère.

Yaichi élève seul sa petite fille, quand soudain un canadien débarque chez eux, et se présente comme le mari de son frère jumeaux récemment décédé. Il arrive tout droit du Canada pour découvrir un peu comment son mari a vécu son enfance au Japon.

Yaichi est très mal à l'aise d'accueillir chez lui ce beau frère homosexuel, alors qu'au contraire sa petite fille s'en fait une joie. Elle découvre avec amour qu'elle a un oncle, elle est très curieuse de découvrir comment on vit au Canada.

Kana, avec ses questions d'enfants, est très touchante et attachante.

Un manga qui prône la tolérance, l'ouverture aux autres, la découverte, la générosité.

Parfait pour les fêtes! Ca se lit tout seul.

En plus il y a des encadrés pédagogiques sur l'histoire des gays, etc.

Merci Mara pour le bon conseil!

A lire dès 7 ans...

10 novembre 2019

La mémoire des couleurs



Mauve a quinze ans. Il se réveille un jour dans une brocante. Il ne se souvient de rien. Il se demande ce qu'il fait là. Il comprend très vite qu'il peut lire dans le pensées des gens qu'ils croisent. Il se rend compte aussi qu'il n'est pas le premier jeune portant un nom de couleur à avoir atterri dans cette brocante.

Il rencontre un beau personnage, André, un homme agé qui va essayer de lui donner des clés pour grandir et se construire...

Il retrouve pas à pas d'autres couleurs, et mène une enquête sur son passé pour mieux tracer son avenir...

Stéphane Michaka nous entraîne dans ce roman à la croisée des chemins entre deux univers, celui de Circé, une planète lointaine dont viennent toutes les couleurs et la terre où les humains subissent la pollution et le changement climatique. Sur la terre, les couleurs découvrent le "Je", qui n'existe pas sur Circé, mais aussi une vie sans "l'oracle", algorithme qui rythme tout sur Circé.

C'est intéressant comme La mémoire des couleurs prend tous les sujets du moment: les migrants, l'IA, la fin de la biodiversité, pour en faire un roman jeunesse intrigant et émouvant, qui pose des questions politiques et philosophiques sur les choix que font nos sociétés actuellement.

J'ai aimé le goût des vieux objets plein de sens, l'attention au rôle que joue la lecture de romans pour sauver les humains, la question de la communauté de vie pour être plus fort ou pas ensemble face aux disruptions, pour résister.

Je trouve intéressant que le roman mette en mot ce que c'est qu'aimer quelqu'un, ce que c'est de croire ou pas en une idée, en une personne, en une réalité.

Toutefois la société que crée Stéphane Michaka ressemble trop par de nombreux aspects à ce qui est toujours mis en scène dans les romans de science fiction, à mon goût. On rentre bien dans l'histoire mais je suis restée sur ma fin quand même... Je m'attendais à mieux!








11 octobre 2019

La gouvernante suédoise



Un roman fort autour des amours secrets et des non-dits, dans une famille qui vit entre la Suède et la France au dix-neuvième et vingtième siècles! La gouvernante suédoise se lit avec fascination tant il décortique justement les silences et les mensonges du quotidien.

Hulda vient de se marier et d'avoir des enfants, lorsqu'elle et son mari quittent Stockholm et partent vivre à l'étranger. Pour les aider, Livia, jeune gouvernante francophone, se joint à eux... et un trio bien étrange s'installe. Je ne vous en dis pas plus!

Marie Sizun raconte dans cette fiction l'histoire de sa propre famille sur la base des photos et des journaux intimes ou autres lettres retrouvées. Les personnages sont touchants et complexes. Les scènes d'intérieur étouffantes sont très bien rendues. On se sent vraiment embarqué aux côtés des personnages, de leurs tourments, jour après jour, Noël après Noël. Le ton est juste, nuancé, fin et sensible. On sent le remarquable travail d'enquête qu'elle a mené pour mettre en mot son récit personnel et celui de ses parents et grand-parents.

Un roman à lire si vous aimez les vieux albums de famille, les récits d'amour secrets au coin du feu! Marie Sizun excelle dans l'intensité des descriptions de sentiments, les mains qui se frôlent, les regards plein de sous-entendus, et les gestes du quotidien qui trahissent les désirs les plus enfouis des uns ou des autres.

