27 juillet 2014

Kinderzimmer



Une histoire marquante et un sujet poignant: Kinderzimmer de Valentine Goby.

Valentine Goby nous raconte la grossesse et l'accouchement dans les camps de la mort de l'Allemagne nazie. Nous sommes à Ravensbrück, au milieu de la peur, des travaux forcés, de la faim... Plus de 40000 femmes sont réunies, dont certaines cachent l'ordinaire de la vie: la naissance.

Nous suivons Mila, une jeune résistante. Elle tenait une boutique de partition de musique, où elle codait en notes et en dièses, les messages secrets à transmettre aux uns et aux autres. Jusqu'au jour où elle est raflée, et se retrouve enceinte dans un camp, qui ne semble laisser aucune place à l'arrivée d'un nouveau né. Elle ne connait rien à son corps de femme, à la grossesse, à l'accouchement. Arrivée avec sa cousine, elle n'a personne à qui parler pour approfondir les mystères de la vie au fin fond de la terreur. Mais peu à peu des solidarités émergent qui vont lui donner des réponses à ses questions et la soutenir tant bien que mal. Elle va découvrir l'existence d'une Kinderzimmer, une chambre où les nouveaux nés survivent s'ils y arrivent juste après la naissance.

Ce roman éclaire un aspect peu connu de la vie des camps. Il éclaire des petites étincelles au plus profond de la terreur. On est emporté par l'histoire, sa violence, sa fragilité, sa puissance.

C'est aussi un roman de l'innocence et de la singularité. L'héroïne va réussir à rester fidèle à elle-même tout en dépassant toutes les limites pour accomplir l'extrême inimaginable.

Un livre au féminin, qu'il faut lire le cœur bien accroché.

Merci Christine pour le conseil de lecture!




21 juillet 2014

Espionnage et littérature



Dans son dernier roman, Ian Mc Ewan nous emmène en Angleterre, dans les années 1970 en pleine guerre froide, pour une histoire d'espionnage!

Le MI5 cherche à infiltrer le milieu littéraire. Quoi de mieux qu'une jeune étudiante éprise d'un professeur, agent recruteur!

Nous voilà embarqué avec Séréna Frome, dans une histoire d'amour palpitante, où recrutement et passion ne font pas toujours bon ménage.

J'ai préféré le début, la découverte par Séréna du service, que le milieu du livre moins intéressant.

Cela dit, les amoureux de films d'espionnage et de littérature pourront glisser ce livre facile à lire dans leur valise estivale.

Merci Christine pour le conseil!








15 juillet 2014

Cabane siberienne



Fuir la ville, la foule, la course, pour se pousser au rien, à la contemplation, à l'espace.

C'est le pari de Sylvain Tesson dans Dans les forêts de Sibérie.

Il retrouve les saisons, la nature, les oiseaux.

Il renoue avec la culture russe, l'alccol, les lectures.

Finalement un journal assez auto-centré, mais qui laisse entre-apercevoir ce que peut vouloir dire une forme de retraite aménagée, de nos jours, pour prendre du large et de la distance.

Un roman pour les amoureux du vert et du froid.

Un texte pour les méditatifs, qui veulent ralentir...


01 juillet 2014

Le destin



Dans Le soleil des Scorta, Laurant Gaude nous plonge dans le sud de l'Italie. On y suit une saga familiale de parias du village, moitié bandits moitié vauriens, et qui tentent de réussir sous le regard critique des passants, du curé et sous l'écrasante chaleur.

Le récit mêle le tragique et l'ironique. On alterne entre une narration chronologique et la voix d'un des personnages qui se confie au prêtre du village, je ne vous en dis pas plus!

Le récit est plein de rebondissements, de vengeances et d'accomplissements.

Un roman pour ceux qui s'intéressent aux secrets de famille, à la généalogie, à ce qu'on transmet ou garde.

