Vue sur la littérature d'ici ou d'ailleurs, à la recherche de petites pépites à partager, pour ré-enchanter nos imaginaires d'avenir... Mon site web de prospective: pan-or-amiques.com
23 février 2020
Miss Islande
Un petit roman de Audur Ava Olafsdottir, dont j'avais beaucoup aimé Rosa Candida, à sa sortie.
Miss Islande se passe dans les année 1960, et nous raconte la place des femmes et des gays dans une société très conservatrice.
Nous suivons Hekla, une femme au nom de volcan, qui se rêve écrivain, mais qui subit les mains aux fesses des clients qu'elle sert, et leur rêve de la voir devenir Miss Islande! On la sent plutôt en quête, mais peu aidée.
Son meilleur ami métis est lui aussi en marge de la société. Son homosexualité est sans arrêt moquée au bord du bateau de pêche où il travaille. Il se sent obligé de se marier pour avoir une existence sociale reconnue.
Quant à la meilleure amie d'Hekla, Isey, elle tente de s’épanouir comme elle peut, mais elle est pour beaucoup coincée à la maison à s'occuper des enfants.
Enfin, le petit ami d'Hekla, le poète raté, ne relève pas le tableau grisonnant.
En somme, le roman est sombre, mélancolique, lent. On comprend vite que les chances sont fines pour les personnages de se sortir de leur situation. On les sent sur un fil, précaire, exclus. Un peu comme la voisine d'en face d'Isey, qui tourne et retourne dans son appartement et qui finit par disparaitre...
Et pourtant chacun à sa façon essaie de se sortir de sa condition par l'écriture.
Tout est dit au début du roman dans la citation de Nietzsche: "Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile qui danse;"
Un livre qui parle de l'énergie créatrice et de ce que l'on peut en faire.
Miss Islande est un texte féministe, sur le désir, sur la liberté, sur les choix que l'on assume ou pas. Un roman militant en quelque sorte.
Un livre à conseiller à ceux qui veulent découvrir l'ambiance Islandaise.
Merci à Marie-Louise pour ce beau cadeau.
Le roman a reçu le prix Médicis Etranger en 2019.
16 février 2020
L'art de perdre
Cela faisait un moment que je voulais lire L'art de perdre d'Alice Zeniter. J'ai donc décidé de le mettre dans mes lectures de début d'année, et j'ai bien fait!
Ce roman nous raconte une histoire de l'Algérie, à travers une famille. Il y a le grand père Ali, le montagnard de Kabylie. Celui qui a connu la guerre, celui qui essaie de comprendre comment se positionner au village vis à vis des français au moment où tout bascule dans les années 1960. Et puis il y a le père, Hamid, celui qui va arriver en France en 1962, et va grandir dans un camp de transit, en s'interrogeant sur sa double identité Algérienne/Kabyle et Française. Et puis il y a la fille, Naïma, celle qui tente de comprendre sa famille et l'Histoire avec un grand H aujourd'hui, à une époque d'attentats terroristes sur le sol français.
C'est magnifiquement écrit. Tout commence comme un comte de fées, avec Ali qui cherche son bonheur dans son petit royaume. Il est le roi qui n'a pas de fils et il va se marier à Yema. On trouve alors des pages somptueuses sur l'Algérie traditionnelle, sur la Kabylie, un peu comme celle-là:
"Une ancienne tradition Kabyle veut que l'on ne compte jamais la générosité de Dieu. On ne compte pas les hommes présents à une assemblée. On ne compte pas les œufs de la couvée. On ne compte pas les grains que l'on abrite dans la grande jarre de terre. Dans certains replis de la montagne, on interdit tout à fait de prononcer les nombres."
