26 novembre 2012

Drame: de l'intime au collectif



Voici deux bandes dessinées très riches, et à découvrir absolument: David, les femmes et la mort de JudithVanistendael et La nouvelle orléans après le déluge de Josh Neufeld. La première parle du drame intime que peut représenter le cancer dans la phase finale et le deuxième raconte la catastrophe que fut Katrina à la Nouvelle Orléans. Chacune des bulles nous conduit au fond de la crise, quand on est à ce point charnière entre la mort et la vie.



Ce que j'aime dans David, les femmes et la mort, c'est le coup de pinceau, les couleurs, les visages, les envolées oniriques ou cauchemardesques. Ah ces rouges, ces noirs, et ces personnes si touchants! On se prend très vite à l'histoire, celle du malade David, mais celle aussi de toute sa famille (et heureusement qu'on a l'arbre généalogique au début pour nous aider!). On pleurt, bien sûr, mais c'est bien plus que ça. Pas de stéréotypes, pas de mélo, mais des mots qui glissent juste entre les lèvres serrées. J'aime les poèmes qui ponctue le récit. Un petit pour la route:

"Je ne dirai plus jamais: "tout se termine"
mais "souris et commonçons, mon âme"
En de nouvelles mains je mets de nouvelles rames,
Et de nouvelles tours surgissent de la ruine"
De Antonio Gala, poemas de amor
(traduction de Brouet)



Dans La Nouvelle Orléans après le déluge, c'est un dessin plus pop, plus flashy, plus monochrome, mais des personnages tout aussi attachants, car nous suivons jour après jour Denise, Leo et Michelle, Kwame, tous plus ou moins convaincus que le pire n'arrivera pas, et pourtant... On se dit qu'on pourrait bien avoir été comme eux, à sous-estimer ce qui allait advenir, à penser que les digues étaient là, que l'Etat sauverait tout le monde, avec l'armée, la médecine moderne, les services de secours, mais non! On a beau avoir lu, vu, cette BD nous immerge au coeur du cyclone, sous les flots noirs et puants, et on en perçoit d'autres choses que ces récits ressassés.

Deux petits chefs d'oeuvre pour comprendre les dimensions humaines, sociales, politiques, économiques, médicales, des instants trop forts pour que les mots suffisent.

Des BD pour ceux qui aiment les témoignages vivants et riches.

Des BD pour les médecins, les victimes, les accompagnants, les proches et loin de la mort, les rêveurs et les pessimistes, les catastrophistes éclairés et les dessinateurs en herbe!




25 novembre 2012

Polar cubain

Aujourd'hui un petit polar cubain, un polar d'ambiance, de lenteurs, de bureaucratie. Passé Parfait de Leonardo Padura nous plonge dans une histoire de disparition mystérieuse. Nous sommes à La havanne, en 1989, et le lieutenant Conde essaie de comprendre où est passé Rafael Morin, directeur d'une grande entreprise locale. Mais là où tout se complique, c'est que Rafeel et lui était au lycée ensemble, et tous les deux amoureux de la même Tamara.

On est donc à la croisée des chemins, entre enquête présente et passé trop présent.

Un livre où l'on sent de la lucidité sur les dérives du système politique et institutionnel en place.

Un livre très humain, trop humain.

Le roman est intéressant dans la forme, avec des procès verbaux, des extraits d'enregistrement d'entretiens, les allés retour entre passé et présent. Le ton est assez proche d'un Fred Vargas pour les amateurs d'Adamsberg.

"Quand il pénétra au commissariat, le Conde se surprit à regretter la paix du dimanche. Il était à peine huit heures cinq mais on était lundi. Or tous les lundis, on avait l'impression que la fin du monde était proche, que le commissariat se préparait pour une évacuation digne d'une guerre atomique. Les gens ne prenaient pas le temps d'attendre l'ascenseur, ils couraient dans les escaliers. Il n'y avait plus de place dans le parking et les saluts se limitaient à un ça va, fugace, ou un à tout de suite ou un vague bonjour..."

