02 mars 2014

Tempête et conséquences



Un petit roman américain qui se lit bien: Les filles de l'ouragan de Joyce Maynard.

Ruth et Dana sont nées toutes les deux le même jour, dans le même hôpital, mais de familles que tout oppose: l'une vit à la ferme, entre récolte des mais et des fraises; l'autre est fantasque, vie d'artistes et autres lubies.

Les chapitres racontent en alternance du point de vue de Ruth et de Dana des années 1950 à nos jours la vie de ses deux femmes et la vie des Etats-Unis. Les deux destins de Ruth et de Dana vont s'entrecroiser de façon habile, jusqu'à se rapprocher au plus près.

Ce qui m'a plu dans ce livre, c'est avant tout la quête par deux femmes de leur voie, leurs choix du quotidien, entre rêve et simplicité.

J'aime aussi le rôle des plantes et des saisons, la place de l'art et de la créativité dans le roman.

C'est aussi intéressant de se retrouver à l'époque de la libéralisation des mœurs dans un pays au fond de puritanisme.

Le livre interroge aussi l'amour, celui qu'on donne ou qu'on refuse, celui qui semble évident ou qu'on construit, celui qu'on cache ou qu'on révèle.

"Quand j'étais petite, mon père avait apporté à la maison un livre appelé Harold and the purple crayon. Ma mère ne s'embarrassait pas des histoires pour enfants, mais mon père avait l'habitude de m'emmener à la bibliothèque de la ville, les jours de pluie où il lui était impossible de travailler dans les champs, tandis que dans la serre, cela pouvait attendre le lendemain. Dans ce livre, un garçon nommé Harold reçoit un crayon magique, et quand il commence à dessiner avec, les choses qu'il esquisse se mettent à vivre, ainsi s'il dessine une pomme, il peut la croquer, et s'il dessine une fusée, il s'embarque vers l'espace. Pour moi, le message était clair: Une personne qui peut dessiner, peut tout faire, aller partout. C'était le genre de personne que je voulais être."

Un roman au féminin pour ceux qui aiment les jeux d'échos, les regards intenses et familiers, les fraises et les crayons.

Un livre plein de vie, dans tout ce qu'elle a de mystérieux, de bouleversant et d'authentique.

Bien loin des longues descriptions de paysage ou des longs monologues psychologiques, ce roman est une série de scènes de vie, d’ellipses et de sensations, tracées à quelques traits mais qui s'animent vites sous la plume de l'auteur et le chassé croisé des personnages.


17 novembre 2013

Magnifique roman pour petits et grands



Nous voici au Chili, à la pointe du pays, où seuls les poètes et les aventuriers égarés ne passent. Ici vivent les Poloverdo et leur fils unique, Paolo, dans une cabane. Le petit chasse le serpents à défaut d'autres jeux ou compagnons, sent le vent souffler dans ses oreilles toutes décollées par les rafales et tente de grandir, là où rien ne pousse...

Jusqu'au jour où un homme se présente, ni marchand, ni géologue, ni poète... mais truand, escroc ou assassin. C'est alors que tout va basculer pour Paolo qui va découvrir derrière son innocence d'enfant, la médiocrité des humains et la force du mal. Mais tout n'est pas si noir ou blanc  lorsqu'on se met en quête de vérité!

Je ne vous en dis pas plus, mais je vous recommande très vivement la lecture des Larmes de l'assassin de Anne-laure Bondoux. C'est magnifiquement écrit. C'est intense, au cœur de la nature et des civilisations. Un peu fable, un peu conte, un peu roman d'initiation, un peu roman policier, et bien d'autres choses encore!

"Certaines choses se produisent quand on regarde longtemps la mer. Le ciel, par une nuit claire et sans nuage, peut avoir le même effet, mais il faut se concentrer de longues minutes sur les étoiles, se représenter les soleils, les planètes, leur rondeur, et cela demande beaucoup d'imagination. Avec la mer, l'intensité est là, devant soi, tangible. Et alors, certaines choses se produisent."

Un livre à conseiller à tous les amoureux de Patagonie, de vent et de mystère!

Un roman qui montre bien toutes les ambiguïtés de l'amour et de la filiation.

Un roman classé en "jeunesse", certes, mais qui peut s'adresser tout aussi bien aux adultes je trouve!




20 octobre 2013

La vie dure


Un petit roman de Jeanne Benameur: Ca t'apprendra à vivre!

Cent pages qui nous plongent dans la peau d'une petite fille, en Algérie en 1958, au moment de la montée de la tension. Elle sent que des gens s'opposent, qu'il y a du danger, jusqu'au jour de l'exil, et jusqu'à l'après...

Chaque petit chapitre est comme un petit flash de souvenirs: "l'attaque'", "ma mère pleure", "je lis mes rédactions", etc.

C'est aussi l'histoire d'une famille, des relations entre les enfants, entre les parents, etc.

Quel talent pour donner à voir un regard d'enfant, des jeux, des questions.

Parfait, la narratrice passe du je au tu, pour s'adresser à se mère... et c'est comme si ça nous sortait du roman...

J'aime la place du geste de "creuser" dans ce texte. J'aime les instants et leur sens qui émergent par l’anecdote.

Merci à la libraire de Lyon qui m'a donné envie de découvrir l'écriture de Jeanne Benameur.







12 octobre 2013

Voyage au Nigeria



Avec Nouvelles du pays, Sefi Atta nous emmène au Nigeria . A travers de courtes histoires souvent cocasses et parfois tristement choquantes, nous découvrons le sort des femmes du pays, leur rapport à la religion, aux hommes, à l'éducation.

On passe tour à tour d'un regard d'exilé à un point de vue local ce qui permet de comprendre les multiples facettes d'un pays complexe !

Parmi mes nouvelles préférées : celle qui voit un part-brise de voiture sale révéler un visage de vierge Marie pour la femme d'un garagiste peu croyant ! On y rit de voir comment elle tente d'influencer son
Mari mais aussi comment s'organise la communauté pour aller admirer le miracle voire en tirer de l'argent ! Tout est dit !

D'autres nouvelles plongent dans l'horreur de la misère ! On suit notamment une mule qui voyage pleine de drogues avec son enfant, un jeune migrant rêvant d'Europe qui se fait arnaquer par des passeurs !

On ne tombe jamais dans le désespoir! Il y a toujours ou presque des rencontres, des sourires et de la générosité même dans les situations les pires.

L'enchaînement de courts textes rend la lecture très agréable car on bascule du rire à la peur en quelques pages!

Un livre à conseiller à ceux qui s'intéresse à l'avenir de l'Afrique !

Des nouvelles pour approcher le sort des femmes de plus prêt !

Merci Marie-Louise de ce beau cadeau !

Et chapeau à actes sud pour les sélections toujours fortes des textes ! Un régal !

27 septembre 2013

Un petit peu de fraîcheur dans un monde...



Un petit roman pour ado qui fait du bien: paulus d'agnes desarthe!
Notre héroïne est première de la classe, intello, et pourtant paulus, le beau gosse de la classe serait amoureux d'elle ! C'est le début d'un déroutement qui ne va que s'accentuer avec le chômage de son père, l'attitude complexe de sa mère, et j'en passe!
Le monde vu des ado est plein d'émotions et d'oscillations entre jeux d'enfants et irruption du sérieux!
Un roman bien écrit et savoureux qui peut aider des collégiennes à se mettre à la lecture et qui peut encourager les adultes à garder une âme d'enfants !

22 septembre 2013

Cartographie de Tulsa, United states



C'est un roman hommage à une ville américaine, comme il en existe peu. On suit Jim Praley qui retourne passer l'été chez ses parents à Tulsa, au fin fond de nulle part, alors qu'il vient de finir son année universitaire. Il aime cette ville, ses gratte-ciels, ses bars, ses magasins, son ambiance. Et il va s'éprendre de la ville en même temps que de la mystérieuse Adrienne, mi artiste, mi ratée mais tant admirée. Il va la suivre dans ses errances en voiture, dans ses moments de peinture abstraits, dans ses folies, à ne plus savoir s'il retourne ou pas à la fac en septembre. Petit romance d'un été ou chamboulement de toute une vie, la réponse est dans les rues de Tulsa.

Ce roman donne à voir la ville américaine classique et la vie qui va avec. On retrouve aussi tout du jeune adulte qui tente de s'émanciper et de trouver un sens à sa vie, alors même qu'il ne sait pas exactement où il va. C'est d'ailleurs comme si sa vie était un écho à cette ville, moyenne mais à potentiel, qui sait. Alors notre héro ou anti-héro tente d'écrire un roman, tente de séduire Adrienne, tente de comprendre ce qui l'attache à Tulsa, et ce dans un quotidien d'été un peu vide, un peu en creux.

Pourtant un reversement survient dans la deuxième partie du roman. Sans dévoiler l'intrigue, on comprend que Lytal, l'auteur, s'interroge en tant qu'écrivain sur ce qu'est être adulte et s'assumer, ce que veut dire être là pour les autres, et construire sa carrière.Rêve-t-on d'amour à tout prix en transformant le rien en tout ou sont-ce justement nos passions de jeunesse qui nous font à jamais?