Un livre qui plaira aux amateurs de Downton Abbey, car on retrouve la vie d'un foyer avec des domestiques, la gouvernante, les bonnes et les ragots!

Ce livre a reçu le prix Bretagne en 2017.

Un grand merci Marie-Louise pour le conseil!



03 octobre 2019

La quête d'Ewilan



Petit découverte de la rentrée qui m'a permis de voyager au loin malgré la reprise du travail: La quête d'Ewilan de Pierre Bottero! Je viens de dévorer les deux premiers tomes, et le troisième est sur ma table de nuit!

Ewilan est une jeune ado, qui a été adoptée et dont la famille d'accueil est loin d'être chaleureuse. Un jour, elle fait "un pas de côté" et se retrouve projetée dans un monde fantastique, où des monstres horribles font la lois, les Ts'liches. Elle va peu à peu comprendre qu'elle a des pouvoirs très spéciaux, dont celui de faire apparaître pour de vrai tout ce qu'elle imagine. Elle est "dessinatrice". Grâce à Duom Nil'Erg, analyste célèbre pour sa connaissance du dessin, elle va faire la rencontre d'amis et partir en quête... pour délivrer le royaume du verrou Ts'liches et permettre à tous les habitants de reconquérir les spires de l'imagination!

J'aime beaucoup le pouvoir de conteur de Bottero, les personnages attachants qu'il glisse de page en page, l'humour des dialogues. L'univers qu'il crée est un peu à la Harry Potter, plein d'animaux et d'être étranges et touchants. Il y a les Fael, redoutables tireurs à l'arc, qui n'arrêtent pas de se moquer des humains. Il y a les chuchoteurs, à peine plus gros qu'une souris, et qui servent aux dessinateurs à communiquer. Les gommeurs, les goules, les rêveurs, et j'en passe et des meilleurs.

J'apprécie aussi que derrière ce monde fantastique, Bottero nous offre une réflexion sur ce qu'est être écrivain et avoir le pouvoir de l'imagination!

Enfin qu'il est beau de voir qu'il met en scène de belles filles et  femmes fortes et solides. De vraies modèles d'intelligence, d'humanité, d'ouverture aux autres.

Un grand merci à Julia Cado pour l'excellent conseil de littérature jeunesse!

Vivement la suite des aventures!




22 septembre 2019

La petite fille sur la banquise



C'est un livre difficile à lire, car il parle d'une petite fille de neuf ans, violée dans une cage d'escalier.

Avec cette auto-fiction, Adélaïde Bon raconte surtout comment cela va marquer toute sa vie d'adolescente et de jeune femme, son jeu d'actrice, ses liens aux autres, son rapport au corps et à la sexualité.

Pour incarner le mal être, les méduses se déploient sous sa plume et dans son quotidien. Elles peuvent tout gâcher, lui donner envie de mourir ou de se faire du mal.

Et pourtant comme elle dit, ses parents ont compris, elle a vu un médecin, la police, et elle a ensuite multiplié les démarches pour prendre soin d'elle. Mais ça n'arrêtait pas la douleur, l'angoisse, la culpabilité.

Le livre se termine par le procès du violeur, et montre aussi les rouages judiciaires, au-delà des effets psychologiques et physiques.

Le roman a une forme intéressante car elle écrit à la troisième personne, puis à la première peu à peu.

Très touchée par cette lecture, témoignage, au féminin. Merci Marion pour le cadeau!

Le livre a reçu le prix des lecteurs sélection 2019.

Un texte qui montre bien la place du travail sur soi pour avancer, l'importance de l'écoute, de la solidarité, de la famille.






11 septembre 2019

A la ligne



Il y a des livres salvateurs. C'est ce que fut pour moi A la ligne de Joseph Ponthus la semaine dernière, entre deux stations de métro dans une ligne blindée, inhumaine.

Dans ce premier roman, un ancien khâgneux passionné de littérature y décortique les non-sens du travail, depuis son expérience d'intérimaire dans l'agro-alimentaire à faire cuire des tonnes de bulots à celle du nettoyage et autres missions hard core dans un abattoir.