Plus loin, dans une deuxième partie, la plume est fine pour décrire le regard sur la France hexagonale pour les nouveaux arrivés:
"L'été, ici, ne s'interrompt pas brutalement. Il se liquéfie en automne. Avant même que les températures ne baissent, commencent les uns après les autres - ou peut-être au contraire fondus en un seul sans début ni fin - les jours de pluie qui mènent irrémédiablement vers la saison froide. Ils ne tambourinent pas, ils ne martèlent pas, ils ne fouettent pas comme cela arrivait à Rivesaltes ou à Jouques, non ici ça tombe sans force mais avec l'assurance de ne pas s'arrêter avant la fin mars. Hamid suit la progression des flaques entre les barres de la cité."
La troisième partie est celle de la quête, par tous les moyens... où comment une jeune génération a besoin de la transmission pour pouvoir déployer son existence avec sens.
La fresque romanesque se déploie habilement et l'on glisse d'une époque à l'autre, d'une sélection d'enjeux historiques à d'autres, d'une perspective à une autre, dans un flot attachant.
C'est aussi un roman d'émancipation, où chaque personnage s'interroge sur son destin, ses besoins, ses envies. Qu'est-ce que c'est que de devenir soit même au fond?
A souligner enfin les belles scènes d'amour qui sont écrites au féminin, à une époque où l'on parle beaucoup du "male gaze" versus "female gaze".
Un livre qui plaira à tous ceux qui s'interrogent sur l'immigration, les doubles identités, la question de l'intégration, etc. Un regard posé aussi sur les migrants, les réfugiés, tous ceux qui se trouvent parqués dans des camps.
Un roman qui est à conseiller avant de partir en vacances à la découverte de l'Algérie, pour avoir une image de ce que peut être l'histoire de ce pays sur les trois dernières générations.
500 pages qui donnent également un regard sur la guerre vue des civils, sur l'après-guerre aussi: les traumatismes des enfants et des grands. Et puis toutes les questions qui suivent la fin officielle d'un conflit: à qui appartient la terre?
Ce roman a reçu le prix goncourt des lycéens.
Merci à Caroline et Dominique de me l'avoir conseillé!
26 janvier 2020
Poulets grillés
Coup de cœur de ce début d'année: Poulets grillés de Sophie Henaff. C'est à la fois un polar et un roman plein d'humour.
Anne Capestan, flic, est en mauvaise posture quand s'ouvre le roman. Elle a fauté... elle attend de savoir si elle va être radiée de la police. Buron, son mentor et directeur de la PJ, l'appelle pour un rendez-vous. Et à sa plus grande surprise, il lui annonce qu'il lui confie une nouvelle brigade... mais attention c'est une brigade d'un genre disons "nouveau": elle va rassembler tous les policiers qui ne sont plus les bienvenus ailleurs, les alcooliques, ceux qui portent la poisse, les addicts aux jeux, etc.
Et en plus, on va leur confier toutes les enquêtes qui bloquent, qui restent non résolues... Une idée pratique pour améliorer les statistiques des autres brigades!
C'est savoureux! On rit, on s'attache aux personnages... et on en redemande, ce qui tombe bien car il y a un tome deux: Rester groupés.
Merci à Cecile pour ce super conseil!
Un livre qui plaira à ceux qui aiment les polars bien rythmés, humains et désopilants.
Libellés :
humour,
Littérature française,
Out of the box,
Polars
12 janvier 2020
Transparence
Nous sommes en 2060, en Islande. Nous suivons la PDG d'une startup qui a réussi à vendre la vie éternelle par collecte massive de données et à racheter Google. La PDG elle-même a pu s'assassiner, car son double restera à vie, même s'il n'a plus besoin de manger, etc.
Un livre qui parle du monde post Big Data, avec changement climatique et fin de la biodiversité.
Toute l'actualité y est, poussée à l'extrême pour faire naître la dystopie.
Pas un grand roman, pas un style magistral, juste une mise en scène du monde actuel si on extrapole vers la pire, le noir, la fin du singulier déconnecté.
On trouve une forme de lucidité sur les choix technologiques, économiques et politiques en cours.
On peut lire une sorte de critique morale de la start up et de l'entrepreneuriat quand il oublie l'éthique pour le pouvoir et l'argent.
Merci à Sophie pour le cadeau très "prosepctif"!