Un roman où il ne se passe pas grand chose et pourtant tout est là.

Un roman sur les rêves et ce qu'on en fait ou pas.

Un roman sur les Etats-Unis aussi, et sur cette jeunesse du fin fond de l'Amérique.






14 septembre 2013

L'Harry Potter de l'espace!



Pour changer, voici un roman de science fiction, qu'on m'a conseillé de lire aux Etats-Unis, pour comprendre l'importance du Gaming et des Simulateurs, pour les prospectivistes et les militaires!

Ender's Game de Orson Scott Card nous fait suivre la vie d'Ender, un jeune garçon sur lesquels les autorités misent pour sauver la terre d’assauts d'extraterrestres. Brillant, il va être emmené dans une école spéciale, afin qu'il développe toutes les compétences propres à la guerre. Rien de tels que des simulateurs pour le plonger face à l'ennemi et face à lui même.

On se prête au jeu, on suit les péripéties et la formation d'Ender... Tout en se demandant, un peu comme dans le désert des Tartares, si ennemi il y a... ou pas! Je ne vous en dis pas plus! Sauf peut-être que le film va sortir à l'automne!

Un roman qui plonge dans un univers d'enfants surdoués, qui apprennent à manipuler, à déjouer et à se connaitre. A chaque exercice ses leçons, à chaque apprentissage des nouvelles forces et de nouvelles déconvenues.

Un roman à lire si vous vous intéressez à l'entrainement des militaires et des stratèges.

Un roman à lire si vous avez aimé Harry Potter, la fantaisie du vocabulaire en moins.


10 septembre 2013

Le mystère d'un départ



Quand un proche décède, on reste souvent seul face à de nombreuses questions. Un jeu s'installe alors en nous de collectes d'images, de souvenirs, de mots, pour tenter de retracer les derniers instants partagés, le sens des échanges si brusquement interrompus, etc. L'autre semble intensément mystérieux et inatteignable. Qu'avons-nous vraiment connu de lui? Sommes-nous passés à côté de quelque chose?

Toutes ces questions sont au coeur du dernier roman de Julian Barnes, The Sense of an Ending.

Nous suivons un groupe de quatre amis d'enfance qui va être confronté au décès d'un d'entre eux.

On suit le narrateur, Tony Webster, dans une première partie du roman, au coeur de sa jeunesse, de ses amours, quand tout lui semble possible. On suit ce groupe de garçons avec qui il partage son existence et leurs complicités d'adolescents... jusqu'à ce que tout bascule. Dans la seconde partie, Tom Webster est à la retraite et tente de retracer son passé pour comprendre. Cette construction permet de questionner ce qui fait de nous ce que nous sommes, ce que nous choisissons d'ignorer ou de croire.

Ce roman est magnifiquement écrit. Tout est dans le choix des mots, les nuances de ton.
Tout est dans les détails.

Un petit bonheur que cette écriture délicate et sensible.

Un roman pour tous ceux qui aiment les chemins de vie tortueux.

Un roman pour ceux qui s'intéressent à la mémoire, aux souvenirs, aux testaments.

Merci à Marguerite pour cette belle découverte!


28 août 2013

L'art de la joie... en Sicile



L'art de la joie a longtemps été un grand roman du XXe siècle caché et méconnu, car son contenu était jugé trop scandaleux. Roman charnel et sensuel, écrit avec le corps tant qu'avec l'esprit, il nous emmène en Sicile où l'on suit le destin de Modesta, née le premier janvier 1900. Jeune fille issue d'une famille pauvre, elle va devenir riche et noble. Mais entre temps elle aura commis le pire comme le meilleur, affronté les guerres, les préjugés, les peurs et les doutes. Elle aura connu de multiples vies, de multiples âges, et de multiples amours.

Modesta est un très beau personnage de femme, complexe, intelligente, et indépendante. Sa part de noirceur est aussi dure que sa grandeur. Elle est tout à son désir, à sa sexualité, tout à ses expériences. Elle est tout à ses exigences et ses espoirs. Elle porte de la première à la dernière page un roman que l'on pourrait qualifier de féministe.

"Quiconque a connu l'aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatigant, âpre et d'excitant d'escalader la montagne qui des pentes de l'enfance monte jusqu'à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d'eau, un vol géométrique d'ailes dans la lumière, quelques instants et... hier j'avais les joues fraîches des vingt ans, aujourd'hui - en une nuit - les trois doigts du temps m'ont affleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement... Première, mensongère terreur des trente ans."

Pour Sapienza, l'homme et la femme se doivent d'être libre. Pour cela, chacun doit se battre, le vouloir et y croire, coûte que coûte. A la vie, à la mort. Il faut à tout prix éviter les dogmes, les idéologies, les carcans sociaux ou politiques. Il faut vivre en pleine conscience de son existence et de la joie qu'il y a de vivre, tout simplement.

"-Qu'est ce que tout cela a à voir?
-Ça a à voir, parce que chez tes camarades, je n'ai trouvé qu'aspiration mal dissimulée à la sainteté et vocation au martyre. Ou la férocité du dogme pour cacher la peur de la recherche, de l'expérimentation, de la découverte, de la fluidité de la vie. Si tu veux le savoir, je n'ai rien trouvé qui ressemble à la liberté du  matérialisme."

En bref, une grande fresque où l'on croise des religieuses, des nobles, des pauvres, des anarchistes, des communistes, des fascistes, des croyants, des rêveurs, des malades, et des morts.

Merci à Etienne et Marie-Louise pour ce beau cadeau...

13 juin 2013

Mondes parallèles



Et un petit Murakami pour la route: Les amants du Spoutnik.

Le héro K. est très ami avec Sumire, une fille hors du système qui tente en vain d'écrire des romans.

"L'esprit de Sumire était aussi clair qu'un ciel nocturne en hiver. La grande Ourse et l'étoile Polaire brillaient, bien à leur place. Elle avait un tas de choses à écrire. Un tas de choses à dire. Il suffisait qu'elle ouvre la vanne appropriée, et courant d'idées et de pensées pleines de passion jaillirait comme une lave incandescente, jusqu'à former une œuvre novatrice."

Alors que K. aimerait conclure avec Sumire, celle-ci tombe éperdument amoureuse de Miu, une femme d'affaire mystérieuse, lors d'un banquet de mariage. Dans l'espoir de passer plus de temps avec elle, elle accepte de devenir son assistante et de l'accompagner dans ces périples en Europe. Mais un jour, K. apprend par Miu que Sumire a disparu, et tout bascule.

Un roman troublant à la Murakami, avec tout ce qu'il faut d'amour, de désir, de doute, de quête... avec aussi la Lune, des mises en abime, et des questions existentielles.

Un roman sur la solitude, sur le manque et sur le désir d'écrire.

"Pourquoi sommes-nous si seuls? me demandais-je. Pourquoi est-il nécessaire que nous soyons si seuls? Tant de gens vivent dans ce monde en attendant quelque chose les uns des autres, et ils sont néanmoins contraints à rester irrémédiablement coupés des autres. Cette planète continue-t-elle de tourner uniquement pour nourrir la solitude des homes qui la peuplent?
Allongé à plat dos sur ma pierre, je songeais aux innombrables satellites qui faisaient en ce moment même des circonvolutions autour de la Terre. Une faible lueur soulignait encore l'horizon; cependant quelques étoiles apparaissaient déjà dans le ciel qui avait pris une teinte violine."

Le réel et le rêve se cotoient. Le voyage est aussi fort intérieurement qu'extérieurement. Nous restons des inconnus à nous-mêmes et aux autres, même si nous tentons tant bien que mal d'échanger, de partager, de comprendre.

Un roman pour tous les amoureux du mystère de la vie et de l'écriture.

Un roman pour ceux qui aiment les grandes histoires d'amour impossible.

Un roman pour continuer de déguster la subtile écriture poétique de Murakami!


08 juin 2013

Un petit coin d'Irlande



Si vous avez envie de revenir au temps des fermes, où les heures étaient ponctuées par les poules à nourrir, la lessive à faire à la main, le pain à faire à la main, etc, ce roman est pour vous: Annie Dunne de S. Barry. Vous retrouverez les années 1950, quand toutes les tâches étaient faites à la maison, sans assistance de l'électroménager, sans téléviseur, sans smartphone!

S. Barry nous emmène au fin fond du Kelsha, une région rurale de l'Irlande. Annie Dunne, son personnage principale est une vieille célibataire bossue qui vit avec sa cousine Sarah. Toutes deux ont un quotidien très routinier et intense en travail des campagnes, quand on vient leur confier la garde de deux enfants. Annie Dunne s'interroge alors sur le sens de son existence, sur la solitude, et sur ce qui fait le bonheur au quotidien.

Un roman qui coupe de la vie urbaine.

"Tout est propre et majestueux, le gros galet d'eau dans sa couronne de longues herbes, la pierre pour se mettre à genoux, sèche et accueillante. Je plonge mon seau avec une secrète adresse, pas une trace de boue ne remonte du fond noir. Le seau boit l'eau."

Un roman sur le rapport entre générations, et sur les rapports homme-femme dans les campagnes irlandaises.