Un roman pour tous ceux qui s'intéressent à Cuba, son passé, son système, ses moeurs.

Un livre pour les amateurs de polar, de rhum et de cigares.

Passé parfait sera très bien pour ceux qui aime l'humour désabusé des flics solitaires, un peu paresseux, un peu amoureux, un peu désenchanté.


19 novembre 2012

Acme Novelty Library Vol. 18



Ca vous est peut-être arrivé, de passer devant des immeubles, la nuit, dans une grande ville, et d'essayer de regarder à travers les vitres quelle pouvait être la vie à l'intérieur. Parfois on aperçoit un bout de bibliothèque, ume ombre, et on se prête à imaginer...

Chris Ware nous propose justement en BD de nous attarder sur un immeuble, et plus précisément sur une des habitantes des lieux. C'est une jeune femme, un peu timide, un peu grassouillette qui vit seule. Il nous fait entrer dans sa vie par ses pensées, mais surtout par tous ses gestes du quotidien, se lever, s'habiller, faire une machine. Peu à peu on découvre son univers.

Chris Ware a un ton hors norme, une temporalité mystérieuse, pour vous faire entrer dans la vraie vie. Pas de suspense, pas d'émotions fortes, mais tout est dit. Je ne vous en dis pas plus sur l'héroine de cette fiction.

Je vous laisse découvrir un graphisme simple et précis, qui varie tout petit cadre et grands formats.

Une BD que l'on peut lire et relire, avec des regards différents...

Un livre sur la vie, tout simplement.

Merci Hélène pour cette belle découverte!


08 novembre 2012

Joyeuse singularité



Il y a des singularités joyeuses à défendre, à cultiver, et à aimer...

Et c'est bien ce que nous propose Grimbert dans Un garçon singulier.

Dans les années 70, un étudiant un peu perdu, qui tente de faire psychologie, accepte un job hors du commun: s'occuper d'un autiste.

Il découvre peu à peu l'étrangeté de ce mal, des formes nouvelles de communication, et au fond il se trouve aussi lui.

Un livre fort, sur les relations filiales, sur l'amitier, sur le handicap.

Un roman qui se lit d'une traite ou presque!

Merci Marion!!

Un livre à conseiller pour ceux qui aiment les émotions et les histoires qui mêlent de nombreux sentiments en peu de mots.

Un livre à recommander à ceux qui s'intéressent à l'autisme, au rapport aux enfants handicapés.

Un roman pour ceux qui aiment les questions initiation à la vie et à l'autre!

29 octobre 2012

Un peu d'italie...



Aujourd'hui, un peu d'Italie, avec un grand classique: Le jardin des Finzi Contini de Bassani.

Tout commence par la fin. Le narrateur nous raconte qu'après la seconde guerre mondiale il a repensé à la tombe monumentale de la famille Finzi-Contini qu'il aimait tant, en sachant que malheureusement elle n'abrite qu'un fils, car toute la famille a péri à Auschwitz.

C'est alors qu'il se replonge dans ses souvenirs, et surtout dans son histoire d'amour pour la fille de la maison Micol. C'est l'histoire d'un amour fou mais platonique, de deux jeunes qui se croisent à la synagogue, marchent dans les jardins,... un amour qui peu à peu est à sans unique, mais redouble de force.

On est ému de cette jeunesse qui voit monter le fascisme, de leurs discussions endiablées. La plume de Bassani, avec des phrases longues, des parenthèses, des tirets, nous emporte d'un trait. Tout reste subtile; les non-dits, les souvenirs, et les espoirs se croisent.

Merci à Christine pour ce conseil de lecture! Quelle belle langue italienne!

Et en plus, il paraît qu'il y a aussi un film!

Avis aux amateurs de romans d'amours tragiques...

Avis aux amateurs d'Italie... de Venise... de Ferrare...