07 janvier 2020
A ce soir...
Un livre trouvé à la cantine, dans le bac des livres à donner que j'étais moi-même en train de remplir: A ce soir, de Laure Adler.
Je l'ai pris un peu par hasard, derrière sa couverture NRF blanche. Et je suis tombée sur une mère qui a perdu son enfant.
Un texte très subjectif, dans le flot d'une âme à fleur de peau. Dans le mystère des réminiscences, en période de deuil.
Tantôt elle est enceinte et se délecte de l'arrivée prochaine du bébé. Tantôt elle est à l’hôpital, dans une sorte de flou médical, suspendu à des fils branchés aux petits, et aux mots de l'adjoint du professeur, ou de l'interne.
Un texte qu'on lit d'une traite. Tout est confus, tout est par bribes et par petits paragraphes.
C'est poignant.sans être mélo dramatique.
On voit bien comment la mémoire prend des détours, les souvenirs se superposent les uns aux autres.
Laure Adler aura attendu dix-sept ans pour écrire sur la mort de son bébé de quelques mois.
Un roman sur le milieu hospitalier vu du côté des proches du patient qui ne comprennent pas.
Un texte sur le deuil et les souvenirs. Ou comment les mots peuvent venir ou nous quitter au coeur des douleurs;
A lire si on s'interroge sur la maternité, la vie et la mort.
A lire si on aime les témoignages, les récits de vie, l'humain trop humain.
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04 janvier 2020
Algues vertes
Une BD qui m'a plu pendant les fêtes: Algues vertes.
Récit engagé sur la pollution environnementale et l'impact sur la santé.
Nous sommes en Bretagne, et suite à l'élevage intensif des porcs, des algues vertes recouvrent certaines plages. Leurs émanations sont très dangereuses, mais malgré les décès de bêtes et d'humains, le préfet et les agences sanitaires font la sourde oreille.
Tout y est: les doutes des locaux médecins ou vétérinaires, les annonces des communicants, les intimidations, la bureaucratie qui morcelle les décisions, les lettres alarmantes sans réponse des autorités en charge...
Des bulles qui peuvent mettre en colère, face au poids des lobbys!
Même si on a tous entendu parler des algues vertes un jour ou l'autre, c'est très choquant de voir le récit des décès qu'on tente de cacher, ou de ne pas autopsier... Attention il ne faudrait pas faire fuir les touristes ou dire du mal des grandes entreprises agro-alimentaires du coin!
Une BD qui est bien structurée, avec une enquête qui tient en haleine de pages en pages.
A lire pour soutenir ceux qui ont été et seront demain lanceurs d'alertes, au péril de leur carrière ou de leur santé....
Merci Papa Noël des parents...
01 janvier 2020
Je reste roi de mes chagrins
Un livre écrit avec une plume ciselée: Je reste roi de mes chagrins de Philippe Forest.
C'est moins qu'on ait emporté par l'histoire, que par les phrases et les bons mots.
Sur la forme, c'est un roman qui nous plonge dans une pièce de théâtre. Sur scène un peintre et un grand homme. On finit par comprendre que c'est Churchill et qu'à ses côtés se trouve le peintre Sutherland, mais cela a t il de l'importance?
C'est plus une réflexion sur les histoires elles-mêmes:
"Les histoires sont plus vieilles que les hommes qui les vivent, plus vieilles que ceux qui les racontent; Elles les précédent. Elles les attendent. Elles leur survivent; Une fois qu'ils ont disparu, elles continuent sans eux. Jusqu'à ce que d'autres s'en viennent, qui prennent leur relève et qui, à leur tour, remplissent les rôles que les premiers avaient d'abord crus à eux."
C'est aussi un livre sur le deuil, le décès d'enfants et l'impact que cela peut avoir.
C'est un roman où l'on croise Shakespeare, la série The crown, etc. C'est un livre érudit qui est bourré de références.
J'ai aussi appris beaucoup de choses sur Churchill, notamment qu'il peignait lui aussi.