Une jolie écriture aussi, qui donne à sentir la mousse, à entendre le bruit des feuillages et du vent!

"Je suis debout sous les étoiles et je rumine comme si j'étais aussi un animal, un être de plus dans la plénitude du monde. Je sais que je ne suis rien. Ma fierté ne s'appuie pas sur ma propre machine, elle n'est qu'un appentis construit sur un préjugé et s'appuyant sur la colère."




02 juin 2013

Petit coeur sensible au bord d'une falaise



Après Les Déferlantes, je viens de lire un deuxième roman de Claudie Gallay: Les années cerises.

Comme toujours, on sent toute la tendresse que Claudie Gally a pour ses personnages. Cette fois-ci le héros a une dizaine d'année... Il va à l'école où tout le monde le surmomme l'Anéanti, car il a du mal à suivre en classe, il est un peu en marge. Et ce n'est pas M. Pilou, son instituteur, qui l'aide à s'en sortir. Tout juste l'envoie-t-il chez un psy, en désespoir de cause et sans ménagement...

Il faut dire que notre bout de chou n'est pas aidé, car à la maison, sa mère ne s'exprime presque qu'avec des paires de claques. Et l'affection est un mot exclue de son vocabulaire. Quant à son père, on le sent absent. D'ailleurs le foyer s'effondre au sens propre, puisque l'érosion de la falaise fait que le terrain diminue à grand pas. Un jour, on se doute que la maison y passera, ainsi que le cerisier d'en face.

Heureusement, il reste de beaux échappatoires: la ferme des grands parents, les parties de pêche, et la jolie grande soeur de Paulo...

"Je suis puni.
Puni de tout, de stade, de dessert, de télé.
Le soir, je vais au lit à huit heures et je regarde le poster de la montagne.
La montagne, ils ne peuvent pas me l'enlever. Je l'ai dans la tête. J'ai que ça même. C'est là bas que je veux aller. J'arrive pas à expliquer. Pour tout dire, comme idée, c'est encore plus fort que la sœur de Paulo."

Un roman écrit à hauteur d'enfants.Une petite écriture fluide qui se lit toute seule. Avec simplicité et vérité, celle qui sort de la bouche des enfants, justement!

On s'attache très vite à ce petit gamin perdu, qui tente de se frayer un chemin dans la vie.

Merci à Sophie de m'avoir fait découvrir Claudie Gallay!
On en redemande!

Un roman facile à lire, et au ton juste.

Une petit cerise sucrée, mais pas trop quand même, tombée d'un arbre frêle.
 




31 mai 2013

Très beau personnage de femme...



Vienna est certainement un de ces personnages de femmes fortes et non conventionnelles qu'on n'oublie pas. Entière, sincère, résistante et résiliente, elle vit intensément et tout ce qui l'entoure en sort transformé.

New-Yorkaise cultivée, elle arrive jeune mariée dans une petit ville de Virginie, au milieu des années 30. Ne jouant pas le rôle que la société locale veut lui assigner, elle va devenir l'objet de ragot et de malveillance, tout en restant droite, au plus près d'elle-même, et ses désirs et de ses rêves, mais aussi de ses deux enfants, Willa et Elliott.

« Addison avait entendu dire qu'elle avait essayé de tuer son mari, qu'elle s'adressait au diable dans une langue inconnue, et que les soirs de pleine lune elle se baignait dehors dans une baignoire en fer-blanc et attirait sur sa peau la luminosité céleste. Elle était socialiste ou peut-être communiste, Addison ne se rappelait pas lequel des deux, mais la différence importait aussi peu qu'une morsure de charançon, parce que ce n'étaient pas des étiquettes qu'on voulait se voir coller sur le dos. En plus elle aimait les Nègres et elle fumait des cigarettes. Voilà ce qui arrive, disait-on, quand on lit trop de livres : ça ramollit le cerveau, et Addison imaginait alors la texture spongieuse des champignons des bois ou des crackers détrempés. On racontait qu'elle possédait des milliers de livres. » 

On pleurt, on rit, avec Vienna.

On voit grandir ses enfants tout à leur innocence, tout à leur roublardise.

Un roman plein de pensées, de philosophie, de sagesse et de folie, d'arbres aussi, de jument gourmande, de piano et de boutons colorés.

"Les Hauts", son domaine, devient le lieu des humanités, de la lumière au milieu des carcans sociaux et étroits de Winsville.

Un roman à lire absolument, pou retrouver un peu d'intensité face à la vacuité, pour tracer son sillon droit et profond, pour goûter la liberté, la tolérance, et la joie d'être singulier.

Une belle écriture à découvrir comme des photo de vacances toutes simples et pourtant émouvantes.

"Ce n'était pas seulement parce que Gray sentait l'esprit immanent des arbres l'émouvoir aussi facilement que les branches ployaient sous le vent, ou qu'il partageait l'amour de Vienna pour les canons de la littérature laissés d'ordinaire à la délectation des poissons d'argent, ni parce que son imagination était aussi agile et fébrile qu'une flamme dansante. Ce n'était même pas à cause de ses bizarreries amusantes qui rendaient son comportement excentrique. Non, elle tomba amoureuse de lui pour une raison beaucoup plus simple: avec lui elle se sentait comprise et acceptée."

Un roman où les principes d'éducation tentent avant tout de faire des enfants des êtres solides, indépendants et curieux.

"Il ne lui vint jamais à l'esprit qu'elle mentait à ses enfants à propos des pérégrinations ou les occupations de leur père. Les histoires qu'elle racontait contenaient une probité fondamentale en ce qu'elles représentaient correctement les grands traits de la situation - Willard était en vie, Willard était loin, et Willard n'était pas en mesure de rentrer. Pour le reste, Vienna ne voyait pas de mal à embellir ou à déformer les détails. Elle se contentait d'interprété la vérité et de la rendre poétique - lyrique, savoureuse et instructive."

Un roman pour toutes celles qui cherchent à mettre en déroute tout ce qui n'est pas la vie pour ne pas, quand viendrait la vieillesse découvrir qu'elles n'avaient pas vécu...

Un roman féministe, alors même que le sud américain où il se déploie a du mal à ne pas rester dans son modèle esclavagiste.

Un roman délicieusement farouche et cultivé.

« Souviens-toi, être différent ne fait pas de vous quelqu'un de spécial, mais être spécial fait de vous quelqu'un de différent. »

12 mai 2013

Concentré de vie



Toute la vie, un roman qu'on referme les yeux humides et avec une forte envie de goûter ses rêves au-delà de ses peurs!

Vous le trouverez au rayon pour ado même s'il peut s'adresser aux adultes aussi je pense.

Roman chorale, mais plutôt en mode jeux vidéos, je ne vous en dis pas plus! Chaque personnage est tour à tour narrateur de sa propre vie. On saute d'une conscience à une autre, de paragraphe en paragraphe.

On suit Isa, la mère, qui n'a pas eu la chance d'avoir des parents à la hauteur, ou de faire des études, et qui vit de galère en galère, avec ses deux enfants de deux pères différents. Elle est incapable de s'assumer comme parent...

Michel, l'ado, qui ne comprend pas que sa mère ne soit pas capable de l'aimer et qui souffre à plein de son indifférence...

Hannah, la soeur, qui a le don de lire dans les pensées des autres et d'avoir un certain recul philosophique derrière son côté cash! C'est là petite madame je sais tout, qui se faufile partout pour tenter de comprendre le sens derrière les riens...

Et enfin Daniel, le voisin, qui est contrôleur en hygiène de yaourt... looseur de première mais qui pourrait bien s'avérer une pièce maîtresse de ce jeux, quand on découvre à Michel les premières trace de son cancer.

Bon tout ça, vous allez me dire, n'est pas pour vous faire courir à la bibliothèque ou dans votre librairie...

Et pourtant c'est un concentré de vie, dans toute sa laideur et sa beauté! Jérome Bourgine se refuse à tout misérabilisme. Il ne s'épanche pas sur ses personnes pourtant maltraités au plus haut point par la vie. Ce qui frappe à la lecture c'est la lucidité de Michel, Isa, Hannah et Daniel. C'est elle d'ailleurs qui va faire leur force. Rien ne leur ai épargné, et c'est comme ça. Ca doit être cela vivre. Ca doit être cela être humain.

C'est un roman que beaucoup ont du lire dans les couloirs de l'Institut Gustave Roussy, où sont soignés les enfants souffrants de cancers ! (Une grande pensée pour Catherine d'ailleurs en refermant ce livre...)

Un texte pour montrer qu'on peut s'aimer, vivre et mourir, de multiples façons. Un roman sur notre présence ou absence aux autres.

Personnellement, ne jouant pas du tout aux jeux vidéos j'ai parfois eu du mal à comprendre cette jeune génération et leur mode de projection dans le jeux pour survivre...

J'ai aussi trouver que l'auteur y allait un peu fort dans le côté vulgaire de la mère...

Mais je me suis attachée à Michel et à Daniel, aux liens qui se tissent entre eux. J'ai aussi aimé le lien entre Michel et sa soeur Hannah.

J'ai été touchée par la cabane, les suites de Fibonacci, bref, les côtés pétillants et poétiques qui ressortent de l'horreur et  de la douleur.