Il décrit le travail, les gestes, les ambiances, les silences et les bruits, les pauses, les douleurs du corps et de l'âme, les jeux de rapport de forces. C'est à la fois sociologique, poétique, et auto-fictif! C'est bourré d'anecdotes qu'on n'oublie pas. C'est touchant, révoltant, intrigant. Tout à la fois.

Il décrit très bien "le merdique", comme l'appelle le philosophe Pascal Chabot. C'est à dire les choses usantes qui ne produisent rien mais perdurent pour le plus grand malheur de certains. Et avouons le, on n'y passe tous! Qu'il est bon de voir des humains qui ont su inventer des postures pour tenir face à lui...

C'est un livre qui permet de prendre du recul sur nos univers professionnels. Un texte qui montre comment la littérature peut permettre de survivre, de Dumas à Apollinaire, en passant par la chanson française...

La forme du livre m'a plu aussi, comme une sorte de grand poème, de petites phrases courtes, puis à la ligne, justement. On sent qu'il écrit tous les soirs après le travail, pour évacuer, pour coucher sur le papier ce qu'il a composé au fil des heures pour ne pas souffrir ou s'ennuyer. On sent le vécu, le témoignage, l'immersion, la plongée, les oscillations de l'état d'esprit, la joie d'une bonne blague, la douleur d'un petit retard dans la chaîne.

Un livre à mettre dans toutes les mains pour dénoncer les accidents du travail, la précarité, le parcours des chômeurs, la condition ouvrière. Ce n'est pas de la haine, c'est une forme de regard juste, drôle, qui s'attache à tout pour tenir, tenir à tout prix.

Un livre où l'on sent l'amour aussi à la mère, à l'épouse, aux lignes qu'on se répète comme des mantras précieux,

Alors merci Joseph Ponthus, et chapeau bas. Un livre qui donne envie d'écrire!




08 septembre 2019

La végétarienne



Encore de la littérature coréenne, Han Kang avec La Végétarienne.

Un matin, elle se réveille après un rêve atroce, et décide de se débarrasser de toute la viande de la maison. Son mari la retrouve en train de vider le congélateur et le réfrigérateur.

Ce dernier ne comprend pas le changement qu'il observe chez sa femme et tente de la forcer à changer de comportement. Il s'allie avec se belle famille pour se faire.

C'est un livre où l'on sent une violence sourde poindre derrière chaque mot.

C'est très troublant à lire... Il y a des scènes où l'on malmène la végétarienne pour la gaver, la forcer à manger de la viande à tout prix.

Est-ce que l'auteur cherche à dénoncer la société coréenne qui force la femme mariée à subir les pressions familiales et maritales?

En tout cas, un roman qui marque par l'explication qu'il fait de la non-communication, de l'incompréhension mutuelle.


04 septembre 2019

Ma vie palpitante



Vacances en Corée du Sud oblige, je me suis penchée sur les romans coréens cet été, et tout a commencé par Ma vie palpitante de KIM Ae-ran (Merci Marie-Anaïs!)

Areum a seize ans, l'âge que ses parents avaient quand ils l'ont conçu. Pourtant il ne lui reste que peu de temps à vivre, car il est atteint d'une maladie qui le fait vieillir de dix ans en un an. Chaque jour est accompagné de la dégénérescence de sa vue, de ses muscles, et de tous les tissus qui composent son corps.

Alors il interroge son histoire et se met à écrire sur les adolescents que furent ses parents à sa naissance. Il tente de comprendre ce qu'il peut faire de sa vie, lui qui en a si peu.

Ses parents, eux, n'arrivent pas à gagner leur vie. Or les frais d’hôpitaux s'accumulent. C'est comme cela qu'ils finissent par décider de participer à une émission télé, afin que la population émue ne les aide à payer pour Areum toutes les factures médicales...

Je ne vous en dis pas plus.

Un roman sur les âges de la vie et le sens de l'existence.

Un livre qui interroge notre monde moderne, la télé réalité, les réseaux sociaux, les fausses identités, les jeux en ligne.

Un regard sur la Corée du Sud avec les tensions familiales, les attentes sociales, la pression pour la réussite scolaire et professionnelle.

Un texte à la première personne avec un héro attachant, un style qui s'attache aux détails avec singularité.

Une belle découverte !