Merci à Christine pour la découverte de cet auteur, à l'écriture riche et puissante!
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Deuil,
Littérature française,
Rapport à la mort
31 décembre 2019
Le dimanche des mères
Un roman pour les amateurs de Downtown Abbey: Le dimanche des mères de Graham Swift.
Nous sommes en Angleterre dans les années 1920. Jane, femme de chambre chez les Niven, a une relation avec un aristocrate qui va se marier, Paul Sheringham. C'est le dimanche des mères, le jour où les domestiques peuvent rentrer voir leur maman dans leur famille. Elle est orpheline. Que va-t-elle faire? Va-t-elle le retrouver alors qu'il est sur le point de changer de vie?
Quelle est cette relation qu'ils entretiennent depuis des années? Qui sont-ils l'un pour l'autre ?
Un roman qui interroge la fin d'un monde, le rôle de la sensualité et des liens sociaux, quand ceux-ci ne sont pas alignés avec les schémas classiques.
Ça se lit tout seul, c'est court, bien écrit.
Tout est dans les détails, les non-dits, les silences.
J'aime le format: raconter une journée, avec tous les flash-backs et autres éléments qui se greffent dans le récit.
J'apprécie aussi le personnage de Jane, avec toute sa lucidité et sa sensibilité.
Merci à Janny et à son club de lecture pour la découverte!
Libellés :
Au féminin,
D'un autre siècle,
Littérature anglo-saxonne
26 décembre 2019
Le mari de mon frère
Un chouette manga à lire pendant l'hiver: Le mari de mon frère.
Yaichi élève seul sa petite fille, quand soudain un canadien débarque chez eux, et se présente comme le mari de son frère jumeaux récemment décédé. Il arrive tout droit du Canada pour découvrir un peu comment son mari a vécu son enfance au Japon.
Yaichi est très mal à l'aise d'accueillir chez lui ce beau frère homosexuel, alors qu'au contraire sa petite fille s'en fait une joie. Elle découvre avec amour qu'elle a un oncle, elle est très curieuse de découvrir comment on vit au Canada.
Kana, avec ses questions d'enfants, est très touchante et attachante.
Un manga qui prône la tolérance, l'ouverture aux autres, la découverte, la générosité.
Parfait pour les fêtes! Ca se lit tout seul.
En plus il y a des encadrés pédagogiques sur l'histoire des gays, etc.
Merci Mara pour le bon conseil!
A lire dès 7 ans...
10 novembre 2019
La mémoire des couleurs
Mauve a quinze ans. Il se réveille un jour dans une brocante. Il ne se souvient de rien. Il se demande ce qu'il fait là. Il comprend très vite qu'il peut lire dans le pensées des gens qu'ils croisent. Il se rend compte aussi qu'il n'est pas le premier jeune portant un nom de couleur à avoir atterri dans cette brocante.
Il rencontre un beau personnage, André, un homme agé qui va essayer de lui donner des clés pour grandir et se construire...
Il retrouve pas à pas d'autres couleurs, et mène une enquête sur son passé pour mieux tracer son avenir...
Stéphane Michaka nous entraîne dans ce roman à la croisée des chemins entre deux univers, celui de Circé, une planète lointaine dont viennent toutes les couleurs et la terre où les humains subissent la pollution et le changement climatique. Sur la terre, les couleurs découvrent le "Je", qui n'existe pas sur Circé, mais aussi une vie sans "l'oracle", algorithme qui rythme tout sur Circé.
C'est intéressant comme La mémoire des couleurs prend tous les sujets du moment: les migrants, l'IA, la fin de la biodiversité, pour en faire un roman jeunesse intrigant et émouvant, qui pose des questions politiques et philosophiques sur les choix que font nos sociétés actuellement.
J'ai aimé le goût des vieux objets plein de sens, l'attention au rôle que joue la lecture de romans pour sauver les humains, la question de la communauté de vie pour être plus fort ou pas ensemble face aux disruptions, pour résister.