Pas de recettes magiques, mais juste la vie, que chacun affronte à sa façon, parfois lâchement et parfois en héros...

"La chimio est derrière. Maintenant c'est diarrhées, mal à la bouche, gorge et ventre. Je repense souvent à toutes ces choses de la vie ordinaire:  combien de kilo de nourriture on mange dans une vie, combien on boit de litres de coca, combien de kilo de crottes, de mètres d'ongles... Et aussi: combien y a-t-il de phacochères sur terre en ce moment précis? D'étoiles dans notre galaxie? De gens qui pensent à la même chose que moi au même moment? Tous ces trucs qui m'obsèdent depuis que je suis petit."









07 mai 2013

Au pays du fanatisme...



Aujourd'hui, voyage vers Alamut, une citadelle du fanatisme qui fait l'objet du roman du même nom écrit par Vladimir Bartol. Publié en 1938, ce roman slovène est devenu un classique, tant le texte est un mélange de roman historique, philosophique et de roman d'initiation.

Nous suivons tour à tout une jeune femme, Halima, enlevée et qui atterrit dans ce mystérieux royaume d'Alamut tant paradisiaque et totalisant qu'il en est tout de même effrayant, et Ibn Tahir, jeune homme qui se rend de son plein gré à Halamut, dans l'espoir que le seigneur du lieu l'aide à venger son père.

Ils vivent là-bas, sans se croiser, car jeunes hommes et jeunes femmes sont séparés. Leurs journées sont ponctuées comme dans un conte par des rituels d'éducation, de prière et d'épreuves. Des liens de camaraderie se créent, des jalousies apparaissent.

Le mystère monte: qui est donc ce grand seigneur qui les héberge et leur offre tous ces cours? A quoi les prépare-t-on au juste?

Pas à pas, Halima et Ibn Tahir mènent l'enquête. Ils essaient de grapiller des informations pour se tracer leur chemin et grandir.

Les montagnes du nord de l'Iran qui abritent Alamut nous dépaysent. Elles nous emportent dans ce conte où l'on se doute assez vite toutefois qu'il peut renfermer le meilleur comme le pire.

Un roman pour ceux qui s'intéressent à l'histoire politique du Moyen-Orient ou sont un peu curieux de la découvrir!

Un roman pour mieux comprendre le fanatisme religieux, les régimes totalitaires ou sectaires.

Ce livre plaira à ceux qui aiment les quêtes, même noires.

Merci Nacéra!

24 mars 2013

La pluie avant qu'elle tombe



Un livre aussi fort et délicat que son titre!

Il s'agit d'une collection de souvenirs qui jaillissent de la bouche de Rosamond, une vielle dame en train de mourir et qui enregistre sur des cassettes l'histoire de sa vie et de sa famille pour la transmettre. Elle tourne les pages des albums photo et décrit pas à pas l'histoire des femmes qu'elle a cotoyées, des mères, des filles, des amantes, et leurs mystérieuses relations.

On est au cœur de l'intime. C'est très émouvant, juste, sincère.

Le rythme des photo fonctionne bien pour nous plonger dans des tableaux, des scènes d'hier, et qui laissent percer, donnent à voir ou cachent le vécu des uns et des autres. On retrouve des moments forts de l'histoire britannique, mais aussi les petits moments clé d'une vie, les rencontres, les ruptures, les deuils.

Un roman fait pour la rubrique AU FEMININ de ce blog, tant il interroge les relations mères-filles avec sagacité.

Tous les sentiments sont là, la déception, la peur, la colère, la compassion. L'auteur arrive à glisser d'un registre à l'autre, au fur et à mesure des instants saisis sur le vif, en noir et blanc puis en couleur.

C'est un beau regard sur une vie, avec tout ce qu'elle peut avoir de grave, de sourd, de méchant et de léger et doux. C'est une interrogation sur l'existence et ses mystères. Pourquoi vit-on ce que l'on vit? Par destin? Par coïncidence? Y-a-t-il un sens à tout cela? Quelle logique derrière nos actes?

"Catharine saisit la télécommande, monta le son, et la première chose qu’elles entendirent, au bout de quelques secondes, fut un souffle de bande, suivi des claquements et crachotements d’un micro qu’on allumait et qu’on réglait, et du grattement du pied de micro en plastique sur une surface dure. Puis il y eut une toux, un raclement de gorge ; et enfin une voix, la voix qu’elles comptaient entendre, ce qui ne la rendait pas moins fantomatique. C’était la voix de Rosamond, seule dans le salon de son bungalow du Shropshire, qui parlait dans le micro quelques jours à peine avant sa mort"

Toutes les familles ont leur secret; Toutes les familles ont leurs albums; Toutes les familles ont leurs répétitions, leurs ruptures. Un roman qui a le don de capter dans les nuances de ton, et les cadrages ratés des clichés pris trop rapidement les non-dits et les révélations puissantes qui font ce que l'on est.

Un livre à lire absolumment.




12 mars 2013

Mélodramatique



Le message d'Andrée Chedid, un roman écrit comme au ralenti.

Nous sommes sûrement au Liban, en tout cas dans un pays que la guerre met à feu et à sang. Une jeune femme, Marie, tente de rejoindre un de ses ex, son amoureux de toujours, pour lui dire qu'elle accepte de faire sa vie avec lui, mais voilà, il habite de l'autre côté de la ville, et entre eux il y a les ruines, les snipers, les cris, les blessés, la foule...

Tout est exacerbé par la peur, la tension, la chaleur.

Des mots bien choisis, et un texte émouvant du début à la fin, avec un style que l'on garde à l'oreille et au cœur.

"Marie ne bouge presque plus. Marie respire à peine.
Pour lui parler, il faut utiliser peu de mots: des mots simples, des mots essentiels, qui vont du coeur au coeur. Des mots qui se glissent petit à petit avec leurs consonnes, leurs voyelles, dans le corps et la pensée de Marie. Des mots qui deviendront la matière de ce corps, le ferment de cette pensée, des mots à lents parcours qui traverseront le conduit auditif, atteindront le tympan, percuteront les osselets, ensuite le rocher; des mots qui se frayeront lentement un passage dans le labyrinthe de l'oreille. Des mots aimés, des mots aimants, ressentis, agrippés à l'espérance. Des mots vrais, même s'ils mentent. Des mots forgés d'amour et de promesse, même s'ils simulent. Des mots réels et fictifs. Des mots pour vivre et pour rêver."

Un livre pour ceux qui aiment la poésie, même au milieu des massacres, des guerres et des suplices.

Un roman pour ceux qui aiment le romanesque, l'amour à tout prix, le jeu du hasard et du destin.

Une écrivaine à découvrir et à redécouvrir.

Évitez de lire la quatrième de couverture, pour garder le mystère de la lecture.

03 mars 2013

Crayons de couleur du soleil dans les yeux

Une petite bande dessinée du dimanche: Dans mes yeux de Bastien Vives.

Sous ses joyeux traits de crayons de couleurs, Vives nous emmène en caméra embarquée à la rencontre d'une jolie fille, dans une bibliothèque.  Une étudiante en philo.

Elle est attachante, méditative, toute mimi quoi!

Tout est dit, dans ses attitudes, ses postures, ses mimiques... sous les crayons de Vives. Il capte le simple, le spontané, l'intuitif!

Ils finissent par se parler, et hop nous voilà embarqués avec eux dans leur aventure!

Une B.D. très touchante, juste, intime. Bastien Vives a le don de faire d'histoires simples des petits bijoux à accrocher à ses yeux et à ses lèvres.

Ce qui marche bien, étonnement, c'est qu'on n'a qu'un bout du film, celui qu'il voit, qu'il observe, les mots qu'il entend... Mais on n'a rien de son discours à lui, sauf à travers son style de dessin, ce qu'il capte des instants qui passent à deux. On n'entend pas les réponses qu'il lui fait. On les devine juste dans les yeux du narrateur dessinateur.

Les couleurs sont vives, vivantes. Les coups de crayons sont appuyés, dynamiques, animés.

C'est un livre doux et sucré,

Un exercice de style réussi!

A découvrir absolument!

Ca donne envie de sortir ses crayons.

Ca donne envie d'aller à la rencontre de l'autre, dans le mystère de ce qu'il donne à voir... ou pas!

Une bulle de légèreté! Avec des baisers comme jamais vous ne les avez vus!







02 mars 2013

Le mystère des vagues



Il y a les corps que la mer rend, et ceux qu'elle garde. Il y a les hommes qui parlent et ceux qui se taisent à jamais. Il y  a les jours de tempêtes, et ceux de mer calme.

Dans Les déferlantes de Claudie Gallay, une jeune femme en deuil s'isole à La Hague, pour survivre. Elle observe les oiseaux, leurs nids, leurs migrations, mais très vite aussi les humains qui les entourent et leurs mystères.

La lili qui tient le bar, le Théo ancien gardien du phare, Nan la folle qui erre sur la plage lors des tempêtes, Max le benêt pas si bête, Raphaël l'artiste sculpteur, ...
et Lambert, l'homme de passage... l'homme qui veut comprendre... lever le voile...