Un texte pour les amoureux des pouilles... Ils auront un regard sur l'avant tourisme de masse...

Merci Aude pour la jolie découverte!



21 juin 2014

Petite écologie politique russe



Un récit hors du commun: Le tigre de John Vaillant.

Tout commence en 1997, quand au fin fond de la Sibérie, l'on retrouve un chasseur mort, sûrement dévoré par un tigre. Cela ressemble à une attaque préméditée...

Derrière l'enquête, John Vaillant va nous faire découvrir tout un écosystème de vie dans la Taïga. Comment survit-on dans les grands espaces? Comment arrive-t-on en Sibérie? Quel lien entre nature et politique?

Car derrière la pauvreté des chasseurs, il y a bien sûr toute l'histoire de la Russie post-soviétique.

John Vaillant ajoute à son récit des photos, des cartes, des liens avec d'autres ouvrages, bref c'est une histoire qui est à la fois géographique, économique, sociale et animal.

Un livre pour tous ceux qui aiment l'émission Sur les épaules de Darwin de France Inter.

Un livre pour les amoureux des grands espaces.

Merci Gilles pour la découverte!




16 juin 2014

1913



L'année 1913 fut une année de basculement pour l'Europe et le monde. Florian Illies l'explore avec beaucoup de talent documentaire dans le livre: 1913, der Sommer des Jahrhunderts.

On suit mois par mois de grands intellectuels, des artistes, des hommes politiques européens afin de comprendre l'esprit de l'époque, les rouages des transitions artistiques, politiques ou psychologique.
Qu'il est doux de voir Kafka éperdument amoureux, Freud révolutionner la psychanalyse, entre autres surprises.

C'est avant tout une plongée dans un microcosme qui a fait l'Europe, par le détail, l'anecdote, les journaux, les correspondances intimes et autres documents. On sourit, parfois on se lasse, d'autre fois on n'a l'impression de découvrir l'envers du décor.

C'est un texte qui se picore, qui met en parallèle des moments de l'histoire qu'on n'imagine pas toujours simultanés!

On peut le lire au fil des mois qui passent pour découvrir ce qui se passait il y a un siècle. 

Merci à Chiara pour le conseil de lecture!





12 juin 2014

Années 20



Ce soir, un petit détour par le Montparnasse des années 1920, celui de Man Ray, Picasso, Utrillo ou Léger, à travers une B.D.: Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet. Elle raconte l'histoire vraie d'Alice Ernestine Prin, née au début du siècle, et qui va être immortalisée en sculptures, peintures et photo par les plus grands artistes de l'époque.

Tout commence quand Kiki, enfant, fait les 400 coups avec ses camarades de jeux du village, au fin fond de la Cote d'Or... Enfant illégitime, elle est élevée par sa grand mère qu'elle aime tant, jusqu'au départ pour Paris, et la vie dure, à chercher du travail...

Après les boulangeries, où elle est mal traitée par les patrons, elle finit par devenir modèle pour des artistes en devenir. Elle pose nue, pour gagner sa vie, et devient peu à peu une incontournable de Montparnasse et ses hommes de création en tout genre.

On sent sous le crayon toute la force de ce personnage charismatique et inspirant qu'a pu être cette femme libérée. Et l'on sent aussi toute la dureté et la complexité des relations muses artistes.

Cette bande dessinée est un vrai roman d'apprentissage en image, tout en retraçant à la perfection le portrait d'une époque, d'un milieu bohème parisien.

Le livre est bourré d'anecdotes que l'on dévore.

Loin d'être éclipsée par les artistes qui l'ont croquée, Kiki irradie de toute sa personnalité. Elle est libre jusqu'au bout des ongles et sans tabou.

La B.D. se conclut par une chronologie et des notices sur les artistes qu'elle a cotoyés.

Une B.D. à lire pour les amoureux des arts de l'époque! Une plongée historique et artistique!

Une histoire de femme forte!

Merci Aude pour la jolie découverte!