Je trouve intéressant que le roman mette en mot ce que c'est qu'aimer quelqu'un, ce que c'est de croire ou pas en une idée, en une personne, en une réalité.
Toutefois la société que crée Stéphane Michaka ressemble trop par de nombreux aspects à ce qui est toujours mis en scène dans les romans de science fiction, à mon goût. On rentre bien dans l'histoire mais je suis restée sur ma fin quand même... Je m'attendais à mieux!
11 octobre 2019
La gouvernante suédoise
Un roman fort autour des amours secrets et des non-dits, dans une famille qui vit entre la Suède et la France au dix-neuvième et vingtième siècles! La gouvernante suédoise se lit avec fascination tant il décortique justement les silences et les mensonges du quotidien.
Hulda vient de se marier et d'avoir des enfants, lorsqu'elle et son mari quittent Stockholm et partent vivre à l'étranger. Pour les aider, Livia, jeune gouvernante francophone, se joint à eux... et un trio bien étrange s'installe. Je ne vous en dis pas plus!
Marie Sizun raconte dans cette fiction l'histoire de sa propre famille sur la base des photos et des journaux intimes ou autres lettres retrouvées. Les personnages sont touchants et complexes. Les scènes d'intérieur étouffantes sont très bien rendues. On se sent vraiment embarqué aux côtés des personnages, de leurs tourments, jour après jour, Noël après Noël. Le ton est juste, nuancé, fin et sensible. On sent le remarquable travail d'enquête qu'elle a mené pour mettre en mot son récit personnel et celui de ses parents et grand-parents.
Un roman à lire si vous aimez les vieux albums de famille, les récits d'amour secrets au coin du feu! Marie Sizun excelle dans l'intensité des descriptions de sentiments, les mains qui se frôlent, les regards plein de sous-entendus, et les gestes du quotidien qui trahissent les désirs les plus enfouis des uns ou des autres.
Un livre qui plaira aux amateurs de Downton Abbey, car on retrouve la vie d'un foyer avec des domestiques, la gouvernante, les bonnes et les ragots!
Ce livre a reçu le prix Bretagne en 2017.
Un grand merci Marie-Louise pour le conseil!
03 octobre 2019
La quête d'Ewilan
Petit découverte de la rentrée qui m'a permis de voyager au loin malgré la reprise du travail: La quête d'Ewilan de Pierre Bottero! Je viens de dévorer les deux premiers tomes, et le troisième est sur ma table de nuit!
Ewilan est une jeune ado, qui a été adoptée et dont la famille d'accueil est loin d'être chaleureuse. Un jour, elle fait "un pas de côté" et se retrouve projetée dans un monde fantastique, où des monstres horribles font la lois, les Ts'liches. Elle va peu à peu comprendre qu'elle a des pouvoirs très spéciaux, dont celui de faire apparaître pour de vrai tout ce qu'elle imagine. Elle est "dessinatrice". Grâce à Duom Nil'Erg, analyste célèbre pour sa connaissance du dessin, elle va faire la rencontre d'amis et partir en quête... pour délivrer le royaume du verrou Ts'liches et permettre à tous les habitants de reconquérir les spires de l'imagination!
J'aime beaucoup le pouvoir de conteur de Bottero, les personnages attachants qu'il glisse de page en page, l'humour des dialogues. L'univers qu'il crée est un peu à la Harry Potter, plein d'animaux et d'être étranges et touchants. Il y a les Fael, redoutables tireurs à l'arc, qui n'arrêtent pas de se moquer des humains. Il y a les chuchoteurs, à peine plus gros qu'une souris, et qui servent aux dessinateurs à communiquer. Les gommeurs, les goules, les rêveurs, et j'en passe et des meilleurs.
J'apprécie aussi que derrière ce monde fantastique, Bottero nous offre une réflexion sur ce qu'est être écrivain et avoir le pouvoir de l'imagination!
Enfin qu'il est beau de voir qu'il met en scène de belles filles et femmes fortes et solides. De vraies modèles d'intelligence, d'humanité, d'ouverture aux autres.