Belle écriture où se mêlent le dialogue que la narratrice entretient avec son amour disparu et le flot de ses observations du moment.

"Je n'ai pas insisté.
Je suis allée sur la grève. Un petit oiseau à bec jaune picorait les puces de sable.
L'empreinte solitaire de mes semelles.
Mon ombre dérisoire sur la route."

Les non-dits se multiplient et la narratrice devine les drames, et finit par enquêter avec Lambert pour comprendre. Qui est ce petit Michel dont on cache les photos? Pourquoi les parents de Lambert sont-ils morts en mer il y a trente ans? Une complicité sans nom émerge alors doucement entre deux endeuillés de passage, de phrases courtes en phrases encore plus brèves, de bourrasques de vents en petites pluies fines.

Le suspense s'installe et on se laisse emporter par le courant... dans ce très beau récit, fort et poignant, au croisement des solitudes et des secrets.

Un roman qu'on a envie de conseiller à tous ceux qui aiment la nature, le grand air, les oiseaux, les embruns, et les ciels pas toujours bleus...

Un livre pour tous ceux qui s'interrogent sur le deuil.

Un beau texte plein d'humains attachants et lumineux, terribles et sombres... trop humain?




23 février 2013

Bulles de résistance



Découverte BD de cette semaine: Le vol du corbeau de Gibrat, tome 1 et 2.

Une histoire pleine de mystères qui commence dans une prison parisienne pendant la seconde guerre mondiale, où une résistante communiste dénoncée par un corbeau malintentionné se retrouve enfermée. Elle est assez vite rejoint par un voyou voleur, qui trouvera le moyen de les faire s'évader par les toits. Commencent alors la fuite, et les interrogations: qui l'a dénoncée? pourquoi? est ce que sa soeur aussi a été embarquée?

On est au coeur de Paris, pendant l'occupation, on s'attache aux personnages et à leur destinée!

Un beau trait, à l'aquarelle, où l'on retrouve les ponts aériens de la ligne 6 du métro, le canal st martin, etc. Les visages sont très expressifs.

La guerre révèle le pire ou le meilleur des êtres.

On dévore...

Une BD pour ceux qui s'intéressent à l'occupation,

Une BD pour retrouver le Paris des années 40,

Une BD pleine de suspense et de romantisme!







16 février 2013

Je est un autre en Inde



Dans Nocturne indien, le narrateur part en Inde à la recherche de Xavier. Il descend dans les hôtels où il pense que Xavier a pu dormir, il va dans les hôpitaux que Xavier aurait pu fréquenter,...

La quête de Xavier donne lieu à des rencontres, où l'on ne sait pas si les êtres ont vraiment déjà connu Xavier, ou s'ils donnent le change pour de l'argent, ou juste parce qu'ils sont fous ou hors du temps.D'ailleurs, notre narrateur cherche-t-il vraiment Xavier ou joue-t-il à se trouver lui-même?

Un texte très bien écrit, sur la quête de soi et des autres, et le mystère que cela comporte.

Tabucchi nous emporte dans ce voyage, ou ce rêve d'insomniaque, sans que l'on sache justement si on est dans une inde vécue ou imaginée. Les situations sont toujours dans un entre deux, entre ce qu'elles sont dans nos nuits mouvementées et ce qu'elles pourraient être dans un pays comme l'Inde, où la réalité peut aussi dépasser la fiction.

Un roman court mais puissant.

"Méfiez vous des morceaux choisis"

du coup pas de citations pour ce très beau roman.

Tabucchi me fait penser à Paul Auster ou à Poe.

Nous sommes dans une gare, dans un grand hôtel, nous sommes avec des mendiants ou des sages, nous sommes ici bas et si loin, dans une construction littéraire magique qui donne à voir le fond de l'être, ses doutes, et ses espoirs.

Un roman dont il est difficile de parler en fait, mais dont on a très envie de recommander la lecture, pour ceux qui aiment les mises en abime, les mystères, la quête de soi en littérature.

Merci à Jean Pierre pour ce très bon conseil de lecture!

27 janvier 2013

tortues et hippopotames



Des contes initiatiques peuls de Amadou Hampâté Bâ pour bien commencer l'année!

Nous voilà plongés dans des temps lointains, dans une société à l'origine calme sous le règne de Guéno mais soudainement mise à mal par une vilaine sorcière Njeddo Dewal, mère de la calamité. Comment faire pour l'éliminer et retrouver paix et sérénité? La route est longue, périlleuse, et truffée de pièges, mais les ruses des animaux et des humains sont là pour aller jusqu'au bout de l'aventure et la mettre hors jeu!

Nous sommes dans le merveilleux des contes, où tout marche par sept, les sacrilèges, les produits magiques pour faire face, les lieux, etc.

C'est amusant de voir toutes les correspondances avec la bible. On a les mêmes figures du bon samaritain, de fuir sans se retourner, etc. Et pourtant tout est différent. D'abord la faune et la flore, les relations entre les êtres, et j'en passe.

Bref, à lire pour se dépayser et retrouver une âme d'enfant!

A lire pour se mettre à l'heure africaine!

A lire pour découvrir le talent d'Amadou Hampâté Bâ, qui plonge dans l'écrit des traditions orales ancestrales avec briaux!




01 janvier 2013

Tous mes voeux!


Chers fidèles de Pan-Or-Amiques!
Merci d'être là d'année en année!
Je m'en viens vous adresser tous mes voeux pour 2013!
Que vos lectures vous offrent du dépaysement, de l'aventure, des joies, des rires,
Que vos lectures vous enrichissent, vous nourrissent, vous soignent, vous comblent,
Que vos lectures soient frivoles, profondes, vivaces, colorées, épicées, douces,
Que vos lectures vous invitent à la rencontre, au partage,
bien à vous,
C.

23 décembre 2012

L'enfant des forêts devenu poète...




C'est l'histoire d'une vie, comme le dit le titre, celle d'Appelfeld. Et quelle vie!

Il est né dans une famille juive des Carpates juste avant la seconde guerre mondiale. La vie s'écoule doucement, avec les paniers de fraises, la douceurs familiale. Puis c'est la rupture, les camps, la peur.

Appelfeld n'aimerait pas qu'on dise qu'il est un écrivain de la Shoah, pourtant son écriture est une tentative de mettre en mot l'indicible, et il réussit avec un immense talent!

Les moments les plus marquants sont ceux où enfant il fuit les camps en se réfugiant dans la forêt. Il se retrouve à vivre comme un petit animal, qui cherche à boire, à manger, contemple la nature aux aguets pour éviter les prédateurs, les humains, et survivre.

Un autre moment très fort est celui qui suit la libération des camps. Les enfants sont la proie des pervers, des impressarios, des meneurs, des commerçants, et j'en passe.

Je ne vous en dis pas plus, tant ce livre est un trésor d'expériences, à la limite de l'humain.

Le ton est épuré, simple, sincère.

"Je vécus deux ans dans les champs, entouré de forêts. Il y a des visions qui se sont gravées dans ma mémoire et beaucoup a été oublié, mais la méfiance est restée inscrite dans mon corps, et aujourd'hui encore je m'arrête tous les quelques pas pour écouter. La parole ne me vient pas facilement, et ce n'est pas étonnant: on ne parlait pas pendant la guerre. Chaque catastrophe semble répéter: qu'y a-t-il à dire? Il n'y a rien à dire. Celui qui a été dans un ghetto, dans un camp ou dans les forêts connait physiquement le silence. Durant la guerre on ne débat pas, on n'insiste pas sur les divergences. La guerre est une serre pour l'attention et le mutisme. La faim, la soif, la peur de la mort, rendent les mots superflus. A vrai dire, ils sont totalement inutiles. Dans le ghetto et dans le camp, seuls les gens devenus fous parlaient, expliquaient, tentaient de convaincre. Les gens sains d'esprit ne parlaient pas.
J'ai rapporté de là-bas la méfiance à l'égard des mots. Une suite fluide de mots éveille ma suspicion. Je préfère le bégaiement, dans lequel j'entends le frottement, la nervosité, l'effort pour affiner les mots de toute scorie, le désir de vous tendre quelque chose qui vient de l'intérieur."

Un texte à mettre dans les mains de ceux qui veulent être porteur de mémoire.

Un texte à recommander pour ceux qui aiment la poésie et les poètes.

Un texte pour comprendre ce que peut vouloir dire avoir été un enfant des camps, qui arrive en Israël orphelin sans avoir été à l'école pour tenter d' écrire sa vie...

Un grand merci à Christine, qui me permet d'ouvrir une nouvelle catégorie: Littérature israélienne!


12 décembre 2012

Et tourne et tourne les pages



Et tourne et tourne les pages... En voilà un livre qui nous tient par le bout du nez, avec un suspense incroyable et des rebondissements en pagaille: La vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker. Merci à toute l'équipe du CSO pour le cadeau!!!

On suit un écrivain en mal d'inspiration qui se retrouve dans une petite ville américaine, face au mystère de la dispariation du jeune fille Nola. Son meilleur ami écrivain aussi semble impliqué. Coupable? Victime?

Tout s'enchaîne l'enquête et la réflexion sur le travail d'écriture.