02 juin 2014

Quitter l'Espagne...



Un petit poche: Rêves oubliés de Léonor de Récondo.

Aïta, Ama et leurs enfants fuient l'espagne au moment de la guerre civile. Ils quittent brutalement tout, pour les landes, côté français, et le mystère de l'exil.

Le récit fait place à des extraits de journaux intimes en italiques, afin de percer les méandres des pensées de l'exilé, au quotidien. On sent la nostalgie. On sent le vide et la peur. Mais aussi les joies simples du quotidien, qui n'en deviennent que plus pétillantes et fortes.

"Nous sommes ici depuis de si nombreux mois et je réalise seulement au soir de cette triste journée que nous avons vécu uniquement dans l'espoir du retour. Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières. Tant que le dictateur sera au pouvoir, nous ne pourrons pas revenir, nous le savons. Je ressens une blessure vive, une blessure de chair indescriptible, l'amour d'une terre, de ses odeurs, de ses rires, de sa langue que je perds irrémédiablement. J'y laisse mon insouciance, une légèreté de l'âme qui depuis trois ans s'est plombée de silences et de faux espoirs." 

C'est un roman d'acceptation et de résistance.

Des scènes restent en mémoire: comment fuir avec un canari, ou transformer un pique nique en passage de frontière...

Un roman féminin et familial.

Un roman à lire pour mieux connaitre la vie des réfugies espagnols en France, internés dans des camps ou perdus dans une vieille ferme des landes...




20 mai 2014

Appartement



Une petite BD coréenne de Kang Full (ou "Manhwa" comme on dit pour faire expert!) qui emporte très vite le lecteur dans un monde à la limite du polar et du fantastique: Appartement.



On suit un trentenaire chômeur en Corée du sud, qui passe son temps chez lui à envoyer des CV jusqu'au jour où il se rend compte que les lumières de l'immeuble d'en face s'éteignent étrangement simultanément à 21h56. Il commence alors à étudier le phénomène, qui se répète de jour en jour. Coïncidence?

Un peu à la Fenêtre sur cour, il se met à observer à la jumelle les voisins d'en face pour tenter de comprendre l'énigme de ses extinctions de feux. Il prend des notes, cherche des corrélations...

Petit à petit les vies de différents personnages vont s'entremêler autour de cette énigme, je ne vous en dit pas plus....

Ce jeu de changement de points de vue est très stimulant dans la construction de la narration. Cela interpelle aussi notre façon de vivre ensemble, de croiser les gens sans les voir, tandis qu'eux se souviennent de nous ou l'inverse.

Le trait est très simple, un peu comme un dessin animé pour enfant, mais les liens entre personnages sont complexes, les situations sont intrigantes, et le suspense est à son comble.

Cette BD en deux tomes pose la question de l'individualisme, de la solitude urbaine, de la vie dans des résidences impersonnelles en ville. Elle interroge aussi l'ennui, la régularité, le temps.

On a l'impression que c'est du vécu. Qu'un jour en s'ennuyant l'auteur s'est amusé à suivre l'immeuble d'en face, pour trouver l'inspiration!

Bref, à découvrir. Merci Aude! 

Une BD pour les curieux, les urbains, les solitaires, les créatifs, les mystérieux...  et les fans d'Hitchcock.







12 mai 2014

Premier amour enneigé



Une superbe bande dessinée: Blankets, manteau de neige de Craig Thompson (merci Aude pour la jolie découverte!)

Autobiographique, le livre raconte l'histoire d'un jeune garçon élevé dans une famille pauvre, dure et très pratiquante, qui va peu à peu se découvrir lui même à travers sa passion pour le dessin et son premier amour.

La bande dessinée se présente comme un roman d'apprentissage. On suit pas à pas la croissance du personnage, ses doutes. On comprend le poids de la religion sur ses désirs, la pression du modèle social familiale vis à vis de ses choix de carrière, etc.