Un grand merci à Julia Cado pour l'excellent conseil de littérature jeunesse!
Vivement la suite des aventures!
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Pour Ado,
Roman d'émancipation,
Science Fiction
22 septembre 2019
La petite fille sur la banquise
C'est un livre difficile à lire, car il parle d'une petite fille de neuf ans, violée dans une cage d'escalier.
Avec cette auto-fiction, Adélaïde Bon raconte surtout comment cela va marquer toute sa vie d'adolescente et de jeune femme, son jeu d'actrice, ses liens aux autres, son rapport au corps et à la sexualité.
Pour incarner le mal être, les méduses se déploient sous sa plume et dans son quotidien. Elles peuvent tout gâcher, lui donner envie de mourir ou de se faire du mal.
Et pourtant comme elle dit, ses parents ont compris, elle a vu un médecin, la police, et elle a ensuite multiplié les démarches pour prendre soin d'elle. Mais ça n'arrêtait pas la douleur, l'angoisse, la culpabilité.
Le livre se termine par le procès du violeur, et montre aussi les rouages judiciaires, au-delà des effets psychologiques et physiques.
Le roman a une forme intéressante car elle écrit à la troisième personne, puis à la première peu à peu.
Très touchée par cette lecture, témoignage, au féminin. Merci Marion pour le cadeau!
Le livre a reçu le prix des lecteurs sélection 2019.
Un texte qui montre bien la place du travail sur soi pour avancer, l'importance de l'écoute, de la solidarité, de la famille.
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11 septembre 2019
A la ligne
Il y a des livres salvateurs. C'est ce que fut pour moi A la ligne de Joseph Ponthus la semaine dernière, entre deux stations de métro dans une ligne blindée, inhumaine.
Dans ce premier roman, un ancien khâgneux passionné de littérature y décortique les non-sens du travail, depuis son expérience d'intérimaire dans l'agro-alimentaire à faire cuire des tonnes de bulots à celle du nettoyage et autres missions hard core dans un abattoir.
Il décrit le travail, les gestes, les ambiances, les silences et les bruits, les pauses, les douleurs du corps et de l'âme, les jeux de rapport de forces. C'est à la fois sociologique, poétique, et auto-fictif! C'est bourré d'anecdotes qu'on n'oublie pas. C'est touchant, révoltant, intrigant. Tout à la fois.
Il décrit très bien "le merdique", comme l'appelle le philosophe Pascal Chabot. C'est à dire les choses usantes qui ne produisent rien mais perdurent pour le plus grand malheur de certains. Et avouons le, on n'y passe tous! Qu'il est bon de voir des humains qui ont su inventer des postures pour tenir face à lui...
C'est un livre qui permet de prendre du recul sur nos univers professionnels. Un texte qui montre comment la littérature peut permettre de survivre, de Dumas à Apollinaire, en passant par la chanson française...
La forme du livre m'a plu aussi, comme une sorte de grand poème, de petites phrases courtes, puis à la ligne, justement. On sent qu'il écrit tous les soirs après le travail, pour évacuer, pour coucher sur le papier ce qu'il a composé au fil des heures pour ne pas souffrir ou s'ennuyer. On sent le vécu, le témoignage, l'immersion, la plongée, les oscillations de l'état d'esprit, la joie d'une bonne blague, la douleur d'un petit retard dans la chaîne.
Un livre à mettre dans toutes les mains pour dénoncer les accidents du travail, la précarité, le parcours des chômeurs, la condition ouvrière. Ce n'est pas de la haine, c'est une forme de regard juste, drôle, qui s'attache à tout pour tenir, tenir à tout prix.
Un livre où l'on sent l'amour aussi à la mère, à l'épouse, aux lignes qu'on se répète comme des mantras précieux,
Alors merci Joseph Ponthus, et chapeau bas. Un livre qui donne envie d'écrire!
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Monde du travail,
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Roman de lutte,
Témoignages
08 septembre 2019
La végétarienne
Encore de la littérature coréenne, Han Kang avec La Végétarienne.