Je ne peux pas dire que ce soit une langue magnifique, un style hors norme. Non. Mais c'est certainement un livre à recommander pour ceux qui aiment les polars, les textes plein de rebondissement, bref, les romans captivant de la première à la dernière page! On est triste de le refermer, tant on se laisse prendre par les personnages, le contexte, les questionnements, les meurtres et autres mystérieuses lettres de corbeau.

Un roman pour les écrivains en herbe ou en devenir.

Un roman pour les amateurs de suspense.

Un roman pour tous ceux qui veulent s'échapper ailleurs pendant les fêtes, et être emportés par une histoire palpitante!


26 novembre 2012

Drame: de l'intime au collectif



Voici deux bandes dessinées très riches, et à découvrir absolument: David, les femmes et la mort de JudithVanistendael et La nouvelle orléans après le déluge de Josh Neufeld. La première parle du drame intime que peut représenter le cancer dans la phase finale et le deuxième raconte la catastrophe que fut Katrina à la Nouvelle Orléans. Chacune des bulles nous conduit au fond de la crise, quand on est à ce point charnière entre la mort et la vie.



Ce que j'aime dans David, les femmes et la mort, c'est le coup de pinceau, les couleurs, les visages, les envolées oniriques ou cauchemardesques. Ah ces rouges, ces noirs, et ces personnes si touchants! On se prend très vite à l'histoire, celle du malade David, mais celle aussi de toute sa famille (et heureusement qu'on a l'arbre généalogique au début pour nous aider!). On pleurt, bien sûr, mais c'est bien plus que ça. Pas de stéréotypes, pas de mélo, mais des mots qui glissent juste entre les lèvres serrées. J'aime les poèmes qui ponctue le récit. Un petit pour la route:

"Je ne dirai plus jamais: "tout se termine"
mais "souris et commonçons, mon âme"
En de nouvelles mains je mets de nouvelles rames,
Et de nouvelles tours surgissent de la ruine"
De Antonio Gala, poemas de amor
(traduction de Brouet)



Dans La Nouvelle Orléans après le déluge, c'est un dessin plus pop, plus flashy, plus monochrome, mais des personnages tout aussi attachants, car nous suivons jour après jour Denise, Leo et Michelle, Kwame, tous plus ou moins convaincus que le pire n'arrivera pas, et pourtant... On se dit qu'on pourrait bien avoir été comme eux, à sous-estimer ce qui allait advenir, à penser que les digues étaient là, que l'Etat sauverait tout le monde, avec l'armée, la médecine moderne, les services de secours, mais non! On a beau avoir lu, vu, cette BD nous immerge au coeur du cyclone, sous les flots noirs et puants, et on en perçoit d'autres choses que ces récits ressassés.

Deux petits chefs d'oeuvre pour comprendre les dimensions humaines, sociales, politiques, économiques, médicales, des instants trop forts pour que les mots suffisent.

Des BD pour ceux qui aiment les témoignages vivants et riches.

Des BD pour les médecins, les victimes, les accompagnants, les proches et loin de la mort, les rêveurs et les pessimistes, les catastrophistes éclairés et les dessinateurs en herbe!




25 novembre 2012

Polar cubain

Aujourd'hui un petit polar cubain, un polar d'ambiance, de lenteurs, de bureaucratie. Passé Parfait de Leonardo Padura nous plonge dans une histoire de disparition mystérieuse. Nous sommes à La havanne, en 1989, et le lieutenant Conde essaie de comprendre où est passé Rafael Morin, directeur d'une grande entreprise locale. Mais là où tout se complique, c'est que Rafeel et lui était au lycée ensemble, et tous les deux amoureux de la même Tamara.

On est donc à la croisée des chemins, entre enquête présente et passé trop présent.

Un livre où l'on sent de la lucidité sur les dérives du système politique et institutionnel en place.

Un livre très humain, trop humain.

Le roman est intéressant dans la forme, avec des procès verbaux, des extraits d'enregistrement d'entretiens, les allés retour entre passé et présent. Le ton est assez proche d'un Fred Vargas pour les amateurs d'Adamsberg.

"Quand il pénétra au commissariat, le Conde se surprit à regretter la paix du dimanche. Il était à peine huit heures cinq mais on était lundi. Or tous les lundis, on avait l'impression que la fin du monde était proche, que le commissariat se préparait pour une évacuation digne d'une guerre atomique. Les gens ne prenaient pas le temps d'attendre l'ascenseur, ils couraient dans les escaliers. Il n'y avait plus de place dans le parking et les saluts se limitaient à un ça va, fugace, ou un à tout de suite ou un vague bonjour..."

Un roman pour tous ceux qui s'intéressent à Cuba, son passé, son système, ses moeurs.

Un livre pour les amateurs de polar, de rhum et de cigares.

Passé parfait sera très bien pour ceux qui aime l'humour désabusé des flics solitaires, un peu paresseux, un peu amoureux, un peu désenchanté.


19 novembre 2012

Acme Novelty Library Vol. 18



Ca vous est peut-être arrivé, de passer devant des immeubles, la nuit, dans une grande ville, et d'essayer de regarder à travers les vitres quelle pouvait être la vie à l'intérieur. Parfois on aperçoit un bout de bibliothèque, ume ombre, et on se prête à imaginer...

Chris Ware nous propose justement en BD de nous attarder sur un immeuble, et plus précisément sur une des habitantes des lieux. C'est une jeune femme, un peu timide, un peu grassouillette qui vit seule. Il nous fait entrer dans sa vie par ses pensées, mais surtout par tous ses gestes du quotidien, se lever, s'habiller, faire une machine. Peu à peu on découvre son univers.

Chris Ware a un ton hors norme, une temporalité mystérieuse, pour vous faire entrer dans la vraie vie. Pas de suspense, pas d'émotions fortes, mais tout est dit. Je ne vous en dis pas plus sur l'héroine de cette fiction.

Je vous laisse découvrir un graphisme simple et précis, qui varie tout petit cadre et grands formats.

Une BD que l'on peut lire et relire, avec des regards différents...

Un livre sur la vie, tout simplement.

Merci Hélène pour cette belle découverte!


08 novembre 2012

Joyeuse singularité



Il y a des singularités joyeuses à défendre, à cultiver, et à aimer...

Et c'est bien ce que nous propose Grimbert dans Un garçon singulier.

Dans les années 70, un étudiant un peu perdu, qui tente de faire psychologie, accepte un job hors du commun: s'occuper d'un autiste.

Il découvre peu à peu l'étrangeté de ce mal, des formes nouvelles de communication, et au fond il se trouve aussi lui.

Un livre fort, sur les relations filiales, sur l'amitier, sur le handicap.

Un roman qui se lit d'une traite ou presque!

Merci Marion!!

Un livre à conseiller pour ceux qui aiment les émotions et les histoires qui mêlent de nombreux sentiments en peu de mots.

Un livre à recommander à ceux qui s'intéressent à l'autisme, au rapport aux enfants handicapés.

Un roman pour ceux qui aiment les questions initiation à la vie et à l'autre!

29 octobre 2012

Un peu d'italie...



Aujourd'hui, un peu d'Italie, avec un grand classique: Le jardin des Finzi Contini de Bassani.

Tout commence par la fin. Le narrateur nous raconte qu'après la seconde guerre mondiale il a repensé à la tombe monumentale de la famille Finzi-Contini qu'il aimait tant, en sachant que malheureusement elle n'abrite qu'un fils, car toute la famille a péri à Auschwitz.

C'est alors qu'il se replonge dans ses souvenirs, et surtout dans son histoire d'amour pour la fille de la maison Micol. C'est l'histoire d'un amour fou mais platonique, de deux jeunes qui se croisent à la synagogue, marchent dans les jardins,... un amour qui peu à peu est à sans unique, mais redouble de force.

On est ému de cette jeunesse qui voit monter le fascisme, de leurs discussions endiablées. La plume de Bassani, avec des phrases longues, des parenthèses, des tirets, nous emporte d'un trait. Tout reste subtile; les non-dits, les souvenirs, et les espoirs se croisent.

Merci à Christine pour ce conseil de lecture! Quelle belle langue italienne!

Et en plus, il paraît qu'il y a aussi un film!

Avis aux amateurs de romans d'amours tragiques...

Avis aux amateurs d'Italie... de Venise... de Ferrare...

26 octobre 2012

Emails et vent du nord



Gut gegen Nordwind, traduit en français chez Grasset Quand souffle le vent du nord, de Daniel Glattauer est un roman épistolaire des temps modernes qui se lit très vite entre deux métros.

Tout commence sur un malentendu. L'héroïne du roman écrit un email pour résilier son abonnement à un magazine, mais suite à une erreur de frappe l'email arrive dans la boite d'un particulier qui a pas mal d'humour... Commence alors une correspondance électronique endiablée, sur la vie, et l'amour...

On y parle de tout et de rien, on y flirte, et cela pour le plus grand plaisir du lecteur.

Étrange comme les écrans permettent l'intime, la protection, mais aussi le mystère, la prise de risque, etc.Jusqu'où iront nos eux héros? Je ne vous en dis pas plus!