C'est très beau et délicat de renouer avec l'enfance, l'adolescence, et le devenir adulte, à travers un quotidien simple et brutal, doux et douloureux. Le trait de Craig Thompson montre toute la complexité d'une vie, tous les paradoxes des ressentis, tous les trop vides ou trop pleins de l'existence.

J'aime le fait qu'il arrive à nous raconter son histoire, son déroulé narratif, tout en nous emportant parfois par son dessin dans ses monologues intérieurs, son imagination, ses perceptions.

L'histoire d'amour est vraiment tendre et fine.

On sent beaucoup de sincérité dans le travail de l'auteur, une forme de mise à nue qui reste pudique.

Le livre fait 600 pages, mais on aimerait que ça continue pour savoir la suite!

En bref, une bande dessinée à lire absolument!




06 mai 2014

Un très grand classique

Un très grand classique en ce mois de Mai. Les Misérables de Victor Hugo! (Merci encore à Gilles et Camille pour m'avoir donné envie de m'y plonger!)

C'est un roman palpitant dont on connait tous un peu l'histoire, entrecoupé si j'ose dire de mini documentaires sur Paris, sur son histoire, et son urbanisme!

Ainsi nous suivons Jean Valjean qui retrouve le droit chemin après avoir été condamné au bagne... et ce à travers un prêtre généreux et une enfant qu'il va élever comme un père, Causette.

On sent tout le lyrisme de Hugo, mis au service des plus pauvres et des inégalités sociales qu'ils subissent. On sent son amour de la dignité humaine.

Il y a des passages vraiment sublimes sur la politique, le droit, la misère, l'amour. C'est réaliste mais en même temps extrêmement lyrique. Les envolées sont d'une plume fine et forte.

L'histoire d'amour entre Marius et Causette est digne des plus belles de la littérature française.

Avis aux amateurs de beaux textes et d'histoires fortes! Un classique à mettre dans son sac pour les ponts du mois du Mai!






24 mars 2014

Si vous avez aimé Downton Abbey...



Si vous avez aimé la série Downton Abbey, je ne saurai trop vous recommander Miss Charity de Marie-Aude Murail. Elle nous raconte la vie d'une jeune fille curieuse du monde, qui vit dans la bonne société anglaise en 1880. Son univers se limite à la nursery au troisième étage, et aux quelques présentations à ses parents lors de visites...

Mais son ennui va la sauver, car il va la pousser à adopter une souris, puis un lapin, puis à dessiner des champignons, à apprendre Shakespeare par cœur, à tirer le portrait d'un hérisson... bref à devenir qui elle est, une femme créative, riche, et forte... Je ne vous en dis pas plus!

Un roman qui plaira à ceux qui ont aimé le roman Quatre soeurs.

Un livre qui vous fera redécouvrir la haute société anglaise et son petit théâtre social.

Un livre sur la singularité et l'écriture.

Les aquarelles qui accompagnent le texte ne gâchent rien, bien au contraire...

Un roman pour adolescent à l'Ecole des loisirs, mais que l'on peut tout à fait lire adulte! Avis aux petits et aux grands, aux jeunes et moins jeunes.






02 mars 2014

Tempête et conséquences



Un petit roman américain qui se lit bien: Les filles de l'ouragan de Joyce Maynard.

Ruth et Dana sont nées toutes les deux le même jour, dans le même hôpital, mais de familles que tout oppose: l'une vit à la ferme, entre récolte des mais et des fraises; l'autre est fantasque, vie d'artistes et autres lubies.

Les chapitres racontent en alternance du point de vue de Ruth et de Dana des années 1950 à nos jours la vie de ses deux femmes et la vie des Etats-Unis. Les deux destins de Ruth et de Dana vont s'entrecroiser de façon habile, jusqu'à se rapprocher au plus près.

Ce qui m'a plu dans ce livre, c'est avant tout la quête par deux femmes de leur voie, leurs choix du quotidien, entre rêve et simplicité.