26 octobre 2012

Emails et vent du nord



Gut gegen Nordwind, traduit en français chez Grasset Quand souffle le vent du nord, de Daniel Glattauer est un roman épistolaire des temps modernes qui se lit très vite entre deux métros.

Tout commence sur un malentendu. L'héroïne du roman écrit un email pour résilier son abonnement à un magazine, mais suite à une erreur de frappe l'email arrive dans la boite d'un particulier qui a pas mal d'humour... Commence alors une correspondance électronique endiablée, sur la vie, et l'amour...

On y parle de tout et de rien, on y flirte, et cela pour le plus grand plaisir du lecteur.

Étrange comme les écrans permettent l'intime, la protection, mais aussi le mystère, la prise de risque, etc.Jusqu'où iront nos eux héros? Je ne vous en dis pas plus!

Un petit roman à glisser dans sa poche pour des courts trajets, car il se lit d'emails en emails... ce qui peut favoriser les interruptions dans la lecture!

Merci Claire pour le conseil!!!

Que ça fait du bien de lire en allemand!


22 octobre 2012

Correspondance



Voici un grand classique des romans épistolaires: 84 Charing cross road d'Helene Hanff. C'est l'histoire d'une américaine à la recherche d'obscures ouvrages, et qui est prête à s'emporter vivement par lettres pour les obtenir d'une petite librairie britannique.

De mots en mots, des liens se tissent, sur fond de guerre et de manque de denrées alimentaires d'un côté, et sur fond de générosité de l'autre... les lettres donnant lieu pas à pas à des envois de colis alimentaires!

On s'attache aux personnages, même si on ne les connait qu'épisodiquement, par voie postale!

On sourit du ton, de l'humour, et des décalages culturels, de missive en missive.

Un livre qui donne envie d'écrire de bonnes vieilles lettres traditionnelles, et d'en recevoir!

Merci Jean-Pierre pour le conseil!


14 septembre 2012

Entre radicalisation et occidentalisation



Voilà un roman qui tombe à pic dans l'actualité du moment: Black Album de Hanif Kureishi. C'est l'histoire d'un jeune anglais étudiant d'origine pakistanaise, Shahid. Il vit dans une sorte de cité universitaire où il fait la connaissance d'un voisin radicalisé. Shahid est en pleine quête identitaire et s'interroge sur son appartenance à sa communauté, sur son intégration à la société britanique, sur ses valeurs.

Sa réflexion se porte sur sa spiritualité (le sens de prier, d'aller à la mosquée), sur sa sexualité (la place de l'erotisme, le rapport aux femmes), sur la politique (quel engagement dans nos sociétés).

Ce qui est très fort c'est que le roman interroge l'islam, la radicalisation, l'occidentalisation à travers des expériences singulières, émotives et passionnées. Il ne s'agit pas de théories abstraites mais de choix du quotidien, avec qui on sort, si on boit ou on se drogue ou pas, si on est solidaire ou pas des membres de son réseau, etc.

Le problème du roman est qu'il n'en demeure pas moins caricaturale à bien des escients. Tout est extrême: des radicaux qui prennent une aubergine pour un signe divin, à la professeur pronant l'occidentalisation par une sexualité débridée et des drogues à outrance. N'y-a-t-il pas de voie du milieu?

Un espoir quand même la litérature, enfin en partie... Car la montée des fatwas et des autodaffés la met clairement en péril de pages en pages.

Un roman à lire pour découvrir la vie nocturne des clubs londoniens et leur folie...

Un roman à lire pour tous ceux qui s'interrogent sur les quêtes identitaires et leurs conséquences...

01 septembre 2012

Plan social



Il s'appelle Rudi, elle s'appelle Dallas. Et ils s'aiment pour le meilleur et pour le pire... mais point de château au soleil comme toile de fond, plutôt une usine, la Kos, où ils travaillent et qui connait de très grosses difficultés selon la direction.