Un petit roman à glisser dans sa poche pour des courts trajets, car il se lit d'emails en emails... ce qui peut favoriser les interruptions dans la lecture!

Merci Claire pour le conseil!!!

Que ça fait du bien de lire en allemand!


22 octobre 2012

Correspondance



Voici un grand classique des romans épistolaires: 84 Charing cross road d'Helene Hanff. C'est l'histoire d'une américaine à la recherche d'obscures ouvrages, et qui est prête à s'emporter vivement par lettres pour les obtenir d'une petite librairie britannique.

De mots en mots, des liens se tissent, sur fond de guerre et de manque de denrées alimentaires d'un côté, et sur fond de générosité de l'autre... les lettres donnant lieu pas à pas à des envois de colis alimentaires!

On s'attache aux personnages, même si on ne les connait qu'épisodiquement, par voie postale!

On sourit du ton, de l'humour, et des décalages culturels, de missive en missive.

Un livre qui donne envie d'écrire de bonnes vieilles lettres traditionnelles, et d'en recevoir!

Merci Jean-Pierre pour le conseil!


14 septembre 2012

Entre radicalisation et occidentalisation



Voilà un roman qui tombe à pic dans l'actualité du moment: Black Album de Hanif Kureishi. C'est l'histoire d'un jeune anglais étudiant d'origine pakistanaise, Shahid. Il vit dans une sorte de cité universitaire où il fait la connaissance d'un voisin radicalisé. Shahid est en pleine quête identitaire et s'interroge sur son appartenance à sa communauté, sur son intégration à la société britanique, sur ses valeurs.

Sa réflexion se porte sur sa spiritualité (le sens de prier, d'aller à la mosquée), sur sa sexualité (la place de l'erotisme, le rapport aux femmes), sur la politique (quel engagement dans nos sociétés).

Ce qui est très fort c'est que le roman interroge l'islam, la radicalisation, l'occidentalisation à travers des expériences singulières, émotives et passionnées. Il ne s'agit pas de théories abstraites mais de choix du quotidien, avec qui on sort, si on boit ou on se drogue ou pas, si on est solidaire ou pas des membres de son réseau, etc.

Le problème du roman est qu'il n'en demeure pas moins caricaturale à bien des escients. Tout est extrême: des radicaux qui prennent une aubergine pour un signe divin, à la professeur pronant l'occidentalisation par une sexualité débridée et des drogues à outrance. N'y-a-t-il pas de voie du milieu?

Un espoir quand même la litérature, enfin en partie... Car la montée des fatwas et des autodaffés la met clairement en péril de pages en pages.

Un roman à lire pour découvrir la vie nocturne des clubs londoniens et leur folie...

Un roman à lire pour tous ceux qui s'interrogent sur les quêtes identitaires et leurs conséquences...

01 septembre 2012

Plan social



Il s'appelle Rudi, elle s'appelle Dallas. Et ils s'aiment pour le meilleur et pour le pire... mais point de château au soleil comme toile de fond, plutôt une usine, la Kos, où ils travaillent et qui connait de très grosses difficultés selon la direction.

Un roman qui est l'histoire d'une ville, d'un collectif de lutte, des tensions sociales, comme on en voit plein à la télévision au journal de vingt heures.

C'est écrit comme un feuilleton télé, avec en titre de mini chapitre les lieux, et au coeur du texte des dialogues. Et entre chaque partie, des rebondissements. Ça se lit tout seul, on s'attache aux personnages, et on vit le plan social de l'intérieur.

Le titre: Des vivants et des morts de Mordillat.

Un livre simple à lire sur les tourments des ouvriers dans notre monde de délocalisation... qui plaira aux engagés et aux autres!

Merci Sophie!






09 août 2012

Corps et Esprit, Homme et Femme



Quel curieux voyage que celui que nous propose Nancy Huston dans Le journal de la création! Il s'agit d'aller au bout de ce que créer veut dire, aussi bien au sens propre d' enfanter, engendrer, qu'au sens littéraire d'inventer des romans, des vers, et des lettres.

Alors que Nancy Huston attend sont deuxième enfant, elle part à la découverte de ce que créer veut dire pour l'homme et pour la femme. Elle s'interroge sur la place particulière que peuvent avoir le corps et l'esprit dans ce mécanisme à travers l'exemple de couples d'écrivains célèbre. Sartre et Beauvoir, Sand et Musset.

C'est effrayant de voir à quel point le conditionnement social veut que l'homme crée des oeuvres grâce à des muses, tandis que la femme procrée.  Comme si pour qu'elle ait de l'esprit, écrive un roman, il fallait qu'elle renonce à la féminité, à la maternité!

Ce livre est étrange car il est très aride quand on tombe dans les recherches que Nancy Huston fait sur les couples d'écrivains, mais très humain et sensible, quand elle nous parle de ses maladies physiques et psychologiques, de son ressenti de la grossesse. En fait, elle tente de dépasser le dualisme homme/femme, corps/esprit par son texte même.

Un livre qui parlera aux femmes mais pas que!

"Ainsi tu seras mon fruit. Après les fragiles fruits fondants de la fin du printemps, fraises et framboises. avant les robustes fruits croquants et âcres de l'automne, pommes et raisins. Tu seras pêche, prune, abricot, un fruit tout rond dans la rondeur de l'été. 
Et je suis ton arbre.
Non pas ton arbre généalogique, tu ne porteras pas mon nom, mais l'arbre qui de sa sève t'aura formé. 
Le coeur de ton père bat mais tu ne l'entends pas. Les poumons de ton père respirent mais tu le les sens pas. Les entrailles de ton père sont vivantes, elles font des gargouillis, remuent, travaillent, digèrent, mais tu l'ignores."

C'est un récit très psychanalysant, où les connexions se multiplient entre vie et recherche, entre passé et futur. On y croise Oedipe, Electre, et bien d'autres. Nancy Huston nous montre à quel point on ne contrôle finalement que peu de choses en nous, tout en pouvant être créateur, force, art et vie.






02 août 2012

Etre au plus près de soi



Dans Toute passion abolie, de Vita Sackville-West, nous suivons Lady Slane, tout juste veuve, et qui décide enfin de vivre comme elle l'entend. Elle ne veut plus être réduite à son rôle d'épouse, ou de mère, ou de femme docile.

Ce roman écrit en 1931 est d'un style élégant et fin.

Tout y tourne autour du bien vieillir, de l'acceptation de soi, du détachement et des rêves.

Lady Slane nous montre quelle place donner au souvenir quand on prend de l'âge et que le corps devient un ensemble de petites douleurs.

C'est aussi un roman sur la place des femmes, les liens de famille, et les tensions lors de décès.

C'est un livre épuré, où les dialogues et les gestes sont les révélateurs de jeux sociaux avec précision, et où le sens de la vie est questionné avec tact.

Un livre à recommander à toutes, pour prendre un peu de hauteur et de recul. Ce personnage de Lady Slane est magnifique et attachant, dans toutes ses forces et ses faiblesses.

Deux extraits:

"Heureuse! Qui pouvait dire qu'elle l'avait été? Était-ce concevable de résumer toute une vie en un petit mot de deux syllabes. Heureuse! Certes, on pouvait l'être un instant, mais deux minutes plus tard connaitre le malheur. Heureuse! Qu'est ce que cela signifiait? C'était tout juste un mot commode pour ceux qui veulent que la vie soit uniformément blanche ou noire, pour ces petites gens perdus dans la jungle humaine et qui cherchent à se rassurer par une formule. Heureuse! Il y avait des moments où elle aurait pu dire: oui, j'étais heureuse; et avec autant de conviction: non, je ne l'étais pas."

"Et aussi la manifestation de toutes sortes de petites douleurs, pour lesquelles elle commençait à éprouver une véritable affection. En fait c'était son corps qui était devenu son plus fidèle compagnon. Jamais plus il ne se faisait oublier. Toutes les petites misères corporelles, celles-là même que l'on garde pour soi, qu'on ignore quand on est jeune, étaient désormais devenues envahissantes, exerçant sur elle une sorte de rassurante tyrannie. Ce soupçon de lumbago qui l'obligeait à quitter son fauteuil avec précaution lui rappelait ce jour où à Nervi elle s'était démis une vertèbre, depuis ce temps d'ailleurs son dos n'était plus très solide. Elle connaissait également de petits problèmes intimes avec ses dents, qui l'obligeaient à mâcher lentement, d'un côté plutôt que de l'autre. Instinctivement, elle pliait le troisième doigt à la main gauche, pour prévenir une douleur due à une névrite."


24 juillet 2012

Codage et décodage de l'imaginaire



Haruki Murakami n'a jamais fini de nous surprendre. Dans La fin des temps, il nous emmène dans un mystérieux ascenseur et un dédale de couloir à la découverte d'un savant, qui fait des expériences sur le cerveau humain, à vous couper le souffle. S'en suivent alors deux histoires en parallèle, qui comme toujours finissent par se rejoindre avec subtilité et force! Les deux univers qui alternent s'appellent "fin du monde" et "Pays des merveilles sans merci". On alterne entre d'un côté un monde moderne proche du nôtre, avec ses supers puissances, son informatique et de l'autre un monde clos et parfait Moyen-ageux avec des licornes et autres mystères.