J'aime aussi le rôle des plantes et des saisons, la place de l'art et de la créativité dans le roman.

C'est aussi intéressant de se retrouver à l'époque de la libéralisation des mœurs dans un pays au fond de puritanisme.

Le livre interroge aussi l'amour, celui qu'on donne ou qu'on refuse, celui qui semble évident ou qu'on construit, celui qu'on cache ou qu'on révèle.

"Quand j'étais petite, mon père avait apporté à la maison un livre appelé Harold and the purple crayon. Ma mère ne s'embarrassait pas des histoires pour enfants, mais mon père avait l'habitude de m'emmener à la bibliothèque de la ville, les jours de pluie où il lui était impossible de travailler dans les champs, tandis que dans la serre, cela pouvait attendre le lendemain. Dans ce livre, un garçon nommé Harold reçoit un crayon magique, et quand il commence à dessiner avec, les choses qu'il esquisse se mettent à vivre, ainsi s'il dessine une pomme, il peut la croquer, et s'il dessine une fusée, il s'embarque vers l'espace. Pour moi, le message était clair: Une personne qui peut dessiner, peut tout faire, aller partout. C'était le genre de personne que je voulais être."

Un roman au féminin pour ceux qui aiment les jeux d'échos, les regards intenses et familiers, les fraises et les crayons.

Un livre plein de vie, dans tout ce qu'elle a de mystérieux, de bouleversant et d'authentique.

Bien loin des longues descriptions de paysage ou des longs monologues psychologiques, ce roman est une série de scènes de vie, d’ellipses et de sensations, tracées à quelques traits mais qui s'animent vites sous la plume de l'auteur et le chassé croisé des personnages.


17 novembre 2013

Magnifique roman pour petits et grands



Nous voici au Chili, à la pointe du pays, où seuls les poètes et les aventuriers égarés ne passent. Ici vivent les Poloverdo et leur fils unique, Paolo, dans une cabane. Le petit chasse le serpents à défaut d'autres jeux ou compagnons, sent le vent souffler dans ses oreilles toutes décollées par les rafales et tente de grandir, là où rien ne pousse...

Jusqu'au jour où un homme se présente, ni marchand, ni géologue, ni poète... mais truand, escroc ou assassin. C'est alors que tout va basculer pour Paolo qui va découvrir derrière son innocence d'enfant, la médiocrité des humains et la force du mal. Mais tout n'est pas si noir ou blanc  lorsqu'on se met en quête de vérité!

Je ne vous en dis pas plus, mais je vous recommande très vivement la lecture des Larmes de l'assassin de Anne-laure Bondoux. C'est magnifiquement écrit. C'est intense, au cœur de la nature et des civilisations. Un peu fable, un peu conte, un peu roman d'initiation, un peu roman policier, et bien d'autres choses encore!

"Certaines choses se produisent quand on regarde longtemps la mer. Le ciel, par une nuit claire et sans nuage, peut avoir le même effet, mais il faut se concentrer de longues minutes sur les étoiles, se représenter les soleils, les planètes, leur rondeur, et cela demande beaucoup d'imagination. Avec la mer, l'intensité est là, devant soi, tangible. Et alors, certaines choses se produisent."

Un livre à conseiller à tous les amoureux de Patagonie, de vent et de mystère!

Un roman qui montre bien toutes les ambiguïtés de l'amour et de la filiation.

Un roman classé en "jeunesse", certes, mais qui peut s'adresser tout aussi bien aux adultes je trouve!




20 octobre 2013

La vie dure


Un petit roman de Jeanne Benameur: Ca t'apprendra à vivre!

Cent pages qui nous plongent dans la peau d'une petite fille, en Algérie en 1958, au moment de la montée de la tension. Elle sent que des gens s'opposent, qu'il y a du danger, jusqu'au jour de l'exil, et jusqu'à l'après...