Un matin, elle se réveille après un rêve atroce, et décide de se débarrasser de toute la viande de la maison. Son mari la retrouve en train de vider le congélateur et le réfrigérateur.
Ce dernier ne comprend pas le changement qu'il observe chez sa femme et tente de la forcer à changer de comportement. Il s'allie avec se belle famille pour se faire.
C'est un livre où l'on sent une violence sourde poindre derrière chaque mot.
C'est très troublant à lire... Il y a des scènes où l'on malmène la végétarienne pour la gaver, la forcer à manger de la viande à tout prix.
Est-ce que l'auteur cherche à dénoncer la société coréenne qui force la femme mariée à subir les pressions familiales et maritales?
En tout cas, un roman qui marque par l'explication qu'il fait de la non-communication, de l'incompréhension mutuelle.
04 septembre 2019
Ma vie palpitante
Vacances en Corée du Sud oblige, je me suis penchée sur les romans coréens cet été, et tout a commencé par Ma vie palpitante de KIM Ae-ran (Merci Marie-Anaïs!)
Areum a seize ans, l'âge que ses parents avaient quand ils l'ont conçu. Pourtant il ne lui reste que peu de temps à vivre, car il est atteint d'une maladie qui le fait vieillir de dix ans en un an. Chaque jour est accompagné de la dégénérescence de sa vue, de ses muscles, et de tous les tissus qui composent son corps.
Alors il interroge son histoire et se met à écrire sur les adolescents que furent ses parents à sa naissance. Il tente de comprendre ce qu'il peut faire de sa vie, lui qui en a si peu.
Ses parents, eux, n'arrivent pas à gagner leur vie. Or les frais d’hôpitaux s'accumulent. C'est comme cela qu'ils finissent par décider de participer à une émission télé, afin que la population émue ne les aide à payer pour Areum toutes les factures médicales...
Je ne vous en dis pas plus.
Un roman sur les âges de la vie et le sens de l'existence.
Un livre qui interroge notre monde moderne, la télé réalité, les réseaux sociaux, les fausses identités, les jeux en ligne.
Un regard sur la Corée du Sud avec les tensions familiales, les attentes sociales, la pression pour la réussite scolaire et professionnelle.
Un texte à la première personne avec un héro attachant, un style qui s'attache aux détails avec singularité.
Une belle découverte !
27 août 2019
Deux femmes
Voyage en Corée du Sud oblige, je me suis penchée sur des livres du pays! Et tout d'abord la BD Deux femmes de Song Aram.
C'est l'histoire d'amitié entre deux copines, l'une qui fait le choix traditionnel de se marier et de devenir femme au foyer à s'occuper des enfants, à la coréenne. Et l'autre non.
On voit vraiment de planches en planches la condition féminine en Corée du Sud, le rôle des familles et belle-famille. Elles portent tout sur leurs épaules, le succès scolaire des petits, le ménage, etc.
Ce manhwaga respire le vécu et c'est ce qui le rend si touchant.
Un grand MERCI à BD NET Nation pour la belle découverte!
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B.D.,
Découvrir un pays,
Littérature coréenne
23 août 2019
Et soudain la liberté
Je ne connaissais pas du tout la vie d'Evelyne Pisier, mais j'ai découvert avec Et soudain la liberté, l'histoire d'une femme d'engagement, amoureuse de la vie, une femme belle et forte !
Evelyne Pisier a eu l'idée de faire un roman sur la base de sa propre expérience familiale et professionnelle. Un livre qui parlerait de sa mère, de l'amour, des amitiés, et des tournants de l'histoire.
Fille d'un pétainiste, née en Indochine, elle a suivi la révolution mentale de sa maman vers une libération de la femme, Mai 1968 et a su se construire son propre regard sur le monde et l'existence, par ses rencontres et ses lectures.