27 août 2019

Deux femmes



Voyage en Corée du Sud oblige, je me suis penchée sur des livres du pays! Et tout d'abord la BD Deux femmes de Song Aram.

C'est l'histoire d'amitié entre deux copines, l'une qui fait le choix traditionnel de se marier et de devenir femme au foyer à s'occuper des enfants, à la coréenne. Et l'autre non.

On voit vraiment de planches en planches la condition féminine en Corée du Sud, le rôle des familles et belle-famille. Elles portent tout sur leurs épaules, le succès scolaire des petits, le ménage, etc.

Ce manhwaga respire le vécu et c'est ce qui le rend si touchant.

Un grand MERCI à BD NET Nation pour la belle découverte!


23 août 2019

Et soudain la liberté



Je ne connaissais pas du tout la vie d'Evelyne Pisier, mais j'ai découvert avec Et soudain la liberté, l'histoire d'une femme d'engagement, amoureuse de la vie, une femme belle et forte !

Evelyne Pisier a eu l'idée de faire un roman sur la base de sa propre expérience familiale et professionnelle. Un livre qui parlerait de sa mère, de l'amour, des amitiés, et des tournants de l'histoire.

Fille d'un pétainiste, née en Indochine, elle a suivi la révolution mentale de sa maman vers une libération de la femme, Mai 1968 et a su se construire son propre regard sur le monde et l'existence, par ses rencontres et ses lectures.

Malheureusement décédée avant d'avoir fini le texte, c'est son éditrice et amie, Caroline Laurent, qui va reprendre la plume et écrire un livre qui mélange le roman commencé d'Evelyne Pisier et son travail à elle pour faire naître un livre à paraître. Des jeux d'écho se tissent entre les vies d'Evelyne Piser et de Caroline Laurent, qui donnent sens à cette écriture à quatre mains, assez inédite.

On est tout de suite emporté par la force du témoignage. Les guerres de décolonisation s'incarnent dans le quotidien d'une famille, mais aussi la brutalité des camps de prisonniers où Evelyne Pisier et sa mère vont être enfermées.

Le vécu des femmes soumises ou libérées est présenté de pages en pages, avec des scènes très fortes de colères, de disputes et d'amour.

Le vingtième siècle se déroule sous nos yeux, à travers le regard d'une enfant, d'une adolescente déboussolée puis d'une femme.

J'ai aimé le passage par la fiction pour mieux dire la singularité du vécu, tout en ayant en parallèle le regard de l'éditrice pour décrypter ce que le roman dit de la vie "réelle" d'Evelyne Pisier.

J'ai aimé voir se succéder les combats: combat pour l'avortement, la pilule, les droits des homosexuels mais aussi le droit à mourir dans la dignité!

J'ai été fascinée par les histoires d'amour d'Evelyne et de sa mère, qui sont en plus amusantes à lire car leurs amants/amours sont des hommes célèbres, je ne vous en dit pas plus, pour ne pas vous gâcher la surprise !

C'est un livre sur le désir, les choix personnels, le poids familial, l'émancipation.

Un livre Au Féminin!













07 juillet 2019

Die Herrenausstatterin



Un petit roman en allemand (Merci Annet et Joachim!).

Mariana Leky est une auteur qui vit à Berlin et qui pour ce roman nous plonge dans la vie de Katja. Elle tombe amoureuse de son dentiste, se marie, et tout s'achève brutalement.. Tromperie, décès... bref, elle se retrouve seule chez elle et pas au mieux de sa forme.

C'est alors que deux hommes apparaissent dans sa vie. Un vieux monsieur et un jeune plombier.

On ne sait pas trop d'où ils sortent, pourquoi ils sont là... Mais ce trio va la sortir de là !

Le ton est très décalé et amusant.

L'histoire est bourré d'anecdotes joyeuses et étranges... De comment faire quand on reçoit un grand flamand rose en métal comme cadeau de mariage, à comment vivre avec un fantôme!

Je ne vous en dis pas plus.

Ça m'a un peu fait penser dans le ton et l'écriture à La journée de la vierge.

Le roman existe aussi en anglais pour ceux qui ne liraient pas l'allemand!

Un livre qui parle de deuil et de reconstruction.

Un roman sur la singularité comme beauté!