Chaque petit chapitre est comme un petit flash de souvenirs: "l'attaque'", "ma mère pleure", "je lis mes rédactions", etc.

C'est aussi l'histoire d'une famille, des relations entre les enfants, entre les parents, etc.

Quel talent pour donner à voir un regard d'enfant, des jeux, des questions.

Parfait, la narratrice passe du je au tu, pour s'adresser à se mère... et c'est comme si ça nous sortait du roman...

J'aime la place du geste de "creuser" dans ce texte. J'aime les instants et leur sens qui émergent par l’anecdote.

Merci à la libraire de Lyon qui m'a donné envie de découvrir l'écriture de Jeanne Benameur.







12 octobre 2013

Voyage au Nigeria



Avec Nouvelles du pays, Sefi Atta nous emmène au Nigeria . A travers de courtes histoires souvent cocasses et parfois tristement choquantes, nous découvrons le sort des femmes du pays, leur rapport à la religion, aux hommes, à l'éducation.

On passe tour à tour d'un regard d'exilé à un point de vue local ce qui permet de comprendre les multiples facettes d'un pays complexe !

Parmi mes nouvelles préférées : celle qui voit un part-brise de voiture sale révéler un visage de vierge Marie pour la femme d'un garagiste peu croyant ! On y rit de voir comment elle tente d'influencer son
Mari mais aussi comment s'organise la communauté pour aller admirer le miracle voire en tirer de l'argent ! Tout est dit !

D'autres nouvelles plongent dans l'horreur de la misère ! On suit notamment une mule qui voyage pleine de drogues avec son enfant, un jeune migrant rêvant d'Europe qui se fait arnaquer par des passeurs !

On ne tombe jamais dans le désespoir! Il y a toujours ou presque des rencontres, des sourires et de la générosité même dans les situations les pires.

L'enchaînement de courts textes rend la lecture très agréable car on bascule du rire à la peur en quelques pages!

Un livre à conseiller à ceux qui s'intéresse à l'avenir de l'Afrique !

Des nouvelles pour approcher le sort des femmes de plus prêt !

Merci Marie-Louise de ce beau cadeau !

Et chapeau à actes sud pour les sélections toujours fortes des textes ! Un régal !

27 septembre 2013

Un petit peu de fraîcheur dans un monde...



Un petit roman pour ado qui fait du bien: paulus d'agnes desarthe!
Notre héroïne est première de la classe, intello, et pourtant paulus, le beau gosse de la classe serait amoureux d'elle ! C'est le début d'un déroutement qui ne va que s'accentuer avec le chômage de son père, l'attitude complexe de sa mère, et j'en passe!
Le monde vu des ado est plein d'émotions et d'oscillations entre jeux d'enfants et irruption du sérieux!
Un roman bien écrit et savoureux qui peut aider des collégiennes à se mettre à la lecture et qui peut encourager les adultes à garder une âme d'enfants !

22 septembre 2013

Cartographie de Tulsa, United states



C'est un roman hommage à une ville américaine, comme il en existe peu. On suit Jim Praley qui retourne passer l'été chez ses parents à Tulsa, au fin fond de nulle part, alors qu'il vient de finir son année universitaire. Il aime cette ville, ses gratte-ciels, ses bars, ses magasins, son ambiance. Et il va s'éprendre de la ville en même temps que de la mystérieuse Adrienne, mi artiste, mi ratée mais tant admirée. Il va la suivre dans ses errances en voiture, dans ses moments de peinture abstraits, dans ses folies, à ne plus savoir s'il retourne ou pas à la fac en septembre. Petit romance d'un été ou chamboulement de toute une vie, la réponse est dans les rues de Tulsa.