Un roman qui est l'histoire d'une ville, d'un collectif de lutte, des tensions sociales, comme on en voit plein à la télévision au journal de vingt heures.

C'est écrit comme un feuilleton télé, avec en titre de mini chapitre les lieux, et au coeur du texte des dialogues. Et entre chaque partie, des rebondissements. Ça se lit tout seul, on s'attache aux personnages, et on vit le plan social de l'intérieur.

Le titre: Des vivants et des morts de Mordillat.

Un livre simple à lire sur les tourments des ouvriers dans notre monde de délocalisation... qui plaira aux engagés et aux autres!

Merci Sophie!






09 août 2012

Corps et Esprit, Homme et Femme



Quel curieux voyage que celui que nous propose Nancy Huston dans Le journal de la création! Il s'agit d'aller au bout de ce que créer veut dire, aussi bien au sens propre d' enfanter, engendrer, qu'au sens littéraire d'inventer des romans, des vers, et des lettres.

Alors que Nancy Huston attend sont deuxième enfant, elle part à la découverte de ce que créer veut dire pour l'homme et pour la femme. Elle s'interroge sur la place particulière que peuvent avoir le corps et l'esprit dans ce mécanisme à travers l'exemple de couples d'écrivains célèbre. Sartre et Beauvoir, Sand et Musset.

C'est effrayant de voir à quel point le conditionnement social veut que l'homme crée des oeuvres grâce à des muses, tandis que la femme procrée.  Comme si pour qu'elle ait de l'esprit, écrive un roman, il fallait qu'elle renonce à la féminité, à la maternité!

Ce livre est étrange car il est très aride quand on tombe dans les recherches que Nancy Huston fait sur les couples d'écrivains, mais très humain et sensible, quand elle nous parle de ses maladies physiques et psychologiques, de son ressenti de la grossesse. En fait, elle tente de dépasser le dualisme homme/femme, corps/esprit par son texte même.

Un livre qui parlera aux femmes mais pas que!

"Ainsi tu seras mon fruit. Après les fragiles fruits fondants de la fin du printemps, fraises et framboises. avant les robustes fruits croquants et âcres de l'automne, pommes et raisins. Tu seras pêche, prune, abricot, un fruit tout rond dans la rondeur de l'été. 
Et je suis ton arbre.
Non pas ton arbre généalogique, tu ne porteras pas mon nom, mais l'arbre qui de sa sève t'aura formé. 
Le coeur de ton père bat mais tu ne l'entends pas. Les poumons de ton père respirent mais tu le les sens pas. Les entrailles de ton père sont vivantes, elles font des gargouillis, remuent, travaillent, digèrent, mais tu l'ignores."

C'est un récit très psychanalysant, où les connexions se multiplient entre vie et recherche, entre passé et futur. On y croise Oedipe, Electre, et bien d'autres. Nancy Huston nous montre à quel point on ne contrôle finalement que peu de choses en nous, tout en pouvant être créateur, force, art et vie.






02 août 2012

Etre au plus près de soi



Dans Toute passion abolie, de Vita Sackville-West, nous suivons Lady Slane, tout juste veuve, et qui décide enfin de vivre comme elle l'entend. Elle ne veut plus être réduite à son rôle d'épouse, ou de mère, ou de femme docile.

Ce roman écrit en 1931 est d'un style élégant et fin.

Tout y tourne autour du bien vieillir, de l'acceptation de soi, du détachement et des rêves.

Lady Slane nous montre quelle place donner au souvenir quand on prend de l'âge et que le corps devient un ensemble de petites douleurs.

C'est aussi un roman sur la place des femmes, les liens de famille, et les tensions lors de décès.

C'est un livre épuré, où les dialogues et les gestes sont les révélateurs de jeux sociaux avec précision, et où le sens de la vie est questionné avec tact.

Un livre à recommander à toutes, pour prendre un peu de hauteur et de recul. Ce personnage de Lady Slane est magnifique et attachant, dans toutes ses forces et ses faiblesses.