Malheureusement décédée avant d'avoir fini le texte, c'est son éditrice et amie, Caroline Laurent, qui va reprendre la plume et écrire un livre qui mélange le roman commencé d'Evelyne Pisier et son travail à elle pour faire naître un livre à paraître. Des jeux d'écho se tissent entre les vies d'Evelyne Piser et de Caroline Laurent, qui donnent sens à cette écriture à quatre mains, assez inédite.
On est tout de suite emporté par la force du témoignage. Les guerres de décolonisation s'incarnent dans le quotidien d'une famille, mais aussi la brutalité des camps de prisonniers où Evelyne Pisier et sa mère vont être enfermées.
Le vécu des femmes soumises ou libérées est présenté de pages en pages, avec des scènes très fortes de colères, de disputes et d'amour.
Le vingtième siècle se déroule sous nos yeux, à travers le regard d'une enfant, d'une adolescente déboussolée puis d'une femme.
J'ai aimé le passage par la fiction pour mieux dire la singularité du vécu, tout en ayant en parallèle le regard de l'éditrice pour décrypter ce que le roman dit de la vie "réelle" d'Evelyne Pisier.
J'ai aimé voir se succéder les combats: combat pour l'avortement, la pilule, les droits des homosexuels mais aussi le droit à mourir dans la dignité!
J'ai été fascinée par les histoires d'amour d'Evelyne et de sa mère, qui sont en plus amusantes à lire car leurs amants/amours sont des hommes célèbres, je ne vous en dit pas plus, pour ne pas vous gâcher la surprise !
C'est un livre sur le désir, les choix personnels, le poids familial, l'émancipation.
Un livre Au Féminin!
07 juillet 2019
Die Herrenausstatterin
Un petit roman en allemand (Merci Annet et Joachim!).
Mariana Leky est une auteur qui vit à Berlin et qui pour ce roman nous plonge dans la vie de Katja. Elle tombe amoureuse de son dentiste, se marie, et tout s'achève brutalement.. Tromperie, décès... bref, elle se retrouve seule chez elle et pas au mieux de sa forme.
C'est alors que deux hommes apparaissent dans sa vie. Un vieux monsieur et un jeune plombier.
On ne sait pas trop d'où ils sortent, pourquoi ils sont là... Mais ce trio va la sortir de là !
Le ton est très décalé et amusant.
L'histoire est bourré d'anecdotes joyeuses et étranges... De comment faire quand on reçoit un grand flamand rose en métal comme cadeau de mariage, à comment vivre avec un fantôme!
Je ne vous en dis pas plus.
Ça m'a un peu fait penser dans le ton et l'écriture à La journée de la vierge.
Le roman existe aussi en anglais pour ceux qui ne liraient pas l'allemand!
Un livre qui parle de deuil et de reconstruction.
Un roman sur la singularité comme beauté!
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Littérature allemande,
Out of the box,
Rapport à la mort
20 juin 2019
Unité 8200
Un petit roman d'espionnage pour changer!
L'unité 8200 est une entité de renseignement de l'armée Israélienne qui s'occupe de tout ce qui est décryptage/décodage. Un peu l'équivalent de la NSA aux Etats-Unis.
Dans ce roman, Dov Alfon nous entraîne sur 24 heures pleines de suspense, entre Paris et Tel Aviv et Macao! De mystérieux meurtres d’israéliens et de chinois se multiplient en France, tandis que les luttes inter-organisationnelles dans les services de sécurité Israéliens battent leur plein!
J'aime beaucoup l’héroïne principale, Oriana, une agent qui est très fine dans ses observations, dans l'analyse des jeux d'intimidation politiques. J'aime bien aussi le côté technologique du récit avec l'usage d'outils très spéciaux! Je trouve intéressant aussi le côté collaboration inter-service, entre les français, les américains et les israéliens.
Je trouve que le ton reste toujours un peu ironique et drôle au milieu pourtant d'épisodes dramatiques.
J'admire le côté trépidant de la construction du récit.
On se retrouve vraiment dans certains lieux de Paris, avec un sens du cadre à chaque scène.
On est tenu en haleine, on veut savoir la fin!
Merci à Christine pour la belle découverte.
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