Ce roman donne à voir la ville américaine classique et la vie qui va avec. On retrouve aussi tout du jeune adulte qui tente de s'émanciper et de trouver un sens à sa vie, alors même qu'il ne sait pas exactement où il va. C'est d'ailleurs comme si sa vie était un écho à cette ville, moyenne mais à potentiel, qui sait. Alors notre héro ou anti-héro tente d'écrire un roman, tente de séduire Adrienne, tente de comprendre ce qui l'attache à Tulsa, et ce dans un quotidien d'été un peu vide, un peu en creux.

Pourtant un reversement survient dans la deuxième partie du roman. Sans dévoiler l'intrigue, on comprend que Lytal, l'auteur, s'interroge en tant qu'écrivain sur ce qu'est être adulte et s'assumer, ce que veut dire être là pour les autres, et construire sa carrière.Rêve-t-on d'amour à tout prix en transformant le rien en tout ou sont-ce justement nos passions de jeunesse qui nous font à jamais?

Un roman où il ne se passe pas grand chose et pourtant tout est là.

Un roman sur les rêves et ce qu'on en fait ou pas.

Un roman sur les Etats-Unis aussi, et sur cette jeunesse du fin fond de l'Amérique.






14 septembre 2013

L'Harry Potter de l'espace!



Pour changer, voici un roman de science fiction, qu'on m'a conseillé de lire aux Etats-Unis, pour comprendre l'importance du Gaming et des Simulateurs, pour les prospectivistes et les militaires!

Ender's Game de Orson Scott Card nous fait suivre la vie d'Ender, un jeune garçon sur lesquels les autorités misent pour sauver la terre d’assauts d'extraterrestres. Brillant, il va être emmené dans une école spéciale, afin qu'il développe toutes les compétences propres à la guerre. Rien de tels que des simulateurs pour le plonger face à l'ennemi et face à lui même.

On se prête au jeu, on suit les péripéties et la formation d'Ender... Tout en se demandant, un peu comme dans le désert des Tartares, si ennemi il y a... ou pas! Je ne vous en dis pas plus! Sauf peut-être que le film va sortir à l'automne!

Un roman qui plonge dans un univers d'enfants surdoués, qui apprennent à manipuler, à déjouer et à se connaitre. A chaque exercice ses leçons, à chaque apprentissage des nouvelles forces et de nouvelles déconvenues.

Un roman à lire si vous vous intéressez à l'entrainement des militaires et des stratèges.

Un roman à lire si vous avez aimé Harry Potter, la fantaisie du vocabulaire en moins.


10 septembre 2013

Le mystère d'un départ



Quand un proche décède, on reste souvent seul face à de nombreuses questions. Un jeu s'installe alors en nous de collectes d'images, de souvenirs, de mots, pour tenter de retracer les derniers instants partagés, le sens des échanges si brusquement interrompus, etc. L'autre semble intensément mystérieux et inatteignable. Qu'avons-nous vraiment connu de lui? Sommes-nous passés à côté de quelque chose?

Toutes ces questions sont au coeur du dernier roman de Julian Barnes, The Sense of an Ending.

Nous suivons un groupe de quatre amis d'enfance qui va être confronté au décès d'un d'entre eux.

On suit le narrateur, Tony Webster, dans une première partie du roman, au coeur de sa jeunesse, de ses amours, quand tout lui semble possible. On suit ce groupe de garçons avec qui il partage son existence et leurs complicités d'adolescents... jusqu'à ce que tout bascule. Dans la seconde partie, Tom Webster est à la retraite et tente de retracer son passé pour comprendre. Cette construction permet de questionner ce qui fait de nous ce que nous sommes, ce que nous choisissons d'ignorer ou de croire.

Ce roman est magnifiquement écrit. Tout est dans le choix des mots, les nuances de ton.
Tout est dans les détails.

Un petit bonheur que cette écriture délicate et sensible.

Un roman pour tous ceux qui aiment les chemins de vie tortueux.

Un roman pour ceux qui s'intéressent à la mémoire, aux souvenirs, aux testaments.

Merci à Marguerite pour cette belle découverte!