Deux extraits:

"Heureuse! Qui pouvait dire qu'elle l'avait été? Était-ce concevable de résumer toute une vie en un petit mot de deux syllabes. Heureuse! Certes, on pouvait l'être un instant, mais deux minutes plus tard connaitre le malheur. Heureuse! Qu'est ce que cela signifiait? C'était tout juste un mot commode pour ceux qui veulent que la vie soit uniformément blanche ou noire, pour ces petites gens perdus dans la jungle humaine et qui cherchent à se rassurer par une formule. Heureuse! Il y avait des moments où elle aurait pu dire: oui, j'étais heureuse; et avec autant de conviction: non, je ne l'étais pas."

"Et aussi la manifestation de toutes sortes de petites douleurs, pour lesquelles elle commençait à éprouver une véritable affection. En fait c'était son corps qui était devenu son plus fidèle compagnon. Jamais plus il ne se faisait oublier. Toutes les petites misères corporelles, celles-là même que l'on garde pour soi, qu'on ignore quand on est jeune, étaient désormais devenues envahissantes, exerçant sur elle une sorte de rassurante tyrannie. Ce soupçon de lumbago qui l'obligeait à quitter son fauteuil avec précaution lui rappelait ce jour où à Nervi elle s'était démis une vertèbre, depuis ce temps d'ailleurs son dos n'était plus très solide. Elle connaissait également de petits problèmes intimes avec ses dents, qui l'obligeaient à mâcher lentement, d'un côté plutôt que de l'autre. Instinctivement, elle pliait le troisième doigt à la main gauche, pour prévenir une douleur due à une névrite."


24 juillet 2012

Codage et décodage de l'imaginaire



Haruki Murakami n'a jamais fini de nous surprendre. Dans La fin des temps, il nous emmène dans un mystérieux ascenseur et un dédale de couloir à la découverte d'un savant, qui fait des expériences sur le cerveau humain, à vous couper le souffle. S'en suivent alors deux histoires en parallèle, qui comme toujours finissent par se rejoindre avec subtilité et force! Les deux univers qui alternent s'appellent "fin du monde" et "Pays des merveilles sans merci". On alterne entre d'un côté un monde moderne proche du nôtre, avec ses supers puissances, son informatique et de l'autre un monde clos et parfait Moyen-ageux avec des licornes et autres mystères.

Un roman pour ceux qui questionnent la science tout en aimant les rêves!

Un livre qui plaira aux informaticiens, aux programmeurs mais aussi aux amateurs de contes et légendes!

Bref, un mélange détonnant où tout est possible et où l'on marche tout seul vers l'incertain!

On y retrouve toutes les obsessions murakamiennes, les musiques qu'ils aiment, ces alcools fétiches, ses goûts littéraires, etc.

On sent aussi un regard critique sur les camps de concentration et d'extermination en demi-teinte.

Un livre qui interroge également notre rapport à l'inconscient, à notre psychique et à son évolution dans le temps.

A lire sans modération!

On pense au film Dans la peau de John Malkovich. On pense parfois à Kafka, ou à d'autres auteurs russes. Ca évoque aussi Les falsificateurs de Bello. Mais non, nous sommes bien dans un Murakami, pas de doutes! C'est fort, très très fort!

A conseiller à tous ceux qui aiment être déroutés, cloués par un imaginaire en folie, tout en gardant les pieds sur terre!



18 juillet 2012

Apprendre à vieillir



Emily est agée, et vit seule à Pittsburgh. Elle s'occupe à sa routine du quotidien, les mots croisés, le chien, les repas, les couchés. Ses enfants habitent loin d'elle, et ne l'appelle que de temps à autres. Elle est veuve. Pourtant il ne lui manque rien. Elle continue le fil des heures, pas à pas, libre.

Stewart O'Nan nous fait découvrir un des pans de l’Amérique, celui qui vote conservateur, celui qui est vieillissant, comme ça, sans en avoir l'air.