Un roman pour ceux qui questionnent la science tout en aimant les rêves!

Un livre qui plaira aux informaticiens, aux programmeurs mais aussi aux amateurs de contes et légendes!

Bref, un mélange détonnant où tout est possible et où l'on marche tout seul vers l'incertain!

On y retrouve toutes les obsessions murakamiennes, les musiques qu'ils aiment, ces alcools fétiches, ses goûts littéraires, etc.

On sent aussi un regard critique sur les camps de concentration et d'extermination en demi-teinte.

Un livre qui interroge également notre rapport à l'inconscient, à notre psychique et à son évolution dans le temps.

A lire sans modération!

On pense au film Dans la peau de John Malkovich. On pense parfois à Kafka, ou à d'autres auteurs russes. Ca évoque aussi Les falsificateurs de Bello. Mais non, nous sommes bien dans un Murakami, pas de doutes! C'est fort, très très fort!

A conseiller à tous ceux qui aiment être déroutés, cloués par un imaginaire en folie, tout en gardant les pieds sur terre!



18 juillet 2012

Apprendre à vieillir



Emily est agée, et vit seule à Pittsburgh. Elle s'occupe à sa routine du quotidien, les mots croisés, le chien, les repas, les couchés. Ses enfants habitent loin d'elle, et ne l'appelle que de temps à autres. Elle est veuve. Pourtant il ne lui manque rien. Elle continue le fil des heures, pas à pas, libre.

Stewart O'Nan nous fait découvrir un des pans de l’Amérique, celui qui vote conservateur, celui qui est vieillissant, comme ça, sans en avoir l'air.

Ce roman montre que la vie à tout âge peut être pleine d'imagination, d'inconnu, et de déconcertant.

"Dix heures du matin, et la seule chose dont elle avait envie, c'était de dormir. Elle écrivit ses cartes de remerciements l'esprit embrumé, se fit une soupe et un toast à midi, avala un bouchon de Dayquil nauséabond et se mit au lit. Dehors, le vent faisait rage et les fils téléphoniques se balançaient follement. Elle resta un moment à regarder la lumière changeante au plafond et à écouter Rufus respirer, le tourbillon de ses pensées amplifié par le silence. Elle avait les bronches prises, les sinus bouchés, et contemplant la porte fermée, elle se rappela la façon dont enfant, quand elle était malade, sa mère faisait de la soupe, la lui apportait sur un plateau et glissait une serviette dans l'encolure de son pyjama."


Un livre qui offre dignité et vulnérabilité, unis deux à deux dans une valse tendre!

06 juillet 2012

Manoir enchanté



Voici un livre qu'on n'a pas envie de finir, histoire de rester un peu plus dans cet univers joyeux: Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh.

Elle s'appelle Enid, Hortense, Bettina, Geneviève et Charlie. Elles sont cinq soeurs et vivent seules depuis la mort de leurs parents au sein de la Vill'Hervé, une grande maison au bord d'une falaise, qui sent bon les gâteaux, qui abrite un gnome dans la chasse d'eau et un serial semeur de poireaux!

Un roman tout plein du magique de l'enfance, des douleurs de l'adolescence et des joies et peines du devenir adulte. C'est un livre où l'on meurt, où l'on tombe amoureux, où l'on s'aide, où l'on a peur, où l'on est malade... Bref un concentré de vie un brin de folie en plus!

Certaines personnes portent des tenues "Christian Duchose"; certaines situations sont "Hypersolaire", "tour Eiffel" ou "top Niagara"! Certains s'appellent Tancrède d'autre Béhotéguy! Et les titres des chapitres sont top "Le fantôme fait des heures sup'" "Jeunes zomes de moins de 77 ans", etc.

Partez donc à la découverte de cette famille Verdelaine, de leur crabe en laisse, leur rat Mycroft, leur cafard dans la boite de tic tac! Vous ne serez pas déçus du voyage!

Le livre est construit autour de quatre soeurs, quatre saisons, avec des bouts de lettres, de chansons, de tirades, et des plans sur la comète!

Vous allez bien vous amuser!


24 juin 2012

Mère Fille



C'est l'histoire d'une mère qui marie sa fille, alors qu'elles ont toutes les deux des visions diamétralement opposées de l'amour, de la vie, de la famille.


La noce d'Anna de Nathacha Appanah accroche tout d'abord par l'écriture, audacieuse et franche, dès l'incipit:

"Il faut que je vous raconte doucement. Avec calme, sans me presser. Que j'attende que les mots se détachent du fond de moi-même, se promènent un peu, arrivent jusqu'à ma gorge et sortent comme un souffle, une expiration comme une autre, quelque chose que l'on fait des milliers de fois par jour, une évidence. Pour une fois, ne pas se laisser bousculer, ne pas céder au quotidien, résister à l'occupation première de nous tous, chaque matin: remplir nos vies, jouer à être Dieu, faire les cons.
Il faut que je vous dise comment nous attendons des années pour qu'enfin il se passe quelque chose, qu'enfin la roue tourne, qu'enfin nous soyons boutés hors de la torpeur du quotidien, et soudain, au détour d'un regard, dans la chimère d'une journée semblable à une autre, c'est là, maintenant, ici, ce que nous espérons depuis toujours: une autre vie à portée de main. Mais bien souvent, à force de remplir nos vies, de jouer à Dieu, de faire les cons, ce moment là nous échappe et nous continuons, sans nous douter une seconde, que nous avons laissé là maintenant la chance de notre vie, l'homme de notre vie, la femme de notre vie."


Un récit plein de surprises et d'attendus, autour d'une journée de noce, ses codes, ses rites et ses détours.

Les différentes étapes du mariage sont autant de moment pour la mère narratrice de se remémorer sa vie à elle, ses choix, ses fuites et ses peines.

Un livre pour ceux et celles qui ont envie d'aller au bout de leurs envies, et de croire à des petits moments étoilés même dans le doute.

Un roman au féminin, où les relations mère-fille sont interrogées à différents âges de la vie.

Un petit poche Folio qui se lit tout seul, à la veille des vacances, et en attendant le retour du soleil si bien caché en ce moment!

20 juin 2012

se retrouver



Il y a des moments où on a juste besoin de se retrouver au milieu de personnages qu'on connait, dans une petite ville, avec ce qu'il faut de suspense pour tourner les pages, juste comme ça sans plus!

Et là, il y a Camilla Läckberg et La sirène pour vous sauver!

Erika, l'écrivain qui enquête sur les terres de son policier de mari, est de retour, avec cette fois-ci une histoire sordide de lettres anonymes et de disparition.

Toujours le même procédé littéraire de construction de l'intrigue avec des chapitres du point de vue du méchant, dont on ne connait pas l'identité bien sûr, qui alternent avec des chapitres du point de vue des gentils qui courent après les méchants! Ajouter à cela le fait qu'Erika est à nouveau enceinte... et ce sont des jumeaux! Tout ce qu'il faut pour oublier les trajets en métro dans des pages toutes simples!

Avis à ceux qui cherchent un policier sans façon, à la mode nordique!



31 mai 2012

Pas toujours tout noir ou tout blanc




La couleur des sentiments est un roman qui se passe dans la ville de Jackson, Mississippi, à l'époque de l'esclavagisme. On suit les bonnes de familles plus ou moins riches de la ville, leurs vies, leurs peurs, leurs souffrances, et leurs joies. Chacune d'elles est tour à tour le narrateur d'un chapitre pour nous initier aux us et coutumes du moment. Parallèlement, une des femmes blanches de la ville commence à se poser des questions sur le statut des bonnes, la ségrégation, et décide de rompre les codes sociales établis en allant à leur rencontre, dans le plus grand secret. Elle est aussi une des narratrices du livre.

Un livre plein d'humanité, d'amour, et de suspense... et en même temps, presque l'histoire d'une enquête sociologique sur les relations entre bonnes et patronnes. Un livre sur les femmes, leurs liens, leurs antagonismes, leurs postures sociales.

Pas étonnant que La couleur des sentiments ait connu un tel succès! Les personnages sont attachants, le ton est juste, l'histoire est bien montée.

Ce que j'ai trouvé le plus intéressant est le volet éducation des enfants. En effet, ce sont les bonnes qui en grande partie l'assure, alors même qu'elles ne partagent pas forcément les valeurs des parents de l'enfant. 

Un autre aspect très riche du livre, je trouve, est le détail du quotidien des bonnes, jour après jour. Et leur double vie entre la journée et le soir une fois changée, lorsqu'elles se retrouvent à l'église.

Enfin des anecdotes croustillantes ponctuent le texte, lui donnant des respirations amusantes.

Un livre à conseiller à tout ceux qui ont aimé Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. J'ai trouvé des similitudes.

Un roman pour tous ceux qui aiment les histoires d'intérieur, au coeur des foyers, et des non-dits familiaux. La question des femmes et de leurs places dans les maisons, et dans la société, est bien traitée.

Un texte à lire pour mieux appréhender les relations blancs/noirs dans les Etats-Unis des années soixante.

Bref, un livre qui se lit bien, et qui donne envie de le conseiller à tous et à toutes.