Ce roman montre que la vie à tout âge peut être pleine d'imagination, d'inconnu, et de déconcertant.

"Dix heures du matin, et la seule chose dont elle avait envie, c'était de dormir. Elle écrivit ses cartes de remerciements l'esprit embrumé, se fit une soupe et un toast à midi, avala un bouchon de Dayquil nauséabond et se mit au lit. Dehors, le vent faisait rage et les fils téléphoniques se balançaient follement. Elle resta un moment à regarder la lumière changeante au plafond et à écouter Rufus respirer, le tourbillon de ses pensées amplifié par le silence. Elle avait les bronches prises, les sinus bouchés, et contemplant la porte fermée, elle se rappela la façon dont enfant, quand elle était malade, sa mère faisait de la soupe, la lui apportait sur un plateau et glissait une serviette dans l'encolure de son pyjama."


Un livre qui offre dignité et vulnérabilité, unis deux à deux dans une valse tendre!

06 juillet 2012

Manoir enchanté



Voici un livre qu'on n'a pas envie de finir, histoire de rester un peu plus dans cet univers joyeux: Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh.

Elle s'appelle Enid, Hortense, Bettina, Geneviève et Charlie. Elles sont cinq soeurs et vivent seules depuis la mort de leurs parents au sein de la Vill'Hervé, une grande maison au bord d'une falaise, qui sent bon les gâteaux, qui abrite un gnome dans la chasse d'eau et un serial semeur de poireaux!

Un roman tout plein du magique de l'enfance, des douleurs de l'adolescence et des joies et peines du devenir adulte. C'est un livre où l'on meurt, où l'on tombe amoureux, où l'on s'aide, où l'on a peur, où l'on est malade... Bref un concentré de vie un brin de folie en plus!

Certaines personnes portent des tenues "Christian Duchose"; certaines situations sont "Hypersolaire", "tour Eiffel" ou "top Niagara"! Certains s'appellent Tancrède d'autre Béhotéguy! Et les titres des chapitres sont top "Le fantôme fait des heures sup'" "Jeunes zomes de moins de 77 ans", etc.

Partez donc à la découverte de cette famille Verdelaine, de leur crabe en laisse, leur rat Mycroft, leur cafard dans la boite de tic tac! Vous ne serez pas déçus du voyage!

Le livre est construit autour de quatre soeurs, quatre saisons, avec des bouts de lettres, de chansons, de tirades, et des plans sur la comète!

Vous allez bien vous amuser!


24 juin 2012

Mère Fille



C'est l'histoire d'une mère qui marie sa fille, alors qu'elles ont toutes les deux des visions diamétralement opposées de l'amour, de la vie, de la famille.


La noce d'Anna de Nathacha Appanah accroche tout d'abord par l'écriture, audacieuse et franche, dès l'incipit:

"Il faut que je vous raconte doucement. Avec calme, sans me presser. Que j'attende que les mots se détachent du fond de moi-même, se promènent un peu, arrivent jusqu'à ma gorge et sortent comme un souffle, une expiration comme une autre, quelque chose que l'on fait des milliers de fois par jour, une évidence. Pour une fois, ne pas se laisser bousculer, ne pas céder au quotidien, résister à l'occupation première de nous tous, chaque matin: remplir nos vies, jouer à être Dieu, faire les cons.
Il faut que je vous dise comment nous attendons des années pour qu'enfin il se passe quelque chose, qu'enfin la roue tourne, qu'enfin nous soyons boutés hors de la torpeur du quotidien, et soudain, au détour d'un regard, dans la chimère d'une journée semblable à une autre, c'est là, maintenant, ici, ce que nous espérons depuis toujours: une autre vie à portée de main. Mais bien souvent, à force de remplir nos vies, de jouer à Dieu, de faire les cons, ce moment là nous échappe et nous continuons, sans nous douter une seconde, que nous avons laissé là maintenant la chance de notre vie, l'homme de notre vie, la femme de notre vie."


Un récit plein de surprises et d'attendus, autour d'une journée de noce, ses codes, ses rites et ses détours.

Les différentes étapes du mariage sont autant de moment pour la mère narratrice de se remémorer sa vie à elle, ses choix, ses fuites et ses peines.

Un livre pour ceux et celles qui ont envie d'aller au bout de leurs envies, et de croire à des petits moments étoilés même dans le doute.

Un roman au féminin, où les relations mère-fille sont interrogées à différents âges de la vie.

Un petit poche Folio qui se lit tout seul, à la veille des vacances, et en attendant le retour du soleil si bien caché en ce moment!

20 juin 2012

se retrouver



Il y a des moments où on a juste besoin de se retrouver au milieu de personnages qu'on connait, dans une petite ville, avec ce qu'il faut de suspense pour tourner les pages, juste comme ça sans plus!

Et là, il y a Camilla Läckberg et La sirène pour vous sauver!

Erika, l'écrivain qui enquête sur les terres de son policier de mari, est de retour, avec cette fois-ci une histoire sordide de lettres anonymes et de disparition.

Toujours le même procédé littéraire de construction de l'intrigue avec des chapitres du point de vue du méchant, dont on ne connait pas l'identité bien sûr, qui alternent avec des chapitres du point de vue des gentils qui courent après les méchants! Ajouter à cela le fait qu'Erika est à nouveau enceinte... et ce sont des jumeaux! Tout ce qu'il faut pour oublier les trajets en métro dans des pages toutes simples!

Avis à ceux qui cherchent un policier sans façon, à la mode nordique!



31 mai 2012

Pas toujours tout noir ou tout blanc




La couleur des sentiments est un roman qui se passe dans la ville de Jackson, Mississippi, à l'époque de l'esclavagisme. On suit les bonnes de familles plus ou moins riches de la ville, leurs vies, leurs peurs, leurs souffrances, et leurs joies. Chacune d'elles est tour à tour le narrateur d'un chapitre pour nous initier aux us et coutumes du moment. Parallèlement, une des femmes blanches de la ville commence à se poser des questions sur le statut des bonnes, la ségrégation, et décide de rompre les codes sociales établis en allant à leur rencontre, dans le plus grand secret. Elle est aussi une des narratrices du livre.

Un livre plein d'humanité, d'amour, et de suspense... et en même temps, presque l'histoire d'une enquête sociologique sur les relations entre bonnes et patronnes. Un livre sur les femmes, leurs liens, leurs antagonismes, leurs postures sociales.

Pas étonnant que La couleur des sentiments ait connu un tel succès! Les personnages sont attachants, le ton est juste, l'histoire est bien montée.

Ce que j'ai trouvé le plus intéressant est le volet éducation des enfants. En effet, ce sont les bonnes qui en grande partie l'assure, alors même qu'elles ne partagent pas forcément les valeurs des parents de l'enfant. 

Un autre aspect très riche du livre, je trouve, est le détail du quotidien des bonnes, jour après jour. Et leur double vie entre la journée et le soir une fois changée, lorsqu'elles se retrouvent à l'église.

Enfin des anecdotes croustillantes ponctuent le texte, lui donnant des respirations amusantes.

Un livre à conseiller à tout ceux qui ont aimé Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. J'ai trouvé des similitudes.

Un roman pour tous ceux qui aiment les histoires d'intérieur, au coeur des foyers, et des non-dits familiaux. La question des femmes et de leurs places dans les maisons, et dans la société, est bien traitée.

Un texte à lire pour mieux appréhender les relations blancs/noirs dans les Etats-Unis des années soixante.

Bref, un livre qui se lit bien, et qui donne envie de le conseiller à tous et à toutes. 

26 avril 2012

Royaumes et voyages



Le tome 2 de Vango de Timotée de Fombelle a tenu toutes ses promesses: des rebondissements, des sentiments, des voyages, du suspense!

Nous retrouvons Vango pourchassé, la charmante Ethel, la taupe, le méchant vendeur d'armes passé maitre du déguisement, etc. La seconde guerre mondiale bat son plein. Rien ne va plus!

Un texte facile d'accès, amusant, et qui n'est pas sans rappeler les Dumas ou autres Leblanc.

Un livre à offrir aux jeunes et aux moins jeunes, curieux d'aventures et d'escalades!

De New York à Paris, en passant par l'Écosse ou l'Italie, vous ne serez pas déçus du voyage!


17 avril 2012

Imbroglio





Les chroniques de Jérusalem de Guy Delisle ou comment l'imbroglio peut dépasser l'imaginable.

Dans cette bande dessinée, Guy Delisle nous emmène comme à l'accoutumé découvrir la vie quotidienne dans des zones pas simples politiquement. J'avais été vraiment touchée par son style de reportage en B.D. qui permet de voir dans les détails des jours qui passent toute l'histoire, la politique et les tensions sociales des lieux instables qu'il côtoie.

Pour cette chronique, on est marqué par les difficultés de tous les jours, les check-points, les embouteillages, les détours, les contrôles, les restrictions alimentaires en tout genre. On est rappelé aux terribles incompréhensions entre les peuples et leurs conséquences (le mur, la propagande, etc.)

Avec sa joyeuse naïveté, on s'attache à lui et à sa petite famille, qui s'adapte à toutes les circonstances.

Un livre à lire pour essayer de comprendre ce que peut être le vécu des gens là-bas, autrement que par les images des reportages du 20h.

Un livre qui essaie de rendre compte au plus juste des décalages de perceptions, des jeux de pouvoirs et des craintes des populations au quotidien.

Un beau travail de reporter, témoin, croqueur d'anecdotes révélatrices.

J'aime sa capacité d'étonnement, la sincérité avec laquelle il décrit aussi ses moments difficiles d'exaspération, de frustration, et enfin la bonne distance qu'il arrive à avoir avec ce qui l'entoure.

A quand le prochain tome?


12 avril 2012

V comme... Vango!





Romanesque, enlevé et sympathique, laissez-vous emporter par Vango de Timothée de Fombelle. Un roman dit "pour adolescent" mais qui fera le bonheur de tous! Du panache, du mystère, du suspense, de l'amour, tout y est... même quelques dessins et carte forts instructifs!

C'est une grande épopée qui donne à voir l'Europe au XXe siècle. Tout commence dans les îles éoliennes, où Vango s'échoue avec sa nourrice tout jeune enfant. Un mystère entoure sa naissance... et cela se comprend très vite d'autant qu'il est pourchassé de toutes parts par des hommes mystérieux.

On l'accuse de meurtre, on s'en prend à ses proches... Qui est donc Vango, cet escaladeur de génie, amoureux de la nature, et curieux des autres?

L'écriture est inspirée: elle mêle des hirondelles à des commissaires si mauvais qu'ils font rires. Elle crée des histoires de violette qui donne espoir... des châteaux... des vols en dirigeables... des îles où se cachent des monastères mystérieux...

Au début, on peut être dérouté car on saute de pays en pays, de personnages à d'autres, sans trop comprendre les liens. Puis tout s'éclaire, se noue... des ennuis des uns avec la Gestapo, au manoir écossais des autres!

C'est un hymne à ceux qui osent s'indigner et se battre pour leurs valeurs, même au milieu de la tyrannie.

C'est un ode à la fidélité à soi et aux autres.

Bonne nouvelle, il y a un tome II!

Pourvu que l'aventure continue encore longtemps!

Un livre à conseiller à ceux qui ont aimé Harry Potter de J.K. Rowlings ou Northern lights de Pulman.

Un livre pour ceux qui aiment être emportés par de belles histoires, avec des héros qui font rêver!